En france, la démocratie n’est pas en péril : elle a déjà disparu !

Posté par calebirri le 10 septembre 2011

En Tunisie comme en Egypte ou en Lybie comme en Syrie, en Iran comme en Chine ou en Espagne comme en Angleterre, les mouvements contestataires qui se développent n’ont qu’une seule et même revendication : la démocratie. Et pour ceux dont le régime est déjà officiellement celui-ci, le peuple réclame alors la démocratie « réelle ».

Par dessus les revendications salariales ou les conditions de travail qui se dégradent, la volonté première des peuples est de pouvoir exercer pleinement (et réellement donc) leur souveraineté.

Que cela signifie-t-il ?

Si on considère la valeur de la démocratie par rapport à la réaction des autorités en place face à une contestation unitaire et rassemblée des citoyens, rien n’indique effectivement que la Tunisie ou la Lybie doivent être considérées comme des Etats démocratiques… ni que la France soit en mesure de revendiquer ce statut. Mais en réalité la situation risque bien de ne  pouvoir se produire, tant la répression face aux moindres actes « rebelles » est dans ce cas efficace et implacable, doublée quasi immédiatement d’un durcissement des lois « sécuritaires » en vigueur. Comme dans les dictatures autrefois « amies » de nos chères démocraties auto-proclamées, les peuples n’osent que rarement s’opposer à un gouvernement qui ne laisse rien passer.  Et il est aujourd’hui clairement établi, comme en Angleterre récemment, que nos gouvernements n’ont nullement l’intention de laisser se développer de tels mouvements (même s’ils s’y préparent avec leurs fichiers pour la surveillance, leurs lois de contrôle et de répression) ; sans compter qu’ils ont en plus les moyens techniques de faire respecter « la loi et l’ordre » chez eux, et cela mieux que n’importe quelle dictature.

 

Pour ne pas se trouver dans une telle situation d’être débordés, les pays « démocratiques » utilisent et appliquent donc la « tolérance zéro » pour juguler toutes les velléités contestataires, car ce sont les gouvernements qui font la loi : et lorsque le peuple s’oppose à son gouvernement, la légalité se trouve être contre le peuple. Les mesures anti-sociales qui s’apprêtent à passer dans toute l’Europe seront votées malgré une opposition populaire forte, mais impuissante : les manifestations, pétitions et autres illusions démocratiques sont des outils inefficaces.

 

Que leur manque-t-il donc pour qu’ils ne se révoltent vraiment ? Et surtout, qu’est-ce qui distingue nos propres gouvernants de ceux des régimes qui sont tombés il y a peu ? En Tunisie aussi il y avait des élections dites « libres » et « démocratiques », en Côte d’Ivoire aussi ! et un parlement, et une presse dite « indépendante », et une justice dite « impartiale », etc…

Tout cela était truqué, me répondrez-vous sans doute, et des élections gagnées avec 80% des voix c’est un score de dictateur… mais rappelez-vous le cas Chirac contre Le Pen il n’y a pas si longtemps: à combien de pourcents a-t-il été élu ?

Et vous les trouvez démocratiques nos élections qui ne comptent pas les votes blancs et qui permettent de telles situations ; et vous la trouvez indépendante la presse qui s’autocensure pour continuer à être financée par les amis du pouvoir, et dont le président de l’audiovisuel public est nommé par le président de la République ; et vous la trouvez impartiale la justice qui condamne les petits délinquants et laisse libres les voleurs puissants ?

Maintenant, tout dépend de la définition que l’on fait de la démocratie : si elle n’est que le respect de la « légalité », exprimée et soutenue par le peuple au suffrage universel direct à l’occasion de l’élection présidentielle tous les cinq ans, alors la Tunisie était bel et bien une démocratie. Mais si on considère à présent la démocratie comme l’expression de la volonté du peuple et du respect de cette volonté, alors la Tunisie ne rentre plus dans les critères de cette définition, pas plus que la France, signant par exemple malgré l’opposition de son peuple le traité de Lisbonne en bafouant ainsi sa volonté. Croyez-vous que la majorité des français, s’ils étaient consultés, soit en faveur des mesures qui sont prises ou à prendre, ou même qui ont été prises à l’occasion de la crise financière, ou de l’engagement en Afghanistan, ou sur le nucléaire, ou dans l’affaire Karachi ou celle de Woerth-Bettencourt, … mais cela change-t-il encore quelque chose ?

Non, car la France n’est déjà plus une démocratie. Le système électoral est corrompu, car les Lois qui régissent nos institutions ne sont plus conformes à l’esprit des droits de l’Homme sur lesquels elles ont été fondées. Et la volonté du peuple n’est plus respectée.
Aujourd’hui les réformes proposées au parlement sont systématiquement validées par une majorité qui fait de plus en plus penser que ce dernier n’est qu’une chambre  d’enregistrement des volontés d’un parti unique. Cet état de fait correspond clairement au passage au « régime présidentiel » validé lors de la modification constitutionnelle établissant le président pour le quinquennat, avec les législatives à suivre. Cette modification entraîne presque mathématiquement une majorité acquise au président, pour cinq ans et sans révocabilité possible, tandis que la réforme des collectivités territoriales risque en plus de supprimer la seule manière pour une opposition politique de se défendre à travers les élections régionales… nous finirons bientôt par n’avoir plus qu’un seul parti en place, celui du président.

L’élection présidentielle ne signifie donc ni plus ni moins que d’élire son dictateur pour cinq ans, si toutefois le régime ne change pas alors définitivement à l’occasion de la prochaine réforme constitutionnelle sur la « règle d’or », règle qui empêchera à l’avenir toute politique de relance par la dépense sociale, c’est-à-dire toute politique « de gauche »…

 

Mais cela n’est pas encore fait, et la règle d’or doit pour être ajoutée à la Constitution recueillir les 3/5 du parlement en congrès, ou bien supporter la tenue d’un référendum national, dont je doute qu’on l’oserait proposer au peuple. Elle sera donc bientôt votée. Si la démocratie était respectée, il ne fait aucun doute que c’est le peuple, et lui seul qui devrait être consulté en ces occasions, car les conséquences de telles modifications le concernent pleinement. En l’absence de cette consultation, peut-on encore parler du respect de la volonté du peuple, ou de démocratie ?

 

En fait, lorsqu’on y réfléchit cinq minutes, tout se passe en France exactement comme en Tunisie, ou en Egypte, à la différence près que notre gouvernement est déjà prêt à livrer bataille pour ne pas laisser des émeutes se propager, et dispose pour cela de moyens techniques, judiciaires et légaux qui empêchent toute contestation sinon de se former, au moins de se développer.

 

Imaginez maintenant que les manifestations de la fin septembre dégénèrent en émeutes, ou que les 8 millions d’individus vivant sous le seuil de pauvreté se révoltent pour réclamer qu’on les aide, que croyez-vous que notre gouvernement ferait de plus ou de moins que le dirigeant Syrien ? Il enverrait bien sûr lui-aussi l’armée, couperait internet, propagerait des rumeurs et mettrait en place un couvre-feu, adopterait des lois punitives et ferait des exemples… Doit-on en arriver là pour se rendre compte de la véritable nature de notre démocratie, pour comprendre enfin qu’elle n’a rien à envier à celle des autres pays ? Doit-on attendre que la misère fasse place à la colère pour accepter que la démocratie n’existe plus ?

 

Mais si la démocratie est une illusion, les vertus de la violence en sont également : Se débarrasser d’une dictature ne signifie pas tomber dans la démocratie, car si la violence est le moyen le plus sûr pour détruire, il n’est d’aucune utilité pour reconstruire. C’est d’ailleurs ce que les acteurs du « printemps arabe » sont en train d’éprouver en ce moment : faute d’avoir envisagé la succession du tyran, il est à craindre qu’ils se fassent voler leur révolution.

Regardons les choses en face, et réagissons : si la démocratie n’existe pas, cela ne signifie pas qu’elle ne peut exister. Tâchons de la créer alors, et la révolution deviendra alors inutile : devenez des engagés !

 

Caleb Irri

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Le retour de la morale peut-il faire tomber le gouvernement ?

Posté par calebirri le 3 septembre 2011

Il paraît qu’on veut faire revenir la morale à l’école : il était temps ! Il est tout à fait formidable qu’on s’aperçoive enfin du nombre de générations perdues avec sa disparition : ces mêmes politiques qui en ont tellement manqué lorsqu’ils étaient petits, voilà une bonne chose qu’ils soient encore capables de le reconnaître.

 

Imaginez donc ! C’est en réalité une vraie révolution à laquelle nous assistons avec ce retour aux cours de morale : faisant amende honorable, nos bons gouvernants renoncent apparemment à offrir à nos enfants une éducation comparable à celle qui a été la leur, c’est-à-dire une éducation sans morale ; permettant ainsi de faire cesser les conséquences désastreuses liées aux incroyables manquements dont ils ont été eux-mêmes victimes jusqu’à maintenant. Voilà peut-être même de quoi expliquer la crise financière, les guerres qui ont essaimé les dernières décennies, les mensonges auxquels nous avons eu droit, la corruption généralisée qui a gangrené toutes nos élites…. C’est parce que les cours de morale avaient disparu dans la scolarité de nos chères têtes blondes devenues grandes, soumises uniquement à la dictature de la rentabilité et faisant fi des principes philosophiques les plus élémentaires que notre monde est devenu ce qu’il est aujourd’hui.

 

Car après tout la morale est une notion philosophique qui implique une distinction entre le « bien » et le « mal » permettant de différencier les actions moralement satisfaisantes de celles moralement condamnables : c’est la justice qui est en jeu derrière la morale, et on voit bien où cela nous a mené : recevoir des dictateurs pour récupérer ensuite leur pétrole par la force, promettre « travailler plus pour gagner plus » et relever ensuite l’âge de départ à la retraite, laisser les Africains mourir de faim pendant qu’on sauvait les banques, c’est cela la politique sans la morale. Avec des cours de morale à l’école, ces comportements n’auraient pas pu être admis : « ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse », « ne vole pas ton prochain », « ne mens pas », tout cela c’est de la morale, et on ne peut que se satisfaire de voir les choses s’améliorer.

 

Mais ne blâmons pas trop vite nos dirigeants, ce n’est pas leur faute après tout : c’est bien l’idée de tous ces « gauchistes » de soixante-huitards attardés d’avoir voulu supprimer tout cela, et regardez maintenant où nous en sommes ! On imagine quelle peine doivent ressentir aujourd’hui les Luc Chatel et autres misérables victimes de l’éducation nationale de gauche… Mais aussi quelle force de caractère pour oser s’élever contre ces mauvaises habitudes ! … l’idéologie et le conditionnement vont pouvoir cesser enfin, et c’est toute la planète qui bénéficiera sans doute de ces formidables avancées : quand nos petits écoliers deviendront grands, ils auront cette fois été nourris à la morale dès le plus jeune âge, ce qui permet d’envisager le futur avec sérénité.

 

Cela dit, ces cours de morale à l’école sont peut-être dangereux pour les dirigeants actuels eux-mêmes, et je les mets alors en garde : car s’ils veulent continuer à régner sans partage sur le monde de demain, il se pourrait bien que cette foutue morale leur revienne par derrière la tête comme un boomerang. Car les moralistes étaient des philosophes qui pour la plupart prêchaient l’amour et le partage, l’égalité et la liberté.

Et si le capitalisme se fout pas mal de la morale, la morale ne se moquera pas du capitalisme : elle le combattra certainement.

 

Caleb Irri

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Pour que les indignés deviennent des engagés !

Posté par calebirri le 19 août 2011

S’il y a bien une chose dont nous sommes tous certains,  c’est que le monde ne tourne pas rond : les indignés se font chaque jour un peu plus nombreux, et il apparaît aujourd’hui clairement que les choses ne vont pas en s’arrangeant.

 

Mais s’il ne fait désormais aucun doute que le nombre d’indignés dépasse largement le nombre de « satisfaits », rien n’indique que la force du nombre suffise à inverser la tendance : malgré les nombreuses actions menées ici ou là en Europe, elles ne parviennent toujours pas à dépasser le stade de la contestation, sans jamais parvenir à la proposition ;  et cela malgré de fortes mobilisations. Car la crise que nous traversons n’est pas qu’une crise économique ; c’est surtout une crise idéologique. Et ce qui fait défaut aux indignés, c’est justement cette idéologie.

 

Nous ne sommes bien sûr pas tous d’accord sur ce qu’il convient de faire, car il est difficile d’imaginer un « autre monde » que celui qu’on nous impose depuis si longtemps. Et c’est sans doute une des principales raisons qui empêchent tous les indignés de se rassembler. Car pour se rassembler il faut un objectif commun, quelque chose de plus fort que nos différences et qui anime à la fois notre espérance et notre volonté.

 

Comment faire alors pour se rassembler si nous ne sommes d’accord sur rien ?

 

Et bien tout simplement en nous accordant sur le seul point commun qui lient toutes les indignations, à savoir la nécessité d’un changement des règles qui permettent les injustices qui nous indignent. En admettant nos différences sur les solutions à apporter, nous pouvons nous unir sur la nécessité du changement des règles de la Société. Ces règles, qui se basent aujourd’hui sur l’idéologie capitaliste, peuvent être mises en débat à travers un projet rassemblant toutes les sensibilités, une Assemblée Constituante.

 

En exigeant tous ensemble la mise en place d’une Assemblée Constituante, fruit d’un processus allant de la convocation d’Etats Généraux à la rédaction d’une nouvelle Constitution, les indignés de tous les pays, de toutes les tendances, de tous les partis peuvent alors s’unir sans renier ce qui fait leur spécificité. Cette revendication commune permettrait ainsi de lier les forces contestataires pour former une sorte de coalition plus forte, plus organisée que la somme de toutes les indignations prises une à une.

 

Autour de cette revendication unique, la mise en place d’une Assemblée Constituante, les indignés deviendraient alors plus qu’une force contestataire : ils seraient de fait une force de proposition. Car seul un processus constituant, démocratique et indépendant,  permettrait enfin de dégager cette idéologie qui manque à ceux qui s’opposent à l’actuelle. Unis dans un même soucis de justice et de changement, les indignés doivent s’engager à réfléchir ensemble aux nouvelles règles qui devront, au terme de ce processus, être soumises à la volonté des peuples. Notre objectif ne doit pas être de nous rassembler pour nous opposer, mais de proposer ensemble à la Société une nouvelle manière de fonctionner.

 

Cela ne se fera pas en un jour, les débats seront certainement vifs et nous ferons sans doute des erreurs : mais au moins nous aurons, nous le peuple, décidé nous-mêmes de notre destinée. Cela s’appelle la démocratie.

Indignés de tous les pays, devenez des engagés !

 http://www.convergencedesluttes.fr/petitions/index.php?petition=14

 

Caleb Irri

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Le « choc des civilisations », une prédiction autoréalisatrice ?

Posté par calebirri le 31 juillet 2011

L’horrible tuerie qui s’est déroulée en Norvège il y a peu exprime bien la tournure que sont en train de prendre les évènements : face à l’auto-réalisation du terrorisme islamiste se met en place son opposé, le terrorisme d’extrême-droite, comme pour exacerber les peurs et les haines des hommes à qui le « choc des civilisations » a permis de séparer le monde en deux identités distinctes, les « gentils » et les « méchants ». Cette manière de voir, qui se fonde en réalité sur la négation de la complexité du monde (et de ses habitants), permet à tous de s’y retrouver facilement, car elle ne nécessite ni réflexion, ni connaissances.

 

Mais c’est qu’à force de vouloir simplifier les idées et les faits, cette vision stupide et illusoire d’un monde binaire fait son chemin, à tel point qu’elle risquerait de devenir, à force, une réalité.

 

Quand on regarde bien les choses, les attentats du 11 septembre une fois attribués à Al Qaeda, les opinions publiques ont découvert presque « d’un seul coup » l’existence de camps d’entrainements, d’un réseau opaque de gens très organisés faisant transiter de l’argent et des armes à travers des déserts hostiles, tout un monde obscur que les politiques n’ont pas hésité à qualifier de « nébuleuses », et dont les médias se sont largement servi pour effrayer toute une population que l’on a fini par monter contre la communauté des musulmans, trop souvent amalgamés avec les islamistes. C’est au travers de cette défiance envers tout le monde musulman que se sont ensuite manifestés (ou même créés), presque « logiquement » et en quelque sorte en « réaction », d’autres groupes terroristes se référant explicitement à Al Qaeda, alors que sans doute ils seraient autrement resté dans l’ombre d’une organisation mafieuse locale. Le caractère international du terrorisme n’est qu’une réalisation des propres peurs du monde occidental qui, aveuglé par sa vision du « choc des civilisations », a fini par engendrer ce monstre qu’il redoutait tant.  La mort de Ben Laden, il n’y a pas si longtemps, nous a permis de constater à quel point sa « réputation » était « surfaite », car en fait de carrure internationale il n’en possédait visiblement ni les épaules ni les moyens. Mais il restera pour tous un symbole, marquant l’Histoire d’une empreinte bien plus grande qu’il ne l’aurait mérité.

 

Aujourd’hui, le cas norvégien est en capacité de transformer là-aussi un acte isolé en « symbole » d’un phénomène de société, ce qui constitue un pas de plus vers la réalisation du « choc des civilisations » tant redouté : en émettant l’hypothèse des cellules internationales, les médias répercutent l’idée selon laquelle il ne serait pas « illogique », pas si « incroyable » qu’il en existe. De la même manière qu’il existe un terrorisme islamiste international, il devrait exister un terrorisme « anti-islamiste » international également- les joies de la mondialisation… Mais il est pourtant évident que malgré l’existence de quelques groupes néo-nazis ou racistes, diffus et sans autre envergure que celle de peser à l’échelle locale, l’idée d’un groupe terroriste international contre les musulmans est aussi saugrenue que celle de considérer Al Qaeda comme un groupe international ; du moins avant le 11 septembre 2001. Et alors que les débats ont depuis cette tragédie repris sur l’immigration et l’Islam, la vision qui scinde le monde en deux camps ennemis commence plus ou moins à prendre consistance : des cellules terroristes d’extrême-droite vont peu à peu apparaître dans les médias, car chaque groupuscule désireux de « se faire voir » se revendiquera du même groupe international (qui n’a même pas de nom puisqu’il n’existe pas encore), après avoir bien sûr commis quelque horreur ici ou ailleurs…renforçant ainsi encore un peu plus l’idée que le monde est désormais séparé en deux.

 

Mais ce que semble ne pas voir le peuple, aveuglé qu’il est par la propagande et la peur qu’elle engendre, c’est qu’au bout du compte nous serons tous victimes non pas du terrorisme international, mais des conséquences réelles de nos peurs fantasmées : une fois ces actes odieux perpétrés au nom d’une vision erronées de la réalité, les répercussions de ceux-ci rendront possibles cette réalité. Des mesures sécuritaires d’importance seront bientôt prises dans un pays dont le taux de criminalité est des plus faibles, comme elles l’ont été dans de nombreux pays après le 11 septembre. La surveillance, le contrôle et la répression monteront d’un cran supplémentaire à chaque drame se produisant, réduisant peu à peu le champ politique à la prise de position « pour » ou « contre » l’un des deux camps que l’on aura contribué à créer, faisant ainsi d’abominables individus sanguinaires les symboles, voire les idoles d’un monde qui persiste à se voir (ou à se vouloir ?) en noir et blanc.

 

Caleb Irri

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Pour que les révolutions ne meurent pas, ajoutons la réflexion à l’action !

Posté par calebirri le 26 mai 2011

On le voit bien ces derniers temps, la déception laisse place, peu à peu et à mesure que les sacrifices demandés aux peuples augmentent, à la colère. Cette colère qui monte sourdement, tranquillement, en chacun de nous et chacun dans son coin, un peu comme ça vient. Les « indignés », de quelque nationalité qu’ils soient, comprennent que quelque chose ne va pas, et sentent plus ou moins consciemment qu’un unique ennemi les réunit, sans vraiment savoir comment le combattre.

Cet ennemi commun, c’est un système injuste au service des plus riches, et au détriment de la démocratie, c’est à dire du peuple. Face à la conjonction du retournement capitaliste et de la destruction de l’environnement, l’humanité est entraînée dans une spirale accélératrice qui la conduira inévitablement à faire des choix quant à son avenir. Car le véritable ennemi de la démocratie, c’est le capitalisme : un capitalisme autodestructeur, qui ne remplit pas les exigences démocratiques, qui tue, asservit, déshumanise. On ne peut soumettre le capitalisme à la démocratie, car l’existence de l’un exclut celle de l’autre. Soumettre le capitalisme à la démocratie, cela signifierait en réalité supprimer le capitalisme. Ce qui pourrait bien arriver…

Tant que ce système nous favorisait encore, nous les pays « riches », il n’était pas difficile de croire à l’illusion de bonheur que ce système procurait. Mais aujourd’hui nous sommes confrontés à la possibilité de voir nos « acquis » (faits sur le dos des pays « pauvres ») disparaître au profit de ces mêmes pays que l’on appelle désormais « émergents ». Car le capitalisme est un système qui ne peut satisfaire au bonheur de tous : il conditionne le bonheur de certains aux malheurs d’autres

L’agitation qui règne actuellement dans les hautes sphères politiques est la preuve la plus évidente de l’intérêt qu’elles portent à cette question du « retournement » du capitalisme, ou de sa fin. Car si nous laissons les lois du capitalisme régler la crise économique et financière, alors il faut que tous les pays dits « développés » aujourd’hui se préparent aux plus grands sacrifices, à savoir se séparer de certaines libertés, de protection sociale, de la démocratie enfin. Nous devrions peut-être même alors nous préparer à devenir les futurs « immigrés » de Chine, du Brésil ou de l’Inde… Ce que nos gouvernants, et même la plupart d’entre nous, ne veulent même pas imaginer.

Pour sortir de cette spirale et éviter la perte de leur pouvoir, les Etats « développés » n’ont donc pas d’autre choix que de pousser, à terme, à la fin du capitalisme au travers ou du bancor, ou de la guerre. Car les pays émergents, qui veulent aujourd’hui profiter enfin des fruits de leurs sacrifices passés,  ne se laisseront sans doute pas si facilement berner.

Mais attention, la fin du capitalisme ne signifie pas pour autant la mise en place de la démocratie : seulement sa possibilité. Prenons garde que les révolutions qui couvent ici ou là ne tombent pas sous le coup de la sentence de George Orwell « on n’établit pas une dictature pour sauver une révolution, on fait une révolution pour établir une dictature » et qu’elles ne conduisent pas à pire encore que ce à quoi les peuples ont échappé.

Le soutien de ces mouvements par les pays dits « démocratiques » est plus que suspect (aux vues des liens troubles qu’ils entretiennent) car il rentre en contradiction totale avec le refus d’accepter les émigrés des pays concernés. En soutenant d’une part ces évènements d’un point de vue moral et en refusant ses conséquences économiques d’une autre, les gouvernements montrent ainsi au grand jour les contradictions, l’injustice et la corruption du système : les plans de sauvetage, les bisbilles autour du FMI, le contrôle d’internet et le racisme éclairent d’une lumière crue leurs véritables volontés, car ils ont eux bien compris que si la démocratie doit se soumettre au capitalisme, ce capitalisme ne les favorisera plus pour longtemps… D’où l’idée de supprimer à la fois le capitalisme et ce qui nous reste de démocratie.

Car en s’appuyant sur les révolutions pour mettre à bas le capitalisme, ils évitent ainsi le combat avec les plus forts (les « émergents »), pour porter leur attention sur d’autres cibles (les Musulmans et les « assistés »). S’explique ainsi toute la politique actuelle, qui pousse peu à peu les peuples à accepter, de gré ou de force et à travers le bancor, la guerre ou les deux, un nouvel ordre économique mondial qui n’aura plus rien ni de capitaliste, ni de démocratique : et tout cela,  officiellement bien sûr, pour « sauver » les révolutions que nous aurons conduites pour eux.

C’est donc pour éviter d’avoir à choisir entre « 1984 » ou « le meilleur des mondes » qu’il ne s’agit pas seulement de manifester, de se battre ou de supprimer le capitalisme ; et cela, c’est faire encore la moitié du travail pour ceux qui nous exploitent. La révolution est certes nécessaire, mais à condition qu’elle s’appuie sur une réflexion globale, un espoir, un avenir sur lequel travailler, et surtout nous unir.

Car il faudra bien nous unir, et canaliser  les indignations au travers de projets constructifs ou en construction (http://laconstituante.forumgratuit.fr/) nous permettant d’établir un autre système capable d’échapper aux alternatives qu’on voudra nous imposer. Les jeunesses de tous les pays ont ce pouvoir, car pour l’instant encore ils maitrisent mieux ce formidable outil « internet » que la génération précédente. Nous pouvons, et devons le faire, car viendra bientôt le temps du choix : soit nous prendrons ce qu’il veulent bien nous donner, soit nous créerons nous-mêmes notre propre voie. Mais les choses ne pourront pas durer ainsi très longtemps.

Après l’indignation il y a l’action mais pas seulement : il faut y ajouter la réflexion.

 

Caleb Irri

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Et si nous admettions nous être trompés ?

Posté par calebirri le 16 mai 2011

Le capitalisme me fascine : le pouvoir de l’argent est tel qu’il fait perdre la raison à tous, que vous soyez pauvres ou riches, de gauche ou de droite, blanc ou noir, juif ou musulman. Vous en avez envie, et si vous n’en avez pas envie vous en avez besoin. Impossible de s’en passer, impossible d’y résister, il vous en faut, ne serait-ce que pour survivre. Plus on s’en approche, plus on en devient dépendant. D’ailleurs, les analogies avec la drogue sont nombreuses, et il est bien certain que le problème avec l’argent n’est pas d’en obtenir, mais bien plutôt de savoir s’en passer.

 

C’est le monde entier qui fonctionne désormais ainsi, car le système capitaliste a profondément marqué votre esprit, et même votre inconscient. Il a réussi à remplacer chez vous les notions de don, de partage et de fraternité par celles de l’échange, de l’individualisme et de la concurrence. A l’intérieur de vous-même, que vous le vouliez ou pas, vous êtes contraints de réfléchir en ces termes, car le capitalisme fonctionne ainsi : c’est vous ou « eux », et il vaut mieux que ce soit VOUS.

 

La valeur de l’être humain en a elle-même été modifiée, car elle n’est aujourd’hui jugée que selon des critères « calculables », financiers donc. Ce qui compte aujourd’hui n’est plus ce que vous êtes, mais ce que vous faites. Toutes vos actions ne sont plus dirigées que par un critère ultime, qui détermine votre place au sein de la société : votre compte en banque. Si ce que vous faites rapporte de l’argent, alors vous êtes « un type bien », tandis que si vous n’êtes que « un type bien » sans argent, vous ne valez rien. Non seulement aux yeux des autres, mais même à vos propres yeux.

 

Mais si nous nous étions trompés ? Si, au lieu de nous avoir été profitable, le système capitaliste nuisait en définitive au bon fonctionnement de la société, de l’humanité ?

Même de bonne foi, imaginez qu’Adam Smith se soit trompé, et que toute son histoire de « main invisible » soit une erreur… Ce n’est pas si compliqué, il n’y a qu’à regarder autour de soi pour le comprendre : les promesses du système capitaliste n’ont pas été tenues, et il semblerait que la tournure que prennent les évènements nous démontre qu’à terme nous allions droit dans le mur : les valeurs sur lesquelles reposent le capitalisme sont, d’un point de vue global (mondialisé) incompatibles avec la satisfaction de l’intérêt général.

Cette hypothèse retenue, que fait-on après ? On continue à foncer droit dans le mur en fermant les yeux ou on essaie de freiner avant l’impact ?

Mais il n’est pas si facile d’admettre que l’on s’est trompé. C’est qu’à force de se considérer selon la valeur de son compte en banque, il serait une humiliation insupportable que de reconnaître qu’à part ce dernier, nous n’avons pas forcément grand chose à exhiber pour nous rassurer. Bien que le simple fait de le reconnaître soit une preuve suffisamment grande de notre « substrat » d’humanité, pour certains cela signifierait de remettre toute leur vie en cause, et d’y rechercher un sens qu’ils n’y trouveraient plus : le vide absolu, le néant, une vie « pour rien ». Les plus investis seraient sans doute les plus retors, mais pourquoi continuer à persister dans l’erreur ?

Et pire encore, que penser d’une humanité qui dans son ensemble se serait ou trompée, ou laissée berner par un système qui ne tient pas, et ne pouvait pas tenir ses promesses ? En s’apercevant, en reconnaissant que le capitalisme n’est pas le système qu’on croyait capable d’apporter le bonheur à tous, alors nous devrions remettre en cause des milliers d’années de civilisation, de progrès technique et social, de guerres inutiles et de famines inacceptables. Sans compter notre lâcheté collective : plutôt que d’admettre au plus tôt que nous n’étions pas sur la bonne voie, nous avons préféré nous mentir à nous-mêmes en tentant d’inverser la courbe sans jamais remettre en cause l’erreur primordiale sur laquelle repose toutes les autres : l’argent qui de moyen est devenu fin, comme il était inscrit dans ses « gênes » (et contre lequel on a mis en garde il y a plus de 2000 ans). Perdus face à une réalité infiniment complexe, nous avons préféré continuer dans cette voie plutôt que d’en chercher une meilleure, parce qu’il était beaucoup plus facile de mentir et de tromper que de rechercher d’autres modes de fonctionnement. La guerre est plus facile à faire que la paix.

Mais nous aurons bon chercher tous les « autres » coupables du monde, stigmatiser certaines minorités ou faire toutes les guerres pour y trouver le responsable, nous n’en deviendrons pas meilleurs, ni même plus avancés. Car le véritable problème est l’argent. L’argent qui nous a été utile un temps, mais qui nous est devenu indispensable : les hommes sont trop faibles pour lui résister. Quand nous accédons à l’argent, nous perdons nos repères et la notion des valeurs qui vont avec. Nous adoptons tacitement les règles du « jeu » capitaliste, et les faisons nôtres. Nous nous « déshumanisons » à mesure que nous intégrons les modes de pensée qui permettent d’accéder à la « réussite », celle que le capitalisme considère comme telle en tous cas, la réussite financière, au mépris de toute autre considération. L’argent est une substance nocive qui corrompt les coeurs et les esprits. Il nous faudra bien apprendre à nous en séparer, au moins pour ne pas tout détruire. Toutes les injustices, toutes les guerres et toutes les famines, tous les maux humains ne proviennent, au bout du compte, que de l’argent qui, de main en main, de lieu en lieu, corrompt tout ce qui le touche.

Si nous remettions tout cela en question, sans doute alors nous serions tous considérés comme responsables du plus grand crime qui soit, c’est à dire de nous savoir coupables sans réussir à changer notre comportement criminel (y compris vis à vis du climat et de la planète, et de nos descendants…).

Mais changer nos comportements implique la reconnaissance de notre erreur, et de celle de tous, et de tous ceux qui nous ont précédé. Cela implique une remise en question totale de toute l’histoire humaine, de toutes nos valeurs et de tous nos désirs. Cela implique d’assumer un passé fait de misères et de guerres inutiles, de massacres honteux ou de calculs stériles, mais c’est seulement en agissant ainsi que nous pourrions avancer : nous serions alors déjà un peu plus humains.

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

Publié dans argent, crise, mondialisation, philo, politique?, révolution?, un nouveau système | 12 Commentaires »

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