Double-langage et double-pensée

Posté par calebirri le 20 juillet 2016

“Connaître et ne pas connaître. En pleine conscience et avec une absolue bonne foi, émettre des mensonges soigneusement agencés. Retenir simultanément deux opinions qui s’annulent alors qu’on les sait contradictoires et croire à toutes deux. Employer la logique contre la logique. Répudier la morale alors qu’on se réclame d’elle. Croire en même temps que la démocratie est impossible et que le Parti est gardien de la démocratie. Oublier tout ce qu’il est nécessaire d’oublier, puis le rappeler à sa mémoire quand on en a besoin, pour l’oublier plus rapidement encore. Surtout, appliquer le même processus au processus lui-même. Là était l’ultime subtilité. Persuader consciemment l’inconscient, puis devenir ensuite inconscient de l’acte d’hypnose que l’on vient de perpétrer”.

Le concept de « double-pensée » est le concept fondateur de la pensée d’Orwell, car le seul lien qui peut exister entre le corps et l’esprit est le langage. Ce fait est essentiel à l’humanité : l’Homme est le seul à être capable à la fois d’exprimer sa pensée et d’interpréter celle des autres Hommes autrement que par des signaux « émotionnels » ou « basiques ». A travers le langage -et seulement par son intermédiaire- la complexité des êtres humains est rendue intelligible par d’autres êtres humains.

Mais le langage est aussi une arme. Une arme destinée à faire accepter au peuple la propagande gouvernementale. On a longtemps cru que la double-pensée permettait au peuple de ne pas voir le mensonge que constitue le double-langage mais en réalité ça n’est souvent même pas nécessaire : pour lui les slogans du Parti sont à prendre au pied de la lettre : la guerre c’est « vraiment » la paix, l’ignorance c’est « vraiment » la force, la liberté c’est « vraiment » l’esclavage. Et comme ils veulent la paix, la force et refusent l’esclavage ils acceptent donc « tout naturellement » de faire la guerre, de rester ignorants, et de laisser tomber la liberté.

En réalité la double-pensée est destinée à ceux qui ont du pouvoir, ou tout au moins une position agissante, active au sein du « Système », dans le Parti : ils participent, de gré ou de force, au mensonge général. Et sans la double-pensée il leur serait impossible de continuer. Nos hommes politiques savent que ce qu’ils font -ou commandent de faire- est mal. Et ils ont besoin de la double-pensée pour ne pas se jeter sous un train dans l’instant. Comme les « grands patrons » du capitalisme -ou les fondamentalistes religieux d’ailleurs. Et alors qu’ils se servent du double-langage pour conditionner l’esprit de leurs « exécutants », ils utilisent la double-pensée pour eux-mêmes afin de justifier leurs actes.

Si pour les exécutants le fait d’appeler un plan de licenciement un « plan de sauvegarde de l’emploi », une guerre une « opération de maintien de la paix » ou un acte terroriste un acte « voulu par Dieu » suffit à leur ôter toute mauvaise conscience, ceux qui sont aux commandes ne peuvent pas se satisfaire de ce double-langage. Il faut qu’ils réussissent à se persuader « vraiment » que ce qu’ils font est bien. Pas tout de suite, pas demain, et pas pour tout le monde bien sûr. Mais un jour qui pour la Nation, qui pour Dieu ou qui pour soi-même, un jour… Obligés de s’inventer une idéologie malsaine autour de cette soi-disant imparable logique (ou morale ?) qui voudrait que nous sommes trop nombreux, qu’il n’y en a pas assez pour tout le monde, ou que certains vaudraient plus que d’autres… tant qu’on en sauve 51 on peut en laisser mourir 49, non ? 51/49, la démocratie, l’intérêt général… tu parles !

C’est par ce genre d’artifices que les décideurs tentent d’atteindre leur propre inconscient : comme le conducteur apprend à son esprit à réagir au quart de seconde en utilisant de manière désynchronisée les pieds et les mains, les hommes de pouvoir apprennent au leur à se satisfaire des arguments idéologiques fallacieux tels que l’intérêt général ou la volonté divine. Ils doivent « persuader consciemment l’inconscient, puis devenir inconscients de l’acte d’hypnose qu’ils viennent de perpétrer », dit Orwell. C’est en se répétant que ce qu’ils font est bien, en entendant les autres le répéter à leur tour et en tentant d’oublier que cela est faux qu’ils parviennent à résister à la pression immense créée entre le conscient et l’inconscient.

Il ne leur faut pas regarder le chemin, seulement l’objectif. Pour le « pourquoi », trop compliqué : cela signifierait expliquer l’inexplicable, à savoir démonter tout le mécanisme de protection de la double-pensée pour se retrouver nu face à la réalité : ils défendent un système qui ne rend les gens ni plus heureux ni plus riches, ni meilleurs. Alors qu’il est mal de tuer, qu’il est mal d’exploiter son prochain, qu’il est mal de mentir, de tricher ou de voler…un point c’est tout.

Tandis que s’ils arrivent à se persuader que les hommes qu’ils exploitent ou envoient à la mort sont des êtres « inférieurs », ou « moins que des hommes », alors les éliminer constitue-t-il toujours une violation des droits humains ?

C’est que les mots que l’on emploie ont par leur évocation une influence sur notre esprit, et ils ont le pouvoir sinon d’apaiser la conscience, au moins de la tromper momentanément. Et même parfois d’atteindre l’inconscient ?

C’est de cette tension, née de cet affrontement entre le conscient qu’on force et l’inconscient qui se défend, que naissent chez certains décideurs des comportements extrêmes comme nous le rapportent parfois les médias. Les « deux minutes de la haine » de 1984 symbolisent à la fois l’expression de la violence, de la haine des décideurs et la preuve que cette tension a besoin d’un exutoire, ne serait-ce que pour ne pas craquer complètement. Ils doivent pour continuer de vivre l’extérioriser d’une manière ou d’une autre. L’oubli n’existe pas, le temps ne peut rien pour eux. Ils savent. Tenter d’éviter le retour sur soi, à vie, chacun peut l’expérimenter pour soi-même : cela ne fonctionne pas. Ces hommes qui nous dirigent sont des hommes perdus pour l’humanité. Pour éviter les questions les plus intelligents deviennent fous, tandis que les plus soumis se transforment en exécutants. A force d’auto-persuasion ils ont fini par croire qu’ils participaient au bien commun, et on peut alors tenter de leur pardonner. Aux autres non.

Caleb Irri
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Non, le référendum au Royaume-Uni n’est pas une victoire de la démocratie !

Posté par calebirri le 27 juin 2016

A première vue, et quoi qu’on pense par ailleurs de l’Europe actuelle ou de ce qu’elle doit être (ou ne pas être !), on serait tenté de dire que le peuple a parlé ; et que c’est donc bien l’expression de la démocratie qui est responsable de ce chaos qui vient…

Mais le problème est qu’in fine, en réalité, ce sont bien les ennemis de la démocratie qui sortent vainqueurs de ces événements : Pourquoi ?

Il faut pour comprendre cette apparente contradiction se retourner sur ce qui constitue le caractère démocratique de ce genre de référendums :

que ce soit pour le référendum au Royaume-Uni ou celui de Notre-Dame-des-landes, il y a plusieurs critères non négligeables qui sont à prendre en compte : la manière dont la question posée, la population autorisée à voter (certains disent que si les 16-18 ans avaient pu voter…), ce pour quoi votent vraiment les citoyens et ce pour quoi on leur dit qu’il faut voter (contre l’immigration est-ce contre l’Europe ?), la légitimité du résultat (50,01 par rapport à 49,99 par exemple), ce qu’on fera des résultats, etc…

Mais est-ce cela la démocratie ?

Si la question avait été « voulez-vous de l’Europe, mais d’une autre Europe ? », peut-être la réponse aurait-elle été différente, non ? Et si un référendum contenait plus de choix ? Et si on demandait une approbation de 75% pour être légitimée majoritaire ? On voit que certains votants semblent regretter le résultat du référendum, comme le feraient sans doute les Français qui votent FN au premier tour pour montrer leur colère et qui seraient peut-être (on peut l’espérer) embêtés si le FN passait au premier tour.

Il en est qui pensent que le peuple « vote mal », et il en est d’autres qui se demandent pourquoi les citoyens « votent mal » ? Mais si c’était le système électoral qui n’était pas démocratique ? Et si c’étaient les propagandistes en campagne qui engendraient les « mauvais votes » en leur faisant miroiter qui le paradis qui l’enfer selon le camp qu’il a choisi ?

On sait que le premier ministre anglais s’est embarqué dans ce référendum pour conserver sa place de premier ministre (qu’il perd finalement), et on sait aussi que le futur premier ministre pressenti avait, deux ans auparavant, soutenu dans un livre qu’il fallait rester dans l’Europe ; pas étonnant alors qu’il semble aujourd’hui rechigner à appliquer le résultat de ce référendum qui le rend responsable d’une rupture historique dans les relations internationales…

Dans une véritable démocratie, le peuple doit avoir le pouvoir et exprimer son autorité soit directement soit par la représentation nationale. Mais ce n’est pas tout : il doit faire son choix librement, et de manière éclairée. Et c’est bien là tout le problème. Quand on promet que la sortie du Royaume-Uni permettra la fin de l’immigration et qu’on omet toutes les autres conséquences, ou quand on promet l’emploi et la richesse en omettant toutes les autres conséquences on éclaire pas le citoyen, on l’enfume !

Car quelles sont les options qui sont sur la table aujourd’hui :

-d’un côté l’éclatement de l’Europe et le retour aux nationalismes
-de l’autre le resserrement de « l’empire européen » autour d’une Allemagne hégémonique économiquement, et d’une France de plus en plus autoritariste politiquement.

L’économie et la politique se trouvant être dans ce genre d’événements suffisamment unis pour se mettre d’accord, ils soutiendront bientôt que ce genre de référendums ne sont pas représentatifs, et aussi que le peuple est un mauvais souverain ; et malheureusement ils n’auront pas tort (mais la faute à qui ?).

Car il faut se rendre à l’évidence : poser la question au peuple c’est prendre le risque qu’il réponde mal. Et les marchés détestent l’incertitude (voir). La dictature a ceci de rassurant qu’elle permet une stabilité que la démocratie ne permet pas : si dans les deux ans de négociations qui se profilent un autre référendum donnait un résultat inverse (ce qui n’aurait rien de si étonnant) on ferait quoi ?

Il faut dire également que si le peuple avait répondu « on reste » à 52 conte 48, d’une part le résultat ne serait pas plus légitime, et d’une autre nos gouvernants n’auraient pas non plus eu un autre discours que celui qu’ils tiennent actuellement : « c’est un avertissement qui nous est lancé, nous devons refonder l’Europe sur la sécurité et la gouvernance économique, etc… »

De toutes les manières ce référendum ne changera rien à ce qui va suivre, sauf à précipiter l’autoritarisme de l’Europe pour éviter sa dissolution, ou à précipiter les extrêmes-droites au pouvoir chacun de son côté.

Nous sommes donc à un carrefour entre deux voies qui ne satisferont certainement pas les véritables démocrates : car à aucun moment la question d’une « autre Europe », celle démocratique et solidaire, sociale ou socialiste, n’aura été posée aux peuples.

Caleb Irri
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La fin des Etats ?

Posté par calebirri le 19 mai 2016

C’est une sorte d’hydre à plusieurs têtes ; avant on l’appelait « GAFA » pour « Google, Apple, Facebook, Amazon » mais d’autres têtes lui ont poussé depuis… Twitter, Netflix, Uber… Et puis il y a toujours Monsanto, Total, Goldman Sachs, et quelques autres encore… mais elles ne sont pas tant que ça en définitive.

Sauf que ce monstre insatiable est en train de mener une lutte acharnée pour le pouvoir, et ce sur deux fronts en même temps : contre les citoyens bien sûr (les lanceurs d’alerte vous le confirmeront !), mais aussi contre les Etats qui refusent de se soumettre à leurs exigences -ou ne le font pas assez vite.

On soupçonnait bien qu’un jour les financiers finiraient par se confronter aux politiques, inévitablement : leurs intérêts divergent à partir du moment où la compromission du pouvoir politique par le pouvoir financier commence à être rendue publique (Luxleaks, Panama papers pour ne citer que les affaires les plus récentes). Internet -et sa force de frappe planétaire- est un danger pour tous les tricheurs qui veulent rester discrets : c’est pour cela qu’ils poussent les politiques à adopter, pour leur propre sécurité mutuelle, des mesures restrictives sur tout ce qui concerne les libertés sur internet ; le terrorisme étant le biais idéal pour faire passer la fin des libertés sur internet comme un sacrifice difficile -mais nécessaire- à accepter.

Sacrifice qui s’ajoute à ceux exigés par les politiques quand les financiers commandent des lois aux politiques qui les servent (et se servent eux-mêmes au passage)… Contraints de faire passer la pilule auprès des peuples qui ne sont pas toujours d’accord (ce qui ajoute une raison de contrôler internet !), nos hommes politiques sont parfois quelque peu réticents à risquer leur place pour quelques accommodements avec leurs convictions. Regardez le TAFTA : des dispositions légales impliquant une égalité de pouvoir entre une entreprise et un Etat pose des problèmes à tous : les politiques rechignent à signer par peur du peuple qui doit continuer de les élire, tandis que les entreprises payent des sommes considérables pour obtenir ces signatures. Même si au bout du compte ces accords seront adoptés bon gré mal gré, le temps et l’argent perdu par les multinationales pour obtenir la légalisation de leurs comportements immoraux les empêche d’avancer comme ils veulent… d’autant que ces traités sont sujets à changements au gré des alternances gouvernementales.

Quand on pense que certaines entreprises possèdent des ressources financières parfois bien plus importantes que celles d’Etats entiers -dettes comprises !- on est en droit de se demander si des pays entiers ne pourront pas être définitivement achetés par une entreprise -un peu comme dans « les condamnés à mort », un livre que j’ai découvert il y a peu, écrit en 1920 par « Claude Farrère ». Ainsi ils supprimeraient les intermédiaires gênants qui ralentissent le bon déroulement des affaires.

Du coup se pose également la question de la démocratie : ne nuirait-elle donc pas aux affaires ? Alors que la Chine rachète tout ce qu’elle peut de par le monde, la démocratie devrait-elle empêcher « l’Occident » continuer de vivre dans l’opulence ? Cette façade idéologique marque bien toute l’hypocrisie de ce genre de discours, alors que ce sont ces mêmes Apple, Facebook ou Amazon qui exploitent le travail de ces Chinois, dont les plus corrompus gagnent des fortunes. C’est qu’en réalité il n’y a pas de combat entre le nord et le sud, pas plus qu’entre l’est et l’ouest. Le combat est celui des riches contre les pauvres. A l’heure où il est de bon ton de s’alarmer du climat, de la surpopulation, des terroristes, de la pollution, on peut se demander si l’on essaye pas de nous faire peu à peu comprendre qu’il n’y a pas de place pour tout le monde, et que par conséquent on ne gardera que « les meilleurs »…
Ce qui se passe actuellement est une offensive directe de la part de quelques entreprises géantes qui ne veulent plus se laisser emmerder par la démocratie, même fictive. Ils veulent lever le rideau et prendre les commandes en direct. Quittes à imposer la dictature.

Le mouvement de concentration des médias et leur rachat malgré leur faible rentabilité montre également à quel point la bataille de l’opinion doit quand même leur être acquise avant de donner l’assaut final. Prêts à dépenser des milliards pour obtenir nos données, pour nous faire voir le monde à leur manière, ils désirent contrôler ce que nous avons le droit de savoir ou de ne pas savoir, ce que nous devons vouloir ou ne pas vouloir, afin de continuer à nous vendre leurs produits, ainsi que leur idéologie : soyez les meilleurs, sinon vous n’aurez pas votre place parmi les « élus ».

Cette concentration constitue la dernière étape du système capitaliste, qui pourrait conduire au rachat de pays entiers par des multinationales qui gèreront les peuples à la manière de leurs entreprises, avec les moyens techniques de surveillance et de contrôle dont ils disposent. Les riches ont pris l’ascendant et sont bel et bien en train de gagner la lutte des classes. Leur puissance a atteint de tels sommets qu’il est désormais impossible de leur faire entendre raison : too big too fail, un point c’est tout !

De leur point de vue, c’est d’une logique imparable : de la même manière que Monsanto achète petit à petit toutes les entreprises qui produisent des semences « non-OGM » afin de les empêcher de « nuire aux affaires », chaque multinationale dominante désire racheter ses concurrents pour les rendre inoffensifs. Toutes les barrières réglementaires qui contraignent leur puissance est un ennemi à abattre. Et la démocratie nuit aux affaires. Comme l’écologie et les journalistes, ou les droits sociaux.

Tant que l’on ne remettra pas en cause l’idéologie qui érige la rentabilité en valeur supérieure à toutes les autres il ne peut y avoir ni démocratie ni écologie ; mais il y aura des guerres, et de la misère aussi.
Car dans un monde où la rentabilité est la valeur supérieure, il n’y a pas de limite à l’exploitation de l’homme.

Caleb Irri
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Le travail à l’épreuve du salaire à vie

Posté par calebirri le 3 avril 2016

A l’heure où le travail disparaît au profit des robots et du logiciel, on nous dit qu’il va falloir travailler plus et plus longtemps. Pourtant, nous manquons de bras dans bien des domaines : que ce soit pour la santé, le logement ou l’éducation, la justice ou que sais-je encore, nous manquons de personnel ; en France, en 2016.

Nous sommes bien loin de ce qu’espéraient pour nous les « anciens » : eux qui croyaient qu’avec le développement de la technologie ces mêmes robots -qui nous font si peur aujourd’hui- nous libéreraient du travail…

Mais c’est que le système capitaliste ne convient plus au degré de technologie actuel : il y a encore du travail nécessaire, mais il n’y a plus d’emplois disponibles. Pas assez de budget !

Cette situation de blocage entraîne une augmentation des inégalités entre ceux qui sont « sur »employés, et ceux qui sont « sous »employés, avec pour conséquences des maladies que l’on commence à mieux connaître : le « burnout », et son opposée le « bore out ». Il y a ceux qui sont « mal  payés » et à qui on en demande toujours plus, et il y a ceux qui sont plutôt « bien payés », et à qui on ne demande rien. Les deux terminent en dépression, ce qui -on en conviendra aisément- ne correspond pas exactement à la définition du bonheur telle que l’entrevoyaient nos ancêtres !

Du coup, l’esclavage devient une tentation pour nos gouvernants : si pour peu d’argent les hommes sont capables de travailler jusqu’à l’épuisement, pourquoi ne pas leur accorder le minimum vital en contrepartie de leur asservissement ?

Le revenu de base pourrait très bien devenir ce minimum, en contradiction totale avec les aspirations de ceux qui l’ont conçu au départ, mais comment s’en étonner ? Si l’on y réfléchit bien ce revenu de base respecte l’injustice du système, ne le remet pas en cause : une fois ce minimum accordé grâcieusement, il faudra bien remercier. Et puis il n’y a qu’ainsi que nous pourrons aligner les salaires et rester compétitifs, n’est-ce pas ?

Puisque l’objectif est de sauver un système qui ne fonctionne plus sans remettre en cause l’injustice qui le caractérise -et en niant les avancées techniques et technologiques qui modifient totalement la manière de produire- le retour de l’esclavage devient pour certains un élément essentiel pour la sauvegarde de ce qu’ils appellent leur « civilisation ». Ils préfèreront rejetter les robots et ses formidables atouts plutôt que de renoncer au système qui leur permet d’être au pouvoir, toujours au nom de ce concept fumeux de « civilisation »…

Pourtant, le « burnout » et le « boreout » montrent assez à quel point l’être humain se projette dans le travail : qu’on lui demande trop en étant sous-payé le pousse dans ses limites, tandis que le payer sans qu’il travaille le conduit aux mêmes extrémités… pourquoi ?

Ce fait nouveau prouve à quel point toutes les valeurs sur lesquelles se fonde notre système de production sont fausses de puis le début. Les hommes ne sont ni des fainéants ni des avides mais bien des êtres motivés et investis dans leur travail, quelles que soient les conditions -ou presque-

C’est pour cela que les oisifs sont souvent moins heureux que les travailleurs : ils ne servent à rien.

Ensuite, ce n’est pas le travail qui disparaît au profit du logiciel et des robots, mais en réalité c’est l’emploi qui est en train de disparaitre. Avec le progrès de l’Intelligence Artificielle et Internet nous avons l’occasion de nous affranchir de la pollution, des tâches pénibles ou dangereuses, de la faim et de la maladie. Et puis il nous faudra bien concevoir, réparer, améliorer les machines, pour toujours plus d’êtres humains ; quel défi, quel travail ! Rien que pour empêcher le chaos la tâche est déjà immense…

C’est pour cela aussi que le revenu de base est une erreur, tandis que le salaire à vie est la solution : en réalité l’homme ne peut rester sans rien faire très longtemps. Toutes les critiques que l’on peut faire aux théories de Bernard Friot s’effondrent face à la réalité des faits : les vacances ne valent que lorsque l’on travaille,et l’homme qui n’a rien à faire devient fou.

Payés à vie, ils travaillent encore ; et peut-être même plus, et certainement mieux, car les chantiers qui nous attendent sont immenses – et nombreux sont ceux qui rêvent de se mettre au travail.

Sauf qu’il ne faut pas se tromper de combat. Les robots ne seront pas nos ennemis, et encore moins nos remplaçants, mais des outils destinés à la libération des énergies et des potentiels inégalables de l’être humain. Il ne faut pas vouloir sauver un système en contradiction avec les aspirations des hommes mais en fonder un nouveau qui soit en accord avec nos valeurs. Le Salaire à Vie instauré sans les autres composantes de la théorie de monsieur Friot ne vaudra pas plus qu’un revenu de base. Il faut aller beaucoup plus loin. Nous le méritons.

Caleb Irri

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A quoi servent les migrants ?

Posté par calebirri le 3 mars 2016

Il est paraît-il plus « politiquement correct » de les appeler « réfugiés », mais franchement c’est rajouter du cynisme à l’humiliation : on se réfugie pour trouver de l’aide, de la compassion, un endroit sécurisant et appaisant pour pouvoir se reconstruire. On peut aisément constater que la situation actuelle des migrants ne peut conduire à employer une telle définition…

Il eût été pourtant possible (et il est toujours temps!) de les aider à fuir dans de bonnes conditions, surtout quand on voit le prix que leur coûte un voyage dangereux, long et humiliant. On aurait pu les accueillir en mettant en place un « corridor humanitaire », ou en affretant des bateaux leur permettant de fuir la dictature plutôt que de les offrir à la cruauté des uns ou des autres… ils auraient même dépensé leur argent ici ! Organisés, ces sauvetages humanitaires auraient permis de contrôler les accès et d’empêcher ainsi les terroristes d’arriver avec eux. Et puis surtout, nous aurions empêché des milliers de morts inutiles. Sans compter l’effondrement d’une grande partie de la propagande de l’organisation Etat Islamique qui non seulement recrute avec cet argument du traitement inhumain infligé à ces gens, mais aussi leur permet de tarir le flux des déçus de ce qu’ils croient représenter l’idéal démocratique, l’Europe. Voir comment leurs compatriotes sont traités en Europe doit en refroidir plus d’un quant à l’opportunité d’effectuer ce voyage… Risquer de mourir ici ou ailleurs, pourquoi s’en aller ?

Mais on ne fait pas ça. On préfère les laisser crever là-bas, en chemin ou ici. Leur retirer toute dignité comme pour les punir d’être nés ailleurs et d’avoir voulu croire qu’ici on était libres, comme notre propagande le leur fait croire depuis tant d’années ; la France le pays des droits de l’homme, comment pourraient-ils ne pas les accueillir ? Et puis les mettre dans des camps, les dépouiller des misérables biens qu’ils ont réussi à cacher jusqu’aux réseaux mafieux, les suspecter, les mépriser, les rejeter dans la boue, la saleté et la misère. En les accusant d’être les responsables de troubles à l’ordre public, d’un risque pour la sécurité nationale, et même pourquoi pas de la disclocation européenne ? comme si l’Europe ne pouvait pas accueillir un million de personnes sur son territoire peuplé de plus de 500 millions d’habitants !

Le fait est qu’on referme les frontières. Prêts à payer la Turquie pour les retenir, prêts à « pardonner » à la Grèce pour qu’elle les parque dans des camps. Bientôt on exigera d’eux qu’ils travaillent gratuitement pour avoir le droit de crever ici.

En attendant chacun peut voir enfin la solidarité européenne dans toute sa splendeur. Ceux à qui l’exemple de Chypre ou de la Grèce n’avait pas suffi en ont pour leur argent -enfin façon de parler !

Il n’y a pas si longtemps j’ai entendu notre cher président déclarer fébrilement sur France-inter qu’en gros, si l’Europe à 28 ne se mettait pas en ordre de marche, il n’y aurait pas grand dommage à se séparer des récalcitrants. Même au sein de l’Europe « historique ». Mais c’est à cela, me suis-je dis aussitôt, que les migrants servent ! Ils sont l’excuse qui servira à mettre en place concrètement l’empire européen qui pointait déjà son nez il y a 5 ans. Un gouvernement autoritaire, dirigé par l’Allemagne et la France, avec l’Angleterre qui servira également de caution pour exclure les autres. Et garder ceux qui voudront bien se soumettre.

Les migrants sont donc le jouet de manoeuvres politiques tout à fait scandaleuses – mais tellement proches de celles qui ont chaque fois conduit au pire : montée des extrêmes, par la peur qui conduit à la violence, sur fond de misère, de racisme et de propagande… avant le déchaînement auquel il donne lieu chaque fois ; le tout pour toujours plus d’argent, de pouvoir, ou des deux.

Les migrants sont désormais considérés comme des êtres nuisibles et dangereux. cela sert les intérêts des terroristes, qui servent eux-mêmes les politiques sécuritaires de nos gouvernants qui, face à la violence engendrée, justifient la leur en lui opposant celle de ses propres militaires. Les chefs de Daesh gagnent de l’argent en revendant le pétrole à la Turquie qui le blanchit pour le revendre aux « Occidentaux », qui s’en serviront pour remplir les réservoirs de leurs bombardiers, destinés à lutter contre ceux à qui l’argent du pétrole aura permis de payer des soldes en échange de leur vie de combattant… contre les populations qu’ils massacrent ou recrutent, quand ceux-ci n’ont pas réussi à fuir.

En réalité les puissants ne régleront le « problème » des migrants que lorsqu’ils ne leur serviront plus. Soit on les renverra chez eux sans ménagement, soit on les utilisera d’une manière ou d’une autre, pour d’autres indignités.

De la même manière que le terrorisme est instrumentalisé pour instaurer la peur, les migrants sont utilisés pour instaurer la discorde. Quand les défenseurs des migrants seront considérés comme des soutiens objectifs des terroristes la police surarmée et le renseignement auront déjà les noms et adresses de ceux qu’il faudra assigner à résidence -puisqu’on a plus de place en prison !

Ils pourraient faire cesser cela. Ils ne le font pas car ils ne le veulent pas. Ils ne le peuvent pas. Alors que plus de la moitié de la population syrienne a quitté sa maison, alors qu’ils l’ont déjà fait de nombreuses fois sans aucun scrupule, les « Occidentaux » laissent la situation perdurer pour conserver et l’état d’urgence permanent, et le tournant sécuritaire ; et aussi bien sûr le détournement de l’attention des citoyens pendant qu’on détruit tous les acquis sociaux.

Si nous le voulions, nous pourrions accueillir tous les migrants qui le souhaitent ; et dans des conditions acceptables. Nous pourrions aussi refuser la destruction de nos droits, ainsi que le saccage de notre environnement. Pour tout cela il nous faudrait réfléchir autrement. Cela implique de ne pas se tromper de combat : ce n’est pas contre des hommes qu’il faut lutter mais contre un système. Celui qui a fait du capitalisme un système de corruption généralisée, injuste et autoritaire. Déshumanisé.

Caleb Irri
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Au bord du précipice

Posté par calebirri le 7 février 2016

Combien de temps cela va-t-il tenir encore ?

Notre civilisation s’approche toujours un peu plus du chaos qui vient, et pourtant elle n’a toujours pas plongé. Notre humanité possède une capacité à rester debout, malgré le vent qui la pousse, au bord du précipice qui l’attire vers lui, somme toute assez stupéfiante : car enfin cela fait cent fois qu’elle aurait dû basculer dans ce gouffre. Et elle est toujours là, debout, ou à peine à genoux, défiant jusque les lois de la nature…

Ainsi les terroristes gagnent du terrain, la démocratie en perd, mais nous faisons encore des enfants, et nous continuons de mettre de côté pour nos vieux jours…. c’est ça l’instinct de survie ? C’est ça la théorie de l’évolution ? Puisque nous sommes assez stupides pour tout foutre en l’air, nos corps se rapprochent-ils d’eux-mêmes pour maintenir la survie de l’espèce ou est-ce la misère qui les y contraint ? et nos esprits n’espèrent-ils pas ainsi continuer de vouloir vivre malgré les faits qui nous accablent ?

Mais qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Comment les êtres humains peuvent-ils être à la fois si intelligents qu’ils inventent tous les outils capables de leur rendre la vie meilleure et qu’en même temps ils sont infoutus de les utiliser autrement que pour se la rendre misérable ?

J’entendais l’autre jour que les archéologues avaient découvert des objets « d’art » vieux de 500 000 ans, ce qui signifierait que la civilisation humaine se développe sans discontinuer depuis tout ce temps. Nous n’en connaissons pour ainsi dire rien mais nous sommes toujours là, 500 000 ans plus tard !

Nous sommes capables d’envoyer des fusées dans l’espace ou de faire vivre un homme avec un coeur artificiel mais nous avons créé les conditions d’un chaos indescriptible en seulement quelques siècles. Récemment on apprenait que les 1% les plus riches possédaient autant de patrimoine que les 99 autres pourcents de la population. 1% possède la moitié de la planète, et 99% possèdent l’autre moitié. Les premiers veulent vivre longtemps et en bonne santé, tandis que les 99 autres pourcents en bavent pour permettre au 1% d’y parvenir. En détruisant consciencieusement la terre qui les nourrit (plus ou moins) tous. Cela signifit-il que 100% de l’humanité, la même que celle qui a débuté ici il y a 500 000 ans, ont détruit la planète pour le plaisir d’un si petit nombre d’êtres humains ? En si peu de temps ?

Aujourd’hui on demande aux 99% de faire encore des efforts, et on s’étonne que la colère gronde partout dans le monde !

Non ce qui est étonnant, c’est que la guerre n’ait pas encore éclaté.

Vous ne la sentez toujours pas venir ces dictatures qui conduisent toujours au pire ?

Je ne vais pas faire la liste ici mais l’exercice vaudrait sûrement le coup ; dommage que je n’ai pas assez de temps pour cela. Depuis 2012, quand les « socialistes » criaient au scandale quand j’écrivais qu’il ne fallait pas voter Hollande, il s’en est passé des choses ! Vous pensez toujours qu’il fallait voter Hollande ? Vous n’avez pas un tout petit regret aujourd’hui ?

Il y a dix ans la France était un pays que tout le monde enviait pour sa protection sociale, son cdi, ses 35 heures, ses libertés, ses rues tranquilles, son dialogue social, son accueil, son indépendance… Aujourd’hui nous espérons secrètement conserver suffisamment de liberté pour oser dire que monsieur Valls est un homme dangereux ou que monsieur Macron est un « libéral décomplexé » (tu parles !).

Pendant ce temps on discute du livre de Sarkozy définitivement pathétique, de la barbe de Macron, ou de savoir si une primaire aura lieu « à gauche ». Sans déconner !
Pendant ce temps on détrousse les migrants, (enfin ceux qui ont réussi à ne pas mourir ou se faire agresser en chemin), on les met dans des camps et on les laisse pourrir dedans. En 2016 Nous recréons des bidonvilles à l’intérieur de l’Europe, et des milices fascistes refont leur apparition. L’année va s’écouler sous « état d’urgence » après une modification constitutionnelle dont le débat public est centré sur la déchéance de nationalité appliquée à des types qui ont une haine de tout ce que la France représente… la belle affaire ! Cette excuse terroriste aura si bien fonctionné que pour ne pas que ces barbares nous suppriment des libertés, nous nous les retirons nous-mêmes. Nous arriverons en fin d’année complètement désarmés pour lutter, juste à temps sans doute pour commémorer les attaques du 13 novembre 2015 et entamer la campagne présidentielle dans la foulée. Hollande se représentera après avoir truqué les chiffres du chômage, Le Pen sera invitée partout pour déverser sa haine et puisque cela ne suffira pas on nous effraiera aussi avec le terrorisme. Sarkozy ou un autre seront là en embuscade, prêts à faire toujours pire dans leurs propositions libérales histoire de ne rien lâcher face aux Macron et Valls qui seront peut-être de la partie. On nous ressortira le coup du « vote utile« , comme s’il suffisait d’avoir sa carte au PS pour être de gauche ou de l’avoir au LR pour ne pas être d’extrême-droite.

Tout le monde râlera encore pendant les élections, et se résignera tout de même à voter au deuxième tour pour LR ou le PS, après un « sursaut républicain » d’entre les deux tours. On lancera peut-être même « l’Union Sacrée », Le « LRPS » ou le « PSLR » ; et puis pourquoi pas ressortir quelques casseroles accrochées judicieusement derrière le FN qui aideront les plus frileux à faire un choix ; Et c’est reparti pour un tour.

Ah c’est sûr qu’elle repartira la croissance ! Quand vous aurez vu vos salaires baisser à mesure que vos droits sociaux s’amenuisent, il sera toujours temps de compter la « recompensation » de vos pertes comme des gains, ça ne nuit pas au moral.

Mais ne serait-il pas plutôt temps de se réveiller? Nous avons désormais deux ennemis : l’un est extérieur, l’autre est intérieur. Tous les deux luttent contre la démocratie. C’est-à-dire contre nous, le peuple.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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