Huxley, Orwell et la fin du capitalisme

Posté par calebirri le 30 août 2011

Dans les premières pages de son livre « retour au meilleur des mondes », Aldous Huxley dresse en 1958 un bilan des anticipations qu’il avait dégagées en 1930, comparées d’une part à la situation telle qu’elle lui semblait évoluer à l’époque, et d’une autre aux anticipations d’une oeuvre non moins importante : « 1984″, de George Orwell. Prenant acte du fait que le monde avançait « beaucoup plus vite » que prévu, il constatait que le monde avait plus de chances de ressembler à son meilleur de mondes qu’à celui de 1984  car, disait-il, « il est devenu évident que le contrôle par répression des attitudes non-conformes est moins efficace, au bout du compte, que le contrôle par renforcement des attitudes satisfaisantes au moyen de récompenses et que, dans l’ensemble, la terreur en tant que procédé de gouvernement rend moins bien que la manipulation non violente du milieu, des pensées et des sentiments de l’individu ».

Autrement dit, un gouvernement obtiendrait plus de la part de son peuple avec une carotte qu’avec un bâton. La carotte représentant la démocratie, avec une société validant le contrôle permanent des esprits dans « l’intérêt général », et le bâton la dictature, dans le même objectif mais au moyen de la répression.

Ces deux moyens d’arriver au même but posent la question de ce but : la satisfaction de l’intérêt général est elle possible dans le cadre du capitalisme, ou faut-il sortir du capitalisme pour y accéder ? Avant de déterminer lequel des procédés de gouvernement évoqués par ces deux visionnaires est le plus susceptible de fonctionner, il faut connaître le contexte dans lequel se déroulent ces deux anticipations. Et force est de constater qu’à l’intérieur du cadre capitaliste, aucune des deux hypothèses ne fonctionne complètement. L’erreur qui a été faite dans l’interprétation des ouvrages de monsieur Huxley et de monsieur Orwell a été de croire leurs anticipations absolutistes compatibles avec le capitalisme, sans voir qu’elles décrivent en réalité des mondes dans lesquels le capitalisme a déjà disparu : à la monnaie s’est déjà substitué un autre mode de fonctionnement supérieur, le contrôle total des corps et des esprits. Par contrainte ou par conditionnement. Officiellement dans l’intérêt général, mais en l’absence totale de liberté.

Car le capitalisme est en réalité incompatible avec l’absolutisme évoqué par ces deux auteurs : l’illusion de l’intérêt général doit être trouvé par la somme des intérêts privés, cette fameuse « main invisible », à travers des lois de marché qui instaurent en théorie une concurrence libre et non faussée. Mais cela signifie que lorsque les uns bénéficient des fruits de la croissance, les autres subissent les affres de la misère: il ne peut alors exister d’intérêt général. La démocratie se développe alors pour les uns (avec comme procédé de gouvernement « plutôt » la carotte), tandis que pour les autres c’est la dictature, avec comme corollaire « plutôt » le bâton).

 

C’est ce « plutôt » qui entraîne l’impossibilité de ces deux absolutismes (la dictature totale ou la démocratie totale), qui n’auraient sans doute jamais pu se réaliser si le capitalisme avait toujours continué à fonctionner sans entraves : le capitalisme possède en lui même une sorte de « justice » en vases communicants, où les pauvres d’aujourd’hui doivent logiquement devenir les riches de demain, et inversement. Mais les choses se sont déroulées bien différemment. Après la prise effective du pouvoir par les Etats-Unis et quelques autres vainqueurs au sortir de la guerre, certains Etats ont profité d’une puissance fondée sur la force brute pour transformer à leur goût les règles du jeu capitaliste , notamment à travers Bretton Woods, à l’issue duquel le dollar est devenu la monnaie de référence. En voulant conserver par la ruse un pouvoir qu’ils ont obtenu par la force (les exemples historiques sont nombreux), ils ont ainsi transgressé les règles du capitalisme, « leurs » propres règles : en refusant de constater l’inévitable retournement futur du capitalisme, ils se sont perdus dans la spirale infernale de la triche et du mensonge.

 

Pour transgresser les règles du capitalisme, les Etats riches ont mis en place de nombreux outils tels que les paradis fiscaux, les chambres de compensation, des subventions agricoles, des bulles spéculatives…. qui ont permis un temps non seulement de cacher le montant réel de leur dette, mais aussi de financer l’existence de la démocratie, à travers « l’Etat social » (sans doute en contrepartie d’ailleurs de la misère et de régimes dictatoriaux dans d’autres Etats). Mais même ces outils ne suffisent plus aujourd’hui : les émergents ont fini par émerger, et eux-aussi ont soif de démocratie, et eux-aussi veulent profiter de la carotte plutôt que de subir le bâton. Les agences de notation, qui sont elles de « purs » capitalistes, ne s’y trompent pas, et ne peuvent plus faire comme si de rien n’était : il est devenu trop risqué de prêter à des Etats trop endettés, les garanties en retour n’étant plus suffisantes. On court au déclassement, et donc à la restructuration : le fameux retournement. Les puissances actuelles doivent redevenir « rentables » pour conserver la confiance des marchés, seuls capables de maintenir à la fois le niveau de vie auxquels ses citoyens se sont habitués, et surtout pour continuer à exercer la domination qu’ils font peser sur le monde.

Mais pour redevenir « rentables », elles se doivent de rogner soit sur les acquis économiques et sociaux liés à leur position dominante (qu’ils fassent payer les riches ou les pauvres ; mais bien sûr ce sera les pauvres), soit se décider à se séparer du capitalisme en le remplaçant par un autre régime ; et c’est là que nous retrouvons nos deux auteurs.  là où le capitalisme permettait de ne pas avoir à choisir entre le meilleur des mondes ou 1984, le régime qui lui succédera permettra alors de décider laquelle de ces deux visions s’imposera.

 

Selon la réaction des « émergents/émergés » face au nouveau Bretton Woods qui nous sera bientôt proposé comme seule alternative à la mort du capitalisme, le monde aura alors la responsabilité d’un choix difficile : en se soumettant à cette idée de bancor, il se peut qu’on sauve l’apparence du capitalisme, en même temps qu’on modifie considérablement les règles déjà injustes de ce monde. Cette soumission signifierait pour les pays riches la perpétuation de leur domination, avec une sorte de « meilleur des mondes ». Mais si les pays émergents la refusent alors, la force brute nous conduira à 1984. Et dans les deux cas, nous aurons tous perdus.

 

Caleb Irri

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Jusqu’où la crise peut-elle bien nous mener ?

Posté par calebirri le 13 août 2011

Malgré les efforts que nos politiques déploient actuellement pour nous amadouer, la réponse qui sera apportée à la question que je me posais il y a peu ne fait aucun doute : les pauvres, une fois encore, devront payer. Malgré quelques annonces concernant de nouveaux impôts pour les riches ou la participation « volontaire » des banques aux frais de « gestion de crise », il apparaît que ce qui nous attend maintenant fera passer le recul de l’âge légale de départ à la retraite pour une broutille : c’est désormais tout le système social français qui se prépare à être démantelé, et avec lui la solidarité envers les plus faibles, les acquis du Conseil National de la Résistance, enfin le contrat social dans son ensemble… En France, mais aussi partout en Europe.

 

Ce qui est étrange dans tout ça, c’est d’une part le silence des peuples, qui espèrent inconsciemment la remontée de la bourse et la perpétuation de ce système, et d’une autre la précision du timing, qui pousserait presque les mauvais esprits à croire que les mesures proposées ces derniers jours étaient déjà dans les cartons, n’attendant plus que les vacances pour apparaître au grand jour, dans le silence résigné des citoyens qui « ne comprennent rien à ces choses là ».

C’est qu’en quelques jours les choses se sont précipitées, et on nous a très vite sorti quelques mesures dont le fichier national des « profiteurs ‘du bas’ », pour traquer les 2 et quelques pourcents de fraudeurs (il faudra payer combien pour mettre ce fichier en place ?), qui plus est accolé à un fichier de fraudes des entreprises (les petites hein, pas les grosses, légalement dans des paradis fiscaux) ; comme si les sacrifices qui seront réclamés au peuple devaient s’arrêter là…

Mais bien sûr tout cela n’est que poudre aux yeux : en réalité, c’est toute la solidarité, celle qui faisait il n’y a pas si longtemps encore la fierté de la France, qui s’apprête à disparaître dans le gouffre de la crise. Si on se penche un peu sur la proposition d’inscrire dans la Constitution la fameuse « règle d’or » économique empêchant les déficits futurs, on s’aperçoit qu’elle n’est rien de moins  que l’arrêt de mort de l’Etat social, remettant en cause toutes les subventions accordées aux plus démunis (associations de bénévoles, réinsertion, prévention, aides sociales…) de manière définitive. Et si on ajoute à cela les dispositions imposées par la BCE à l’Espagne et l’Italie, on comprendra aisément que le pouvoir politique (ceux qu’on a élu !) ne contrôle plus grand chose…

 

Si on s’appuie sur ces éléments pour tenter d’appréhender les conséquences de la crise sur les populations, il apparait alors que les réformes en projet les toucheront directement dans leur vie quotidienne, et contribueront à l’énervement des liens sociaux, déjà fragilisés par une situation difficile : le climat social, en France comme ailleurs, risque alors de se tendre encore, et on ne saurait exclure totalement la possibilité d’une montée de la colère de la part des plus démunis.

 

Les  « émeutes » en Angleterre ne seraient-elles pas d’ailleurs le symptôme d’une maladie pourtant bien connue, la misère ? La misère qui engendre la colère et la violence, comme on l’a vu déjà en Tunisie, en Egypte ou ailleurs, et qui parfois dégénère même en mouvement de révolte contre un gouvernement trop injuste… et souvent trop prompt à la répression.

 

C’est là qu’il s’agit de remettre les choses en perspective : car si les réformes prochaines exigées par le pouvoir financier sont effectivement mises en place par le pouvoir politique, alors il faudra s’attendre à la multiplication des violences comme à celle des « réactions » à ces violences, du fait même de la misère « logiquement » engendrée par ces réformes. C’est même à cette éventualité que nos gouvernants semblent aujourd’hui se préparer, comme on l’a vu ces derniers jours en Angleterre, et comme le prouve l’incroyable hypocrisie autour des réseaux sociaux dont « lemonde.fr » nous fait écho à travers deux articles publiés à trois jours d’intervalle (voir « ici«   et « ici«   ) : échaudés par les « révolutions  arabes », internet (le seul média fédérateur susceptible de conduire à l’organisation unie d’un mouvement contestataire de grande ampleur) est la principale cible à laquelle s’attaqueront les gouvernants pour empêcher les révoltes de se transformer en révolution.

Cet exemple est également à mettre en relation avec les pourparlers actuels sur la « gouvernance européenne », car les tensions sociales qui s’ajouteront aux tensions économiques rendront certainement cette option inévitable : le « coup d’Etat » pour la prise de pouvoir de l’ensemble de l’Union européenne par le couple franco-allemand sera alors pleinement justifié, comme la fameuse « lettre ouverte » du président nous y préparait déjà il y a quelques semaines, réclamant dans celle-ci une sorte « d’union sacrée » destinée à mettre en place cette nouvelle gouvernance.

Peu à peu, on le voit bien, se dessinent les contours de cette nouvelle gouvernance (dont la crise se trouve finalement être l’élément « déclencheur »), qui fondée sur de telles bases ne laisse présager rien de bon. Car une fois cette nouvelle gouvernance engagée, il deviendra alors difficile de se séparer du joug qu’on nous aura imposé.

Si on imagine maintenant que ces mesures drastiques ne suffisent pas , on pourrait même envisager (pour les plus pessimistes) l’instauration d’une sorte « d’état d’urgence » destinée à « lutter contre les violences » qui ne manqueraient pas de se produire alors, ce qui nous conduirait à subir un régime qui n’aurait désormais plus rien à envier à ceux qui étaient encore il n’y a pas si longtemps (avant de devenir des tyrans sanguinaires) des amis fidèles…

Mais dans ce cas-là, qui les empêcheraient alors de réprimer leurs opposants ?

 

Caleb Irri

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Le « choc des civilisations », une prédiction autoréalisatrice ?

Posté par calebirri le 31 juillet 2011

L’horrible tuerie qui s’est déroulée en Norvège il y a peu exprime bien la tournure que sont en train de prendre les évènements : face à l’auto-réalisation du terrorisme islamiste se met en place son opposé, le terrorisme d’extrême-droite, comme pour exacerber les peurs et les haines des hommes à qui le « choc des civilisations » a permis de séparer le monde en deux identités distinctes, les « gentils » et les « méchants ». Cette manière de voir, qui se fonde en réalité sur la négation de la complexité du monde (et de ses habitants), permet à tous de s’y retrouver facilement, car elle ne nécessite ni réflexion, ni connaissances.

 

Mais c’est qu’à force de vouloir simplifier les idées et les faits, cette vision stupide et illusoire d’un monde binaire fait son chemin, à tel point qu’elle risquerait de devenir, à force, une réalité.

 

Quand on regarde bien les choses, les attentats du 11 septembre une fois attribués à Al Qaeda, les opinions publiques ont découvert presque « d’un seul coup » l’existence de camps d’entrainements, d’un réseau opaque de gens très organisés faisant transiter de l’argent et des armes à travers des déserts hostiles, tout un monde obscur que les politiques n’ont pas hésité à qualifier de « nébuleuses », et dont les médias se sont largement servi pour effrayer toute une population que l’on a fini par monter contre la communauté des musulmans, trop souvent amalgamés avec les islamistes. C’est au travers de cette défiance envers tout le monde musulman que se sont ensuite manifestés (ou même créés), presque « logiquement » et en quelque sorte en « réaction », d’autres groupes terroristes se référant explicitement à Al Qaeda, alors que sans doute ils seraient autrement resté dans l’ombre d’une organisation mafieuse locale. Le caractère international du terrorisme n’est qu’une réalisation des propres peurs du monde occidental qui, aveuglé par sa vision du « choc des civilisations », a fini par engendrer ce monstre qu’il redoutait tant.  La mort de Ben Laden, il n’y a pas si longtemps, nous a permis de constater à quel point sa « réputation » était « surfaite », car en fait de carrure internationale il n’en possédait visiblement ni les épaules ni les moyens. Mais il restera pour tous un symbole, marquant l’Histoire d’une empreinte bien plus grande qu’il ne l’aurait mérité.

 

Aujourd’hui, le cas norvégien est en capacité de transformer là-aussi un acte isolé en « symbole » d’un phénomène de société, ce qui constitue un pas de plus vers la réalisation du « choc des civilisations » tant redouté : en émettant l’hypothèse des cellules internationales, les médias répercutent l’idée selon laquelle il ne serait pas « illogique », pas si « incroyable » qu’il en existe. De la même manière qu’il existe un terrorisme islamiste international, il devrait exister un terrorisme « anti-islamiste » international également- les joies de la mondialisation… Mais il est pourtant évident que malgré l’existence de quelques groupes néo-nazis ou racistes, diffus et sans autre envergure que celle de peser à l’échelle locale, l’idée d’un groupe terroriste international contre les musulmans est aussi saugrenue que celle de considérer Al Qaeda comme un groupe international ; du moins avant le 11 septembre 2001. Et alors que les débats ont depuis cette tragédie repris sur l’immigration et l’Islam, la vision qui scinde le monde en deux camps ennemis commence plus ou moins à prendre consistance : des cellules terroristes d’extrême-droite vont peu à peu apparaître dans les médias, car chaque groupuscule désireux de « se faire voir » se revendiquera du même groupe international (qui n’a même pas de nom puisqu’il n’existe pas encore), après avoir bien sûr commis quelque horreur ici ou ailleurs…renforçant ainsi encore un peu plus l’idée que le monde est désormais séparé en deux.

 

Mais ce que semble ne pas voir le peuple, aveuglé qu’il est par la propagande et la peur qu’elle engendre, c’est qu’au bout du compte nous serons tous victimes non pas du terrorisme international, mais des conséquences réelles de nos peurs fantasmées : une fois ces actes odieux perpétrés au nom d’une vision erronées de la réalité, les répercussions de ceux-ci rendront possibles cette réalité. Des mesures sécuritaires d’importance seront bientôt prises dans un pays dont le taux de criminalité est des plus faibles, comme elles l’ont été dans de nombreux pays après le 11 septembre. La surveillance, le contrôle et la répression monteront d’un cran supplémentaire à chaque drame se produisant, réduisant peu à peu le champ politique à la prise de position « pour » ou « contre » l’un des deux camps que l’on aura contribué à créer, faisant ainsi d’abominables individus sanguinaires les symboles, voire les idoles d’un monde qui persiste à se voir (ou à se vouloir ?) en noir et blanc.

 

Caleb Irri

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Le choix de la crise

Posté par calebirri le 12 juillet 2011

La crise économique mondiale, amorcée en 2007 et soi-disant réglée de main de maître par la classe dirigeante, ne devait pas durer longtemps : les gouvernements de tous les pays avaient réussi, faut-il le rappeler, à enrayer un mouvement capable d’entrainer la planète vers un véritable cataclysme, car il fallait réagir fort et sans délai… il n’y avait pas le choix ! On a fait alors payer la note aux peuples des générations actuelles et futures en créant une dette fantastique, et les bourses sont reparties à la hausse, les bénéfices des grosses entreprises aussi. Tout roulait à nouveau, et on ne regrettait pas d’avoir gardé en poste les mêmes économistes qui ont engendré une crise qu’ils n’avaient pas vu venir (?!), mais qui seuls étaient capables de nous en sortir.

 

 

Bon. Et puis il y a eu l’histoire de la dette grecque, et le pays a été « sauvé » de l’insolvabilité une première fois, à grands coups de sacrifices exigés de la population ; tout cela sans d’autre effet que de creuser encore un peu plus sa dette. Ensuite il y a eu l’Irlande, et puis on a parlé tour à tour de l’Espagne, du Portugal,  de l’Italie, et on évoque aujourd’hui jusqu’aux Etats-Unis qui se trouvent être en difficulté… tout ça sans compter qu’il faut désormais « re-sauver » la Grèce !

 

Que faut-il faire maintenant ?

Il n’y a pas trente six solutions : c’est soit on aide la Grèce et on se prépare à aider les autres, soit on ne l’aide pas, et … il faudra quand même aider les autres ! car si on n’aide ni la Grèce ni personne… le monde financier va s’écrouler comme un château de cartes, et l’Europe la première.

 

Enfin, cela c’est ce qu’on nous propose. Car il existe bien sûr d’autres solutions : faire payer les riches par exemple, ou établir une véritable transparence, ou changer les paradigmes de la finance, etc…. mais cela engendrerait une redistribution complète des cartes géopolitiques du monde entier : les changements nécessaires à cette redistribution impliqueraient de regarder en face d’une part le « retournement du capitalisme » qui s’effectue sous nos yeux, et d’une autre l’injustice « intrinsèque » du capitalisme dont les premiers bénéficiaires sont les premiers responsables.

 

Mais, et on peut le comprendre, ceux qui sont actuellement au pouvoir, ceux qui profitent actuellement du système n’ont aucun intérêt à ce que cela se produise. Et comme ce sont eux qui décident, il ne fait aucun doute que la voie qu’ils choisiront est la suivante : tout d’abord on « aidera » la Grèce (à grands coups de baisses de salaires, de protectionnisme, de privatisations en échange d’intérêts favorables…), aide qui provoquera des manifestations et mouvements d’opposition, ainsi bien sûr qu’une aggravation de la situation.

 

Ensuite on menacera tous les autres pays de ne pas les aider, à moins que de prendre des mesures draconiennes qui retomberont in fine sur les peuples pour, dira-t-on, « éviter la contagion ». On exigera, en échange des aides accordées, la mise sous tutelle des Etats « hautement exposés », sous l’égide de la France ou de l’Allemagne, en fonction des tractations qui ont cours actuellement. Cette crise sera devenue pour l’Europe l’occasion de se saborder définitivement, ou de s’unir vraiment, mais non plus dans les termes actuels : sera proposée (imposée de fait par les évènements)  la direction de l’Europe par les puissants (France ou Allemagne), et ceci selon les critères d’une économie fondée sur de nouvelles bases, qui  pourraient très bien être celles du bancor. Pour le moment, il semblerait que la France soit en bonne place :  soumise aux Etats-Unis, la France présidente du G8, du G20, du FMI avec madame Lagarde (tiens, et si « l’affaire DSK » avait un lien avec tout ça ? ) risque d’emporter le morceau. Car des élections arrivent en 2012 en France, mais aussi aux Etats-Unis, et dans près de 20 pays cette même année, dont 4 des 5 membres permanents de l’ONU. Et l’opposition populaire qu’entrainent toutes les restrictions actuelles et à venir risque de faire échouer la manoeuvre en favorisant l’alternance politique. Parce qu’il faut bien qu’il y ait manoeuvre : la crise, tout le monde sait comment la régler, je l’ai dit plus haut.  Mais cela ne doit pas arriver, car les puissants de ce monde veulent nous convaincre qu’il n’y a « pas d’autre choix ».

 

Il y aura donc récession chez tout le monde, et ce n’est qu’à ce prix que les peuples se révolteront, en justifiant ainsi la répression, le protectionnisme puis l’autoritarisme qui leur seront opposés. Ce n’est qu’au pire moment de la crise qu’on nous ressortira (et que sera adopté) le bancor, et que tout un tas de mesures sécuritaires seront imposées aux peuples pour les tenir en place. Ce moment marquera la fin du système tel que nous l’avons toujours connu, et se produira avant 2012, il faut en être certain. Ceux qui s’y opposeront deviendront alors des ennemis, et on prépare déjà le terrain depuis quelque temps. Le fichage, le contrôle et la surveillance continue des personnes et des communications est déjà possible techniquement, il ne restera plus qu’à l’imposer « légalement », en réponse à la violence des populations incapables de se contenir face à l’injustice des sacrifices qu’on exigera d’elles.

 

Mais nous avons encore le choix, celui de ne pas croire qu’il n’y en a pas d’autres : engageons-nous !

 

caleb Irri

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Pour que les révolutions ne meurent pas, ajoutons la réflexion à l’action !

Posté par calebirri le 26 mai 2011

On le voit bien ces derniers temps, la déception laisse place, peu à peu et à mesure que les sacrifices demandés aux peuples augmentent, à la colère. Cette colère qui monte sourdement, tranquillement, en chacun de nous et chacun dans son coin, un peu comme ça vient. Les « indignés », de quelque nationalité qu’ils soient, comprennent que quelque chose ne va pas, et sentent plus ou moins consciemment qu’un unique ennemi les réunit, sans vraiment savoir comment le combattre.

Cet ennemi commun, c’est un système injuste au service des plus riches, et au détriment de la démocratie, c’est à dire du peuple. Face à la conjonction du retournement capitaliste et de la destruction de l’environnement, l’humanité est entraînée dans une spirale accélératrice qui la conduira inévitablement à faire des choix quant à son avenir. Car le véritable ennemi de la démocratie, c’est le capitalisme : un capitalisme autodestructeur, qui ne remplit pas les exigences démocratiques, qui tue, asservit, déshumanise. On ne peut soumettre le capitalisme à la démocratie, car l’existence de l’un exclut celle de l’autre. Soumettre le capitalisme à la démocratie, cela signifierait en réalité supprimer le capitalisme. Ce qui pourrait bien arriver…

Tant que ce système nous favorisait encore, nous les pays « riches », il n’était pas difficile de croire à l’illusion de bonheur que ce système procurait. Mais aujourd’hui nous sommes confrontés à la possibilité de voir nos « acquis » (faits sur le dos des pays « pauvres ») disparaître au profit de ces mêmes pays que l’on appelle désormais « émergents ». Car le capitalisme est un système qui ne peut satisfaire au bonheur de tous : il conditionne le bonheur de certains aux malheurs d’autres

L’agitation qui règne actuellement dans les hautes sphères politiques est la preuve la plus évidente de l’intérêt qu’elles portent à cette question du « retournement » du capitalisme, ou de sa fin. Car si nous laissons les lois du capitalisme régler la crise économique et financière, alors il faut que tous les pays dits « développés » aujourd’hui se préparent aux plus grands sacrifices, à savoir se séparer de certaines libertés, de protection sociale, de la démocratie enfin. Nous devrions peut-être même alors nous préparer à devenir les futurs « immigrés » de Chine, du Brésil ou de l’Inde… Ce que nos gouvernants, et même la plupart d’entre nous, ne veulent même pas imaginer.

Pour sortir de cette spirale et éviter la perte de leur pouvoir, les Etats « développés » n’ont donc pas d’autre choix que de pousser, à terme, à la fin du capitalisme au travers ou du bancor, ou de la guerre. Car les pays émergents, qui veulent aujourd’hui profiter enfin des fruits de leurs sacrifices passés,  ne se laisseront sans doute pas si facilement berner.

Mais attention, la fin du capitalisme ne signifie pas pour autant la mise en place de la démocratie : seulement sa possibilité. Prenons garde que les révolutions qui couvent ici ou là ne tombent pas sous le coup de la sentence de George Orwell « on n’établit pas une dictature pour sauver une révolution, on fait une révolution pour établir une dictature » et qu’elles ne conduisent pas à pire encore que ce à quoi les peuples ont échappé.

Le soutien de ces mouvements par les pays dits « démocratiques » est plus que suspect (aux vues des liens troubles qu’ils entretiennent) car il rentre en contradiction totale avec le refus d’accepter les émigrés des pays concernés. En soutenant d’une part ces évènements d’un point de vue moral et en refusant ses conséquences économiques d’une autre, les gouvernements montrent ainsi au grand jour les contradictions, l’injustice et la corruption du système : les plans de sauvetage, les bisbilles autour du FMI, le contrôle d’internet et le racisme éclairent d’une lumière crue leurs véritables volontés, car ils ont eux bien compris que si la démocratie doit se soumettre au capitalisme, ce capitalisme ne les favorisera plus pour longtemps… D’où l’idée de supprimer à la fois le capitalisme et ce qui nous reste de démocratie.

Car en s’appuyant sur les révolutions pour mettre à bas le capitalisme, ils évitent ainsi le combat avec les plus forts (les « émergents »), pour porter leur attention sur d’autres cibles (les Musulmans et les « assistés »). S’explique ainsi toute la politique actuelle, qui pousse peu à peu les peuples à accepter, de gré ou de force et à travers le bancor, la guerre ou les deux, un nouvel ordre économique mondial qui n’aura plus rien ni de capitaliste, ni de démocratique : et tout cela,  officiellement bien sûr, pour « sauver » les révolutions que nous aurons conduites pour eux.

C’est donc pour éviter d’avoir à choisir entre « 1984 » ou « le meilleur des mondes » qu’il ne s’agit pas seulement de manifester, de se battre ou de supprimer le capitalisme ; et cela, c’est faire encore la moitié du travail pour ceux qui nous exploitent. La révolution est certes nécessaire, mais à condition qu’elle s’appuie sur une réflexion globale, un espoir, un avenir sur lequel travailler, et surtout nous unir.

Car il faudra bien nous unir, et canaliser  les indignations au travers de projets constructifs ou en construction (http://laconstituante.forumgratuit.fr/) nous permettant d’établir un autre système capable d’échapper aux alternatives qu’on voudra nous imposer. Les jeunesses de tous les pays ont ce pouvoir, car pour l’instant encore ils maitrisent mieux ce formidable outil « internet » que la génération précédente. Nous pouvons, et devons le faire, car viendra bientôt le temps du choix : soit nous prendrons ce qu’il veulent bien nous donner, soit nous créerons nous-mêmes notre propre voie. Mais les choses ne pourront pas durer ainsi très longtemps.

Après l’indignation il y a l’action mais pas seulement : il faut y ajouter la réflexion.

 

Caleb Irri

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Ben Laden, le « Goldstein » musulman

Posté par calebirri le 4 mai 2011

« Il était le traître fondamental, le premier profanateur de la pureté du Parti. » « quelque part, on ne savait où, il vivait encore et ourdissait des conspirations. »

 

En 1984, il était juif, en 2001 il était musulman. Mais à part cette différence, les points communs entre ces deux personnages sont très nombreux. Pour ceux qui ne connaissent pas Emmanuel Goldstein, cet homme représentait à l’époque la figure symbolique du terrorisme souterrain, objet de la haine et du mépris de tous, éternel vaincu qui ne disparaît jamais.  Personne ne sait s’il est vivant ou mort, ou même s’il a jamais existé. Mais il est définitivement indispensable à la propagande des membres du Parti, au moins dans le fameux livre d’anticipation « 1984 » de George Orwell. Cette personnalisation de l’ennemi, à travers une figure emblématique bien choisie, permet à un gouvernement désireux d’orienter la colère du peuple vers un autre responsable que lui-même, à la fois mystérieux et puissant, vicieux et indestructible.

Comme cette énigme « Goldstein », de nombreuses rumeurs courent au sujet d’Oussama BenLaden : on dit qu’il est mort il y a longtemps, ou qu’il était toujours agent du gouvernement des Etats-Unis, qu’un (ou des) sosies le remplaçaient, et même qu’il est encore vivant aujourd’hui….

 

« Mais l’étrange était que, bien que Goldstein fut haï et méprisé par tout le monde, bien que tous les jours et un millier de fois par jour, sur les estrades, aux télécrans, dans les journaux, dans les livres, ses théories fussent réfutées, écrasées, ridiculisées, que leur pitoyable sottise fût exposée aux regards de tous, en dépit de tout cela, son influence ne semblait jamais diminuée. Il y avait toujours de nouvelles dupes qui attendaient d’être séduites par lui. Pas un jour ne se passait que des espions et des saboteurs à ses ordres ne fussent démasqués par la Police de la Pensée. Il commandait une grande armée ténébreuse, un réseau clandestin de conspirateurs qui se consacraient à la chute de l’Etat. On croyait que cette armée s’appelait la Fraternité. »

 

Personne ne sait réellement ce qu’il en est au sujet de « la base » (traduction d’al qaeda, sous réserve d’être confirmée par un spécialiste), sinon qu’on lui attribue un grand nombre de méfaits. A la question de Winston Smith  (le héros du roman) « La Fraternité existe-t-elle ? », son tortionnaire O’Brien répond « Cela, Winston, vous ne le saurez jamais. Même si nous décidions de vous libérer après en avoir fini avec vous, et si vous viviez jusqu’à quatre-vingt-dix ans, vous ne sauriez encore pas si la réponse à cette question est Oui ou Non. Tant que vous vivrez, ce sera dans votre esprit une énigme insoluble. »

 

Figure indispensable à la mise en place du « choc des civilisations », on se demande pourquoi les dirigeants américains n’ont pas joué plus longtemps le jeu du « Goldstein musulman », car en définitive il semble plus utile vivant que mort. Mais son « immersion » précipitée, ainsi que les conditions obscures de son exécution, sont susceptibles de relancer les tensions vis à vis des musulmans. En laissant planer le doute sur sa mort « véritable » et en laissant entendre que sa dépouille n’a pas été « correctement » traitée, les Etats-Unis préparent peut-être ainsi le « martyr  Ben Laden », comme une figure légendaire immortelle correspondant mieux à ce qu’en souhaitent les partisans de la « guerre perpétuelle », et destiné à faire de ce dernier le véritable Goldstein du roman, un éternel ennemi du Bien, immortel et… musulman.

Parfois, j’en viens presque à me demander si ce formidable roman d’anticipation, écrit en 1948, n’a finalement pas été détourné de son objectif premier, à savoir dénoncer l’autoritarisme pour servir de modèle aux tyrans actuels ou en devenir. Double-pensée quand tu nous tiens…

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

 

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