Aux révolutionnaires qui se préparent à voter Hollande

Posté par calebirri le 26 avril 2012

Dans mon dernier billet, et sous le coup de l’émotion des résultats du premier tour, j’ai appelé à ne pas voter au second tour de la présidentielle, au risque selon certains de « faire gagner la droite ». Cet appel a suscité de nombreuses réactions hostiles, sans doute plus de la part des déçus du score de l’extrême gauche en général et du Front de Gauche en particulier que de la droite, car à ce qu’il paraît l’abstention favoriserait la réélection de monsieur Sarkozy lors du second tour.

 

Mais il semblerait depuis que les événements me donnent raison : car non contents de recueillir presque « automatiquement » les voix de l’extrême gauche à laquelle ils ne feront donc aucune concession, monsieur Hollande et son équipe courtisent aujourd’hui ouvertement les électeurs du Front National pour gonfler le score du PS, sans paraître se préoccuper véritablement ni du centre ni des abstentionnistes. Cela signifie une chose : que ce soit Sarkozy ou Hollande qui passe, nous aurons à nous confronter à une « droitisation » de la politique menée. Ce qui, si on se réfère aux idées développées lors de la primaire socialiste, correspond bien à la volonté du PS aujourd’hui.  Car si on y réfléchit, cette « droitisation » sert justement les objectifs communs de l’UMP et du PS : virer à droite avec le soutien de la gauche, afin qu’elle ne puisse pas contester plus tard ce qui se prépare aujourd’hui en Europe. Ensuite, que madame Le Pen appelle ou non à voter Sarkozy n’aura que peu d’influence sur les électeurs effrayés par « le droit de vote aux étrangers » promis par Hollande : ils voteront à droite quoiqu’il leur en coûte. Le seul objectif pour le FN étant de se positionner aux législatives avec le soutien de l’UMP (qui aura sans doute bien du mal à refuser les alliances), et ce qu’il soit d’ailleurs élu ou pas au second tour ; ce qui en définitive arrange peut-être tout le monde, et surtout les marchés financiers : un régime stable et sécuritaire est pour eux le meilleur des alliés.

 

A gauche maintenant, ceux qui auront aidé à élire Hollande se retrouveront eux-aussi face à cette droitisation qui ne doit pourtant guère les enchanter. Comment ne peuvent-ils pas comprendre qu’ils tombent dans un piège ? En votant, ils adhèrent de facto à l’arrivée au pouvoir de l’un ou de l’autre de deux candidats qui expriment ouvertement leur volonté de plaire à l’extrême droite ! et c’est moi qui ferait fausse route ?

 

Même l’UMP doit se gausser : des révolutionnaires prêts à pendre les banquiers qui votent Hollande pour éviter Sarkozy, quelle farce ! Ceux qui souhaitaient hier la « révolution citoyenne », faire la nique au G20, installer une 6ème République, « very dangerous » et tout et tout, sont en réalité de bien piètres révoltés s’ils sont incapables de remettre en cause dans la pratique un système qu’ils disent pourtant vouloir changer de fond en combles.

Comment peut-on se dire à la fois révolutionnaire et accepter de se soumettre à cette mascarade ?

 

On me dit que c’est un renoncement de ne pas voter. Mais c’est juste un autre renoncement de voter dans ces conditions : dans le premier cas un renoncement à l’illusion démocratique, dans le second à la révolution.

 

Car en vérité ce n’est pas des urnes que le changement viendra, mais bien de la rue. Il sera le fruit d’une réelle prise de conscience populaire qui finira bien par comprendre que les institutions sont obsolètes, et qu’il faudra bien un jour se résoudre à les reconstruire… Et cela passera inévitablement par la remise en cause du vote tel qu’on le pratique aujourd’hui, à travers la mise en place d’une Assemblée Constituante.

 

Caleb Irri

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Le 6 mai, ne votez pas !

Posté par calebirri le 22 avril 2012

Ca y est nous y sommes ! Le peuple a voté, et la déception doit être grande ce soir chez les Français : le coup de théâtre n’a pas eu lieu. Les résultats d’aujourd’hui, même s’ils sont dans l’ensemble conformes aux prévisions (les deux favoris sont au deuxième tour), montrent que le « vote utile », ce concept anti-démocratique qui fausse les élections, a permis une fois de plus  le « sabotage » de la volonté du peuple. Car sans ce « vote utile » du premier tour, où en serait le FN, et à quel niveau se situerait le FdG ?

Mais les petits arrangements ont déjà commencé. La partie va être serrée, vont nous répéter nos bons analystes durant les deux semaines qui vont suivre… c’est que chacun va vendre sa soupe durant cette période, comme on l’a déjà goûtée ce soir dans cette abominable cacophonie télévisuelle. Les uns vont évoquer la sécurité, les autres la justice sociale, tenter de satisfaire les électeurs des uns ou de ne pas effrayer ceux des autres, et le pire est que nous tous savons qu’en définitive ni l’un ni l’autre ne feront ce pour quoi ils ont été élus…Quel scandale ! quand je pense que j’ai failli aller voter quand même, pauvre victime du conditionnement à l’illusion démocratique que je suis encore…Quand on voit ceux qui hier (pardon avant hier) encore affirmaient ne faire aucune concession, qui promettaient des surprises historiques ou qui écrasaient leurs ennemis sous des tombereaux de critiques appellent aujourd’hui à la raison du peuple, à nouveau au « vote utile ».

 

Si ce soir il est difficile de dire  qui sera le gagnant de l’élection présidentielle au soir du 6 mai, on peut déjà en connaître les perdants : les Français. Ces Français qui ont rêvé un instant, un peu comme lorsqu’ils achètent leur billet de loto : ils savent qu’ils ne gagneront pas, mais avec leurs deux euros ils s’achètent juste le droit de rêver, un peu d’adrénaline jusqu’aux résultats… Et puis ils retournent bien vite à la réalité : ils ont perdu leur temps, et rien ne va changer….

Car rien ne va changer. Maintenant il va se passer ce qui se passe à chaque élection : la droite avec la droite et la gauche avec la gauche, le tout s’effectuant non pas « pour » un candidat mais « contre » l’autre. Une bonne campagne médiatique pour éviter l’abstention, tous unis par notre « devoir citoyen » pour « faire vivre la démocratie » , et puis au final, « l’UMPS » aux commandes du pays pour ne nous offrir en pratique ni le changement ni la France forte promis par les deux camps.

 

Et bien moi, du haut de ma petite personne encore libre dans mes paroles et mes actes de citoyen « lambda », j’appelle à ne pas voter au second tour. Puisque le vote blanc n’est pas considéré et que le scrutin tel qu’il est prévu par la Constitution ne permet pas à d’autres idées que celles des deux soumis au système de rendre le pouvoir au peuple, je rêve de voir les abstentionnistes majoritaires au second tour. Puisqu’on n’autorise pas à la volonté du peuple de s’exprimer autrement que par négation, je souhaite qu’il exprime son mécontentement par une abstention massive, un refus de se laisser berner, un « boycott » de ce système électoral truqué.

Je veux que l’extrême droite refuse de voter Sarkozy, et que l’extrême gauche refuse de voter Hollande, et que le centre refuse de voter pour l’un des deux. Je veux que chacun assume ses idées jusqu’au bout, sans se soumettre aux forces qu’ils ont tant critiqué durant toute la campagne.

Et je ne veux plus entendre les arguments fallacieux qui prétendent que celui qui ne vote pas ne doit pas critiquer. Je ne supporte plus les excuses à la conscience qui justifient le fait de se faire voler sa liberté d’opinion sous des références historiques dépassées. Je refuse d’appeler à voter pour un homme qui conduit le pays dans le mur, qu’il soit « plutôt à droite » ou « plutôt à gauche ». Aujourd’hui le vote n’est plus un gage de démocratie. Il y en a des exemples partout dans le monde, et si vous voulez vous en convaincre demandez-vous toujours qui vous prendriez s’il s’agissait de choisir au deuxième tour entre Hitler et Staline… Et bien moi je ne vote pas. Je ne vote pas car justement j’ai une conscience citoyenne. Je critique le vote, et je plains ceux qui votent, car ce sont eux les victimes consentantes d’un système qui ne leur offre rien d’autre que l’illusion de la démocratie, et de belles promesses, pas plus qu’un ticket de loterie. Si ceux qui votent étaient justement un peu plus au fait de la chose politique, et bien j’affirme qu’eux aussi cesseraient d’aller voter.

 

Ce qu’il faut maintenant, c’est arrêter de se soumettre à cette illusion, car dès le 7 mai les choses reprendront leur cours… La crise refera surface et les Français ne verront pas leur condition s’améliorer, et le président en exercice n’aura dans la pratique que très peu d’influence sur les évènements. D’autres combats prendront alors de l’importance, dont celui majeur et fondamental de l’Assemblée Constituante : car puisque la Constitution ne permet plus la démocratie, il faudra bien se résoudre soit à mettre un terme à la démocratie, soit à changer de Constitution. Et je ne me rappelle pas avoir lu dans le programme d’un de nos deux candidats la mise en place d’une telle assemblée…

 

Caleb Irri

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Et si pour faire gagner la gauche il valait mieux voter à droite ?

Posté par calebirri le 16 avril 2012

L’échéance approche. Bientôt les électeurs Français se rendront par millions voter au premier tour de l’élection présidentielle, et cela malgré le constat largement partagé de l’arnaque que constitue le système électoral français.  Mais faire ce constat ne résout malheureusement rien. Il faut désormais faire preuve de pragmatisme et regarder la réalité en face : au delà du débat d’idées et de la conviction politique se trouvent la tactique et la stratégie, et les résultats du premier tour ne représenteront pas la volonté du peuple mais bien le fruit d’un calcul paradoxal dans lequel la raison se perd inévitablement.

 

Avant d’aller plus loin dans cette démonstration en regardant de plus près les hypothèses qui se dessinent , il faut tout de même aborder le contexte dans lequel se déroule ce scrutin, à savoir la situation économique et sociale dans laquelle se trouve la France elle-même, ainsi que celle plus large dans laquelle se trouve l’Europe toute entière. Et prendre en compte quelques éléments en théorie indépendants du scrutin mais qui influencent clairement les résultats :

 

-La mainmise des marchés financiers sur le débat électoral qui rend plus que jamais service au concept de « vote utile » en imposant un deuxième tour entre les deux soumis au système, messieurs Sarkozy et Hollande. Ayant clairement fait savoir que la spéculation sur la dette française dépendrait du président élu, Nicolas Sarkozy est pour eux le favori de cette élection.

- Le conflit d’intérêt scandaleux qui permet à un chef de l’Etat-candidat de faire campagne avec la puissance de la propagande gouvernementale, comme on le voit ces derniers temps avec l’instrumentalisation de certains faits divers et les déplacements présidentiels dont il profite pour faire sa campagne.

-l’abstention record en l’absence d’une part de la comptabilisation du vote blanc, et de l’autre de l’inutilité de prendre part à un scrutin qui désignera presque inévitablement l’un des deux « favoris ». Sachant que cette abstention profite sans doute en réalité à ces deux-ci, les abstentionnistes n’étant en général pas proches des partis traditionnels.

 

Ce lourd constat réalisé, restent à étudier les différentes possibilités que nous offre le premier tour : si on table raisonnablement sur l’absence au second tour des « petits candidats », seuls restent en lice, potentiellement donc, François Bayrou, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Sarkozy et François Hollande :  soit 3 challengers et 2 favoris.

 

Il faut exclure cependant les hypothèses donnant victorieux deux challengers, que ce soient par exemple madame Le Pen et monsieur Mélenchon ou monsieur Bayrou et monsieur Mélenchon. Les seuls duels « acceptables » seront Le Pen/Hollande (1), Le Pen/Sarkozy (2), Mélenchon/Sarkozy (3), Hollande/Bayrou (4), Sarkozy/Bayrou (5), Hollande/Mélenchon (6), Hollande/Sarkozy (7).  En tout 7 duels possibles. Dont deux sont hautement improbables étant donné que ceux qui votent au premier tour pour des « petits candidats » de droite ne vont certainement pas voter Le Pen au premier tour et Hollande au deuxième, ni ceux de gauche pour Mélenchon au premier et Sarkozy au deuxième. La configuration qui verrait Le Pen/Sarkozy comme il y a eu Chirac/Le Pen me semble aujourd’hui impossible au même titre qu’un Mélenchon/Hollande, surtout après ce qui s’est passé en 2002. Mais de toutes les manières l’un comme l’autre de ces duels verrait les deux principaux candidats gagner au second tour. Regardons ce qui peut raisonnablement advenir de ces duels :

 

possibilité (1) :  Hollande gagnant

possibilité (2) : Sarkozy gagnant

possibilité (3) : Sarkozy gagnant

possibilité (4) : Hollande pas sûr d’être gagnant

possibilité (5) : Sarkozy pas sûr d’être gagnant

possibilité (6) : Hollande gagnant

possibilité (7) : Sarkozy ou Hollande

 

Dans tous les cas de figure ce sera donc soit Hollande soit Sarkozy, sauf les cas (4) et (5) qui restent indécis, mais cette option est difficilement crédible aux vues des sondages récents. Le seul rôle que pourrait jouer monsieur Bayrou se situe dans un duel Sarkozy/Hollande, ce qui revient à dire qu’il est plus utile pour la droite comme pour la gauche de ne pas voter Bayrou. Ce qui devrait nous aider à nous interroger sérieusement sur l’utilité du premier tour, hors mise celle qui consiste à faire de savants calculs qui conduisent aux aberrations qui vont suivre, car en définitive, si on récapitule :

 

-pour faire gagner la droite (ou faire perdre la gauche c’est selon), il faut donc ne pas voter Bayrou car le report de voix est incertain, et surtout il vaut mieux voter Mélenchon que Le Pen. Le plus sûr étant de voter… Sarkozy, et cela dès le premier tour.

-pour faire gagner la gauche (ou faire perdre la droite c’est selon), il ne faut toujours pas voter Bayrou, et il vaut mieux voter Le Pen que Mélenchon. Le plus sûr étant de voter… Hollande, et cela dès le premier tour.

 

A quoi sert donc le premier tour puisqu’il faut voter « utile » dès le premier, si ce n’est à servir l’illusion démocratique, en faisant croire par exemple que le pluralisme existe dans notre pays, et que nous avons le choix ? Car au lieu focaliser l’attention du peuple sur les aberrations de ce système électoral il noie son esprits dans des calculs interminables et laisse le champ libre aux deux candidats d’un même système, celui qui souhaite que l’on se soumette à sa volonté plus qu’à celle du peuple.

 

 

Mais ce n’est pas tout : car tout s’inverse encore une fois si l’ on considère les derniers rapports des donneurs d’ordres de ce système. Si l’on en croit leurs analyses, la rigueur et l’austérité seront les seuls programmes applicables, que le président soit « de droite » ou « de gauche ». Ce qui fait qu’en réalité la droite a plus intérêt à ce que la gauche arrive au pouvoir et la gauche que ce soit la droite qui gagne, car il est presque certain que les contraintes auxquelles devra se soumettre le futur président fera de lui l’homme le plus détesté de France.

Cela signifie qu’à part l’immunité que confère au candidat le statut de président (qui n’intéresse que Sarkozy et quelques proches), la droite a dans l’ensemble intérêt à ce que Hollande devienne président pour faire le « sale boulot », et revenir aux affaires en 2017, quand le peuple sera suffisamment dégoûté par « la gauche ». Et pour la gauche, l’idéal serait de « supporter » Sarkozy encore pour 5 ans, afin qu’au terme de son second mandat il soit si détesté qu’il ouvre grand les portes à gauche pour la suite.

 

Voilà l’état dans lequel la démocratie française se trouve actuellement : mort cérébrale. Le système électoral censé respecter la volonté du peuple ne permet dans la pratique aucun changement de gouvernance et le rôle du peuple se limite à assumer consciemment le « non-choix » schizophrénique qu’on lui impose. A tel point que pour faire gagner la gauche, il puisse se demander s’il ne ferait pas mieux de voter à droite.

 

Caleb Irri

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Ce qui se cache derrière le « péril musulman »

Posté par calebirri le 11 avril 2012

Alors que la crise économique devrait être le premier des soucis de nos hommes d’Etat, un autre danger fait désormais son apparition dans les médias : « l’islamisation » de l’Europe. Comme cela s’est déjà produit lors des précédentes crises économiques, les responsables de celles-ci tentent à nouveau de faire diversion par le biais religieux, pourtant à l’origine de tant et tant de massacres et de guerres inutiles… Et aujourd’hui ce sont les musulmans qui, victimes d’une propagande basée sur des amalgames et des raccourcis successifs et ininterrompus, sont devenus pour ceux qui se définissent eux-mêmes comme l’Occident l’ennemi qui met en péril les « valeurs » (démocratiques) de notre « civilisation ».

 

Il serait facile de se laisser tenter par cette vision manichéenne d’un monde scindé entre deux « civilisations » dont l’une serait le bien et l’autre le mal, et le terrorisme islamiste offre bien des arguments en faveur d’un renforcement de la sécurité, logiquement revendiqué par une opinion publique qui confond aisément fait divers et fait de société. Et puisque le peuple se sent en danger, le rôle des gouvernants n’est-il pas de lutter contre ?

 

Mais ce serait oublier une chose essentielle : le péril musulman n’existe pas. Et vouloir lutter contre un danger qui n’existe pas c’est pour le peuple  accepter des sacrifices inutiles, voire désastreux. Car contre qui croyez-vous que les mesures sécuritaires qui nous seront bientôt imposées seront dirigées in fine, si ce n’est contre la population toute entière, et ce quelle que soit son obédience ? On dit que la sécurité s’oppose à la liberté, en ce sens que pour contrôler, surveiller et punir les comportements « à risque » d’une certaine population, il faut se résigner à redéfinir le cadre de nos libertés individuelles. Cela signifie déterminer quel groupe viser, selon quels critères, et en rapport avec quelle autre type de population. Cela nécessite de revoir et d’élargir les définitions du terrorisme, de la liberté d’opinion telle qu’elle est pour l’instant écrite dans la Constitution, ainsi que les moyens de la lutte contre le terrorisme, pour y insérer les individus qui ne rentraient pas dans ce cadre auparavant (puisqu’on n’a pas pu les empêcher d’agir)…  Mais nos gouvernants ne sont pas stupides et veulent faire croire qu’en réalité le terroriste peut être n’importe qui : votre voisin, votre fils peut-être, vous-même pourquoi pas ? Suivant ce raisonnement il devient alors possible (et nécessaire ?) de surveiller tout le monde sous prétexte de sécurité, de lutte contre le terrorisme, et de supprimer les libertés individuelles qu’ils sont censés garantir par ailleurs.

 

Cela commencera par un premier amalgame déjà bien usité autrefois, qui consiste à faire des défenseurs des libertés les « complices tacites » de la communauté stigmatisée. On voit déjà poindre de dangereux raccourcis qui essaient de faire passer ceux qui luttent contre les amalgames qu’entraine une propagande fondée sur la peur et sur la haine pour des « anti » sionistes, ou des « complotistes », sur le principe du « qui n’est pas avec nous est contre nous ». Mais lutter contre l’instrumentalisation politique n’est pas soutenir les terroristes. Lutter contre la propagande grossière qui met en péril des années de bonne intelligence entre les différentes confessions religieuses c’est lutter certes pour la liberté religieuse et la paix, mais aussi et surtout pour la liberté de tous. Car de même que les juifs n’étaient pas une réelle menace pour le « Lebensraum » des Allemands, les musulmans ne souhaitent pas imposer la charia en France (comment le pourraient-ils d’ailleurs ?). Qui peut croire encore que demain les musulmans envahiront la France pour imposer leur religion, leurs coutumes et leurs lois, alors que ces mêmes musulmans se battent justement dans de nombreux pays pour y échapper ?

 

Cela est trop simpliste, et les Renseignements Français sont bien placés pour le savoir. Derrière le péril musulman se cache en réalité un danger plus grand, le danger de l’autoritarisme. Le péril musulman est une sorte de paravent idéologique destiné à faire voter de nouvelles lois qui permettront à terme d’enfermer à peu près n’importe qui et pour à peu près n’importe quoi, pour peu que la définition du terrorisme soit suffisamment ouverte à l’interprétation juridique. Les véritables ennemis de nos dirigeants ne sont pas les musulmans ni les terroristes dont ils se servent pour leur propagande mais les contestataires de ce régime qui tomberont bientôt sous le coup de la Loi. Et quand le peuple sera soumis à la surveillance, au contrôle et au fichage permanents d’un gouvernement autoritaire et qu’il verra les libertés qu’on lui avait promis de sauvegarder complètement détruites, il se rappellera les luttes contre ACTA et Hadopi, contre les lois antiterroristes, le fichage généralisé ou la définition d’une identité nationale. Il se souviendra que certains « terroristes » n’étaient pas musulmans, et qu’ils luttaient non pas pour l’islamisation de l’Europe mais pour les libertés de tous. Et il comprendra que ces derniers n’étaient pas des terroristes mais des résistants. Peut-être même, encore plus tard, parviendra-t-il à  se rendre compte que derrière le péril musulman se cachait un danger bien plus grand, celui de l’autoritarisme… Sera-t-il alors encore temps d’y échapper ?

 

Caleb Irri

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Le vote utile est une arnaque

Posté par calebirri le 25 février 2012

Pour définir une dictature, il existe un critère « objectif » qui n’est contesté par (presque) personne : celui du parti unique. La démocratie étant elle-même (et à tort, dirons certains) définie par le pluralisme des opinions qu’elle est censée garantir, elle permet au peuple, par le biais d’élections libres et non truquées, de se choisir des représentants ayant différentes opinions mais qui fonctionnent ensemble à travers un dialogue constructif dans l’intérêt général. Des contre-pouvoirs sont également institutionnalisés pour éviter les abus de pouvoir, qui sont de nature législative, exécutive ou  judiciaire, et auxquels s’ajoute la presse.

 

Même si la confiscation de ces quatre pouvoirs par le gouvernement actuel fait dire à certains, en référence à la déclaration des droits de l’homme et du citoyen (article 16 : « Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée n’a point de Constitution »), que la démocratie n’existe pas en France, ce pays dispose pourtant de nombreux partis, et la campagne électorale qui a commencé compte une multitude de candidats. Comment pourrait-on alors douter du caractère démocratique de notre pays puisque, à chaque élection présidentielle et même aux législatives, le peuple peut se choisir d’autres représentants lors de ces scrutins ?

 

Tout d’abord il convient de rappeler que le président de la République française est désormais élu pour cinq ans, tout comme les députés. La récente modification de la Constitution qui a remplacé le septennat par le quinquennat interdit de fait les cohabitations, car les élections législatives interviennent quelques semaines seulement après les élections présidentielles, ce qui accorde presque automatiquement au nouveau gouvernement la majorité à l’Assemblée Nationale, c’est-à dire quasiment les pleins pouvoirs, pour peu que le sénat ne change pas de camp.

 

Ensuite, l’élection présidentielle accorde à tous les partis la possibilité de présenter un candidat, pour peu qu’il ait les quelques qualités indispensables pour y prétendre, plus quelques 500 signatures de soutien de la part des maires de France (sur 37 000 communes) : cela laisse théoriquement de la marge pour de nombreux prétendants, mais la concomitance  et la proximité des deux scrutins (de nombreux maires sont députés et la plupart sont « encartés » dans un parti) met une pression supplémentaire sur les stratégies électorales : certains candidats affirment que les appareils de parti les empêchent d’obtenir les signatures nécessaires à leur validation.

Et puis il y a  le financement des partis, dont seuls ceux qui font plus de 5% aux élections sont remboursés de leurs frais de campagne, ce qui avec l’impossibilité de recourir à des investisseurs privés limite le nombre des petits candidats. Si on ajoute à cela les fraudes « légalisées » qui autorisent la création d’une multitude de petits partis capables de servir les finances des grands partis, le champ des possibilités se restreint encore un peu plus pour assurer le multipartisme.

 

Et enfin le mode de scrutin à deux tours, qui met les deux plus grands partis toujours en tête au deuxième tour (sauf cas exceptionnel), crée un précédent psychologique qui conduit les citoyens à laisser de côté leur « premier choix » pour se rabattre sur une sorte de « tactique » mathématique qui, par auto-réalisation, anticipe la présence des deux favoris au deuxième tour. C’est là qu’intervient la notion de « vote utile ». Partant du principe que de toutes les manières seuls les deux plus « gros » candidats arriveront à se qualifier au deuxième tour, on s’aperçoit qu’en guise de pluralisme le dialogue politique s’organise en réalité autour d’un bipartisme qui, si l’on y regarde de près, ressemble fort aux deux faces d’une même médaille, et ce à tel point que l’on emploie désormais le terme « UMPS » pour les désigner tous deux ensemble.

 

En définitive, la seule opposition qu’on peut trouver entre l’UMP et le PS n’est pas une différence idéologique (tous deux sont des libéraux) mais une différence d’intensité (le PS est moins « à droite » que l’UMP). Et la confusion qui règne chez les électeurs réside non pas dans les programmes des candidats (lorsque monsieur Sarkozy aura un programme, on s’apercevra qu’il est assez semblable à celui de monsieur Hollande), mais dans l’inconscient collectif qui se fait abuser par l’appellation historique du parti (anciennement) à tendance socialiste.

 

Pour le reste, les deux grands partis qui exercent ENSEMBLE le pouvoir depuis plus de trente ans défendent ENSEMBLE les mêmes intérêts, ceux de la classe sociale qui les nourrit, à savoir les 1% capables d’imposer leur volonté et qui leur permettent de continuer à toucher leurs émoluments sans trop de peine, pour peu qu’ils fassent ce qu’on leur demande : c’est un peu « arrangez-vous comme vous voulez entre vous, tant que vous votez ce qu’on vous dit de voter, personne ne viendra vous embêter ».

Après ça qu’on vienne encore me dire qu’il faut aller voter, ou pire encore qu’il faut voter « utile »… Mais c’est quoi le vote utile, et utile pour qui d’ailleurs ? A tous ceux qui se donnent une bonne conscience de citoyen en se soumettant au « non-choix » de l’UMPS  je voudrais leur dire qu’ils se trompent, car la démocratie n’existe déjà plus : le pouvoir n’appartient pas au peuple mais à un seul et même parti unique divisé en deux, qui s’arrangent entre eux pour s’arroger des privilèges éhontés, et qui font semblant de se battre pour donner le change à ceux qui croient remplir leur devoir en allant voter pour l’un ou l’autre des deux candidats d’un même parti. Comme cette histoire qu’on raconte à propos de la guerre de sécession durant laquelle un des frères Rothschild finançait le nord pendant qu’un autre finançait le sud : le résultat était que l’argent, comme chez nous les bulletins de vote, allait dans les mêmes poches.  Le vote utile n’est qu’un leurre offert en pâture aux citoyens pour les empêcher de choisir tout en leur donnant l’illusion de le faire.

Le vote utile est le mépris du citoyen, en même temps que la preuve flagrante du caractère anti-démocratique de notre système électoral. Il n’y a pas d’alternance possible, pas de renouveau idéologique envisageable, pas de pluralisme réel, pas d’opinions divergentes audibles. Le bipartisme c’est le parti unique ; et le vote utile une arnaque.

 

Caleb Irri

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La place des « classes moyennes » dans le mouvement des indignés

Posté par calebirri le 26 novembre 2011

Aux Etats-Unis, les indignés se font appeler les « 99% », soulignant par ce chiffre le ratio qui les oppose aux 1% qui possèdent le pouvoir effectif. Pourtant, et malgré l’optimisme relatif de ce chiffre (en réalité c’est même moins d’un pourcent !), il n’est nul besoin d’être mathématicien pour constater qu’il y a loin entre l’annonce et le résultat : dans la rue se trouve en réalité bien moins même que le petit pourcent contre lequel les 99 autres pourcents sont censés lutter.

 

Comment expliquer ce décalage ? Alors que la démocratie signifie « le gouvernement du peuple par (et pour) le peuple » (ce qui implique traditionnellement la définition au suffrage universel direct d’une majorité), il se trouve qu’en réalité seuls les 1% dirigent effectivement, au nom des 99%, et cela avec leur consentement !

Comment a-t-on pu en arriver là ? Comment, et alors que la majorité de la population subit constamment l’exploitation d’un tout petit nombre, comprendre que le peuple soutienne un candidat qui ne représente pas son intérêt, l’intérêt général ?

 

Il y a plusieurs explications qu’on peut soumettre pour tenter d’éclaircir le phénomène :

 

Tout d’abord, il faut comprendre que ceux qui possèdent l’argent possèdent le pouvoir, et que le plus riche est capable d’acheter et l’intelligence et la force, autant que la bêtise et la faiblesse. Les riches « possèdent » donc tous les postes importants, c’est-à-dire ceux qui leurs permettent de faire élire par plus de 50 % un candidat qui ne fera profiter in fine que les 1% les plus riches, à savoir ceux-là même qui l’ont fait élire. Ils ont la mainmise sur les plus grands médias, les plus grosses industries, les transports, la construction, la communication, l’énergie, les meilleures terres…. Cela représente des centaines de milliers d’emplois, un accès privilégié à la diffusion de la propagande à travers le public comme à travers le privé (tous deux servent en réalité les mêmes intérêts),  et signifie surtout une domination de fait des riches sur les politiques menées par un gouvernement qu’ils contribuent à faire élire.

 

Ensuite, il faut avouer qu’il est plus facile de s’accorder à 1% qu’à 99 % : alors que les évènements se succèdent à une vitesse folle, il est facile d’imaginer que les 99% n’auront toujours pas fini de se mettre d’accord  sur leurs revendications lorsque la crise sera finie ! C’est le danger de la démocratie, et aussi une des faiblesses des indignés. Trouver un consensus capable de rassembler toutes les revendications est presque impossible, alors que se contenter du « vote utile » est beaucoup plus confortable.

 

Enfin, si on considère les résultats d’une élection démocratique comme elle s’est déroulée en France en 2007, il faudrait s’attendre en théorie à l’échec perpétuel du candidat de droite. Mais ce n’est pas le cas. Cela signifie que plus de 40 % des votants « se trompent » en croyant satisfaire leurs propres intérêts. L’abstention est un élément essentiel, mais ne suffit pas à lui seul à expliquer le phénomène. Pas plus que l’absence d’une « gauche véritable », car elle existe mais ne fait pas recette.

 

Il faut donc en chercher ailleurs l’explication principale, et l’illusion des « classes moyennes » est un facteur à étudier. Car derrière ce terme se cache un phénomène intéressant de distorsion du réel, entre l’image qu’on en a et sa réalité. Selon les méthodes, la classe moyenne se situe dans une tranche large qui comprend des revenus situés entre 1200 et 3000 euros, ce qui représente près de…. 90 % de la population ! En affinant les barèmes, l’observatoire des inégalités encadre la classe moyenne entre 1200 et 1840 euros par mois, ce qui représente tout de même encore 40 % de la population active, aux quels s’ajoutent 20 % qui gagnent moins que 1200 euros par mois.

Il serait bien sûr exagéré de faire correspondre le vote de la classe moyenne avec le vote « à droite », mais il est intéressant de s’interroger sur un point : l’inconscient populaire est encore très largement victime d’une sorte « d’image d’épinal » qui contribue toujours (à travers une vision passéiste de la classe moyenne qui s’était développée au cours des « trente glorieuses » et qui flattait l’égo des « parvenus ») à sous-entendre le caractère positif de cette position sociale . Ces hommes et ces femmes, employés de bureau, cadres d’entreprises, fonctionnaires titulaires, se sentent dans les sondages d’opinions appartenir encore à cette classe moyenne, et se réjouissent de ce statut. Victimes de l’image même qu’ils se disent porter, ils finissent par se croire réellement appartenir à une classe « privilégiée », et votent selon ce qu’ils croient être leur intérêt propre. Et puisque chacun sait que la droite favorise plus les riches que la gauche, ils sont en général tentés, séduits par les discours qui leur promettent de « travailler plus pour gagner plus ».

 

Mais en réalité ce sont ces classes dites « moyennes » qui vont subir la crise de plein fouet. Aux pauvres on ne peut plus retirer grand chose, et on ne tapera pas non plus sur les riches…. Qui va payer, si ce n’est ce grand fourre-tout qu’on appelle « classes moyennes » ? En leur faisant croire qu’on va faire payer un peu tout le monde, on s’apprête en fait à les appauvrir eux, ceux qui ont encore quelque chose mais qui sont prêts à tous les sacrifices pour conserver l’illusion de leur statut. Ils feront des heures supplémentaires non payées, se soumettront aux ordres, et en voudront aux pauvres d’être « si bien traités », n’ayant comme unique peur de leur ressembler un jour…

 

Ce qui risque bien de leur arriver s’ils ne se débarrassent pas très vite de leurs illusions. Il faut maintenant qu’ils comprennent que leur véritable place n’est pas aux côtés de 1%, mais des 99 autres. Et surtout qu’ils agissent en conséquence.

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

Publié dans crise, la démocratie, Non classé, politique?, sarko | 7 Commentaires »

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