De la crise à la singularité technologique, en passant par Asimov

Posté par calebirri le 12 décembre 2011

Dans le livre « Robots », de Isaac Asimov, la technologie a atteint un tel degré de développement que la gestion du « monde » se trouve alors effectuée par des « supercalculateurs » capables de coordonner les besoins et les ressources disponibles pour satisfaire les intérêts des hommes, dont les tâches se résument apparemment à surveiller le bon déroulement des opérations, ou à améliorer les performances de leurs machines. Des robots, mus par les Lois de la Robotique qui les destinent au service des hommes, remplissent tous les travaux pénibles qui fatiguent d’ordinaire les humains, et certains sont même capables de servir de « nourrice » aux enfants : le développement technologique semble avoir permis à l’homme de se libérer des contraintes du travail, ainsi que des difficultés pour assurer sa subsistance.

 

Cette oeuvre, qui compile 9 nouvelles et qui a été rédigée dans les années 1940, a de quoi faire réfléchir sur notre monde présent, car il semble que la vision du progrès technologique tel qu’on l’imaginait dans le milieu du vingtième siècle n’a pas abouti aux objectifs qu’on lui prêtait alors : aujourd’hui le progrès technique est en concurrence avec l’être humain, alors qu’il devait être son aide la plus précieuse. Et même si les robots qui peuplent le monde imaginé par Asimov sont peut-être réalisables d’un point de vue technique, ils sont impossibles à concevoir dans un monde capitaliste : que pourraient bien faire alors les hommes dans un tel environnement, à part se prélasser en attendant que le robot-cuisinier prépare le dîner, sans emploi et surtout sans salaire ? Alors que la simple mise en place de caisses automatiques dans les supermarchés jetterait des dizaines de milliers d’employés dans les affres du chômage et de la misère, comment imaginer l’arrivée sur le marché de robots aussi perfectionnés, aussi « utiles » que le sont ceux évoquées dans cet ouvrage ?

Quand bien même nos savants chercheurs trouveraient la possibilité technique de réaliser ces formidables outils, comment pourraient-ils s’intégrer dans le monde tel qu’il fonctionne aujourd’hui ? Imaginez le cauchemar pour l’économie, avec des robots capables de remplacer les hommes partout où ils ne s’épanouissent pas ? Imaginez la tête de nos dirigeants, de nos « génies » boursicoteurs ou économistes, face à la puissance de « prédiction » de supercalculateurs si perfectionnés ?

Mais nous pouvons être rassurés, ce cauchemar n’est pas pour tout de suite, et il est même loin le temps où tout le monde pourra se payer ce petit bijou : car le capitalisme veille, et ses agents  préfèrent régner sous son joug que de supporter librement le sort commun.

 

A l’heure où le monde traverse une crise idéologique historique et décisive, il est pourtant intéressant de se pencher sur ces « supercalculateurs » : munis d’une puissance de calcul inégalée, ils possèdent presque le pouvoir de prédire l’avenir, en ce sens que des milliers de milliards de paramètres entrés en équation peuvent permettre de savoir précisément si le climat se réchauffe, à cause de quoi et de combien, où et quand ; et aussi quelles répercussions auront sur lui le fait d’augmenter la TVA, de donner le droit de vote aux étrangers ou de supprimer la bourse.

 

Dans cet ouvrage,  les robots deviennent au fil du temps si perfectionnés qu’ils finissent par réaliser ce qu’on nomme la « singularité technologique » à savoir qu’ils deviennent tellement puissants qu’ils finissent par posséder eux seuls la capacité d’améliorer les performances des supercalculateurs, comme celle de décrypter leurs calculs.  Ces supercalculateurs devraient être l’objet de tous les rêves de nos gouvernants, car gouverner c’est prévoir, et les supercalculateurs permettent de tout prévoir… et donc de tout régler. Le développement de supercalculateurs permettrait de rendre impossible les famines, le gâchis, le dérèglement climatique ou les problèmes de logement… mais il ferait sans doute aussi s’effondrer le monde capitaliste qui fonctionne sur la rareté, l’opposition des intérêts particuliers et l’injustice. Et c’est bien contre cela que luttent les puissants de ce monde. Car dans notre monde, si complexe et si « interconnecté », la science n’est développée qu’à l’intérieur du « prisme » capitaliste, et le développement technologique est soumis aux mêmes lois que celles que subissent les autres développements : celles qui posent l’intérêt individuel et la rentabilité au dessus de toutes les autres considérations, de toutes les autres valeurs. Nos « supercalculateurs » actuels ne servent que les marchés boursiers, nos robots ne sont utilisés que dans l’objectif de réduire des coûts de production en réduisant la part salariale (quand délocaliser est devenu trop cher), et les technologies ne sont pas développées dans l’intérêt général mais dans le but d’en tirer des bénéfices financiers, individuels.

De plus, la rentabilité comme « Première Loi » implique la destruction de toute idée libératrice par la technologie, car le développement technologique à visée humaniste va à l’encontre du capitalisme… ainsi que des inégalité inhérentes à ce système et le pouvoir exercé par un petit nombre sur un autre très grand. Trouver un seul médicament pour tout et pour tous, rendre possible l’utilisation gratuite et infinie des énergies propres et inépuisables, libérer les hommes du travail est tout simplement in-envisageable : comment les puissants de ce monde conserveraient-ils alors leurs privilèges ?

 

Les puissants de ce monde n’ont absolument aucun intérêt à concourir au bien du plus grand nombre,  pas plus que celui de rendre possible l’intervention de supercalculateurs dans la vie sociale : ils préfèrent de loin les erreurs manipulables de leurs « idéologues-économistes » à un incorruptible ordinateur capable d’intégrer tous les paramètres, toutes les données, toutes les informations, de les mettre en ordre et d’en sortir une synthèse sérieuse. Et heureusement pour eux l’homme en est bien incapable, car personne ne pourra jamais « tout savoir ».

Le problème se situe donc dans « le cadre » qui englobe la pensée humaine, son idéologie : alors que la première loi qui encadre le développement technologique est celle du capitalisme (« le profit avant tout »), celle du développement technologique décrit par Azimov est l’intérêt général, à travers les trois lois de la robotique qui sont :

  1. Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.
  2. Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi.
  3. Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.

Dans ce monde-ci, la technologie a pour mission première de protéger et de servir les hommes, tandis que dans le notre elle n’existe que pour satisfaire des besoins particuliers. Si les actions des puissants de ce monde étaient régies par les mêmes lois que celles de « Robots », le monde actuel ressemblerait sans doute un peu plus à celui d’Asimov qu’au notre.

Car la réflexion conduite par Asimov ne s’arrête pas là, et les parallèles qu’on en peut faire avec la situation actuelle non plus : à force de développements, il devient dans le livre impossible de distinguer un humain d’un robot, et le monde des humains commence alors à craindre ceux dont ils n’a plus ni le pouvoir ni la capacité de contrôler. Les hommes craignent la tyrannie des robots, remettent en question les calculs qu’ils ne sont plus en mesure de vérifier : on interdit alors aux robots de se présenter à des élections, pour ne pas qu’ils finissent par devenir les « maîtres » de ce monde.

Si bien qu’arrive un jour où un homme se voit porté au pouvoir par le peuple qui le croit homme, alors qu’il est robot. Le monde n’a jamais aussi bien été géré, et ses opposants qui le soupçonnent veulent le confondre, afin qu’il soit démis de ses fonctions. Mais les robots sont les plus malins, en jouant sur les trois règles dont ils disposent pour remplir le rôle qui leur incombe, et préfèrent mentir dans l’intérêt général que de laisser les hommes reproduire toujours les mêmes erreurs…

Voilà une belle leçon pour nos gouvernants, et un espoir pour les peuples  : alors que la conférence de Durban n’a rien donné de plus que les autres conférences sur le climat (faute de projections invérifiables par de « simples » humains), alors que les conséquences des OGM sont incalculables et peut-être catastrophiques pour l’humanité toute entière, alors que personne n’est en mesure de connaître les véritables dangers de l’énergie nucléaire, alors qu’on ne sait si l’austérité sauvera ou empirera la situation sociale des peuples concernés par ces mesures (enfin là on a une petite idée quand même…), la « science-fiction » nous offre d’autres perspectives que celles de perdre toute notre science et tout notre savoir dans de savants mais inutiles calculs de probabilités de risques, au nom de la rentabilité et sous couvert de morale, aussi invisible que la main sur laquelle elle s’appuie.

 

Au lieu de calculer combien de marge, quels risques, quels taux, quelle note, combien vaut l’homme ou combien vaut un litre d’air, on pourrait calculer ce qu’il nous faut, ce qu’on a, qui a besoin de quoi, sans craindre la faillite : il faut lire Fondation, la « grande » oeuvre d’Asimov, qui montre bien à quel point les possibilités de développement de l’humanité sont gigantesques, infinies presque. Quand on voit combien d’exoplanètes on découvre, quand on étudie des rats qui ne vieillissent pas, que nous sommes capables de reproduire n’importe quelle cellule et même des cellules qui n’existaient pas, il est impossible d’accepter qu’aujourd’hui nous ne soyons pas en mesure de nourrir et de loger tout le monde. Ce n’est pas un problème de capacité créatrice, ni réalisatrice, ce n’est pas un problème de ressources mais un problème de partage de celles-ci, de création délibérée de rareté, d’obsolescence, de monopoles, enfin de rentabilité qui empêche la technologie de servir véritablement les hommes. Sans la recherche de rentabilité comme première loi, alors tout est possible, sans devoir se contraindre ni à la décroissance ni au chaos.

 

Caleb Irri

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Mondialisation contre mondialisation : et pourquoi pas une « Internationale des indignés » ?

Posté par calebirri le 5 décembre 2011

Il y a quelques jours, une nouvelle initiative a été lancée sur le blog de Paul Jorion, intitulée « l’utopie réaliste« . En moins de 1500 mots et jusqu’au 31 décembre 2011, toutes les contributions qui imagineront les bases d’une nouvelle société seront récoltées, et j’imagine sélectionnées ultérieurement (je ne sais sous quelle forme).

 

Bien tenté d’apporter ma petite pierre à l’édifice, je me préparai donc à engager ma contribution, et commençai à faire la liste des mesures me semblant essentielles :

 

- transparence absolue des comptes de l’Etat et de ses représentants, avec  abrogation du « secret-défense » et du secret d’Etat, fin de l’immunité présidentielle et interdiction des conflits d’intérêts.

-fin des paradis fiscaux et contrôle strict des chambres de compensation.

- programmes de recherche pour éradiquer la pollution, favoriser l’émergence des énergies réellement renouvelables (c’est-à-dire inépuisables), re-localisation de la production agricole.

-programmes de relance pour plus d’éducation, plus de santé, plus d’emplois, plus de social : chaque besoin devant trouver une solution.

- réforme fiscale plafonnant les revenus, taxant les riches et aidant les pauvres, interdiction des paris sur les fluctuations des prix et de la spéculation sur les matière premières, fermeture de la bourse.

- etc…

 

Cela avait de quoi faire rêver n’est-ce pas  ? Pour ce qui est de l’utopie nous y sommes… Mais cette utopie est tout bonnement non pas irréalisable mais irréaliste.
Car en s’opposant à la logique de marché imposée par le capitalisme, une nation qui s’engagerait dans la voie de la justice sociale se retrouverait rapidement isolée sur le plan international, puis exclue de cette « mondialisation » qui effraie tant aujourd’hui, et à laquelle il n’est pourtant plus aujourd’hui possible d’échapper. Les taux d’emprunts de la France flamberaient, empêchant toute dépense et asphyxiant aussitôt l’économie : un Etat seul ne peut pas s’opposer aux règles qui régissent les échanges mondiaux, et encore moins les changer.

 

Cela prouve une fois de plus que la démocratie au niveau « national » n’a désormais plus aucun sens. Et cela signifie aussi que dans la mondialisation, il faut que tous soient d’accord pour changer les règles, ou au moins que les plus forts parviennent à l’imposer aux plus faibles. Aujourd’hui la démocratie doit être mondiale, ou ne pas être. Mais « mondialement ».

 

Et c’est bien de cela dont nos dirigeants ont déjà pris conscience : les règles du capitalisme international ne leur permettant pas, à terme, de perpétuer leur domination sur le reste du monde, ils tentent actuellement d’imposer aux peuples la mise en place d’une « Alliance » assez forte pour transformer radicalement les règles de fonctionnement de nos sociétés. En quelque sorte, ils font le même travail que celui proposé par monsieur Leclerc chez monsieur Jorion, mais à l’envers ; sauf qu’ils ont un coup d’avance.

 

Pourtant, il suffirait de presque rien pour que les peuples dépassent le mur de la mondialisation financière : il leur faudrait juste, en retour, créer une « mondialisation de la contestation » pour résister à celle de la finance. Une sorte « d’Internationale des Indignés », capable de se rassembler et d’agir partout en même temps, sous un mot d’ordre commun, avec un discours unique, à travers une nécessaire organisation de leurs structures locales. Car ce n’est qu’en unissant, en agrégeant, en organisant, en unifiant tous ces petits mouvements indépendants, encore « purs » de « science politique », que les peuples trouveront l’espoir d’une « autre » société. En s’appuyant sur les outils dont nous disposons aujourd’hui, nous avons l’opportunité de fédérer, et aussi d’internationaliser un vaste mouvement démocratique.

 

Car il faut se rappeler que l’internet est encore libre : que ce soit par l’intermédiaire des réseaux sociaux, des forums, des blogs, des pétitions ou de la vidéo en ligne, les peuples indignés ont le pouvoir de se rassembler, de communiquer, d’échanger et de débattre d’un bout à l’autre de la planète. Les peuples ont aujourd’hui plus que jamais la possibilité (et le devoir ?) de mettre en place, au niveau international, toute l’infrastructure nécessaire à cette « Internationale des Indignés », seule capable de répondre aux enjeux de la mondialisation financière. Ils peuvent engager eux-mêmes les consultations, les débats et les réflexions sur ce que pourrait être une nouvelle société. Ils peuvent organiser eux-mêmes le fonctionnement de leurs futures Assemblées Constituantes, partager leurs réussites et leurs échecs locaux, échanger leurs méthodes. Ils peuvent coordonner leurs actions, leurs mouvements de grèves ou leurs manifestations. Ils peuvent établir eux-mêmes les règles auxquelles ils désirent se soumettre, car ils seront alors, véritablement, les 99%

Car la révolution ne se décrète pas : elle se prépare. Comme le disait déjà Marx en son temps la révolution, pour fonctionner, doit être mondiale. Elle doit se produire partout en même temps, pour ne pas se trouver enfermée ni contrainte par le reste du monde.  Pour qu’elle se réalise, il faut qu’elle soit considérée comme juste par tous, et que toutes les règles de fonctionnement du nouveau régime mis en place soient définies et acceptées en amont.

 

Imaginez après que la révolution se produise partout et en même temps, de manière coordonnée et réfléchie, pacifique car soutenue par tous les 99% ; et alors tout devient enfin à la fois réalisable… et réaliste.

 

Caleb Irri

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La place des « classes moyennes » dans le mouvement des indignés

Posté par calebirri le 26 novembre 2011

Aux Etats-Unis, les indignés se font appeler les « 99% », soulignant par ce chiffre le ratio qui les oppose aux 1% qui possèdent le pouvoir effectif. Pourtant, et malgré l’optimisme relatif de ce chiffre (en réalité c’est même moins d’un pourcent !), il n’est nul besoin d’être mathématicien pour constater qu’il y a loin entre l’annonce et le résultat : dans la rue se trouve en réalité bien moins même que le petit pourcent contre lequel les 99 autres pourcents sont censés lutter.

 

Comment expliquer ce décalage ? Alors que la démocratie signifie « le gouvernement du peuple par (et pour) le peuple » (ce qui implique traditionnellement la définition au suffrage universel direct d’une majorité), il se trouve qu’en réalité seuls les 1% dirigent effectivement, au nom des 99%, et cela avec leur consentement !

Comment a-t-on pu en arriver là ? Comment, et alors que la majorité de la population subit constamment l’exploitation d’un tout petit nombre, comprendre que le peuple soutienne un candidat qui ne représente pas son intérêt, l’intérêt général ?

 

Il y a plusieurs explications qu’on peut soumettre pour tenter d’éclaircir le phénomène :

 

Tout d’abord, il faut comprendre que ceux qui possèdent l’argent possèdent le pouvoir, et que le plus riche est capable d’acheter et l’intelligence et la force, autant que la bêtise et la faiblesse. Les riches « possèdent » donc tous les postes importants, c’est-à-dire ceux qui leurs permettent de faire élire par plus de 50 % un candidat qui ne fera profiter in fine que les 1% les plus riches, à savoir ceux-là même qui l’ont fait élire. Ils ont la mainmise sur les plus grands médias, les plus grosses industries, les transports, la construction, la communication, l’énergie, les meilleures terres…. Cela représente des centaines de milliers d’emplois, un accès privilégié à la diffusion de la propagande à travers le public comme à travers le privé (tous deux servent en réalité les mêmes intérêts),  et signifie surtout une domination de fait des riches sur les politiques menées par un gouvernement qu’ils contribuent à faire élire.

 

Ensuite, il faut avouer qu’il est plus facile de s’accorder à 1% qu’à 99 % : alors que les évènements se succèdent à une vitesse folle, il est facile d’imaginer que les 99% n’auront toujours pas fini de se mettre d’accord  sur leurs revendications lorsque la crise sera finie ! C’est le danger de la démocratie, et aussi une des faiblesses des indignés. Trouver un consensus capable de rassembler toutes les revendications est presque impossible, alors que se contenter du « vote utile » est beaucoup plus confortable.

 

Enfin, si on considère les résultats d’une élection démocratique comme elle s’est déroulée en France en 2007, il faudrait s’attendre en théorie à l’échec perpétuel du candidat de droite. Mais ce n’est pas le cas. Cela signifie que plus de 40 % des votants « se trompent » en croyant satisfaire leurs propres intérêts. L’abstention est un élément essentiel, mais ne suffit pas à lui seul à expliquer le phénomène. Pas plus que l’absence d’une « gauche véritable », car elle existe mais ne fait pas recette.

 

Il faut donc en chercher ailleurs l’explication principale, et l’illusion des « classes moyennes » est un facteur à étudier. Car derrière ce terme se cache un phénomène intéressant de distorsion du réel, entre l’image qu’on en a et sa réalité. Selon les méthodes, la classe moyenne se situe dans une tranche large qui comprend des revenus situés entre 1200 et 3000 euros, ce qui représente près de…. 90 % de la population ! En affinant les barèmes, l’observatoire des inégalités encadre la classe moyenne entre 1200 et 1840 euros par mois, ce qui représente tout de même encore 40 % de la population active, aux quels s’ajoutent 20 % qui gagnent moins que 1200 euros par mois.

Il serait bien sûr exagéré de faire correspondre le vote de la classe moyenne avec le vote « à droite », mais il est intéressant de s’interroger sur un point : l’inconscient populaire est encore très largement victime d’une sorte « d’image d’épinal » qui contribue toujours (à travers une vision passéiste de la classe moyenne qui s’était développée au cours des « trente glorieuses » et qui flattait l’égo des « parvenus ») à sous-entendre le caractère positif de cette position sociale . Ces hommes et ces femmes, employés de bureau, cadres d’entreprises, fonctionnaires titulaires, se sentent dans les sondages d’opinions appartenir encore à cette classe moyenne, et se réjouissent de ce statut. Victimes de l’image même qu’ils se disent porter, ils finissent par se croire réellement appartenir à une classe « privilégiée », et votent selon ce qu’ils croient être leur intérêt propre. Et puisque chacun sait que la droite favorise plus les riches que la gauche, ils sont en général tentés, séduits par les discours qui leur promettent de « travailler plus pour gagner plus ».

 

Mais en réalité ce sont ces classes dites « moyennes » qui vont subir la crise de plein fouet. Aux pauvres on ne peut plus retirer grand chose, et on ne tapera pas non plus sur les riches…. Qui va payer, si ce n’est ce grand fourre-tout qu’on appelle « classes moyennes » ? En leur faisant croire qu’on va faire payer un peu tout le monde, on s’apprête en fait à les appauvrir eux, ceux qui ont encore quelque chose mais qui sont prêts à tous les sacrifices pour conserver l’illusion de leur statut. Ils feront des heures supplémentaires non payées, se soumettront aux ordres, et en voudront aux pauvres d’être « si bien traités », n’ayant comme unique peur de leur ressembler un jour…

 

Ce qui risque bien de leur arriver s’ils ne se débarrassent pas très vite de leurs illusions. Il faut maintenant qu’ils comprennent que leur véritable place n’est pas aux côtés de 1%, mais des 99 autres. Et surtout qu’ils agissent en conséquence.

 

Caleb Irri

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La crise n’est pas économique : elle est idéologique

Posté par calebirri le 6 novembre 2011

La crise qui traverse aujourd’hui le monde dans son ensemble ne peut décemment plus être nommée « crise financière » : cela va beaucoup plus loin. C’est une crise systémique, c’est à dire une crise qui remet en cause le système tout entier, à savoir le capitalisme. Car le capitalisme n’est pas un système permanent ou universel, mais une idéologie. C’est le fait de croire que la somme des intérêts individuels favorise l’intérêt général. Ce qui est faux : les chiffres le montrent, et les faits le prouvent.

 

Ce mensonge, ou si l’on préfère cette illusion dont nous avons été victimes, est en train de laisser place à une prise de conscience populaire réaliste : on voit bien que cela ne marche pas. Et c’est pourquoi tous les économistes du monde ne pourront rien y changer. Et c’est pourquoi il est totalement vain d’espérer retrouver qui la croissance, qui l’emploi, qui la rentabilité : le capitalisme a fini par tomber le masque, et se met à montrer au grand jour les effets de son a-moralité.  J’ai déjà tenté d’expliquer ( dès avril 2010) à quel point la situation économique actuelle est inextricable, car tout le monde commence à comprendre qu’en économie, donner à l’un signifie prendre à un autre. Les citoyens ne font plus confiance à ce système, pas plus qu’à leurs agents ; et ils ont bien raison. Car en économie, les deux camps qui s’affrontent actuellement ne jouent la partie que sur un terrain capitaliste, et c’est n’est qu’à l’intérieur de ce système que s’opposent les deux visions qu’on nous propose aujourd’hui, à savoir le protectionnisme ou le libre-échange.  Tandis que le réel donne à voir les limites non pas de l’une ou de l’autre de ces deux options, mais du système lui-même.

 

De là un décalage croissant entre entre ce que veulent les peuples et ce que proposent les dirigeants : car d’une manière ou d’une autre, le capitalisme ne peut satisfaire à l’intérêt général, que ce soit dans un cadre de libre-échange (à l’intérieur duquel les BRICs et les pays « émergents » seront les vainqueurs au détriment des pays dits « développés »), ou dans celui du protectionnisme (à l’intérieur duquel les puissances « historiques » imposeront leur vision d’une nouvelle gouvernance mondiale : un Empire européen allié avec les Etats-Unis, soumis au FMI et peut-être à sa future monnaie -le bancor – capable de contrer la montée en puissance des « émergents »). Mais de quelque côté qu’on le prenne, ce système favorisera toujours les uns au détriment des autres, et c’est CELA que les peuples ne supportent plus.

La question qui se pose désormais à tous, et à laquelle le nouvel « Empire européen » ne doit pas répondre seul, est donc bien celle-là : vaut-il mieux subir le capitalisme ou en sortir ?

Avec comme corollaire la question suivante : après le capitalisme il y a quoi ?

 

Et les réponses à cette question ne sont pas d’ordre économique, mais philosophique. C’est une idéologie qu’il nous reste à construire, avec d’autres questions concernant la vie en société des êtres humains : l’argent est-il nécessaire, qu’est-ce que la démocratie, quels sont les véritables besoins des hommes, etc…?

 

Pendant ce temps nos gouvernants, perdus entre le retournement du capitalisme et leurs désirs de conserver le pouvoir, tentent par tous les moyens d’échapper à cette question cruciale pour l’avenir de l’humanité. Préférant l’injustice d’un système qu’ils connaissent à la mise en place d’une véritable réflexion collective sur les meilleurs moyens de favoriser l’intérêt général, ils s’imaginent pouvoir faire cesser la montée en puissance des Etats émergents en imposant à leurs peuples une cure d’austérité inacceptable, et en refermant les frontières autour de ce nouvel Empire qui n’aura plus rien de démocratique. Prétextant la crise et le besoin de « protection » que les peuples fragilisés désirent bien naturellement, ils profiteront de la naïveté de ces derniers pour mettre en place une sorte de « contre-retournement » qu’ils croient en mesure de sauver leur statut, à travers un retour « discret » au protectionnisme, pour croient-ils reprendre l’avantage.

Mais tous se trompent également, et tous les économistes du monde ne sauront régler le problème ainsi. Car le protectionnisme est en réalité une autre forme de conquête (par la force), et rien n’indique que les pays aujourd’hui puissants soient encore les plus forts demain.

 

Et c’est à ce point  que nous devons relier le référendum avorté en Grèce à notre réflexion : en sortant de la zone euro et en refusant de rembourser la dette, peut-être s’apercevrait-on enfin qu’un pays peut tourner sans l’Europe, et que ce ne sont pas les peuples qui ont besoin des dirigeants pour les sauver de la misère, mais nos dirigeants qui ont besoin des peuples pour sauver « leur » Europe (comme le prouve l’attachement constant du couple franco-allemand à aider la Grèce « malgré elle »), et avec elle leur domination.

 

Une chose est sûre cependant, c’est que les peuples ne gagneront ni à l’une ni à l’autre des deux options économiques. Le niveau de la dette, les cours de la bourse ou la note des agences n’intéressent pas les peuples, car il y aura toujours des maisons à construire, des champs à cultiver, des hôpitaux et des écoles, des routes et des ponts…

Les peuples, eux, n’ont besoin pas besoin des économistes et de tous leurs calculs, mais d’une nouvelle idéologie capable de les faire tous vivre décemment, sans préjuger du lieu où ils sont nés, ni de leurs ascendances sociales. Vivre sans la misère, c’est tout ce que demandent les hommes. Ce que le capitalisme est incapable de leur apporter.

 

Caleb Irri

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De la dérive du système au naufrage de l’Europe

Posté par calebirri le 2 novembre 2011

Quand je réfléchis à la crise, je finis toujours par me mettre en colère : nous savons d’où elle provient, nous savons pourquoi elle est survenue, nous savons comment la résorber… et il ne se passe toujours rien.

 

En effet cette crise provient de l’excès d’appétit des actionnaires, elle était inévitable car le système capitaliste engendre les excès, et pour la résorber il faudrait faire payer les riches. Mais faire payer les riches, n’est-ce pas supprimer la substance même du capitalisme ?

Et un capitalisme sans riches ni pauvres, c’est encore du capitalisme ? Et puis surtout, par quoi le remplacer ?

 

Face à ces questions qu’on croyait pour toujours tombées dans l’oubli, les penseurs d’aujourd’hui semblent incapables de sortir de nouvelles idéologies prometteuses d’espoir, car le système capitaliste les en empêche : les idées anti-capitalistes ne sont pas rentables.

Car ce n’est pas sur nos hommes politiques qu’il faudra compter, pas plus que sur les riches eux-mêmes. La richesse conduisant au pouvoir et le pouvoir conduisant à la richesse, il est bien évident que ceux qui profitent ensemble du système le défendent ensemble. Et à vrai dire ils n’ont pas vraiment d’autres choix. Comment pourraient-ils en effet se mettre à payer maintenant, alors que le peuple se rendrait compte aussitôt de la supercherie dont il est victime depuis si longtemps, de combien on l’exploite sur son travail et à quoi sert l’argent qu’on lui vole ? Si l’on rendait demain le capitalisme véritablement transparent, on s’apercevrait immédiatement de toute l’injustice de ce système, de toute l’inhumanité qu’il engendre, de toute la corruption qu’il provoque. En fermant les paradis fiscaux et en ouvrant les chambres de compensation, tous seraient ébahis par les sommes gigantesques qui transitent pour amasser qui le fruit de ventes d’armes ou de drogues, qui le fruit du travail des hommes ou d’une bonne négociation, qui l’argent de la prostitution ou du terrorisme.

 

Imaginons l’impossible, et qu’on réponde un jour à  cette question : qu’a-t-on fait de votre argent ? De qui l’avez-vous reçu, à qui l’avez-vous donné, et à qui, à quoi a-t-il servi ? …

 

L’argent que vous gagnez à la sueur de votre front, ou même à la sueur d’autres fronts (c’est ça la mondialisation !), et bien cet argent va dans les poches des riches, qui eux-mêmes remplissent des poches plus grandes, et moins nombreuses ! Il transite discrètement de par le monde, fructifiant au gré des aléas législatifs, de niche fiscale en chambre de compensation, se perd dans des rétro-commissions secrètes, finance des guerres ou nourrit la misère, et finit sur un compte bancaire dans un paradis fiscal pour ne même pas faire le bonheur de celui qui le possède. Les très riches s’étant mis d’accord avec les très puissants pour que ceux qui votent les Lois pour les riches s’enrichissent sans faire de vagues, tout s’est toujours très bien passé tant que cela restait discret, et qu’ils n’étaient pas trop nombreux…

 

Mais la crise et les outils de médiatisation ont transformé la donne : la véritable nature du capitalisme apparaît peu à peu au grand jour, car les lois qui protégeaient autrefois les intérêts des dominants se retournent actuellement contre eux, tandis que l’opinion publique prend peu à peu conscience qu’on veut lui faire porter le chapeau. Ne pouvant pas se permettre de laisser s’écrouler le château de cartes sur lequel ils sont assis, les riches refusent maintenant d’admettre que le système qui les a placé ici ne les soutient plus, et s’acharnent à vouloir croire encore à leurs propres mensonges. Ils ne peuvent plus continuer comme avant, mais ne peuvent pas non plus s’arrêter là : faire payer les riches, c’est tout simplement mettre fin à leur domination. Et faire payer les pauvres c’est perdre les élections.

 

L’exemple de la Grèce en est bien la preuve : perdu entre la nécessité de respecter l’illusion démocratique pour être réélu et celle de satisfaire aux exigences des riches qui veulent faire payer le peuple, le premier ministre grec envisage aujourd’hui de se débarrasser du problème en convoquant un référendum. Entrainant la panique sur les marchés, ainsi que les autres chefs d’Etat dans leurs retranchements (jusqu’à leur faire dire publiquement l’irresponsabilité qu’il y a à solliciter l’avis du peuple sur son propre avenir !), le premier ministre grec réalise un joli coup d’échec. Mettant le peuple, les politiques et les financiers face à l’insoluble équation qui les unit dans un système autodestructeur, il leur permet de constater la réalité des faits : le capitalisme est un système injuste et nocif, qui peut détruire en un jour ce qu’il a contribué à construire en plusieurs siècles, la démocratie.

 

Caleb Irri

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Subir le capitalisme ou en sortir, that is the question

Posté par calebirri le 15 septembre 2011

Quand on évoque la crise financière actuelle, on ne voit en réalité la crise que du point de vue de ceux qui la subissent, à savoir les pays dits « développés », en oubliant ainsi la majeure partie des habitants de cette planète, à savoir les « BRICS » d’une part, et « tous les autres » d’autre part. Car pour eux, la situation n’a strictement rien de comparable avec celle que nous traversons : si les perspectives européennes les inquiètent réellement, elles n’empêchent pour autant ni la croissance ni le business, et constituent même pour certains l’occasion de faire de bonnes affaires…

 

Car ce qu’on oublie trop souvent dans cette histoire, c’est que le monde ne se résume ni à l’Europe ni même aux Etats-Unis, et que le capitalisme fonctionne tout à fait « normalement » d’un point de vue global : la croissance mondiale est plutôt bonne, l’argent circule et les mauvais gestionnaires se trouvent logiquement contraints, un jour, de payer leurs dettes… Et c’est bien là que nous en sommes arrivés.  La crise était inévitable car les pays riches ont refusé de voir que la roue du capitalisme était en train de tourner, et ils ont tout fait pour y échapper. Mais même en trichant, la réalité démographique a pris le dessus sur la théorie économique : l’Europe et les Etats-Unis, avec à peu près un milliard d’habitants, ne sont que peu de chose comparés aux près de 6 milliards des autres habitants de la planète. Même les plus conservateurs ne pouvaient donc pas décemment espérer que la domination d’un petit milliard d’êtres humains puisse éternellement s’exercer sur six autres milliards… et c’est donc face à cette réalité qu’il faut regarder cette crise, qui n’est pas une punition divine mais simplement la conséquence logique de l’Histoire de l’Humanité.

 

A l’occasion de cette crise se pose maintenant la question de savoir ce que vont faire les pays riches, qui n’ont le choix qu’entre deux alternatives : soit ils acceptent le retournement qui s’effectue, et doivent se préparer à voir leur niveau de vie baisser, soit ils le refusent et doivent alors changer les règles du jeu capitaliste, de gré ou de force.

La première hypothèse pourrait sembler la plus plausible aux vues des mesures d’austérité qui se profilent en Europe et aux Etats-Unis, mais c’est sans compter qu’il est plus difficile de se séparer du confort que de s’y habituer, et que peu sont prêts à consentir ce genre de sacrifices : on peut même penser raisonnablement que les plus riches seraient les plus difficiles à convaincre… et les plus riches, ce sont justement ceux qui gouvernent, de près ou de loin, les Etats aujourd’hui en difficulté. Dans cette hypothèse, ce ne sont donc pas les riches qui devraient faire des sacrifices, mais bien les pauvres qui y seront contraints : et je doute qu’ils ne s’y soumettent sans rechigner non plus.
La seconde hypothèse, bien qu’elle soit considérée comme farfelue par beaucoup, est cependant tout à fait envisageable, car elle correspond exactement à la direction que prend le cours des choses : pour revenir à l’équilibre, les sacrifices exigés du peuple seront tellement importants que les dirigeants des Etats en difficulté risquent de se voir contestés fortement, et les grands financiers prêteurs de se détourner vers des profits plus intéressants…ailleurs. Changer les règles du jeu devient alors une hypothèse alléchante, car elle permettrait aux gouvernants d’échapper à la sanction des échéances électorales ainsi qu’à la perte de puissance de leurs Etats (des places de choix au G8, G20, FMI, OMC, Banque Mondiale, ONU, OTAN….) au sein du concert des nations. Et en emportant avec ce programme l’adhésion des peuples concernés, consentants plus facilement à des sacrifices en échange d’un avenir meilleur que celui de la première hypothèse.

 

Cette hypothèse correspondrait alors à une véritable reprise en main du politique sur le financier, comme les évènements actuels peuvent le laisser penser : en effet, toute cette agitation autour de la faiblesse des banques et de leur besoin de recapitalisation semble un coup de poker menteur joué par une Christine Lagarde qui savait très bien où ses « petites phrases » conduiraient. Alors qu’il est certain que les banques européennes, même fortement impactées par un défaut de la Grèce ou de l’Italie, s’en sortiraient malgré tout (elles font de l’argent partout ailleurs dans le monde, et spéculent à la hausse comme à la baisse), la rumeur de leur fragilité a permis aux politiques de faire avancer leurs pions d’une case de plus sur l’échiquier qui oppose désormais les pouvoirs politique et financier : en faisant croire que les banques ne seraient pas capables de faire face à une mise en faillite de certains Etats, ce sont les banques elles-mêmes qu’on met « pour de vrai »en péril, en jouant sur la peur de « petits épargnants » prêts à retirer leurs économies à la première occasion, bien mieux qu’un « bankrun ». Car s’il est une chose qui doit être bien certaine pour tous, c’est qu’un Etat ne peut pas faire faillite ! Il ne peut être ni vendu ni dissous, et cela malgré la faillite de toutes les banques du monde ! Il faudra toujours et des champs et des routes, et des maisons et des usines, et des écoles et de hôpitaux, et des voitures et des télés…à manger, à boire, de quoi se loger et se déplacer, que ce soit avec un euro fort ou un euro faible, et même avec pas d’euro du tout !

Par contre, il se peut qu’en émettant les rumeurs d’une faillite des banques, elles risquent de se produire vraiment, par « auto-réalisation« . La nationalisation serait alors une option  nettement plus probable que la restructuration (autrefois envisagée par le FMI de DSK), suivant la volonté non plus des marchés, mais des politiques. Ce qui constituerait un changement décisif du rapport des forces ; ainsi que la possibilité de modifier totalement les règles du jeu économique à travers un changement de régime total, c’est à dire une sortie pure et simple du capitalisme.

Car nationaliser des banques mondialisées, cela signifie modifier le système monétaire international de manière radicale : la plupart des grandes banques mondiales sont européennes ou étasuniennes, et nationaliser les plus grandes à l’intérieur d’un Empire « du nord » (Europe/Etats-Unis) permettrait à ce « consortium » d’imposer au reste du monde une refonte totale du système monétaire international, un nouveau Bretton Woods avec le bancor à la clef ; et d’échapper ainsi à l’inévitable retournement imposé par les règles du capitalisme d’aujourd’hui.
On comprendrait mieux alors à la fois l’insondable incompétence des économistes qui plongent les Etats « du nord » chaque jour un peu plus dans la récession, et la volonté des « BRICS » de rassurer les marchés pour en retirer les fruits capitalistes : se profilent derrière ces deux options les véritables alliances dont j’évoquais il y a quelque temps la mise en place, avec l’Europe et les Etats-Unis d’une part, partisans de la fin du capitalisme pour échapper à la dégradation, et les BRICS d’une autre, pris entre le désir de perpétuer un système qui leur devient enfin favorable et celui de faire allégeance au projet de refonte du système pour en bénéficier le jour venu.

La bataille se trouve donc être double, car elle se joue à la fois entre « le nord » et « le sud », et entre le pouvoir politique et le pouvoir financier. Mais elle ne fait que commencer, et il est encore trop tôt pour engager un pronostic : car même dans le cas où le pouvoir politique l’emporterait sur le financier, cela ne signifie pas pour autant que la bataille pour imposer aux pays « du sud » les nouvelles règles « du nord » sera victorieuse… Il suffit pour s’en convaincre de constater que les guerres pour l’énergie et les territoires fertiles s’étendent partout à travers le monde (sur le dos des plus faibles bien entendu), comme si l’on se préparait déjà, des deux côtés, à assumer par la force le refus des uns de se soumettre aux autres.

Le capitalisme pourrait donc bien un jour se terminer : mais ce par quoi il sera remplacé risque bien d’être encore pire !

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

Publié dans crise, la démocratie, misère, mondialisation, politique?, relations internationales | 17 Commentaires »

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