Ce que les économistes ne savent pas

Posté par calebirri le 16 juillet 2012

Dans mon dernier article, j’évoquais mon désir de voir les économistes nous éclairer sur ce qu’il adviendrait de l’Europe (et du monde) une fois le « plan de sauvetage » adopté par les différents gouvernements européens, en regrettant le silence généralisé sur le sujet. On pourrait penser que ce silence est la conséquence d’une incompétence elle-aussi généralisée, et répondre à la question « pourquoi ne nous disent-ils pas tout ? » par « c’est qu’ils n’en savent rien, de ce qui va se passer ensuite ! »… Mais c’est peut-être aller un peu vite en besogne. Car s’il y a bien des choses que les économistes ne savent pas, il y en a d’autres qu’ils savent bien, et qu’ils ne nous disent pas pour autant.

Et ce silence, dont nos gouvernants sont complices puisqu’ils travaillent exclusivement pour le compte de la finance, peut tout aussi bien apparaître comme la volonté de cacher délibérément aux peuples les conséquences de ce qui se trame derrière leurs dos, qui s’ils le découvraient finirait sans doute de les mettre en colère pour de bon.

Car il faut bien que certains sachent. A l’heure où les techniques d’analyses du comportement des foules sont proches de la perfection, où les statistiques et la mathématique sont relayées par des « super-calculateurs » d’une puissance inégalée, à l’heure des sondages en rafales ou de la propagande outrancière, de celle du conditionnement implacable et de la formidable rapidité des communications, il est impossible que les armées d’analystes en tout genre qui pullulent dans des cabinets plus ou moins obscurs n’aient pas une vague idée des conséquences des mesures qu’ils imposent à tous.

Un peu comme dans le cycle de « Fondation » d’Isaac Asimov, notre civilisation est aujourd’hui pratiquement capable de réaliser des prédictions qui n’ont rien à envier à la « psycho-histoire » du professeur Seldon, et il serait presque insultant pour nous de ne pas croire qu’un petit groupe d’experts (a fortiori un grand), plus ou moins secrètement (a fortiori pas secrètement du tout : voir le « NIC« ), sait déjà que le système capitaliste non seulement ne sera pas sauvé, mais qu’en plus il ne doit pas l’être.

Comment pourrait-il en être autrement, puisque cette capacité d’analyse est accessible à tous ?

Il suffit pour s’en faire une idée d’imaginer l’Europe au lendemain de l’adoption du « plan de sauvetage » européen : baisse des salaires et des conditions de vie, restrictions sur les libertés, révoltes, répression, peur, haine, violence, famine, révolution, répression, dictature… Ou quelque chose dans le genre, les mécanismes qui conduisent à la dictature étant connus et théorisés de long temps.

Car la compétitivité ne reviendra pas d’elle-même, et ni les peuples concernés ni les Etats qui les abritent ne souhaitent pour demain devenir les « Chinois » des Brésiliens. Le capitalisme s’étant déjà retourné, la seule solution d’avenir qui reste à ce qu’on appelait encore il y a peu les « grandes puissances » se trouve naturellement de « sortir » du capitalisme plutôt que de le subir; la dictature étant évidemment le régime sinon le plus adapté, au moins le mieux connu.

Seulement, comme pour le « Plan Seldon » du visionnaire Asimov, le « plan » des économistes et de leurs alliés objectifs possède des failles, et il y a certaines choses qu’il leur est impossible de prévoir :

tout d’abord, il faut préciser que les conditions de réussite du « plan » sont d’une part le secret (pour ne pas nuire aux « prévisions »), et d’une autre la non-réalisation d’une inconnue majeure, à savoir l’action d’individus isolés (ou petits groupes d’individus) quasiment incontrôlables et in-intégrables dans des comportements de masse, qui pourraient tout chambouler.

Ensuite, il faut évoquer les manquements à la première condition, car nous sommes de plus en plus nombreux à voir clair dans le jeu de ceux qui ne veulent pas tout nous dire. Que les politiques sont corrompus par la finance (comme pour l’affaire du Libor qui montre au grand jour les accointances entre le monde politique et le monde financier -d’ailleurs l’entretien de Diamond avec ses « amis » du parlement anglais le montre clairement -ainsi que la tranquille assurance de Bercy lorsqu’elle signifie gentiment qu’aucune des banques impliquées dans ce qui devrait faire la une de tous les journaux ne sera inquiétée) et que les riches ne rembourseront pas ce qu’ils ont volé ne fait désormais plus de doute pour de très nombreuses personnes. Nombreux donc sont ceux qui ne font plus confiance ni aux politiques ni aux financiers, et qui ne croient plus aux vertus d’un système qui montre chaque jour son injustice, comme nous le prouve le « cas » récent de Peugeot. L’arrogance de ces « experts » -qui va jusqu’à installer directement ses « pions » à la tête de grands Etats « démocratiques » !- pourrait donc leur nuire à terme, car la connaissance du « plan » par un trop grand nombre d’individus risque d’avoir une influence sur le comportement des masses (une révolution pacifique ?)

Et c’est justement pour éviter la trop grande diffusion de ce « plan » qu’internet est un des enjeux majeurs du futur, comme semblent déjà l’anticiper les dirigeants effrayés par son pouvoir contestataire grandissant, avec ACTA refusé un jour pour être remplacé le lendemain par le CETA , ou par une circulaire du même acabit (aux Etats-Unis cette fois).

Maintenant, que va-t-il réellement se passer ? Le futur et ses malheurs étant à la portée de notre entendement, serons-nous capables de l’empêcher ? Et si non, comment se déroulera la transition ? sera-t-elle violente ou non ? Et quelle sera la réaction des autres puissances ? Quelle résistance sera organisée, et dans quel état se trouvera alors la planète ? Voilà ce que ne savent pas nos chers économistes, et voilà tout ce qu’il nous reste comme marge de manoeuvre.

En attendant de savoir, il reste encore une petite différence entre le réel et le livre « Fondation » : la mise en pratique effective de la psycho-histoire revient à un robot humanoïde capable de télépathie (dans le livre « les Robots« ), ce qui n’a pas dû lui nuire pour ses prévisions, mais ce qui nous laisse un dernier espoir qu’ils se soient trompés… car jusqu’aux dernières nouvelles, les économistes ne possèdent pas encore ce genre de qualité. Et heureusement !

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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Ce que les économistes ne nous disent pas

Posté par calebirri le 7 juillet 2012

Alors que la crise bat son plein et que les mesures imposées par les marchés seront à coup sûr entérinées d’ici à peu par des gouvernements serviles, la bataille fait rage pour savoir si elle seront suffisantes pour redonner aux différents acteurs économiques la confiance qui leur fait défaut, tout en réduisant le taux d’endettement des pays les plus fragiles, et cela sans (trop) nuire à la croissance.

Nombreux sont ceux qui naturellement s’opposent, parmi les peuples, aux différents mécanismes proposés par les dirigeants européens, tandis que tous les analystes politiques ou économiques semblent se faire à cette idée comme étant la seule option valable, du moins à court terme. Mais personne ne semble en mesure de proposer d’autres alternatives capables de faire coïncider les deux éléments contradictoires que sont l’effacement de la dette et le retour à la croissance, et encore moins de nous laisser entrevoir d’autres perspectives que l’austérité générale ou la mort de la démocratie. Car si on fait le tour du petit monde médiatico-économico-politique qui sévit sur la toile, il apparaît qu’en dehors des critiques ou des descriptions (parfois fort justes) de la situation il manque une sorte de « force » susceptible de voir plus loin que la simple critique des événements, sur le long terme. On connaît tous le vieil adage qui dit « gouverner c’est prévoir », mais force est de constater qu’à part prévoir l’adoption des mesures concernant le « paquet » européen, nul ne s’aventure pour nous dire ce qui se passera une fois ce plan de sauvetage adopté par l’Europe.

Et pourtant ne serait-il pas important de savoir ce qui se passera « après » l’adoption du mécanisme de stabilité et de croissance (MES), de la création du fonds de secours européen (FESF), et à terme du fédéralisme européen ?
Que se passera-t-il une fois les conditions de travail dégradées, les salaires baissés, les droits sociaux anéantis, et l’harmonisation fiscale et bancaire réalisées ? On nous parle aujourd’hui de sacrifices pour retrouver la compétitivité, mais si les peuples doivent y consentir, qui peut aujourd’hui leur dire ce qui se passera à moyen ou à long terme ?

Les banques referont-elles crédit ? Les salaires vont ils ré-augmenter ? Les conditions de travail vont-elles s’améliorer ? Le chômage va-t-il baisser ? Et les investissements reprendre, ou les impôts être réduits ?

Et combien de temps va-t-il durer, ce « temps des sacrifices », et puis surtout quels sacrifices et pour qui ?

Voilà ce que nous voudrions bien savoir, et voilà justement ce qu’on ne nous dit pas.

La seule chose que nous soyons en état de constater aujourd’hui, c’est que monsieur Hollande n’est pas de gauche, que l’affaire du Libor n’est pas un cas unique, que les riches continuent de s’enrichir, que l’Europe n’explosera pas et surtout que tous les hommes de pouvoir sont des menteurs, en plus d’être corrompus. Comment dans ce cas se sentir rassurés ?

Alors maintenant j’en appelle à tous les économistes et autres statisticiens chevronnés qui parlent si haut pour dénoncer les excès des « banksters » ou les illusions des utopistes : rassemblez-vous et réfléchissez bien, calculez et anticipez, faites autant de probabilités, de calculs de risques que vous le désirez, lisez les bilans des entreprises et relisez vos théories rationalisées, prenez les marges d’erreur qui vous conviennent et dites nous ce qui se passera après l’adoption du plan. Faites-nous savoir en quoi la baisse des salaires et le fameux « retour à la compétitivité » nous sera bénéfique à long terme, et comment nous nous relèverons après-demain plus forts que nous le sommes aujourd’hui. Ce que nous voudrions savoir, c’est ce que dit la théorie sur laquelle s’appuient les agences de notation, les analystes et autres météorologues de l’apocalypse… Que tous les savants prédicateurs qui s’expriment quotidiennement sur les « grands » médias nous décrivent leur plan par le menu, qu’ils aillent vraiment jusqu’au fond des choses et qu’ils nous fassent parvenir leurs résultats, qu’on voit de quoi il retourne.

Il faut de l’austérité, il faut baisser les salaires, licencier du personnel, réformer le code du travail pour sauver l’Europe d’accord, nous vous avons bien entendu… Mais et après ? Et après ?

Et puis quand bien même, si l’Europe parvenait à faire « repartir la croissance » au prix des sacrifices aujourd’hui exigés, que se passerait-il au niveau mondial ? Ceux qui voyaient leur situation s’améliorer, ceux qui espéraient gagner des parts de marchés à l’international, vont-ils devoir s’asseoir à nouveau sur leurs espoirs ?

Je mets au défi tous les économistes de la planète de nous prouver comment les mesures qu’ils soutiennent aujourd’hui favoriseront demain les conditions d’existence de plus d’êtres humains qu’hier. J’affirme par avance que cela est impossible, pour la simple et bonne raison que tout cela est incalculable, et que nous le savons tous. Vous pourrez prendre la chose de quelque côté qui vous convienne, le capitalisme favorisera toujours les uns au détriment des autres, et ce n’est certainement pas en se fourrant la tête dans le sable que nous trouverons le moyen de sortir de cette aberration.

La décadence d’une civilisation commence le jour où les hommes cessent de prévoir l’avenir pour tenter de sauvegarder un présent qui leur échappe. Car si au lieu de se pencher sur les moyens de sauvegarder un système qui a fait preuve de son inadaptation nos « penseurs » se mettaient à imaginer celui qui doit le remplacer, alors l’espoir pourrait renaître aussi rapidement qu’il a disparu.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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Gouvernements et marchés : et si on les faisait chanter ?

Posté par calebirri le 3 juillet 2012

Puisque la Grèce a capitulé et que monsieur Hollande trahit déjà ses promesses, les peuples de l’Europe doivent désormais se considérer comme seuls pour stopper la machine infernale qui se prépare à broyer les restes de nos déjà piètres conditions d’existence. La tâche ne sera pas aisée et les possibilités d’actions sont limitées, mais nous sommes et resterons quoiqu’il advienne les maîtres de notre destinée- si toutefois nous voulons bien nous donner la peine de nous en rendre compte.

Maintenant, il s’agit de recenser les options qui nous restent, et ne pas se tromper sur la manière de les utiliser.

-la grève générale : Le problème de la grève générale est qu’elle nuit assez rapidement à ceux-là mêmes qui la conduisent, et qu’elle est très mal perçue par ceux qui ne la suivent pas. De plus, le service minimum a considérablement amoindri la force de la grève. Pour fonctionner, elle doit donc être massive, et massivement soutenue, c’est-à-dire très bien organisée.

-les manifestations : les événements récents nous ont montré que même massives elles ne sont d’aucune utilité, et que la durée ou la répétition de celles-ci servent en réalité à permettre un durcissement du conflit qui débouche à terme sur de la répression.

-l’Assemblée Constituante : elle est pour moi le moyen de lutte le plus cohérent en même temps que le plus pacifique, mais prend du temps et demande une implication constante de la part des citoyens. Elle doit s’organiser sur le long terme et parallèlement à d’autres formes de lutte, et surtout n’être pas contrôlée par un pouvoir qui lui retirerait toute sa légitimité.

-Le référendum d’initiative (vraiment) citoyenne : entre réalité théorique et utopie réalisable, le RIC est un outil formidable qui n’a malheureusement aucune chance d’être mis en place par le gouvernement actuel, car il le mettrait en défaut à coup sûr. Pour qu’il soit légitime, il doit être organisé sur toute l’Europe, ce qui implique une organisation très lourde et une solidarité sans faille entre toutes les composantes nationales de ce genre de projets.

-le coup d’Etat : il est bien évident qu’un coup d’Etat ne peut qu’être vecteur de violences et de divisions, et l’illégitimité d’un tel acte est évidente. Il n’est pas besoin d’aller plus loin pour écarter cette option dont personne ne sortirait gagnant.

-la négociation syndicale : il faut être clair là-dessus aussi, il n’y a pas plus à attendre de ce côté-là que de celui du gouvernement, étant donné que c’est le même côté…

-le boycott : le boycott est une forme de lutte commerciale qui peut avoir des effets importants sur le long terme, mais ils sont assez imprécis lorsqu’il s’agit d’un refus global des grandes firmes qui imposent leurs prix à toute la chaîne de production, car elles détiennent à quelques unes pratiquement l’ensemble de la production, ce qui fait qu’à moins de se priver de presque tout, il favorisera inévitablement l’une ou l’autre de ces grandes firmes

-le bankrun : nous avons un peu trop vite oublié la terreur qu’a provoquée cette rumeur lorsqu’elle est venue jusqu’aux oreilles des gouvernements alors en place. Elle n’était pas feinte, car la réalisation d’une telle option remettrait en cause tout l’échafaudage construit par ceux qui organisent le sauvetage des riches. Mais dangereuse, sachant que nous n’avons absolument aucune idée des conséquences d’une telle action.

-le lobbyisme : là aussi un travail de longue haleine, mais qui risque de faire plus de mal que de bien. Jouer le jeu du lobbyisme c’est entrer dans un processus jamais très éloigné de la corruption, et dans lequel la loi capitaliste s’applique pleinement. On peut y perdre non seulement son âme, mais aussi son objectif.

-l’émigration : la situation de l’Europe et ses perspectives économiques étant chaque jour revues à la baisse, il peut être temps de cesser de stigmatiser les immigrés pour penser nous-mêmes à l’émigration, vers les pays « qui montent » en allant chercher les meilleures conditions de travail là où elles s’améliorent, sachant bien qu’à un moment donné elles se rejoindront avant de se séparer à nouveau, dans l’autre sens.

-la soumission : reste cette option ultime, attendre 5 ans en rongeant son frein, et puis espérer encore que le futur gouvernement ne fasse pas pire que le précédent… Rien de bien certain.

J’oublie certainement certaines options, que peut-être certains commentateurs avertis me rappelleront, mais vous aurez compris qu’à mes yeux la plupart des options sont inutilisables ou inefficaces, et qu’il ne reste donc que celles qui concernent le RIC et l’Assemblée Constituante pour le long terme, et le bankrun ou la grève générale pour ce qui est du court terme. Les deux premières étant l’objectif à atteindre, les deux secondes pourraient être le moyen d’y parvenir. Car en menaçant d’un bankrun assez large pour effrayer les banquiers, en organisant « autrement » la grève générale, nous pourrions ainsi atteindre la mise en place des réformes structurelles indispensables à la sauvegarde de la démocratie en même temps que les conditions d’application réelle de la volonté des peuples.

Puisqu’ils ne veulent pas nous écouter ni tenir leurs promesses, rappelons-leur qu’il ne doivent leur puissance qu’à notre volonté. Que la rumeur fasse son chemin, et que d’autres choisissent et la date et le lieu pour se retrouver. Et retrouvons-nous.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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Pourquoi l’Europe n’explosera pas

Posté par calebirri le 9 juin 2012

Visiblement, le « coup de poker » des marchés n’a pas suffit à faire peur à tous les citoyens, car les élections approchent dans de nombreux pays, et les résultats sont encore incertains. Face au dangers que représentent pour les banques la menace d’élections libres et contestataires, les dirigeants européens passent donc à l’étape suivante en menaçant désormais clairement de se passer des pays qui refuseraient le fameux « pacte de stabilité », c’est-à-dire tous ceux qui seraient tentés de faire passer l’extrême gauche au pouvoir dans leur pays.

En proposant explicitement la mise en place d’une Europe « fédérale » aux peuples européens, la chancelière allemande exprime désormais clairement son impatience, et laisse entendre qu’elle laissera tomber tous ceux qui auront refusé de se soumettre à son autorité. Cet empire européen serait donc soumis aux marchés et sa politique économique dirigée vers un seul objectif, le retour de la compétitivité. Sauf que cette dernière exigera de la part des peuples de si grands sacrifices que leurs conditions de vie se détérioreront considérablement car, faut-il le rappeler, nos « concurrents » sont tous moins bien traités que nous…

Ce qui se cache derrière ce discours ferme et menaçant, c’est pourtant bien le constat d’un échec, celui de la propagande menée en Europe pour faire accepter aux peuples l’austérité généralisée. L’Allemagne prend peur, et les marchés aussi. Désormais incertains de faire valider par les urnes le « coup d’Etat » qu’ils préparent de longue date, ils utilisent un discours alarmiste qui consiste à faire croire que l’Europe est au bord de l’éclatement, et qu’il suffirait qu’un ou plusieurs pays refusent d’appliquer les consignes pour que tout explose. Pour eux, il n’est plus temps d’attendre la bonne volonté des Grecs, ou celle des Espagnols ou des Français pour avancer, car à force de tergiversations c’est jusqu’à l’Allemagne elle-même qui sera touchée ; si les banques ne font pas toutes faillite avant.

Mais si l’Europe n’est plus représentée que par l’Allemagne, la France, L’italie ou l’Espagne, à quoi ressemblera-t-elle alors ? Cette histoire ne tient pas debout, tout cela est parfaitement ridicule, car en réalité la destruction de l’Europe est impossible : que pèseraient alors tous les pays qui la composent s’ils se retrouvaient seuls ?

Non, l’Europe n’explosera pas. C’est la gouvernance actuelle qui explosera, et c’est sans doute ça la plus grande peur des dirigeants européens. Ce n’est donc ni la sortie de la Grèce de l’Euro ni même cette destruction -à laquelle ils ne peuvent pas croire- mais bien l’arrivée au pouvoir de groupes politiques qui refusent à la fois de payer et de sortir de l’Europe qui les effraie. D’où cette sortie désespérée de madame Merkel, qui craint de voir la tête de son empire (et peut-être aussi de son pays) lui échapper.

Mais le véritable enjeu de cette bataille, pour les peuples, c’est tout simplement de savoir qui va payer : les riches ou les pauvres ? Les banques ont trop prêté, les gouvernements corrompus ont maquillé les chiffres et favorisé les riches, mais plutôt que de s’asseoir sur les milliards qu’elles ont volé aux peuples, elles préfèrent encore risquer de saborder l’Europe. Tandis que les dirigeants politiques qui les ont si bien servi en échange de leur poste, se voient menacés par des mouvements capables de les mettre tous ou dehors, ou en prison : comment ne pas voir que le chaos dont ils nous menacent est un bluff destiné à faire payer, une fois de plus, les pauvres ?

Maintenant, pourquoi personne ne dit que l’Europe ne s’effondrera pas ? Parce que cela serait un signal implicite envoyé à tous les peuples d’Europe pour qu’ils refusent de payer. Cette histoire d’Europe à deux vitesses (qui existe déjà) fait partie de l’enfumage propagé à quelques jours d’échéances électorales, comme l’exigence de la BCE envers l’Espagne sommée de demander l’aide pour ses banques en urgence (alors que les marchés n’ont pas chuté depuis). En réalité ces communications sont destinées à apeurer la population, pour les inciter à voter « utile » aux élections qui approchent.

La seule chose que nous ayons vraiment à craindre, c’est justement que les partis qui dominent aujourd’hui le pouvoir politique en Europe soient de nouveau réélus, car alors ils appliqueront tous les mesures désirées par les marchés. Tout en s’évertuant à ne plus rendre possibles, à l’avenir, de telles incertitudes quant aux résultats des élections ; un coup à nous les supprimer définitivement.

Mais de quelle Europe voulons-nous, de quel monde rêvons-nous ? Ne voyez-vous pas en Russie ou au Québec les Lois réprimant le droit de manifestation, ne voyez-vous pas les fichiers qui atteignent désormais tous les citoyens, ne voyez-vous pas la misère qui grandit en même temps que la peur et la haine ?

Et surtout ne voyez-vous pas que nous n’avons rien à craindre, que ce sont « eux » qui ont peur, et qu’il ne faudrait qu’un petit rien pour que les riches, ceux qui malgré la crise ont vu leur situation s’améliorer, soient contraints par le peuple à renoncer aux sacrifices qu’ils veulent lui faire subir, tout en subissant eux-mêmes les conséquences de leurs erreurs ?

Le monde ne s’écroulera pas si quelques banques s’effondrent, et même si toutes les banques s’effondrent. La valeur d’un pays ne se mesure pas à la somme qu’il possède mais au peuple qui le compose. Cela peut faire peur un monde d’où les banques auraient disparu. Mais cela arrivera-t-il ?

Non bien sûr, pas tout de suite en tous les cas… C’est pourquoi si les peuples ne paient pas, les banques seront bien obligées de payer… Nous sommes dans un système capitaliste, non ? Et puis un Etat, ça ne peut pas faire faillite ; tandis qu’une banque oui ! Laissons-les se dépatouiller avec ça. Nous le peuple, élisons des gouvernants pour qu’ils respectent notre volonté : nous ne voulons pas payer, nous ne voulons pas sortir de l’Europe, et nous voulons vivre décemment. Qu’ils se débrouillent ensuite pour trouver des solutions, nous les payons assez cher pour cela !

PS : Et pour la gouvernance européenne, madame Merkel attendra…

Caleb Irri
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Grèce : le coup de poker des marchés

Posté par calebirri le 25 mai 2012

La partie qui se joue actuellement en Europe est digne de figurer dans les annales du poker, et le coup de la Grèce semble être la carte-maîtresse qui donnera au « vainqueur » d’après ce grand coup de bluff un sérieux avantage pour la suite du jeu. En effet avec la rumeur concernant les travaux de l’Eurogroupe sur une sortie possible de la Grèce de la Zone Euro et la tenue d’une réunion « informelle » des dirigeants européens, les marchés espèrent à travers ce « coup de poker » faire « se coucher » son adversaire, la démocratie.

Car il ne s’agit pas seulement de la Grèce. Après ce coup, s’ils le gagnent, ils montreront clairement au reste de l’Europe (ainsi qu’à leurs dirigeants) que le choix des urnes n’a de valeur que s’il correspond à leurs attentes, et que par conséquent il est possible de contraindre un pays soi-disant souverain à accepter des directives que le peuple refuse pourtant. Et les marchés ont tout misé sur la Grèce, « tapis ».

Cela signifie aussi qu’ils risquent gros. En exigeant de la part du peuple grec des sacrifices qui, s’il les refuse, est menacé de se faire « sortir de l’Euro » (alors qu’aucune loi ne le contraint, il faut que cela se sache !), les marchés parient en réalité sur les résultats des législatives grecques ; en espérant que cette menace suffise à dissuader les citoyens grecs de se choisir des dirigeants rétifs.

Mais pour le moment rien n’est certain. Sauf que si les Grecs se couchent, alors il est fort possible que tous les autres se couchent à sa suite. Et les marchés comptent bien jouer sur la peur du chaos qu’engendrerait une Grèce qui refuserait et de payer et de sortir pour lui faire perdre l’envie de se choisir une « autre » Europe.

Pourtant, s’ils veulent éviter de laisser les banquiers trop exposés dans l’embarras, les marchés se doivent de conserver l’Europe unie. S’ils veulent imposer à ses peuples une cure d’austérité drastique et supprimer les élections libres pour les remplacer par un gouvernement économique autoritaire directement choisi par le monde de la finance, ils n’ont aucun intérêt à laisser sortir leurs débiteurs hors des frontières qu’ils contrôlent. Ils ne le feront donc pas…

Et si du coup les Grecs ne se couchaient pas ? Et si les élections législatives en Grèce étaient l’occasion de montrer à tous que l’austérité n’est pas une fatalité, que aux marchés qu’ils ne peuvent pas tout ? Et si en France nous soutenions également (et le même jour !) cette idée non pas de la fin de l’Europe mais d’une autre Europe ?

La plupart des Européens se sentent européens, et ne veulent tout simplement ni austérité ni ingérence extérieure, ni fermeture ni compromission, ni injustice ni corruption. Cette dette n’est pas la notre. Que les véritables responsables se ruinent s’ils le doivent mais nous ne paierons pas pour eux. Ils ont plus à perdre que nous d’ailleurs. Austérité et dictature ou effondrement de la bourse et liberté, qu’avons-nous peur de voir les financiers ruinés ? Il faudra bien un jour prendre le risque de détruire ce monde de la finance si l’on veut en construire un moins injuste… Pourquoi ne pas le faire maintenant, alors qu’il est encore temps ?

Que les Grecs et les Français refusent un peu de se soumettre à ce bluff grossier, et alors nous pourrons enfin retourner les autres cartes, voir le jeu de chacun. Que l’on voit un peu qui, de la finance ou du peuple, à le plus besoin de l’autre pour prospérer…

Le moment est historique, et les élections qui arrivent sont cruciales : nous avons le devoir de montrer aux autres peuples, aux Espagnols, aux Italiens, aux Portugais et à tous les autres, qu’une autre voie est possible. Et alors nous pourrons peut-être enfin rebattre les cartes. Ensemble. En Europe. Sans la dictature des marchés financiers. Tapis.

Caleb Irri
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Pourquoi la démocratie est l’ennemie des marchés

Posté par calebirri le 11 mai 2012

La passation de pouvoir n’est même pas encore réalisée que déjà les politiques nous annoncent l’effroyable réalité : les véritables élections décisives pour la politique qui sera conduite en France auront en fait lieu en juin, pour les législatives.
En dehors du fait que cela interroge sur l’intérêt des présidentielles, on s’aperçoit qu’en Europe la question des législatives préoccupe beaucoup nos chers financiers, qui par dessus tout affirment vouloir la stabilité politique. Ce qui semble pour l’instant être le cas avec la succession de monsieur Sarkozy par monsieur Hollande, car en France l’élection du nouveau président n’a pas fait -comme promis par la droite- chuter les bourses, et la note française n’a pas encore été dégradée.

Mais même si ce changement ne provoque pas les remous attendus et craints par la droite, il fait quelque peu bouger les lignes en Europe car il risque de retarder un peu les plans de ceux qui voulaient imposer une gouvernance européenne unique dont le programme économique réside essentiellement dans l’austérité. Certains Etats pourraient lui emboîter le pas, d’autant que la partie n’est pas terminée.
Comme il apparaît aujourd’hui, la bataille des législatives, préparée de longue date par les deux camps arrivés en tête au deuxième tour, n’est en réalité rien de moins que le troisième tour des élections : le camp qui détiendra la majorité sera responsable de la politique conduite.

L’incertitude qui règne actuellement quant à la majorité qui ressortira des législatives, comme la situation de blocage que connait la Grèce actuellement, a bien plus d’effet sur les marchés que l’élection d’un président de l’UMP ou du PS. Car les extrêmes gauche ou droite obtiennent un soutien de plus en plus fort de la part des électeurs écoeurés par les partis « traditionnels ». Et c’est peu de dire qu’ils ne sont pas favorables à la politique imposée par Bruxelles. Sauf que l’extrême droite n’a pas les mêmes objectifs que l’extrême gauche : le premier veut sortir de l’Europe sans payer, tandis que le second veut y rester, sans payer non plus.

Mais paradoxalement cette incertitude pourrait leur permettre de réaliser leur objectif, à savoir la prise de contrôle définitive de l’Europe par la suppression pure et simple de la démocratie. Il faut que je m’explique.

La montée des extrêmes en Europe est bien la conséquence de la crise économique : après que les peuples se sont laissés bernés par leurs dirigeants modérés, les marchés sont parvenus à imposer, de manière non démocratique, un changement de politique au sein des pays les plus touchés par la crise pour y mettre fin. Cette crise s’étant aggravée depuis des réformes drastiques et injustes rendues obligatoires, c’est presque naturellement que les extrêmes recueillent les voix des déçus des deux camps… Le risque étant une remise en cause, par l’expression des urnes qui mettrait au pouvoir des ennemis de l’austérité (des vrais), les traités déjà signés par les équipes précédemment au pouvoir. Car si chaque élection est l’occasion pour un pays de renier les engagements pris par ses prédécesseurs, alors la gouvernance européenne que souhaite la Troïka ne sera ni pérenne ni unie.

Il faut donc pour les marchés, afin d’éviter le refus de payer des pays les plus endettés, supprimer purement et simplement ce qu’il leur reste de démocratie, démocratie qui décidément les empêche de faire tranquillement leurs affaires. En Grèce, les marchés mécontents du résultat des urnes préfèrent refaire les élections que de laisser une majorité hostile à l’austérité s’installer au pouvoir. Et c’est donc avec satisfaction qu’ils apprendront qu’une alliance serait conclue entre les deux partis « institutionnels » pour diriger le pays (ce qui implique donc une soumission du parti socialiste grec à l’austérité- prenons en de la graine pour la France).

Car c’est bien en jouant sur la peur des extrêmes que les marchés espèrent réaliser à la fois ce qu’on appellera « l’Union Sacrée » et la fin de la démocratie. En laissant entendre que ces partis empêchent la stabilité et nuisent à la cohésion sociale, ils désirent faire valider comme « démocratiquement » la fin de la démocratie à travers la fin du pluralisme électoral.

Car pour les banques l’enjeu est de taille. Ce que redoute à tout prix les marchés, c’est qu’un gouvernement européen en difficulté refuse de payer, car alors ils ne pourraient rien exiger d’un pays souverain, comme cela s’est déjà produit ailleurs. C’est qu’on oublie de le rappeler trop souvent : il est bel et bien inscrit dans le traité de Lisbonne qu’un pays de la « zone euro » ne peut être exclu de l’Europe. Cela signifie qu’en dehors d’une demande de l’Etat Grec d’en sortir, nul ne peut l’en chasser de force. C’est là tout le danger pour les financiers qui veulent un gouvernement grec susceptible de conduire l’austérité pour continuer à faire des sous, ou capable de demander sa sortie de l’Europe une fois le pays ruiné -ce que seuls les deux plus grands partis ont accepté. Comme pour le rachat d’entreprises en difficulté (et on comprend mieux l’arrivée au pouvoir en Europe des hommes de Goldman-Sachs), les financiers qui imposent l’austérité prennent tout ce qu’ils peuvent, vendent le maximum et licencient, avant de laisser le pays et ses habitants lessivés par ce grand nettoyage.

Car que se passerait-il si la Grèce ou un autre refusait de payer, tout en refusant de sortir de l’Europe ? Ce serait soit la fin de l’euro, soit…celle des banques. Que préféreriez-vous ?

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

Publié dans argent, crise, la démocratie, politique? mensonges | 7 Commentaires »

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