Le choc des civilisations n’existe pas

Posté par calebirri le 22 janvier 2013

La mondialisation est un phénomène irrépressible, indestructible, irréversible. Elle conduit à transformer les relations entre les Etats pour en nouer de nouvelles totalement différentes de ce qu’elles ont toujours été. Et c’est bien cette mondialisation, créée par les « occidentaux » pour continuer à faire du profit -suivant ainsi la loi « des marchés », qui est responsable de la crise actuelle : car à force de dérégulations, de modifications du droit et de la complexification de la production, les pays riches ont voulu profiter (une fois encore) des pays pauvres pour forcer leur prospérité déclinante à l’intérieur de leurs frontières -sans penser que le développement induit presque « malgré eux » à l’étranger allait finir par se retourner contre eux.

Et ce qui devait arriver arriva : c’est le retournement du capitalisme au profit des « anciens » pays pauvres contre celui des « anciens » pays riches. Les « BRIC » font aujourd’hui presque jeu égal avec les occidentaux, et même si pour les autres pays le chemin est encore long les choses bougent aussi : les révolutions arabes, les mouvements en Amérique Latine, et même le retour de la droite extrême à l’est de l’Europe sont des symptômes de cette volonté populaire d’accéder eux-aussi aux « bienfaits » de ce capitalisme.

Il apparaît donc que face à ce retournement, les pays occidentaux sont pris à leur propre piège : enfermés dans le libéralisme, ils leur est difficile de retrouver la sacro-sainte « compétitivité » en retirant plus à ceux qui n’ont déjà presque rien, le tout sans prendre trop à des riches qui ne le sont que fictivement. Il leur faut donc trouver de nouveaux marchés pour faire repartir la croissance, ce qui implique la mise en place d’une politique expansionniste ; en concurrence désormais avec ceux qu’on appelle maintenant les « émergés ».

Pour ce faire, nos gouvernants ont besoin d’une terre à conquérir, ainsi qu’un ennemi à attaquer, si possible correspondants l’un à l’autre : et nous voilà plongés dans le fameux « choc des civilisations ». Car cette terre c’est l’Afrique et ses formidables ressources, et cet ennemi c’est l’Islam. Et comme il fallait donc trouver un exutoire au peuple pour qu’il accepte les visées expansionnistes de son « camp » (l’Europe avec les USA et quelques autres), nous voilà aujourd’hui face à la réalité : le Mali, la prise d’otages en Algérie sur une plateforme gazière, le terrorisme international ; l’uranium, Areva et les Chinois…

Englués dans cette crise qui conduit peu à peu la majorité d’entre nous à la misère, les gouvernants occidentaux, mais aussi ceux des pays émergents, se disputent donc aujourd’hui les ressources formidables détenues par l’Afrique (qui elle aussi voudrait sa part du «gâteau», mais qui s’en soucie ?) pour retrouver enfin le chemin de la croissance. Devenue le seul continent « prenable » pour les deux camps qui se disputent en réalité le pouvoir et l’argent, l’Afrique est devenue le centre d’intérêt de toutes les convoitises.

Et comme il faut toujours une excuse pour s’emparer légalement du bien d’autrui – et que la colonisation n’a plus très bonne presse- nos gouvernants lui ont préféré la vieille technique de la croisade… contre le « terrorisme international islamiste » qui paraît-il frappe aux portes de l’Europe. L’islamisation de l’Afrique, dont les récentes révolutions arabes ne voulaient pas mais qui, avec le concours (involontaire ?) des occidentaux a tout de même percé, semble une aubaine pour qui recherchait un ennemi à combattre, et cela même sans être un fondu d’analyse géostratégique, non ?

Sauf que cette histoire ne tient pas debout. Ce ne sont pas les quelques 1500 djihadistes (on apprend à cette occasion que le « péril musulman » n’est pas si massif que l’on croyait !) qui vont envahir l’Europe mais bien les entreprises européennes ou chinoises (on verra qui l’emportera) qui vont envahir l’Afrique. Le « choc des civilisations », en tant qu’opposition de valeurs religieuses (Islam contre judéo-christiannisme) ou politiques (la « civilisation » occidentale contre la « civilisation » orientale) ne tient pas,il n’existe pas. En réalité c’est juste un affrontement pour le pouvoir et la richesse, comme tous les affrontements précédents. Il n’y a pas plus de « péril musulman » qu’il n’y a de « péril jaune », car ce n’est pas ainsi que se définit la lutte.

La véritable lutte, la véritable opposition, le choc qui se fait entre tous est celui des pauvres contre les riches. Il est là le choc. Tous les riches de tous les pays exploitent les pauvres de tous les pays, quelle que soit leur religion, leur couleur de peau ou leur orientation sexuelle. c’est le choc de LA civilisation capitaliste en décadence contre la montée du désir démocratique des peuples. Et c’est de ce choc que devra sortir quelque chose de nouveau, d’inconnu : soit les pauvres se rassembleront et lutteront, ensemble pour une démocratie mondiale, soit ils ne réussiront pas à vaincre et ce sera alors l’avènement d’une dictature, elle-aussi mondiale, pour le contrôle total des populations. Nous en reparlerons bientôt.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

Publié dans argent, crise, la démocratie, misère, mondialisation, politique? mensonges, relations internationales | 8 Commentaires »

Politique française : qui est le leurre de quoi ?

Posté par calebirri le 16 janvier 2013

C’était lors d’une conversation à propos du mariage « pour tous », dans laquelle mon interlocuteur m’affirmait que, pour lui, cette « polémique » était un leurre destiné à « enfumer » le peuple qui ainsi ne se préoccupait pas des vrais problèmes.

J’ai aussitôt pensé au Mali : la France ayant déclaré la guerre sans crier « gare ! » dans le week-end, le calendrier tombait plutôt bien. Voilà peut-être ce qu’était sensé cacher le débat sur le mariage pour tous…

Et puis j’ai repensé à l’accord « historique » sur la « flexisécurité » (une sécurité flexible, c’est de la poésie !) ; était-ce alors la guerre au Mali qui était en fait le leurre destiné à « enfumer » le peuple pour lui éviter de voir la régression de ses droits validée par les syndicats, ou bien le contraire ? A moins que ce ne soit l’inverse !

Je dois bien avouer qu’à force de retourner l’actualité dans tous les sens je n’y comprenais plus rien : les pilules contraceptives, les plans de licenciement qui s’intensifient, les Etats-Unis bientôt déclassés par les agences de notation, la Syrie… qui est le leurre de quoi finalement ? Les nouvelles se succèdent à un tel rythme qu’il devient difficile de le démêler : que contient l’accord, en quoi le mariage pour tous changera-t-il la vie des Français, pourquoi (et pour quoi) la France intervient-elle au Mali, qu’espèrent les agences de notation… voilà ce que personne n’est capable de dire aujourd’hui. La seule chose que l’on puisse dire, c’est que s’il y a un leurre de quelque chose ici, c’est bien cette escalade de mauvaises nouvelles, la profusion des informations, qui empêchent de voir les causes et les effets, de comprendre les situations pour pouvoir s’en faire une opinion « éclairée ». Même les commentateurs les plus avisés sont submergés par le nombre, noyés par ce flot incessant…

Cela dit, et quand bien même la liste des leurres potentiels n’est pas exhaustive, il y a peut-être quand même un point commun à tous ces événements : la quasi certitude qu’ont les citoyens qu’ »on » leur cache quelque chose… A regarder la confiance des citoyens dans leurs représentants politiques, il apparaît que la politique menée par le gouvernement actuel semble être suspecte même pour quelques uns de ses soutiens… Se pourrait-il que ce qu’il nous cache en définitive, c’est qu’il applique une politique de droite ?

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

Publié dans crise, medias, politique? mensonges | 6 Commentaires »

l’évasion fiscale comme symptôme de la schizophrénie ambiante

Posté par calebirri le 21 décembre 2012

Comme tant d’autres avant lui, Gérard Depardieu quitte la France pour aller s’installer en Belgique, là où les lois fiscales sont plus protectrices…

Ce n’est donc ni le premier ni le dernier à agir de la sorte, et nombreux sont les riches qui se laissent tenter par l’évasion fiscale, ou pour être plus poli « l’optimisation fiscale ». Rien de bien nouveau sous le soleil en définitive.

Je ne sais si c’est parce que le moment est « mal choisi » ou si c’est parce qu’il est estampillé « de gauche » (ce qui date quand même un peu), mais traiter Gérard Depardieu de « minable » parce qu’il agit ainsi (comme les autres donc) n’a pas de sens : si les lois l’y autorisent, comment espérer que l’optimisation fiscale ne soit pas préférée à un « patriotisme » qui n’a aucune raison d’être privilégié par rapport aux règles « supra-nationales » qui instaurent que l’intérêt individuel prime sur toutes les autres considérations ?

Ce qui aurait été minable, c’est justement qu’un individu riche ne profite pas des possibilités offertes par un Etat complice pour lui permettre de conserver « le plus possible » de son argent, selon les règles établies et acceptées par ceux-là même qui critiquent aujourd’hui des comportements qu’ils ont eux-mêmes légalisé (et dont ils profitent parfois) : la maximisation du profit.

Car il ne faut pas oublier une chose : nous vivons à l’intérieur du cadre capitalisme, et ce sont donc les règles capitalistes qui s’appliquent : payer ses impôts en France alors qu’on a les moyens de n’en pas payer du tout (ou moins), c ‘est presque une faute de gestion. C’est perdre de l’argent « bêtement », et mettre de la morale là où rien ne l’exige.

Alors que tous les économistes du monde s’échinent depuis des décennies à nous expliquer que la somme des intérêts individuels contribue à la satisfaction de l’intérêt général (la fameuse « main invisible »), on voudrait aujourd’hui nous faire croire que le « patriotisme » doit l’emporter sur la rationalisation de l’individu ?

Mais c’est le patriotisme qui va à l’encontre du système, pas le comportement des exilés fiscaux, qui sont eux tout-à-fait rationnels ! Comment reprocher à un homme de ne penser qu’à lui, alors même que c’est le premier principe du système que le monde entier défend absolument ?

A travers cet exemple symbolique mais néanmoins banal, c’est la contradiction inhérente au capitalisme qui se trouve ainsi mise en lumière : la rationalité c’est l’égoïsme, l’individualisme, tandis que c’est la solidarité qui est du point de vue capitaliste totalement irrationnelle. Et en même temps que nous acceptons ce principe théorique, nous faisons constamment référence au devoir de solidarité (des autres) pour lutter contre l’égoïsme que nous méjugeons d’un point de vue moral.

Il serait temps que nos hommes politiques (et nous avec) cessent leur hypocrisie : le capitalisme fonctionne selon des règles qui sont instituées internationalement d’abord, nationalement ensuite, et seuls les gouvernements ont le pouvoir de changer ces règles (et nous celui de changer nos gouvernants). L’optimisation n’étant pas illégale, les gouvernants n’ont qu’à faire voter de nouvelles lois pour la rendre illégale. Changeons nos gouvernants pour qu’ils modifient les lois, supprimons les paradis fiscaux ou rendons-les inaccessibles, et le problème sera réglé…

Il serait temps aussi que nous comprenions que ce ne sont pas les hommes qui sont à blâmer mais le système qui les conduit à cette schizophrénie entre leur propre morale et les contraintes établies par le système de « maximisation du profit ». Car comment savoir à partir de quand cessons-nous d’être égoïstes pour devenir irrationnels… au point de devenir altruiste ? Tout dépend le point de vue qu’on adopte, moral ou capitaliste !

C’est donc aux hommes politiques de faire cesser cette schizophrénie, car ce sont eux qui ont le pouvoir de faire la Loi ; et qu’ils n’aillent pas ensuite critiquer ceux qui la suivent…

Et pour nous, qui sommes si prompts à dénoncer l’égoïsme des autres, n’oublions jamais de nous poser cette question : « et moi, si j’étais à sa place, qu’est-ce que je ferais ? »

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

Publié dans argent, crise, Non classé, politique? mensonges | 5 Commentaires »

Ce n’est pas le capitalisme qui est à l’agonie, c’est la démocratie qu’on assassine !

Posté par calebirri le 2 décembre 2012

Qui a dit que l’austérité ne fonctionnait pas ?

Si l’on se place d’un point de vue capitaliste, il apparaît que la situation économique actuelle permet à certains (peu nombreux il est vrai) de s’enrichir encore un peu plus, tandis que les autres s’enfoncent peu à peu dans le chômage et la misère.. Mais n’est-ce pas là justement le principe de ce système ?

Et puis si l’on regarde les choses d’un point de vue global, la croissance mondiale -même ralentie- continue d’être positive ; ce qui pourrait laisser entrevoir qu’en réalité ce n’est peut-être pas le capitalisme qui est à l’agonie.

Car si l’on considère que le système capitaliste est un système qui conduit à l’accumulation de richesses par un petit nombre de privilégiés et entraine la paupérisation de la majorité, alors on peut même dire que le capitalisme fonctionne tout à fait normalement : les riches sont bien de plus en plus riches et les pauvres… de plus en plus nombreux.

Pour lutter contre cette tendance « naturelle » à l’accumulation, l’Etat-providence (qui est une émanation de la démocratie) a été créé, avec comme corollaires les aides sociales, la retraite, les conditions de travail… ce qui faisait de ces Etats des modèles de développement.

Seulement la protection sociale coûte cher, et dans un monde globalisé les règles de concurrence libre et non faussée entraînent fatalement à la baisse des salaires, puisque dans un pays dirigé autoritairement la main d’oeuvre est très peu chère. Cette mondialisation a donc permis à l’accumulation de se faire « malgré » le développement des conditions d’existence de ce qu’on appelait « les pays développés », en dehors des limites légales fixées par ces pays.

Mais pour conserver à la fois le haut niveau de vie des occidentaux et les bénéfices des capitalistes tout en restant compétitifs, il a fallu créer la dette. Et maquiller les comptes. Pour que les riches continuent à investir dans ces pays et que ces derniers continuent d’être attractifs, il a fallu compenser le manque de compétitivité induit par le refus des uns et des autres de se sacrifier « pour la cause » (les riches refusant de rogner sur leurs bénéfices, les pauvres d’abandonner leurs « acquis » sociaux) ; ce qui a donné lieu à tout un tas de manipulations juridiques et mathématiques avancées (trucages de comptes, optimisation fiscale, niches, commissions et rétro-commissions, subventions…) qui n’ont fait qu’aggraver la situation.

Seulement cela ne peut plus durer. Les dettes contractées arrivant à échéance et le besoin de main d’oeuvre n’ ayant sans doute jamais été aussi faible (grâce au progrès technique), cela signifie que pour continuer à accumuler de l’argent, les riches doivent dans un premier temps se saisir des gouvernements non inféodés à leurs volontés, pour une fois leur ploutocratie installée s’attaquer directement à la racine de « leur » mal : la démocratie et sa protection sociale. Car la ploutocratie est la prise de pouvoir des capitalistes sur celui des politiques, et la démocratie nuit aux affaires car elle empêche la véritable « concurrence libre et non faussée ».

La première étape étant en passe d’être réalisée (l’Empire Européen), nous entrons désormais dans la suivante, dont l’objectif n’est pas la fin du capitalisme mais celle de la démocratie. La preuve en est cette austérité généralisée : au lieu de sacrifier le pouvoir d’achat des plus faibles ou de chasser les « délinquants sociaux », les gouvernements pourraient tout à fait augmenter les salaires et taxer les évadés fiscaux (voir propositions de Paul Jorion)… mais ils ne le font pas. Cela signifie qu’ils préfèrent détruire la démocratie plutôt que de renoncer à leurs profits. Les politiques sont désormais clairement du côté des capitalistes qui veulent nous faire croire que le capitalisme est en danger et qu’il faut faire des sacrifices pour le sauver, alors qu’en réalité c’est la démocratie qu’on attaque et c’est pour la défendre qu’il nous faut lutter : car l’idéal du capitalisme est la compétitivité « optimale », qui n’est rien d’autre que l’esclavage.

Mais heureusement la démocratie est affaire de politique. La politique est le point de bascule sur lequel seuls les citoyens peuvent agir, s’ils parviennent à se rassembler en nombre suffisant pour lutter contre la corruption, et donc contre le capitalisme. Il existe de nombreux moyens pour cela, que ça soit par l’audit citoyen de la dette, la création d’une Assemblée Constituante ou d’une réflexion sérieuse sur le « post-capitalisme« … Préparons-nous !

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

Publié dans Assemblée Constituante, crise, la démocratie, le travail, mondialisation, politique? mensonges, un nouveau système | 5 Commentaires »

Détruire le capitalisme, ou le moraliser ?

Posté par calebirri le 3 novembre 2012

En Grèce, un journaliste a divulgué une liste de quelques 2 000 citoyens Grecs soupçonnés d’évasion fiscale, liste dont font apparemment partie certains ministres : il est actuellement recherché par la police. Voilà l’exemple même de la manière dont fonctionne le système, qui au lieu de féliciter ce journaliste et de punir les coupables, veut punir le journaliste pour sauver les coupables.

Voilà une affaire qui montre au grand jour les incohérences de notre système « démocratique » et qui explique pourquoi la « moralisation » du capitalisme semble impossible : la corruption du politique faisant partie intégrante de ce système, il est désormais devenu quasiment impossible de la faire disparaître sans détruire en même temps le système auquel elle est si étroitement liée.

C’est ce dernier point qu’ont toujours l’air de ne pas comprendre nos bons économistes, incapables de prendre conscience que les problèmes sociaux ne peuvent être résolus par l’économie : ils sont incompatibles. Terrifiés sans doute à l’idée qu’ils puissent s’être si longtemps « faits avoir » par un système qu’ils croyaient de bonne foi créateur de progrès (et qui l’était sans doute d’un certain point de vue), ils n’envisagent pas que l’économie puisse être la responsable des problèmes qu’elle est censée combattre. Que c’est elle qui fait les injustices, et qu’il ne faut pas compter sur elle pour les faire cesser.

Car en économie, le principe qui s’applique en théorie est la concurrence libre et non faussée. Pour vendre des produits ou des services, il faut donc être plus compétitif que son concurrent, c’est-à-dire avoir la capacité de vendre moins cher pour la même chose.

Cette compétitivité s’obtient soit en réduisant les coûts de production, soit la marge bénéficiaire (la plus-value).

Il apparaît qu’à l’heure de la mondialisation, un problème de taille a changé tous les rapports commerciaux entre les Etats : car si tous les actionnaires refusent également de voir baisser leurs marges, les coûts de production en Chine ou en France ne sont pas les mêmes : une dictature sans protection sociale ou si peu, sans retraite décente, sans avantage aucun, dispose évidemment d’une longueur d’avance pour atteindre une meilleure compétitivité.

Et puis les entrepreneurs ont déjà rogné sur tous les coûts de production, justement pour conserver leurs marges, et refusent d’aller plus loin : la seule variable d’ajustement se trouve donc être les salaires et autres charges servant la protection des plus faibles, ce qu’on appelle l’Etat social, censé contrebalancer les effets injustes du système capitaliste.

Le choc de compétitivité ne se fera donc pas sur les marges mais sur les salaires, le temps de travail ou l’âge de départ à la retraite…

Pourtant on pourrait penser qu’en taxant plus fortement les revenus du capital (en abaissant la marge donc), la compétitivité pourrait également faire un bond en avant. Mais le problème est qu’il existe les paradis fiscaux, et que ceux qui possèdent le capital menacent d’aller s’y expatrier pour préserver leur fortune. Ces « patriotes » (qui souvent sont les mêmes que ceux qui craignent que l’étranger vienne « prendre le pain des Français ») sont en réalité prêts à abandonner jusqu’à leur « chère » patrie pour qu’on ne touche pas à leurs profits.

Il faut donc supprimer les paradis fiscaux, diront les économistes les plus indépendants : que les politiques se saisissent de ce problème et agissent en conséquence pour l’intérêt général, celui du peuple qui les a élus.

Mais cela est impossible, répondront les constitutionnalistes, car chacun fait ce qu’il veut dans son pays. Et il y aura toujours un pays qui fera payer moins d’impôts que les autres.

Et puis désormais les hommes politiques ne sont plus tout à fait des citoyens comme les autres : leur propre intérêt se confond plus avec celui des riches plus qu’avec celui du peuple : plus de 13 000 euros par mois pour les députés français, plus de 10 000 euros pour les députés européens, 25 000 pour les commissaires européens, et même plus de 30 000 euros pour le président de la commission européenne… Comment voulez-vous qu’ils votent des lois à l’encontre de ce que le système capitaliste préconise en matière de rationalité, c’est-à-dire leur propre intérêt individuel ?

Il ne fait aucun doute que la corruption des politiques, leur proximité coupable avec les grands acteurs du « privé » et leurs constants allers et retours de l’un à l’autre, font qu’il y a de fortes chances qu’on retrouve dans certains paradis fiscaux les noms de certains hommes politiques forts connus et forts influents, ce qui aurait forcément mauvaise presse, et qui expliquerait pourquoi on préfère arrêter des journalistes faisant acte de salubrité publique.

Il faut donc maintenant que tout le monde se rende compte d’une chose : aujourd’hui nous ne pouvons plus continuer à tergiverser. Soit nous ne faisons rien et il faut nous préparer voir nos conditions de vie se détériorer sérieusement, soit nous décidons d’agir et nous acceptons de rentrer dans l’inconnu. Au bout du premier chemin (celui que nous prenons actuellement) il y a ce que nous avons toujours connu (la dictature ou la guerre pour imposer les nouvelles règles à respecter), au bout du second une page blanche à remplir.

Faut-il à tout prix tenter de moraliser un système qui ne l’est pas, ou vaut-il mieux le détruire pour inventer autre chose ? Ne vaudrait-il mieux pas cesser de penser le monde et les hommes en termes économiques? La tâche est certes ardue, voire impossible peut-être, mais celle de rendre juste un système fondé sur l’injustice ne l’est-elle pas tout autant ?

Il faut tout changer, il faut repartir de zéro, il n’y a pas d’autre alternative. Il nous faut nous mettre à réfléchir d’urgence, monter un collectif de résistance et de réflexion dignes du CNR, absolument et immédiatement. Bougez vous, vous les économistes « dissidents », les analystes, philosophes, syndicalistes, sociologues, indignés, avocats, et tous ceux qui ont encore conservé leur esprit critique, il faut vous regrouper et lutter, appeler à rejoindre la lutte et entamer une réflexion globale avec tous vos semblables des autres pays, car désormais les constatations doivent laisser la place aux propositions.

Voilà les miennes : http://calebirri.unblog.fr/2012/10/06/dabord-la-constituante-et-apres-la-revolution/. Quelles sont les vôtres ?

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

Publié dans argent, Assemblée Constituante, crise, politique? mensonges, révolution?, un nouveau système | 21 Commentaires »

La politique de la corruption

Posté par calebirri le 31 octobre 2012

Imaginez un homme d’une quarantaine d’années, assez bien fait de sa personne, l’air avenant et mû par de grandes et saines ambitions pour son pays. Son plus grand désir étant de servir « l’intérêt général », il se destine à la politique, avec dans le coeur une vision « noble » de ce terme.

Après avoir subi les railleries collégiennes et suivi sans broncher le conditionnement classique pour ce genre de cursus, il serait parvenu -on ne sait par quel miracle- à conserver intacte sa passion pour le bien public, et aurait gravi sans « perdre son âme » les échelons qui conduisent au conseil général ou à la mairie, jusqu’à se présenter aux élections pour le poste convoité de maire dans une ville moyenne. Déjà il apparaît au lecteur que cette configuration a peu de chance de voir le jour, puisque parvenus à ce stade, tous les individus auront déjà à un moment ou à un autre dû se soumettre à des règles en contradiction avec leurs propres valeurs…

Mais admettons la chose et continuons à suivre le parcours de ce « jeune premier » : toujours sans avoir renoncé à ses principes ou à ses objectifs, il a triomphé d’une élection classique avec son lot de bassesses, de promesses démagogiques ou de mensonges éhontées. Il ne s’est fourvoyé dans aucune polémique stérile et s’est fait élire sur sa probité, son intégrité, et puis surtout sur ses idées.

Le voilà donc en poste à la mairie, toujours plus convaincu de sa charge, toujours porté par les mêmes idéaux de justice sociale et de bonne gestion, avec une équipe qui tourne bon gré mal gré au rythme des élections législatives, avec ou sans lui. Décidé à se pencher sur le sort de ses concitoyens, il lui arrive un jour de découvrir certaines « anomalies » concernant l’attribution de marchés publics (par exemple), et se prépare à saisir la justice lorsqu’il reçoit la visite d’un personnage « important », un notable de la ville « qui connaît du monde »… et qui a voté pour lui :

« Monsieur le maire, je sais que ce n’est pas bien, mais ça se passe comme ça depuis toujours, et puis c’est que les charges sont trop lourdes, nous avons du personnel, etc… Ne saisissez pas la justice, il faut éviter le scandale, imaginez un peu, moi qui ai tant fait pour votre élection, mais ne vous inquiétez pas on va tout arranger. »

Bon. Le maire a deux options : soit il se laisse corrompre et laisse étouffer l’affaire, mais il se peut que les sollicitations affluent ensuite ; soit il saisit la justice pour montrer sa valeur… et ne se fait pas que des amis… S’il continue dans cette voie, il ne fait aucun doute que les investissements dans sa ville vont baisser, que les soutiens extérieurs vont se faire moins nombreux, et surtout que sa carrière risque de se voir compromise assez rapidement…

Mais admettons encore que porté par une affaire médiatisée on le couronne ministre (qu’on ne me dise pas que c’est impossible !). Peu importe le ministère, toujours motivé et sûr de ses convictions, il arrive au sein d’une nouvelle équipe, assez nombreuse, avec des conseillers déjà là avant lui, et sans doute aussi après… On lui explique comment les choses se passent, ce qu’on attend de lui, et puis un jour ou un autre vient un dossier « chaud », porté par un homme dont la position ne permet pas qu’on le contrarie :

« Bonjour monsieur le ministre, ce que vous avez fait est très bien et je vous en félicite, mais maintenant vous êtes responsable d’intérêts qui vous dépassent, il ne faudrait pas que votre comportement puisse nuire au bon fonctionnement de l’Etat, et patati et patata… »

Le ministre sait à quoi s’en tenir, tout se passe pour le mieux quand un nouveau personnage lui est présenté :

« Bonjour monsieur le ministre, tout ce que vous avez fait est très bien, et je vous en félicite, mais il y a une ou deux petites choses qu’on ne vous a sûrement pas expliquées… Une grosse affaire se prépare, et il en va de l’intérêt supérieur de la Nation ; certaines pratiques ne sont pas tout-à-fait conformes à la législation en vigueur, mais nous n’avons pas le choix ; vous seriez bien obligé de ne pas vous y opposer ni d’ébruiter l’affaire, vous comprenez, l’intérêt de l’Etat, le bien public, enfin une affaire « gagnant-gagnant »… D’ailleurs, vous pourriez vous-même en tirer avantage, enfin si le coeur vous en dit ; vous seriez bien le premier à refuser ! »

Le ministre se scandalise, menace, mais l’homme en face de lui ne se démonte pas :

« Mais c’est que vous n’avez pas vraiment le choix, monsieur le ministre. Tant pis pour votre commission, si vous n’en voulez pas… Sachez tout de même qu’ici les choses se passent comme ça, que vous le vouliez ou non. Imaginez le scandale si ce genre de choses venaient à se savoir, vous seriez responsable de la dégradation de l’image du gouvernement, et de la patrie toute entière, presque un acte de trahison ! Vous ne voulez donc pas faire carrière, ou profiter du pouvoir qui est désormais le vôtre pour en faire profiter vos concitoyens ? Moi qui vous croyait avoir de l’ambition pour votre pays, vous n’allez tout de même pas compromettre votre réputation pour si peu… D’autant que maintenant que vous savez, vous êtes déjà mouillé jusqu’au cou. »

A cet instant le ministre est déjà corrompu de fait, qu’il le veuille ou non. Car qu’il dénonce ou qu’il reste coi, il est coincé : S’il « balance » l’affaire il risque de se voir rapidement évincé du pouvoir, sans compter le scandale qu’il provoquerait au sein de sa propre famille politique, et s’il se tait il passe d’une complicité « passive » à une complicité « active ».

Il peut toujours démissionner bien sûr, mais dans ce cas là à quoi bon faire de la politique ?

La morale de cette histoire, si l’on en veut une, est que ce ne sont pas les hommes qui changent la politique, mais la politique qui change les hommes.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

Publié dans fiction, politique? mensonges | 9 Commentaires »

12345...20
 

"Un homme qui crie n'est pa... |
ENDYMION |
le bien être de candresse e... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Mareil Autrement
| Etudiants du lycée Bertran ...
| Bienvenue sur le blog du RC...