Le temps de la rentabilité est révolu

Posté par calebirri le 25 juillet 2012

La rentabilité est le point central qui occupe toutes les pensées de l’homme inscrit dans le monde capitaliste. Objectif primordial à atteindre le plus rapidement possible, sa poursuite exprime un état de conscience positif qui le pousse à l’action, et qui par cette action provoque la réalisation d’un futur différent de celui qui adviendrait sans cette action. En d’autres termes, la recherche de la rentabilité est le moteur qui fait avancer le monde (qu’on le veuille ou non), et sans elle pour le motiver, l’homme semble aujourd’hui incapable d’agir.

Mais la rentabilité, qui se mesure en termes économiques par des perspectives de recettes supérieures à celle des dépenses, se mesure également en terme de temps (de perspectives) : une action peut être « rentable » pendant un temps donné, ou à partir d’un certain temps. C’est pour exprimer cette relativité de la rentabilité qu’on parle aujourd’hui de court, moyen ou long terme. Car le temps de la rentabilité peut varier, et il n’est pas rare de trouver des exemples de certaines activités rentables sur le court terme mais catastrophiques sur le moyen ou le long terme, et réciproquement.

Ensuite, il faudrait définir à qui cette rentabilité profite : une activité rentable est-elle une activité qui profite à celui qui la crée, à ceux qui y sont associés ou à tous ? Pas facile de répondre, pas facile de le calculer. Et si on y ajoute le facteur temps, il apparaît qu’il devient rapidement impossible de répondre à cette question.

D’autant qu’en définitive la « rentabilité » ne se fonde que sur un sentiment, la confiance. Lorsque les « météorologues de la bourse » nous indiquent quotidiennement la tendance, (la tendance et rien de plus), ils ne font rien d’autre que de nous abrutir d’indices de confiance des ménages, des entreprises ou de je-ne-sais-qui, qui eux-mêmes influent sur les comportements des investisseurs… selon des critères que seule une technique très élaborée permettrait de mettre en équation.

Tout ce qu’on sait pour le moment, c’est que si les investisseurs ont confiance, ils viseront le long terme. Si non, ils sont même capables d’aller jusqu’à parier (et de se faire de l’argent) sur la baisse de la bourse, la faillite d’un Etat ou même sur la fin du capitalisme. Et c’est de cette confiance dont dépendent les investissements qui, mis bout à bout et additionnés les uns aux autres, provoqueront le futur hypothétique auquel ils croient (même si ce futur est un enfer) ; et c’est sans doute pourquoi la crise semble s’auto-alimenter. A force de perte de confiance le crédit (qui n’est rien d’autre que la confiance que les banquiers mettent dans un investisseur qui lui aussi doit avoir confiance en l’avenir) se raréfie et entraîne une sorte de « panne » dans la machine à produire de la liquidité, ainsi qu’à plus long terme la réalisation de ce qu’on appelle l’assèchement du crédit.

Mais si la rentabilité se calcule aisément sur le court terme, plus on avance vers le long terme et plus elle est difficile à envisager. Les risques sont donc plus grand à investir sur le long que sur le court, et le seuil financier en deçà duquel il ne vaut mieux pas lancer une activité n’est aisément appréciable que sur une courte durée. C’est-à-dire qu’une activité rentable mais non utile (ou même dommageable) peut tout-à-fait être réalisée ; tandis qu’à l’inverse une activité utile mais non rentable n’a pas lieu d’être (vous pouvez prendre une minute pour prendre la mesure de tout ce dont l’homme se prive ainsi).

Maintenant, le capitalisme peut-il réfléchir à long terme ?

A cette question il est difficile de répondre. On voit bien que dans un monde où l’individualisme l’emporte sur toutes les autres considérations, le court terme doit l’emporter sur le long terme. Comme « on ne prête qu’aux riches », et que seuls les entreprises ou les individus les plus fortunés sont capables de prendre les risques d’un échec ou d’une rentabilité à long terme (car eux seuls ont la trésorerie nécessaire à couvrir ce genre de paris), on peut dire que d’une certaine manière les riches tiennent le futur de tous entre leurs mains, et que ce futur dépend de la confiance qu’ils en ont eux-mêmes. Et quand la confiance est rompue (c’est ce qui semble être le cas aujourd’hui), les riches cessent d’investir pour protéger (enfin c’est ce qu’ils croient et ce que la rationalité exige) leur avenir, en le mettant ainsi en péril.

C’est qu’il est aujourd’hui devenu quasiment impossible de savoir en lançant une activité si elle sera rentable ou non sur le long terme, et à surtout à qui elle profitera, et de quelle manière. La complexité du monde a rendu impossible ce genre de prévisions sur le long terme, et personne ne sait à l’avance si un investissement sera ou non rentable. Tout ce qu’on peut dire, c’est si il sera utile ou pas : comme on sait depuis des siècles que surproduire sur une terre pour obtenir la « maximisation » du profit engendre l’épuisement de cette terre, et qu’à long terme cette méthode n’est pas viable. Mais on le fait quand même. Car derrière la rentabilité il y a le profit, qui n’est que personnel. Si les investisseurs se sentaient non pas héritiers mais emprunteurs de la planète qui les accueille, alors le collectif l’emporterait sur l’individuel, et peut-être les choses pourraient-elles changer.

Car lorsqu’il devient plus rentable de jouer contre le système que de croire à sa sauvegarde et que le court terme l’emporte sur le long, alors c’est la décadence qui nous guette. Les investissements s’amenuisent, la recherche et développement périclite, l’éducation et la formation se désagrègent, le système de santé s’effondre, l’emploi se raréfie… faute de moyens, faute de rentabilité, et ce malgré les besoins gigantesques qui ne sont pas satisfaits. Tout cela au nom de cette rentabilité à laquelle même ceux qui la recherchent à tout prix ne croient plus. Peut-être parce que ce n’est plus la rentabilité qu’il nous faut aujourd’hui trouver, mais simplement la voie d’une vie meilleure pour tous.

Et cette vie meilleure, ne la pourrions-nous pas trouver en nous séparant, justement, de la rentabilité comme objectif primordial, pour le remplacer par celle de l’utilité ou de l’intérêt général ?

Caleb Irri
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Jusqu’où un président normal peut-il supporter la critique ?

Posté par calebirri le 21 juillet 2012

Dans un article du monde, on apprend que le président Français est accusé d’avoir « menti » à propos des heures supplémentaires. Le terme est fort, mais ce n’est pas la première fois qu’il est utilisé en politique ; on se souvient du « candidat » monsieur Sarkozy l’employant déjà assez régulièrement à son endroit, sans que cela ne paraisse gêner notre président « normal » plus que de raison.

On pourrait gloser un moment sur le terme et lui attribuer la qualification d’insulte, mais le sage président, comme il est prouvé depuis et avec Sénèque dans « la constance du sage », n’est pas sensible à ce genre d’attaques de citoyens qui ne peuvent atteindre à la hauteur d’un si haut personnage.

Donc pas d’insulte, ni de diffamation, ni de procès : on peut donc dire sans crainte que le président est un menteur… Non ?

Alors maintenant me vient l’idée suivante : peut-on également- et sans risque- qualifier notre président de tricheur et de voleur, de traître ou de lâche, et que se passerait-il si cela se produisait ?

Imaginons un instant qu’un citoyen ordinaire, pourquoi pas blogueur à ces heures gagnées (je n’aime pas l’expression « heures perdues »), exprime ainsi son opinion sur le chef de l’Etat… Imaginons que celui-ci fasse état de son mécontentement « sur la place publique », et le fasse sentir par ces mots suite aux revirements certes prévisibles mais néanmoins réels qui en justifieraient l’emploi. Que par exemple il dénonce le double-langage employé durant la campagne en trichant sur les termes comme croissance ou justice, qu’il dénonce comme un vol les millions de suffrages qui ont été pris sur le compte du vote utile, qu’il évoque la trahison que ressentent tous ces Français qui ont cru aux promesses de lendemains qui chantent, qu’il ose effleurer la lâcheté qu’il y a à se soumettre non pas à la volonté du peuple mais bien à celle des riches, que se passerait-il alors ?

y aurait-il alors matière à insulte, à diffamation, à procès, ou serait-ce uniquement considéré comme la libre expression d’une opinion personnelle ?

Bien sûr moi, à la place de ce blogueur, je ne me lancerais pas dans une telle aventure : j’aurais bien trop peur que ce qu’on accorde à un homme politique réputé, on le refuse au citoyen lambda. Pas que les termes employés ne soient pleinement justifiables ou justifiés, là n’est même pas la question. Pas que ce citoyen ne soit justement protégé par le texte de la Constitution non plus. Mais le fait est qu’il lui faudrait des moyens financiers suffisamment solides pour se voir défendu équitablement. Et qu’en matière d’égalité de tous les citoyens devant la Loi, le statut pénal du chef de l’Etat rend toute défense impossible.

Mais ce cas n’a bien sûr que très peu de chances de se produire : car d’une part il est très peu probable que ce genre de calomnies soient publiées -comptes tenus du caractère infondé d’un tel traitement et du peu d’échos qu’il trouverait chez les lecteurs (puisque le principe de la diffamation s’appuie sur des mensonges)- et d’une autre il est encore plus incertain que celles-ci lui parviennent aux oreilles, attendu que pour être entendues, les paroles doivent être diffusées… Qui prendrait le risque de relayer une telle ineptie ?

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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Qui peut croire encore aux vertus du capitalisme ?

Posté par calebirri le 15 juin 2012

La période électorale que nous traversons est l’occasion de mettre tout le monde face à ses responsabilités, car la crise oblige les citoyens comme les dirigeants, les pauvres comme les riches, à se résoudre à faire un choix déterminant pour eux-mêmes et pour les autres, pour demain et pour après. C’est donc presque « naturellement » qu’on s’étonnerait d’une abstention qui dépasse les 40 %, alors même que l’occasion de choisir nos dirigeants ne reviendra pas avant cinq ans.

Mais de quoi faut-il s’étonner, si ce n’est justement qu’il y ait plus de 60 % des citoyens qui votent encore, et à plus de 50 % (56,47 % exactement , presque 15 millions) pour ce qu’on appelle « l’UMPS » ?

Car ces deux partis sont quand même ceux qui font la pluie et le beau temps (et surtout la pluie) depuis des décennies, et ils ont clairement fait la preuve sinon de leur incompétence, au moins de leur malhonnêteté : toujours ils ont promis de servir les peuples, et toujours en réalité ils s’en sont servi pour favoriser la petite caste (les « 1%« ) qui s’enrichit sur le dos des pauvres…

Mais c’est cela la loi du capitalisme ! Rien de nouveau sous la pluie… Et les chiffres sont connus de tous : une toute petite majorité possède une grande majorité des richesses du monde, et cela ne va pas en s’arrangeant. Comme l’idéologie que ces partis défendent tous deux l’est également (connue) : c’est la conservation de ce système, à tout prix.

Comment alors, dans ces conditions, les citoyens peuvent-ils encore voter « contre eux-mêmes », à la fois contre leurs propres intérêts et contre l’intérêt général, voilà la question qui se pose. J’ai déjà parlé des classes moyennes qui servent à entretenir le flou à propos des intérêts de classes, mais sans doute pas assez de la propagande qui engendre cette erreur de jugement. Car il est impossible que tant de gens croient encore aux vertus du capitalisme après des siècles et des siècles de guerres, de famines et de misères s’ils ne sont pas au fond d’eux-mêmes convaincus que ce système peut favoriser l’intérêt général, et eux avec…

Pourtant, avec internet et la médiatisation incontrôlée (et pour l’instant heureusement incontrôlable) nous sommes en capacité de voir, de connaître, d’être informés de tous les conflits que ce système génère, comment il fonctionne en vases communicants, comment il est intrinsèquement injuste puisque amoral.

Nous savons que le capitalisme c’est la concurrence, la rareté, la compétitivité, la rentabilité, la rationalisation, le monopole, l’individualisme… Nous savons que le capitalisme détruit la planète et oppose les hommes, nuit à la santé et à l’utilité générale, contraint la science et la recherche, enfin s’oppose à la démocratie.

Mais nous continuons malgré tout de voter pour ces types qui nous disent vouloir perpétuer ce système, le sauver, l’améliorer, jusqu’aux « communistes » et autres « anticapitalistes » dont le programme n’est en réalité qu’économique.

Comment est-ce possible autrement que par un conditionnement généralisé qui pousse les citoyens à préférer la certitude d’un mal qu’il connaissent à l’incertitude d’un bien qu’ils ne connaissent pas ?

Avec le retournement du capitalisme il faudra bien pourtant qu’on se décide et qu’on choisisse, car selon les lois capitalistes qui nous sont si chères l’Europe n’est destinée qu’à la ruine ou à la suppression de la démocratie : pour retrouver la compétitivité, il faudra sacrifier ou nos conditions de vie, ou nos libertés. Sommes-nous vraiment prêts pour cela ?

Il n’y a que deux options pour éviter d’avoir à faire ce choix : la guerre pour voler les richesses des autres et retrouver la croissance, ou la sédition pour tenter de construire un nouveau monde, ensemble. Et ce n’est qu’en prenant conscience de leur véritable situation et de leur place dans le monde que les peuples pourront faire basculer et l’Europe et le monde dans un autre rapport de forces.
Ainsi seulement la logique de leur engagement pourra se conformer à leurs véritables intérêts, qu’ils soient individuels ou collectifs.

Quand allons-nous enfin nous mettre à rechercher un système moins injuste qui soit basé non pas sur ce que nous avons à partager, mais sur ce dont nous avons besoin ? Quand allons-nous cesser de participer à l’exploitation des autres pour satisfaire nos seuls besoins individuels ou même nationaux ?

Il ne faut plus croire qu’en soutenant les banques nous nous soutenons nous-mêmes, ou que cela va s’arranger une fois les mesures d’austérité ayant ramené l’équilibre : nous aurions alors tellement perdu qu’il ne serait pas difficile de voir une amélioration comme une croissance. Ce qui n’est qu’une vue de l’esprit. Ce n’est donc pas des Grecs qu’il faut attendre notre salut ni de nous-mêmes (nous avons échoué), mais d’un grand mouvement international non politisé qui se rassemble et réfléchisse une bonne fois à la seule question qu’il importe désormais de régler : par quoi remplacer le capitalisme ?

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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Et si pour faire gagner la gauche il valait mieux voter à droite ?

Posté par calebirri le 16 avril 2012

L’échéance approche. Bientôt les électeurs Français se rendront par millions voter au premier tour de l’élection présidentielle, et cela malgré le constat largement partagé de l’arnaque que constitue le système électoral français.  Mais faire ce constat ne résout malheureusement rien. Il faut désormais faire preuve de pragmatisme et regarder la réalité en face : au delà du débat d’idées et de la conviction politique se trouvent la tactique et la stratégie, et les résultats du premier tour ne représenteront pas la volonté du peuple mais bien le fruit d’un calcul paradoxal dans lequel la raison se perd inévitablement.

 

Avant d’aller plus loin dans cette démonstration en regardant de plus près les hypothèses qui se dessinent , il faut tout de même aborder le contexte dans lequel se déroule ce scrutin, à savoir la situation économique et sociale dans laquelle se trouve la France elle-même, ainsi que celle plus large dans laquelle se trouve l’Europe toute entière. Et prendre en compte quelques éléments en théorie indépendants du scrutin mais qui influencent clairement les résultats :

 

-La mainmise des marchés financiers sur le débat électoral qui rend plus que jamais service au concept de « vote utile » en imposant un deuxième tour entre les deux soumis au système, messieurs Sarkozy et Hollande. Ayant clairement fait savoir que la spéculation sur la dette française dépendrait du président élu, Nicolas Sarkozy est pour eux le favori de cette élection.

- Le conflit d’intérêt scandaleux qui permet à un chef de l’Etat-candidat de faire campagne avec la puissance de la propagande gouvernementale, comme on le voit ces derniers temps avec l’instrumentalisation de certains faits divers et les déplacements présidentiels dont il profite pour faire sa campagne.

-l’abstention record en l’absence d’une part de la comptabilisation du vote blanc, et de l’autre de l’inutilité de prendre part à un scrutin qui désignera presque inévitablement l’un des deux « favoris ». Sachant que cette abstention profite sans doute en réalité à ces deux-ci, les abstentionnistes n’étant en général pas proches des partis traditionnels.

 

Ce lourd constat réalisé, restent à étudier les différentes possibilités que nous offre le premier tour : si on table raisonnablement sur l’absence au second tour des « petits candidats », seuls restent en lice, potentiellement donc, François Bayrou, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Sarkozy et François Hollande :  soit 3 challengers et 2 favoris.

 

Il faut exclure cependant les hypothèses donnant victorieux deux challengers, que ce soient par exemple madame Le Pen et monsieur Mélenchon ou monsieur Bayrou et monsieur Mélenchon. Les seuls duels « acceptables » seront Le Pen/Hollande (1), Le Pen/Sarkozy (2), Mélenchon/Sarkozy (3), Hollande/Bayrou (4), Sarkozy/Bayrou (5), Hollande/Mélenchon (6), Hollande/Sarkozy (7).  En tout 7 duels possibles. Dont deux sont hautement improbables étant donné que ceux qui votent au premier tour pour des « petits candidats » de droite ne vont certainement pas voter Le Pen au premier tour et Hollande au deuxième, ni ceux de gauche pour Mélenchon au premier et Sarkozy au deuxième. La configuration qui verrait Le Pen/Sarkozy comme il y a eu Chirac/Le Pen me semble aujourd’hui impossible au même titre qu’un Mélenchon/Hollande, surtout après ce qui s’est passé en 2002. Mais de toutes les manières l’un comme l’autre de ces duels verrait les deux principaux candidats gagner au second tour. Regardons ce qui peut raisonnablement advenir de ces duels :

 

possibilité (1) :  Hollande gagnant

possibilité (2) : Sarkozy gagnant

possibilité (3) : Sarkozy gagnant

possibilité (4) : Hollande pas sûr d’être gagnant

possibilité (5) : Sarkozy pas sûr d’être gagnant

possibilité (6) : Hollande gagnant

possibilité (7) : Sarkozy ou Hollande

 

Dans tous les cas de figure ce sera donc soit Hollande soit Sarkozy, sauf les cas (4) et (5) qui restent indécis, mais cette option est difficilement crédible aux vues des sondages récents. Le seul rôle que pourrait jouer monsieur Bayrou se situe dans un duel Sarkozy/Hollande, ce qui revient à dire qu’il est plus utile pour la droite comme pour la gauche de ne pas voter Bayrou. Ce qui devrait nous aider à nous interroger sérieusement sur l’utilité du premier tour, hors mise celle qui consiste à faire de savants calculs qui conduisent aux aberrations qui vont suivre, car en définitive, si on récapitule :

 

-pour faire gagner la droite (ou faire perdre la gauche c’est selon), il faut donc ne pas voter Bayrou car le report de voix est incertain, et surtout il vaut mieux voter Mélenchon que Le Pen. Le plus sûr étant de voter… Sarkozy, et cela dès le premier tour.

-pour faire gagner la gauche (ou faire perdre la droite c’est selon), il ne faut toujours pas voter Bayrou, et il vaut mieux voter Le Pen que Mélenchon. Le plus sûr étant de voter… Hollande, et cela dès le premier tour.

 

A quoi sert donc le premier tour puisqu’il faut voter « utile » dès le premier, si ce n’est à servir l’illusion démocratique, en faisant croire par exemple que le pluralisme existe dans notre pays, et que nous avons le choix ? Car au lieu focaliser l’attention du peuple sur les aberrations de ce système électoral il noie son esprits dans des calculs interminables et laisse le champ libre aux deux candidats d’un même système, celui qui souhaite que l’on se soumette à sa volonté plus qu’à celle du peuple.

 

 

Mais ce n’est pas tout : car tout s’inverse encore une fois si l’ on considère les derniers rapports des donneurs d’ordres de ce système. Si l’on en croit leurs analyses, la rigueur et l’austérité seront les seuls programmes applicables, que le président soit « de droite » ou « de gauche ». Ce qui fait qu’en réalité la droite a plus intérêt à ce que la gauche arrive au pouvoir et la gauche que ce soit la droite qui gagne, car il est presque certain que les contraintes auxquelles devra se soumettre le futur président fera de lui l’homme le plus détesté de France.

Cela signifie qu’à part l’immunité que confère au candidat le statut de président (qui n’intéresse que Sarkozy et quelques proches), la droite a dans l’ensemble intérêt à ce que Hollande devienne président pour faire le « sale boulot », et revenir aux affaires en 2017, quand le peuple sera suffisamment dégoûté par « la gauche ». Et pour la gauche, l’idéal serait de « supporter » Sarkozy encore pour 5 ans, afin qu’au terme de son second mandat il soit si détesté qu’il ouvre grand les portes à gauche pour la suite.

 

Voilà l’état dans lequel la démocratie française se trouve actuellement : mort cérébrale. Le système électoral censé respecter la volonté du peuple ne permet dans la pratique aucun changement de gouvernance et le rôle du peuple se limite à assumer consciemment le « non-choix » schizophrénique qu’on lui impose. A tel point que pour faire gagner la gauche, il puisse se demander s’il ne ferait pas mieux de voter à droite.

 

Caleb Irri

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Le retour de l’obscurantisme peut-il sauver les riches ?

Posté par calebirri le 13 mars 2012

Pour expliquer le capitalisme, on le compare souvent à un gâteau qui représenterait la somme des richesses à se partager. Au départ d’une taille qui correspondait à la quantité de monnaie qui le constituait, il s’est agrandi au fur et à mesure des convertibilités successives, de la création monétaire, du crédit… jusqu’à devenir un gigantesque dessert « mondial », par addition de tous les gâteaux « nationaux » : c’est le résultat de la mondialisation.

 

Mais ce gâteau qui grandit sans cesse (c’est ce qu’on appelle la croissance) est à partager entre tous les acteurs qui ont contribué, de près ou de loin, à sa réalisation, selon des règles établies et acceptées sinon par tous, au moins par la majorité. Et toute la science politique se résume à savoir comment : chaque individu a-t-il le droit de prétendre à la même part, et si non comment le justifier ?

Cette question revient à aborder le problème du partage non pas d’un point de vue égalitaire ( les inégalités sont flagrantes) mais de celui de la justice. Est-il juste que certains reçoivent une part plus grande que d’autres, et par extension est-il juste que certains n’aient pas même de quoi se nourrir quand d’autres gaspillent sans vergogne ? Voilà la question qui se pose à chacun de nous, de quelque côté qu’on se trouve autour de la table, et voilà sur quoi devrait théoriquement reposer la distinction entre la droite et la (vraie) gauche (voir ici).

Pour éluder cette question certains tenteront d’évoquer le fait que le gâteau continue de grossir et que fatalement il y a plus à se partager, mais récupérer plus de miettes ne peut décemment être considéré comme une victoire : il reste des milliers d’enfants qui meurent de faim, chaque jour.

La réalité est donc plus forte que la théorie, la main invisible n’existe pas, et tout le monde ou presque, aujourd’hui, est en mesure de s’en apercevoir tout autour de lui. Comment alors justifier que ces inégalités perdurent, et même augmentent ? Le fait d’être à la tête de ceux qui coupent les parts n’est pas une raison suffisante, pas plus que celui d’être à la tête de ceux qui donnent le droit à cette charge. Il y a autre chose de plus fort, de plus puissant que la volonté de quelques uns (voir « tous des lâches » ), et cette autre chose c’est nous, le peuple. Ce peuple qui adhère et qui a fini par croire que certains hommes valent plus que d’autres, et donc que certains autres (parfois soi-même !) en valent moins.

 

Car pour justifier et accepter que certains hommes aient des droits supérieurs à d’autres hommes, pour justifier et accepter qu’un petit nombre d’individus possèdent l’équivalent de millions d’autres, il faut que les inégalités trouvent une explication imparable capable de satisfaire aux conceptions de la justice d’une société : si on considère qu’il est juste que les « meilleurs » reçoivent une plus grosse part (ce qui laisse nécessairement aux autres participants une moins grosse part à se diviser), il faut donc déterminer précisément ce qu’est être « meilleur », et selon quels critères la société définit ce statut (les plus riches, les plus forts, etc…)

 

Cette question aurait dû être réglée depuis la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, mais manifestement les êtres humains ne sont pas tous considérés comme des hommes (et a fortiori comme des citoyens) puisqu’un enfant n’est ni un homme ni un citoyen, un condamné déchu de ses droits reste un homme tout en perdant le statut de citoyen. Mais qu’est-ce qu’un homme alors, et qui « mérite » cette dénomination ? faut-il en exclure les femmes et les jeunes, les enfants ? Les esclaves, les petits, les handicapés, les étrangers, les musulmans ? Si les hommes naissent libres et égaux en droit, comment justifier que la société détruise cette égalité de principe dès la sortie du ventre maternel ?

 

Quand on fait le bilan du capitalisme , il ne fait aucun doute qu’à l’arrivée les principes théoriques s’effondrent : les enfants des classes sociales « favorisées » ont toujours plus de chances de parvenir à se maintenir au sein de cette classe que ceux des classes moins favorisées, et « l’égalité des chances » résonne comme une vaste supercherie.  Rien de nouveau sous le soleil, nous répondra-t-on en évoquant le passé et la « prédestination » divine, la royauté… toujours les puissants se sont réfugiés derrière des arguments « incontestables » pour justifier le partage inégal des richesses : ce n’est pas le riche qui choisit d’être riche mais une sorte de « volonté supérieure » qui favorise comme « naturellement » certains êtres qui, nécessairement, doivent en retour récupérer plus. Comme les gros mangent plus, les meilleurs hommes doivent avoir plus. L’injustice du partage ne serait donc pas la conséquence d’un mauvais système (qu’on peut modifier) mais celle de l’injustice naturelle qui existe entre les hommes.

 

Mais ceux qui tiennent ce discours sont ceux-là mêmes qui ont tout intérêt à le faire croire : en établissant ainsi une cause supérieure indépendante de leur volonté, les bénéficiaires de l’injustice de ce partage défendent leurs privilèges en même temps que leur honneur. Etre « le fils de » pour expliquer sa réussite est moins glorieux que de se croire un don, évidemment génétique, puisqu’il se transmet de père en fils. Ils prétendent et finissent par croire qu’ils sont eux-mêmes meilleurs, et donc qu’ils méritent leur fortune, tandis que ceux qui les jalousent sont moins bons. Pour eux, il est impossible que la raison en soit sociale, car alors la légitimité de leur position leur semblerait (même à eux) intenable : en admettant qu’ils sont favorisés par des règles injustes que les puissants ont mises en place pour conserver leur position dominante, à eux et à leurs enfants, ils admettraient aussi la remise en cause de cette position.

 

Et c’est bien à cela que servait le vieux débat sur l’inné et l’acquis, sur le péché originel ou le caractère intrinsèquement bon ou mauvais de l’homme ; la génétique étant l’argument suprême (scientifique !) pour défendre les injustices…. Sauf que cette illusion est en train de s’effondrer elle-aussi, en même temps que les frontières médiatiques qui, avec l’arrivée d’internet, permettent de montrer au grand jour les mensonges censés les faire accepter.

Car en réalité la génétique n’est rien d’autre qu’un capital (et oui !) que les évènements extérieurs permettent ou non de faire fructifier. Avec l’épigénétique, on découvre que les gènes peuvent (ou non) s’exprimer, et cela dépend du contexte. Cela signifie que le social (l’acquis) prime sur le génétique (l’inné), et surtout que les injustices liées au partage des richesses ne sont pas inéluctables . Et tout le monde peut aujourd’hui s’en rendre compte pour peu qu’il en soit informé. D’ailleurs, il suffirait pour s’en convaincre de supprimer l’héritage, et on verrait alors si les meilleurs sont encore les enfants des riches…

 

Face à l’obsolescence de cet argumentaire et à la diffusion incontrôlable des clefs de lecture du système, il faut désormais que les dominants s’attachent à reconstruire un discours crédible pour justifier leur domination : la science ne suffisant plus à expliquer les inégalités, la religion fait un retour en force dans les esprits, à travers le concept fumeux de civilisation, derrière lequel on peut entrevoir les deux évènements majeurs qui vont arriver : le retour de la fermeture des frontières pour permettre la censure, et un retour vers l’obscurantisme religieux, seul capable de laisser planer le doute quand à une « prédestination » pour expliquer l’injustice du partage des richesses.

 

En réalité la crise est l’excuse sur laquelle s’appuient les puissants pour le rester en imposant LEUR modèle de civilisation, et le choc des civilisations sera la croisade capable de détourner l’attention des peuples vers d’autres responsables des injustices dont ils sont victimes. Et pendant qu’on s’évertue à remettre en place les conditions de cet obscurantisme à travers des débats indignes des valeurs que défendent en théorie nos institutions, les riches continuent de s’enrichir, et les pauvres de s’appauvrir. Combien de temps encore les peuples laisseront-ils l’injustice de ce système perdurer ?

 

Caleb Irri

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Le capitalisme à l’heure du bilan

Posté par calebirri le 7 janvier 2012

Comme chacun sait, des élections présidentielles auront normalement lieu en France en 2012. Je dis « normalement » car comme chacun le sait aussi avec « la crise », celle qu’on nomme désormais  sans l’affubler d’un attribut temporel ou qualificatif, rien n’est jamais certain. En attendant, nombreux sont ceux qui, logiquement, s’imaginent que ces élections sont l’occasion de changer les choses… Mais ils se trompent, car la crise n’est pas économique, mais idéologique : elle ne peut donc pas être réglée par des économistes, qu’ils soient de droite ou de gauche.

 

Il existe bien pourtant deux idéologies qui s’affrontent, mais la démocratie telle qu’elle a été pervertie empêche l’une d’elles d’être représentée : alors que 99 % des peuples du monde devraient être dans la rue pour imposer ensemble leurs volontés de mise en place d’une véritable démocratie, il se trouve toujours une grande majorité qui continue de croire que les élections sont la démocratie, comme si les représentants qu’il élisent défendaient d’autres intérêts que ceux de leur propre classe sociale…

 

Mais la crise est en train de tout bouleverser. Le retournement du capitalisme provoque une prise de conscience qui sape peu à peu la confiance en un système que des dizaines et des dizaines d’années de propagande et de conditionnement avaient réussi à insuffler dans nos cerveaux plastiques. Les injustices du système capitaliste se font plus visibles à mesure que la crise oblige les véritables « maîtres du monde » à se montrer au grand jour, et le bilan mondialisé d’un monde toujours plus connecté apparaît dans toute son affreuse réalité : le capitalisme est incapable de réaliser ses objectifs officiels, à savoir la satisfaction de l’intérêt général par la somme de la satisfaction des intérêts particuliers (la fameuse « main invisible »). Et le bilan est désastreux : un milliard d’individus qui ne mangent pas à leur faim, plusieurs autres milliards qui triment du matin jusqu’au soir pour une retraite passée à l’hospice, un planète en danger, la démocratie perdue, des guerres, des famines et des souffrances, voilà où nous a conduit un système dont on n’osait même pas, il n’y a pas si longtemps, remettre en cause la primauté sur les autres systèmes.

 

La question de la perpétuation du système capitaliste comme modèle de civilisation se trouve ainsi posée de manière prégnante non seulement aux peuples qui souffrent depuis trop longtemps, mais aussi à leurs dirigeants qui risquent de voir leur pouvoir remis en cause (que ce soit par la révolte des peuples ou la dictature des financiers). Et pour y répondre, il va bien falloir revenir à l’idéologie, c’est-à-dire à la problématique de la place de l’homme au sein de la société, ainsi que de sa relation à un écosystème en danger. Les problématiques à résoudre ne sont donc plus d’ordre économique mais bien philosophique, et même si la distinction qui sépare la droite et la gauche institutionnelles n’est plus pertinente, elle existe pourtant dans une réalité détachée des codes imposés par l’illusion démocratique : il y a ceux qui croient que la rareté des ressources a engendré le capitalisme, et ceux qui pensent au contraire que c’est le capitalisme qui a engendré la rareté. C’est sur ce point que s’opposent les deux conceptions qu’on peut avoir du monde, et duquel découlent toutes les autres questions. Les partisans de la première sont les capitalistes, et les seconds sont les [vrais] socialistes.

 

Dans les capitalistes (les plus nombreux encore aujourd’hui) on retrouve ceux qui imaginent que tous n’ont pas les mêmes droits dans la redistribution des richesses (les capitalistes de droite parmi lesquels on trouve les riches et les classes moyennes désireuses de s’élever), et ceux qui veulent croire en un partage « plus » égalitaire de ces ressources limitées (ce sont les capitalistes de gauche, parmi lesquels on trouve les communistes et les écologistes, les décroissants)

Dans les socialistes, on retrouve ceux qui portent l’espoir d’un monde nouveau dans lequel la société serait capable d’augmenter les ressources en fonction des besoins des individus, soit parce que le système capitaliste ne leur permet pas de vivre décemment (les pauvres et les exclus), soit parce qu’ils se sont libérés du conditionnement dont ils étaient victimes (les anti- (et pas alter) mondialistes, les anarchistes et les humanistes) .

 

En établissant la rareté comme étant à l’origine du système capitaliste et en se basant sur l’injustice prétendue de la génétique (il y a des hommes « naturellement » bons et d’autres mauvais, car pour eux l’inné l’emporte sur l’acquis), les vainqueurs de capitalisme ont réussi à justifier leur position tout en imposant aux peuples qu’il exploitent les règles d’un jeu auquel ils espèrent tous gagner, mais auquel tous ne gagneront pas : seuls les plus « rentables » deviendront les nouveaux « élus », c’est-à-dire ceux qui sauront se soumettre pleinement au jeu de la concurrence et de la maximisation du profit individuel. Pour les autres, ils ne conserveront que l’espoir de récupérer un jour les quelques miettes que leur jettera une certaine « main invisible »…

 

Mais si nous admettions nous être trompés, et qu’en réalité ce ne sont ni les ressources qui manquent ni la méchanceté intrinsèque de l’homme qui ont conduit à l’établissement du capitalisme, mais le capitalisme qui a engendré la méchanceté chez l’homme (l’acquis l’emportant sur l’inné) et provoqué l’épuisement des ressources?

 

Après des siècles d’un progrès qu’on nous promet toujours pour demain, la recherche du profit a tout détruit, tout sali, tout perverti. La rentabilité a tué le beau et l’utile, affame les peuples et détruit la planète, le capitalisme a engendré la haine entre les hommes et  va même jusqu’à les considérer comme de simples marchandises , il a annihilié leur volonté et corrompu leur conscience. Voilà tout ce que le capitalisme est capable de nous sortir en guise de bilan, et voilà ce dont le monde prend conscience aujourd’hui…

 

Alors qu’en établissant un autre mode de fonctionnement pour nos sociétés, nous nous apercevrions que l’abondance de la Nature est inépuisable dès qu’elle n’est plus contrainte par la recherche du profit. Car si les énergies fossiles sont en quantité limitée, les énergies propres sont infinies : et tant que le soleil brille ou que nous n’avons pas totalement déréglé le climat, tant qu’on pourra encore semer des graines reproductibles, tant que nous n’aurons pas encore pollué toute l’eau pour nos plantations ou que nous n’exterminerons pas toutes les espèces de la faune et de la flore, alors la vie pourra se reproduire indéfiniment…

 

En nous libérant de l’idéologie capitaliste nous rendrions à nouveau possible l’utilisation de la technologie pour le bien de l’homme au lieu qu’elle serve à son asservissement, nous pourrions alors envisager un monde débarrassé des contraintes du travail pénible, et construire une société non plus fondée sur le profit et la rareté mais sur le partage et l’opulence. Car si la Terre est bien un monde fini, l’univers lui ne l’est pas… enfin il paraît ! mais qu’on en fasse un peu le tour pour vérifier, et nous saurons alors si les capitalistes avaient raison.

 

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

Publié dans écologie, crise, politique?, relations internationales, un nouveau système | 7 Commentaires »

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