le jeu de la dignité

Posté par calebirri le 22 avril 2010

Monsieur Fillon, sans doute un peu à court d’arguments pour défendre une loi qui ne l’enchante guère (sûrement pas plus que son supérieur hiérarchique d’ailleurs) a trouvé bon de la justifier par une formule peu académique : « l’enjeu en vaut la chandelle »

Pour mémoire, cette expression (en réalité plutôt connue sous sa forme négative « le jeu n’en vaut pas la chandelle »), voulait dire que pour un trop faible bénéfice possible, il ne valait pas le coup de dépenser le prix de la bougie censée éclairer les joueurs. Mais pour le premier ministre, cela veut sans doute dire autre chose : car la loi sur la burqa n’est pas exactement un jeu, et peut-être même un enjeu…celui de sa future candidature aux élections présidentielles ?
Car pour ce qui est de la dignité humaine, il faudra bien repasser ! le fait même qu’on se préoccupe tant de ce problème prouve bien à quel point d’une part la dignité de ses concitoyens lui importe peu (il y a quelques sujets concernant une plus vaste population à régler d’abord il me semble), et d’une autre qu’il fait peu de cas de la sienne propre. Il est bien évident que cette question du voile intégral n’intéresse personne d’autre que les quelques malheureuses deux mille femmes ayant à supporter ce fardeau, et à qui on imposera en plus de cela de se cacher chez elles pour éviter les amendes.

Et par ailleurs, qui se préoccupe de la dignité de la femme, alors qu’on a reconduit les prostituées dans des lieux sombres et distants, à l’abri des regards et du minimum de sécurité ? qui se préoccupe de la dignité des étrangers séparés de leur famille sous prétexte qu’ils n’ont pas de papier ? qui se préoccupe des sans-domicile qui dorment dehors ? de tous ceux qui se font humilier à leur travail, de ceux qui n’en ont pas, et de tous ceux qui souffrent des injustices de ce monde?

Et par dessus tout, que fait-il pour la sienne propre ? tout le monde sait que ses relations avec le président sont tendues, et que le rôle de porte-parole auquel il est relégué ne lui convient guère… et pourtant, malgré tout cela, il continue de soutenir un président qu’il s’apprête sans doute tôt ou tard à trahir, juste pour « avoir l’air » fidèle à ses engagements !  obligé de supporter ce qui n’est pas dans ses convictions, juste pour servir sa carrière, n’est-ce donc pas plutôt ça perdre sa dignité ?

Lorsqu’une femme est obligée par son mari de supporter la burqa sous peine de représailles, elle ne perd ni son honneur ni sa dignité : elle est tout simplement victime d’une oppression qu’elle ne désire pas. Mais si elle porte la burqa par conviction (peu importe la nature de celle-ci), alors elle ne perd pas non plus sa dignité. Pas plus que celle qui enlève son soutien à la plage, ou celui qui porte un baggy, ou une casquette. Par contre, exprimer que quelqu’un perd sa dignité s’il continue de porter telle ou telle chose, ce n’est pas une atteinte à la dignité d’autrui, mais à sa liberté d’expression.

Alors, et au lieu de faire la chasse aux burqas, pourquoi ne pas faire la chasse à ceux qui les y contraignent ? au lieu de faire la chasse aux prostituées, pourquoi ne pas faire la chasse aux proxénètes ? au lieu de faire la chasse au pauvres, pourquoi ne pas faire la chasse aux exploiteurs ? c’est plutôt à cela qu’il faudrait répondre !

 

La dignité n’est pas une chose qu’on peut retirer ou remettre comme un vêtement, mais un état d’esprit personnel. C’est comme l’humiliation, elle n’est conditionnée qu’à la volonté de celui qui la porte. Celui qui n’en veut pas peut se l’éviter, ou se la garder, selon sa propre force de caractère. Mais celui qui veut l’ôter ou la rendre à autrui, c’est justement celui-là qui la prend, ou qui la perd. Car la dignité est une interprétation morale, et il suffit que celui qui se fait juger indigne ne se considère pas comme tel pour qu’il cesse de l’être à ses propres yeux.

Le plus terrible dans tout ça, c’est sans doute que la plupart de ceux qui voteront cette loi ne se rendent même pas compte qu’au lieu de libérer ces femmes de l’oppression dont elles souffrent, ils vont les faire se sentir coupables de leur différence, et les mettre dans le même genre de situation que la victime d’un viol qui, à une certaine époque et parfois même encore aujourd’hui, se sent en plus coupable de ce dernier.

Tous ces députés, soutenus par de nombreux citoyens soumis au conditionnement médiatique et apeurés par les amalgames récurrents qu’on leur à intégré, n’ont pas l’air de bien se rendre compte de l’engrenage dans lequel ils sont en train de mettre la main… stigmatisation, peur, interdiction, incompréhension, amalgames, propagande, tout ceci ne présage rien de bon pour le futur ; le passé devrait pourtant nous l’avoir appris.

 

Alors non, le jeu n’en vaut pas la chandelle. En légiférant ainsi, à la va-vite et sous des prétextes fallacieux, nous sommes pas dans un jeu, mais dans la réalité. Et la réalité, c’est que ce gouvernement est peu à peu en train de mettre en place une sorte de ségrégation religieuse, qui n’a rien à voir avec la dignité, mais avec la liberté.

Au lieu d’interdire ces burqas, pourquoi ne pas proposer à celles qui y sont contraintes une aide similaire à celle offerte aux femmes battues ? Et pour celles qui la choisissent volontairement, qu’on leur demande simplement de s’identifier selon les besoins administratifs que chacun juge, (et même elles je crois), légitime… si les autres trouvent leur accoutrement ridicule, c’est affaire de goût : certains trouvent tout aussi ridicule la soutane des prêtres, ou les rouflaquettes !
Mais le gouvernement ne semble pas prêt à agir de la sorte, de la même manière qu’il ne souhaite pas que les tensions sociales s’apaisent, car cela sert leurs intérêts : diviser pour mieux régner. C’est un jeu très dangereux…

 

Caleb irri

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l’arnaque constitutionnelle

Posté par calebirri le 19 avril 2010

Lorsqu’on regarde la constitution, on est tout d’abord saisi par son apparente simplicité, voire par sa logique implacable. Tout semble couler de source, et la justesse des propositions paraît incontestable.
Pourtant, le lecteur peut rapidement tomber dans des méandres tortueux et infinis, s’il prend soin de vouloir tout comprendre.

Car si le texte de la constitution est assez court, concis et peut-être même limpide pour certains, un nombre non négligeable de points sont sujets à confusion, qui ont trait à la définition d’un principe dans ce qui est appelé « loi organique ». Et c’est justement là que tout se corse. Car les lois organiques sont modifiables par l’assemblée, ce qui constitue une forme d’adaptabilité de la constitution. Mais si ce principe est censé permettre une sorte de souplesse à cette dernière, elle concerne quand même certains points majeurs de notre démocratie, comme par exemple le mode de scrutin, ou les finances de l’Etat. Ce qui signifie que la constitution n’est pas intangible, et que certaines modifications des lois organiques peuvent transformer « légitimement » certains principes constitutionnels, pour peu qu’ils aient été validés par le conseil constitutionnel.

Si on se penche un tant soit peu sur le problème, il ne faut pas creuser trop loin pour s’apercevoir que, de toutes manières, les premiers principes garantis par la constitution, même s’ils semblent justes et bons, sont en réalité loin d’être appliqués parfaitement (loin de là) : c’est qu’il doit bien y avoir quelque chose « qui cloche » entre le texte fondateur de notre république et son application concrète. Et si ce « quelque chose » se produit malgré la force de la constitution, c’est qu’elle doit tout de même avoir des failles… dans lesquelles on peut peut-être s’engouffrer à travers ces lois organiques, comme certaines votées il y a peu, au sujet de l’élection présidentielle (2006), ou du financement des partis politiques (2003). Et même, à y regarder de plus près, on s’apercevrait que le nombre des lois organiques votées ces derniers temps est certes conséquent  (voir liste), mais que les intitulés de ces lois montrent surtout l’extrême poids de ces lois organiques sur la vie démocratique. Et tout cela bien sûr sans compter les modifications directes de la constitution pour l’Europe, ainsi que pour le « renforcement des pouvoirs » du parlement. Il reste à souligner à ce propos que les lois concernant le referendum, la nomination des présidents de France télévisions, de Radio France et de la société en charge de l’audiovisuel extérieur de la France, la Haute Cour, la saisine du conseil économique, social et environnemental, ou le défenseur des droits n’ont pas été encore adoptés (tiens tiens, France télévisions et Radio France ?)

Je ne me lancerais pas dans la lecture de ces modifications, qu’il faudrait pour être juste comparer aux textes initiaux, ni dans les retours incessants entre alinéas multiples, car je n’aurais pas assez d’une seule vie pour en venir à bout. Mais je prendrai rapidement le cas de deux lois organiques assez récemment modifiées ayant pour sujet le financement des campagnes et le mode d’élection des députés… mis en rapport avec la nouvelle proposition sur la réforme territoriale, on imagine très vite le résultat de cette corrélation, surtout validée par les expériences législatives récentes.

Regardons ces financements, et ces modes d’élection, puis étudions la composition du parlement : nous constaterons rapidement que nous sommes coincés entre le marteau et l’enclume

 

Pour le financement des élections, on s’aperçoit que c’est l’Etat qui subventionne la majorité des campagnes législatives, selon un procédé tel que les partis déjà en place ont le plus de chance d’obtenir à la fois plus de sièges, et plus d’argent.  Les « petits partis » n’ont pour leur part qu’une visibilité moindre, des subventions inférieures voire nulles, et finissent par obtenir une représentativité parlementaire ne correspondant pas à leur représentativité populaire.

 

De plus, en choisissant le mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour l’élection des députés et des sénateurs, le jeu de la pluralité est soumis aux alliances et aux subventions, qui font rapidement ressortir les deux grandes formations classiques au détriment des autres. Ensuite, il n’est pas nécessaire de s’interroger longtemps pour comprendre que cette situation arrange bien l’hégémonie des deux grands groupes se partagent à tour de rôle le pouvoir : remboursés largement de leurs frais de campagnes, et certains d’être soit dans la majorité soit dans l’opposition, ils peuvent continuer à se voter les émoluments qu’ils désirent, et modifier et la loi, et la constitution, pour ainsi dire à leur guise.

 

Si on regarde maintenant la composition du parlement et son mode de fonctionnement, on comprend mieux comment se fait le découpage : forts de leurs subventions et de leur visibilité, les deux grands partis font presque jeu égal en nombre de votes reçus, que ce soit pour l’élection de l’assemblée nationale ou pour le Sénat, ne laissant aux autres formations que des miettes, et aucun pouvoir.
Cela signifie donc que la constitution, qui garantit en théorie le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, est à la merci des lois organiques qui permettent aux deux grands partis (à juste titre du coup) dits « institutionnels » de se partager le pouvoir, sans laisser la possibilité aux autres partis de se faire une place. Possédants à la fois le pouvoir de modifier les règles les concernant, le mode de scrutin, le financement de leurs campagnes, il n’en faut pas plus pour entrevoir de quels pouvoirs disposent les deux camps « opposés », qui ne luttent plus désormais pour le peuple mais pour le pouvoir. Ayants plus ou moins adopté le comportement de la classe sociale dans laquelle ils évoluent (leurs émoluments sont substantiels puisqu’ils se les votent entre eux), ils ne s’agitent plus que pour ou contre certains détails leur accordant plus ou moins de sièges, ou de subventions. Il n’y a qu’à voir les résultats des votes sur la modification de la constitution, ou sur le traité européen : dans le premier cas (comme dans celui de la réforme territoriale qui va arriver bientôt) ils se battront jusqu’au bout pour ne pas perdre leurs privilèges respectifs, et dans le second, ils étaient tous d’accord car cela les arrangeait tous deux.

 

Mais le peuple dans tout ça, tout ce petit monde s’en moque éperdument. La seule chose que nous garantit la constitution aujourd’hui, c’est le droit d’être d’accord, ou de nous la fermer. Pour le reste, elle a savamment été vidée de son sens : elle ne vaut plus un clou.

 

Caleb Irri

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vive la rumeur !

Posté par calebirri le 11 avril 2010

S’il y a une chose que même le capitalisme ne peut réussir à vaincre, c’est bien la rumeur. A partir du moment où les êtres humains sont doués de parole, et qu’ils se rencontrent, il y aura toujours des rumeurs… Petites ou grandes, les informations contenues dans ces rumeurs apprennent toujours quelque chose à ceux qui les entendent, mais ce n’est peut-être pas là le plus important. Le plus important, c’est justement ce que la rumeur nous apprend non pas sur les autres, mais sur nous-mêmes, nous qui les colportons.

Tout d’abord, elle rend bien compte de l’appétit de communication du genre humain : que ce soit durant la guerre ou sous la censure, les hommes conservent leur pouvoir d’imagination, ainsi que l’illusion de l’importance de leur personne. Que la rumeur soit inventée, infondée, partiellement ou totalement vraie, les mots avec lesquels elle est diffusée sont capables de la rendre à la fois plus crédible et plus complexe, ou plus belle ou plus vendeuse. Tous les textes fondateurs des mythes ne seraient-ils pas d’ailleurs l’aboutissement de l’amplification de la rumeur ?

Car le nombre de fois qu’elle est reprise et répétée compte aussi, ainsi que la légitimité de celui qui la colporte. Une rumeur qui s’installe dans le temps se transforme, et ce n’est pas toujours celle qui s’est rapprochée le plus près de la réalité qui aura raison pour l’Histoire. Une chose est sûre cependant, c’est que le « transmetteur » de la rumeur possède un pouvoir de mystification auprès de celui à qui il la fait découvrir : il est , au moins l’espace d’un instant, « celui qui sait », et cela flatte son ego.

Ensuite il faut constater la force de la rumeur : capable de faire tomber un gouvernement, de créer des mouvements de masses considérables et bien d’autres choses encore, elle est source de l’Histoire en même temps qu’elle participe à l’Histoire. Qu’elle soit vraie ou pas, la rumeur qui est crue vaut plus que la réalité qui ne semble pas vraie. Elle devrait nous rendre conscient de sa dangerosité potentielle, ainsi de ce qu’elle nous montre de notre crédulité. Mais nous en sommes friands, et il n’est pas envisageable de ne plus ni les produire, ni les colporter.

La raison de cette force réside dans la faculté de persistance que possède la rumeur, qui si elle grossit se gonfle jusqu’à former une sorte de vérité dans l’opinion publique, et qui par ce biais se doit d’être ou bien démontée par des faits, ou bien risque d’être validée même par le simple silence face à son expansion. Ce phénomène devrait nous interroger sur la puissance de ce qu’on appelle « l’opinion publique », ou « force du nombre » : en effet, c’est bien le rapport entre la capacité de l’émetteur et le nombre qui détermine la valeur de la rumeur, et fonde sa validité. Cela signifie que la rumeur, dans certaines conditions, dépasse la force des chiffres, du comportement rationnel, et donc que les mots peuvent avoir plus de pouvoir sur le comportement des hommes que l’appât du gain.

Quoique nous fassions, nous restons des êtres sensibles, et les relations que nous entretenons entre nous troublent sans cesse la volonté de perfection capitaliste qui ne cherche qu’une optimisation mathématique. Comme s’il était besoin de preuves, les échecs du capitalisme montrent bien le gouffre qui séparent les comportements désirés de ce système face à la réalité de ces derniers.

Et oui, « il n’y a pas de fumée sans feu ». Voilà une « sagesse populaire » qui résume bien l’imperfection humaine, capable de se fier à cette citation plutôt qu’aux résultats d’une entreprise, ou au démenti de la victime.
La bourse par exemple, qui représente pourtant la quintessence du chiffre, ne fonctionne en réalité que sur la confiance en les rumeurs qui proviennent d’informations plus ou moins certaines, ou par rapport aux résultats chiffrés d’indices de confiance assez subjectifs, même pour des mathématiciens.
Une rumeur de faillite peut la provoquer, comme la rumeur d’une trahison peut rompre un couple peu solide. Et les paroles censées inspirer la confiance peuvent aussi être l’origine de la rumeur du sauvetage de la Grèce, ce qui pourrait avoir un véritable effet si elle est assez crédible, ou l’effet inverse si elle ne l’est pas assez.

Mais cette absence « de fumée sans feu », qui évoque la force de la rumeur, lui donne un caractère communément accepté d’origine sérieuse, alors qu’il ne devrait pas en être ainsi. Il existe des rumeurs complètement infondées, inventées de toutes pièces, mais qui peuvent quand même avoir des conséquences réelles sur les comportements humains. En réalité on se fiche de savoir si l’origine de la rumeur est véritable ou non : le véritable enjeu est de savoir si elle est assez crédible ou pas. Ensuite, les conséquences de cette rumeur sont, elles, bien réels, et c’est bien cela qui compte. « La fumée », cela peut être l’origine du feu, en ce sens que cela peut être la rumeur qui engendre des réactions, réactions qui auront elles-aussi des répercussions véritables. Qu’il s’agisse de rumeurs concernant des hommes importants, ou des institutions financières, elles ont un poids réel et conséquent, et peuvent sinon détruire le système dans son ensemble, au moins le mettre à mal à peu de frais…

Face à ce constat, je ne peux donc que me réjouir de la persistance des rumeurs, et attendre de leur incroyable potentiel effectif les relais médiatiques suffisants pour faire tomber les murs qui nous oppressent… car quand on y pense, la rumeur n’est pas un acte délictueux, mais seulement une sorte d’interprétation de faits (réels ou pas) capable d’influer sur le cours des évènements ; tout le monde peut se tromper!   Et le jour où la rumeur qu’un autre monde est réellement possible prendra dans l’opinion publique, qu’elle sera assez puissante pour entraîner sa réalisation par la confiance qu’elle a engendré, alors il se pourrait que de rumeur elle devienne réalité. C’est tout ce que je nous souhaite

 

Caleb Irri

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Mais qui a tué l’utopie ?

Posté par calebirri le 5 mars 2010

Une nation est comme un être humain : elle a le pouvoir de devenir ce qu’elle veut être. mais, comme un être humain, elle a également la possibilité d’être malheureuse, ou de se faire manipuler. Et c’est malheureusement ce qui, semble-t-il, est arrivé aux pays riches dont la France fait partie.

comme chaque être sur cette terre, nous n’avons qu’un seul but, celui de trouver le bonheur. Ce bonheur est le résultat de nombreux paramètres liés au contexte, plus ou moins favorisants, mais non indispensables. Le seul paramètre qui compte vraiment est l’intérieur de chaque homme, dans lequel il est capable, à force de volonté et de courage, de parvenir au bonheur, en dépit des conditions extérieures à lui-même. comme certains sages antiques qui, poussés par la volonté de trouver ce bonheur en eux, étaient capables d’aller se perdre dans un trou perdu, ou au sommet d’une montagne glaciale, pour aller méditer dans une frugalité qui ressemblait à une misère noire. Ils étaient, disaient-ils en tous cas, heureux.

Mais les nations d’aujourd’hui, selon la théorie des « générations descendantes », sont arrivées à croire que désormais, sous prétexte d’avoir vécu la guerre, la faim et l’oppression, elles étaient arrivées au sommet de la civilisation, au summum de la réussite, et qu’elles ne pourraient jamais tomber du piédestal où elles se croyaient juchées pour toujours… elles ont donc cessé de rêver à un monde meilleur, et ont fini par se satisfaire de leur sort en se croyant tout simplement au comble du bonheur.

Pourtant, le bonheur dont elles se targuent est aussi illusoire que le bonheur fugace d’un dépressif qui, sitôt après ce qu’il croit être sa rémission, replonge tête baissée dans le cycle infernal d’où il vient. Les hommes de notre civilisation sont dépressifs, et comme les nations ils se trompent eux-mêmes en croyant que l’état dans lequel ils sont plongés ne peut s’améliorer, surtout au regard du malheur des autres, qui semble bien plus profond que le leur propre.

tellement conditionnés dans leurs visions du monde, les hommes ont appris à confondre le rêve avec la réalité, et la réalité avec le rêve. Ce qu’ils voient ils le croient vrai, et ce qui est vrai, ils le croient irréel. ils ont cessé de rêver leur vie, et ils vivent leur vie comme dans un rêve. Mais ce rêve tend inévitablement, du moins pour la plupart, à se transformer en cauchemar bien réel : à force de rêver le bonheur à travers l’argent, l’homme finit par ne trouver ni l’un ni l’autre. Les nations, elles-aussi, se trompent dans leur chemin. Victimes de leur propre propagande, elle ont fini par croire elles-aussi que leur bonheur résidait dans l’accumulation de richesses, et ont tout misé sur le sacro-saint « PIB ».

Mais l’utopie n’est pas le rêve. l’utopie est plus grande que le rêve, plus grande que la réalité elle-même. Car elle engage la notion de « volonté », qui est le véritable socle de la liberté. L’utopie est un rêve auquel on croit, et pour lequel on exerce sa liberté, sa volonté, pour la réaliser.

Churchill disait : « Tout le monde savait que c’était impossible à faire. Puis un jour quelqu’un est arrivé qui ne le savait pas, et il l’a fait. »

La nation, les nations ont tué l’utopie dans le coeur de leurs peuples, et même dans leur propre coeur. A force de faire croire aux misérables que seul l’argent était capable de leur faire atteindre le bonheur, elles ont fini par le croire elles-mêmes… si bien qu’aujourd’hui, nous en sommes rendus à nous demander si des Etats peuvent faire faillite, et bientôt de savoir si les populations constituant ces Etats peuvent désormais « appartenir » à leurs créanciers.

Lorsque je constate le nombre de dépressifs, de mal heureux, de pas heureux,  et l’état de l’Etat, je suis effrayé. Tous se jettent sur l’argent comme s’il allait leur apporter le bonheur, et personne n’imagine un instant que c’est justement cette course qui leur a fait perdre de vue ce qu’était le bonheur. Au lieu se demander ce qu’on fera de cet argent gagné pour notre bonheur, on préfère concentrer toutes ses forces, toute sa volonté dans la quête de l’argent en oubliant de se concentrer sur le bonheur. Cette manière de penser est induite, contrainte par le fonctionnement du système, mais la libre volonté permet de vaincre bien des obstacles. Car une fois le doigt mis sur le bonheur qu’on se promet, le chemin devient ce bonheur. Quand on sait où on veut aller, peu importe le chemin : même si on arrive pas au bout, on avance le coeur joyeux : on fait ce qu’on veut.

C’est ce qui manque aujourd’hui aux nations, ainsi qu’aux hommes : la volonté. Ne sachant pas où ils vont, ils préfèrent que rien ne change. En considérant les utopies comme des rêves, ils ont tué la volonté qu’il y avait dedans. Pour eux, pas possible de revenir en arrière, ni de prendre un autre chemin. Pourtant, n’est-il pas pire de s’enfoncer dans un chemin que l’on sait ne mener nulle part ? ne sait-on pas où l’on veut aller ?

La quête du bonheur à travers l’argent a tué l’utopie, et en même temps l’idée même du bonheur. La volonté des nations s’est perdue en considérant ce bonheur comme un rêve, et ceux qui rêvent au bonheur ont perdu la volonté utopique. C’est pourtant cette quête, et elle seule, qui permettra de retrouver le bonheur. En osant l’utopie, en se détachant des liens qui nous enchaînent au rêve sans substance, au « moindre mal », nous avons la capacité, tous ensemble et chacun pour lui-même, et par la force de notre volonté, de construire autre chose que ce qu’on nous a vendu comme ersatz de bonheur. Cela peut prendre du temps, et demande beaucoup de volonté, mais comme je le disais, le bonheur est dans le chemin qui y conduit.

 

Caleb Irri

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Monsieur Lordon, monsieur Jorion, il faut aller plus loin!

Posté par calebirri le 2 mars 2010

Monsieur Lordon, comme monsieur Jorion, ont proposé il y a peu deux mesures fortes dans le but de résoudre la crise économique. la première étant de supprimer les bourses, la deuxième d‘interdire les paris sur les fluctuations. si je suis tout à fait d’accord avec leur raisonnement (ainsi qu’avec la plupart de leurs analyses), j’ai pourtant quelques sérieuses réserves quant à leur application possible, dont je vais vous faire part ici.

pour commencer, je voudrais signaler que la crise économique dans laquelle le monde semble plongé trouve son origine non pas dans l’économie, mais dans la morale qui encadre le système tout entier. Il est donc pour moi impossible d’y trouver une réponse économique, car la solution est philosophique, et répond à la question : sommes-nous prêts à accepter la misère du plus grand nombre pour satisfaire les besoins du plus petit ? à partir du moment où l’argent est entré dans le jeu, il faut soit suivre ses règles et accepter ses conséquences, soit changer de jeu. modifier les règles ne serait que provisoire, car les changer une fois c’est les changer plusieurs fois…on tourne en rond.

La règle du jeu, c’est là toute la question du capitalisme, qui implique malgré son apparente a-moralité une conception de la justice se définissant ainsi : tout ce qui rapporte est bon. Car c’est bien de justice qu’il s’agit : si ce sont les règles humanistes de morale qui s’appliquent, alors il est injuste que certains gagnent des millions pendant que la plupart des autres ont du mal à survivre. Mais si ce sont celles du capitalisme, alors cela est juste.

 

Comme le décrivait si bien monsieur Lordon dans son intervention à l’émission de Daniel Mermet (« là-bas si j’y suis« ), les agrégations de structures privées au cours de l’extension du libéralisme ont finalement permis la prise du pouvoir effectif par l’intermédiaire de leur puissance financière. Ces structures se sont ainsi retrouvées en position d’être des concurrents sérieux face à un pouvoir politique qui, lui, se devait encore de réfléchir en terme de « justice sociale ». Mais la justice sociale n’étant pas rentable,alors les entrepreneurs privés ont exigé, au nom de la concurrence et donc du citoyen, la « liberté d’entreprendre ». Les services publics, fortement déficitaires et peu à peu considérées comme une forme de monopole (elles empêchaient le venue sur le marché d’autres acteurs), pouvaient très bien être assurés par le privé. Et l’argent manquant à l’Etat, la privatisation des services publics était inévitable. Car réfléchi en termes économiques, aider les autres n’est pas juste.

 

C’est à partir de ce moment que, dans leur course folle au profit, les pouvoirs financier et politique se sont unis, et se voient aujourd’hui disposer des pouvoirs de décider de la justice, ainsi que du contrôle des libertés. Pour que cette alliance fonctionne, il faut que la justice sociale et la justice économique trouvent un terrain d’entente : la justice du droit.

Et en finançant la politique par l’argent,  le pouvoir financier  trouve un lien pour justifier sa conception de la justice capitaliste.  la politique a le pouvoir sur la loi, et donc peut faire voter des lois qui remettent en cause la justice sociale au profit de la liberté, c’est à dire celle de faire du profit. Au passage, les politiques, qui ne sont en réalité que des intermédiaires, touchent une commission pour avoir facilité le travail.

mais si la finance a besoin de la politique pour « légaliser » l’injustice sociale, le pouvoir politique a aussi besoin de la finance pour continuer à détenir le pouvoir de faire les lois. Et ce pouvoir ne permettra jamais ni de supprimer les bourses, ni d’interdire les paris sur les fluctuations.  Parce que faire cela,  c’est déjà abaisser les commissions des politiques, mais pas seulement. C’est aussi faire gagner moins d’argent aux actionnaires (les gros comme les petits, ceux qui financent par agrégation ces commissions, et les gros salaires).

 

Ces grands agrégats privés créés, et qui ont donc peu à peu pris le relai des services publics, ont en même temps entrainé le pouvoir politique dans une spirale de dépendance financière infernale. Prisonnier de cette spirale, il ne peut s’en sortir (puisqu’il traite le social à travers ses partenariats avec le privé et se doit quand même pour être réélu d’assurer un minimum de social) qu’en négociant économiquement ces services…dans un rapport de force sans cesse à son désavantage, ainsi qu’à celui des citoyens.

Ces grands agrégats ne pouvant, selon leur logique, que chercher un maximum de profit, ils ne s’arrêteront d’en vouloir plus que lorsque les individus seront tellement contraints par leur rythme de travail qu’ils ne seront plus aptes à travailler. Mais les hommes sont résistants, et pour se protéger face aux contestations, le pouvoir financier  exige dorénavant la modification du droit pour rester dans la légalité… et pour cause, si le gouvernement ne veut pas garder ses entreprises au sein de son pays, il va bien falloir qu’on rogne sur quelque chose : la justice sociale. Car la concurrence est partout, et l’avance technologique des pays dits développés tend à se réduire avec le temps : la faute à la mondialisation…
Une mondialisation que les pays riches tentent de conserver à leur avantage. Pour préserver cette avance et éviter des désagréments judiciaires, des nouvelles lois comme ACTA vont ainsi permettre de protéger les brevets, droits d’auteurs, ainsi que de supprimer, en même temps qu’elle offrira des revenus supplémentaires aux grands groupes technologiques de surveillance, la contestation dont internet est un média porteur. De même pour la nouvelle loi concernant la suppression du juge d’instruction (en même temps que de réduire considérablement le temps de prescription concernant les affaires…de corruption bien sûr!), qui nous éclaire sur les intentions de nos élites.

c’est donc en regardant les choses sous l’angle philosophique que l’on comprend pour quelles raisons on ne fermera pas les bourses, ni n’interdira les paris sur les fluctuations : à moins que de remettre en cause tout l’équilibre du monde (et la domination de l’argent et du pouvoir unis contre la justice sociale, au nom de la liberté et de la concurrence), personne ne peut envisager la mise en place de ces deux mesures. Car si une telle mesure était prise, tous les gouvernements des pays riches se trouveraient très vite sur la paille, les entreprises quittant les territoires concernés pour aller s’installer ailleurs… nous conduisant rapidement dans la position des ces immigrés sur qui l’on jette l’opprobre.

Alors qu’une fois les pouvoirs financier et politique associés, la justice dépendante et les libertés contrôlées, c’est à un bien meilleur avenir qu’ils s’occupent, comme tous les gouvernants de tous les pays en difficulté, et à toutes les époques : aller chercher les richesses là où elles se trouvent, comme en Irak ou en Iran… on attaque la population, on détruit son infrastructure, on place un nouveau chef, on asservit la population, et on la fait travailler pour pas cher au profit de nos monopoles qui servent les intérêts communs des deux précédents pouvoirs… en nous laissant un peu tranquilles… même si cela est injuste.

La seule question reste de savoir si, comme à l’époque coloniale, on se battra aussi ensemble…

Alors, pour toutes ces raisons, non monsieur Lordon, non monsieur Jorion, ce n’est pas les bourses qu’il faut supprimer ni les paris, mais l’argent. Si on veut aller jusqu’au bout de votre raisonnement, la seule manière d’atteindre à la fois la justice et de conserver la liberté, c’est de supprimer l’argent. Et assumer le fait qu’il faut cesser de faire de l’économie, pour retourner à la philosophie.

 

Caleb Irri

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la normalité, ou la volonté?

Posté par calebirri le 23 février 2010

Je suis tombé, l’autre jour, sur une émission traitant de la taille des êtres humains, où étaient interrogés deux parents décidés à traiter leur enfant contre sa petite taille. Petite taille relative d’ailleurs, et qui apparemment n’était en rien pathologique : tout allait très bien chez ce petit. Il semblait juste un peu moqué à l’école, et avait effectivement développé un certain complexe à cet égard. A ce qu’en disaient les parents, ils s’étaient résignés à faire des injections quotidiennes (ou hebdomadaires je ne sais plus) à leur enfant, pour le bien de ce dernier, et à cause de la « méchanceté » de la société. Ainsi, le pauvre petit prenait ses injections avec plaisir, et on voyait les parents lui dire qu’avec ça il grandirait, en espérant lui ôter ainsi ce qui était devenu un handicap.

Quelle stupidité ! ce pauvre gamin, s’étant forgé un complexe par l’obsession de ses parents, se verrait sans doute dans quelques années obsédé par sa taille, et peut-être complexé par les effets des hormones de croissance.

Mais ce n’est pas tout : des parents, au nom de cette « méchanceté » de la société (et sûrement un peu aussi face à leurs propres complexes quand des amis leurs font remarquer que leur petit est plutôt « petit pour son âge »), en viennent à faire naître chez leur enfant une obsession sans résoudre le complexe. Le temps et l’énergie qu’ils dépensent à faire devenir « normal » leur enfant sont sans doute plus importants que ceux qu’ils auraient pu prendre à le décomplexer, et en même temps appuient, renforcent sans arrêt le complexe du petit en lui signifiant bien qu’il n’est pas dans cette « normalité ».

Cette histoire montre bien comment fonctionne la société aujourd’hui : pour un semblant de « normalité », elle est capable de toutes les « anormalités ». au lieu de chercher à régler le problème en l’acceptant de front, elle préfère le garder enfoui tout en s’en créant d’autres en l’enfouissant. la notion de « normalité » est une des réussites du monde capitaliste, car elle rejette la différence source de désordre. On le voit bien avec tous les problèmes actuels de burqa ou de tee-shirt pro-palestiniens : ce qui n’est pas considéré comme normal est au mieux suspect, et au pire coupable. Cette notion est bien pratique pour tout gouvernement, car elle permet de surveiller tout le monde en un seul coup d’oeil : mettez un pull rouge entouré de mille pulls noirs, vous verrez ! Ainsi il est très facile de repérer ce qui est différent. D’autant que, comme dans le cas du petit garçon de l’histoire, les parents ne désirent jamais que leur petit « se fasse remarquer ».

Le pire dans tout ça, c’est que la société agit avec le peuple comme avec les parents avec leur fils : au lieu d’accepter notre relative « anormalité », elle préfère nous faire subir tout au long de notre vie tellement de choses « anormales » que nous finissons par nous ressembler tous. Comme le petit garçon, nous finissons par nous conformer à l’idée qu’on avait de nous, et acceptons de perdre jusqu’à notre propre volonté ; cette perte de volonté propre que nous avons tous en commun, remplacée  par la volonté conditionnée : réussir en étant « normal »…

Pourtant, quand on regarde le parcours de ceux qui ont « réussi », on s’aperçoit que souvent ils n’étaient justement pas « normaux ». Que ce soit dans le « bien » ou dans « le mal », toutes les grandes figures qu’a retenues l’Histoire sont celles dont la volonté a dépassé le conditionnement acceptant leur différence. Ils ont appris à se décomplexer en s’assumant, et on refusé de se soumettre au conditionnement de leur environnement.

Il faut apprendre à nos enfants que leur différence est une chance, et aux adultes qu’ils ont abandonné leurs rêves en devenant semblables. Et il faut aussi leurs apprendre qu’ils sont tous semblables dans leurs différences, en même temps que les adultes sont tous différents malgré leur similitude…cela doit pouvoir ouvrir des perspectives !

Alors peut-être, un jour, n’aurons-nous plus besoin ni d’hormones de croissance, ni de cures de jouvence.

 

Caleb Irri

http://www.calebirri.unblog.fr

Publié dans crise, misère, philo, politique? | 1 Commentaire »

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