Comment convaincre un convaincu (du contraire) ?

Posté par calebirri le 24 août 2010

je discutais, il y a peu, du sujet à la mode du moment (pas l’affaire Woerth, elle est déjà passée aux oubliettes), le « problème des roms ». Au cours de cette conversation, dans laquelle je tâchais de défendre mon point de vue, je me trouvai abasourdi par l’incompréhension mutuelle à laquelle nous étions tous deux confrontés : alors que mon contradicteur me passait par le menu les exactions commises par certains individus de cette communauté, j’essayais en vain de lui faire comprendre que celles-ci n’étaient absolument pas représentatives de la communauté dans son ensemble, et qu’on trouvait des délinquants dans toutes les couches de la société, dans toutes les communautés.

 

Mon contradicteur, qui se trouve être une personne intelligente et sensible, embraya alors sur les différences culturelles qui nous séparaient de cette communauté, qui selon lui ne respectait ni les lois françaises, ni les animaux, ni les êtres humains n’appartenant pas à leur communauté. Ne désirant ni s’insérer, ni travailler, ni respecter la loi, ils exigeaient de la part du gouvernement français des terrains, de l’électricité et de l’eau, tout cela gratuitement, sans compter les dégradations qui s’ensuivaient inévitablement à leur départ, départ de plus monnayé par la contribution publique, avec une somme qu’ils s’empresseraient de dépenser là-bas avant de revenir presque aussitôt sur le territoire français.

 

Je tentai alors de lui expliquer que cette communauté, malgré ses différences culturelles, se devait d’être accueillie par la population française au nom de « valeurs humanistes », et que le système actuel avait les moyens et la place nécessaire pour les recevoir décemment, au même titre qu’elle autorise de nombreuses associations à profiter de terrains, de locaux municipaux…

J’essayai de lui faire voir comme les différences culturelles sont dures à estomper (et le fallait-il ?), et combien il était difficile pour des populations itinérantes de s’adapter à la culture de tous les différents pays qu’elles traversent. N’ayant pour ainsi dire presque aucune chance d’être régularisés, il n’était pas étonnant qu’ils vivent quelque peu en marge. Que si certains en venaient à voler, c’était plus par nécessité que par vice, et s’ils abandonnaient parfois les lieux utilisés dans un état délabré, c’était sans doute car ils n’en étaient que les éphémères utilisateurs, un peu à la manière des toilettes publiques : elles sont sales quand on arrive, et encore plus quand on en sort. On n’y touche le moins possible…

 

Et puis, face à ses dénégations contre lesquelles j’épuisais mes forces, j’évoquais mon argument ultime : quelle solution existe-t-il d’autre à part l’intégration? Les mettre dans des camps et les exterminer, tous, pour payer les crimes de quelques uns ? Et si on faisait ça à toutes les communautés où il existe des délinquants, n’allait-on pas finir, à force d’amalgames, par vouloir supprimer tout le monde ?

 

Bien sûr, mes arguments ne portaient pas, et ils n’avaient aucune chance de porter. On ne convainc pas un convaincu du contraire aussi facilement : mon contradicteur me répondit qu’ils n’avaient qu’à respecter la Loi, et qu’il serait ravi de voir punis tous ceux qui ne la respectent pas, que les lois n’étaient pas assez contraignantes, et qu’il fallait aller encore plus loin. Alors ce ne sont pas les roms qui étaient en cause, mais bien les délinquants, n’est-ce pas ? Peut-être bien, mais au lieu de les retirer de sa liste, ce dernier était plutôt prêt à l’allonger….

 

Alors je m’embarquai sur la responsabilité de la société, qui entrainait inévitablement à la course à l’argent, et donc à tous les moyens pour en acquérir ; à la notion culturelle du bien et du mal qui différait selon les populations ; au double jeu du gouvernement qui d’un côté donnait de l’argent aux roms pour qu’ils s’en aillent tout en sachant très bien qu’ils reviendraient, ajoutant à la défiance du peuple en crise une jalousie sur l’injustice des sommes qu’eux-mêmes ne reçoivent pas.

 

Bien sûr toute cette discussion était interminable, et si embrouillée qu’elle ne pouvait mener nulle part. Mon contradicteur ne me convaincrait pas, et je ne le convaincrai pas non plus. Dialogue de sourd ultime qui trouve ses bases dans l’incompréhension originelle qui sépare les deux sortes d’hommes qui existent : ceux qui croient que l’homme est naturellement bon et que le système le pervertit, et ceux qui croient que l’homme est naturellement mauvais et que le système doit le recadrer. Une vaste discussion impossible à résoudre autrement que par des détours interminables entre histoire, philosophie, sociologie, politique…

 

Comment, en effet, sortir d’une discussion comme celle-là en disant « ah oui, j’ai compris! », comme une fulgurance, une illumination ? Ce serait remettre en cause toute sa vie, toutes ses croyances, toutes ses amitiés, tout son être en définitive.Alors qu’il est si simple de rester persuadé de son opinion sans même penser qu’il est possible de changer….

Mais il existe pourtant bien une relation évidente et incontestable entre la misère et la violence ! Et quand la misère augmente, la violence aussi. Comme le démontrait déjà le Raphaël de « L’Utopie » (de Thomas More) à propos de la pendaison des voleurs (au 16ème siècle!), la délinquance est le résultat de la politique du pouvoir en place, qui préfère satisfaire son profit plutôt que celui de son peuple, appauvri et délaissé par ceux qui en ont la charge : « en effet, vous laissez donner le plus mauvais pli et gâter peu à peu les caractères depuis la petite enfance, et vous punissez des adultes pour des crimes dont ils portent dès leurs premières années la promesse assurée. Que faites-vous d’autre, je vous le demande, que de fabriquer vous-mêmes les voleurs que vous pendez ensuite ? »

 

Un peu plus tard, je rencontrai un autre ami, à qui je confiais mon désespoir, mon indignation devant tant d’incompréhension : comment mon contradicteur pouvait-il à ce point être victime d’une propagande si grossière et si voyante ? Ne voyait-il pas que l’on était en train d’abuser de ses sentiments, en lui mettant chaque jour en pleine lumière des faits divers sordides (mais heureusement rares), en lui indiquant un ennemi capable de l’entraîner vers la haine des autres, ne connaissait-il pas tous les malheurs que ces techniques de conditionnement avaient déjà engendré, ne comprenait-il pas le jeu des puissants qui veulent détourner l’attention de leurs échecs en désignant d’autres coupables ?

 

Non, il ne pouvait pas comprendre. Il n’a pas, n’a plus la volonté de comprendre. Cela lui ferait trop mal, et remettrait trop de choses en cause sur sa vision du monde. Il risquerait de voir que le pouvoir se moque de nous depuis trop longtemps, et que le seul moyen qu’il a trouvé pour le conserver sans risque est de diviser des hommes appauvris, afin qu’ils se battent entre eux, au lieu de se battre contre ceux qui les ont rendu misérables ; ce que Thomas More avait compris il y a bien longtemps déjà : « quant à croire que la misère du peuple soit une garantie de sûreté et de paix, l’expérience prouve assez que c’est la plus grande des erreurs. Où y a-t-il plus de bagarres que parmi les mendiants ? Qui est le plus empressé à bouleverser l’état des choses existant, sinon celui qui est mécontent de son lot ? Qui s’élance plus témérairement dans la voie de la révolution que celui qui n’a rien à perdre et qui espère gagner au changement ? Un roi qui serait méprisé et haï de son peuple au point de ne pouvoir tenir ses sujets en respect que par des rigueurs, des extorsions, des confiscations, un roi qui les réduirait à mendier, mieux vaudrait pour lui abdiquer tout d’un coup que d’user de procédés qui lui gardent peut-être la couronne, mais qui lui enlèvent sa grandeur, car la dignité royale consiste à régner sur des gens prospères et heureux, non sur des mendiants. »

 

Enfin, mon ami finit tout de même par mettre un terme à mes réflexions, et les éclaira d’un jour nouveau, en exprimant simplement la vérité des choses : on ne convainc pas un convaincu par des mots, ni par des raisonnements. Mais par la réalité. Pour comprendre l’inconnu, l’autre, il faut le découvrir, le côtoyer…le connaître. Alors il ne sera plus un inconnu, et ne fera donc plus peur.

 

Caleb Irri

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logique et raison

Posté par calebirri le 17 août 2010

la logique est un système de pensée basé sur le raisonnement, dans le but de satisfaire à une argumentation. Les limites de ce système sont évidemment dépendantes de celles de la raison, et donc par extension de celles du contexte philosophique, culturel, religieux, moral, politique, juridique, historique, géographique, scientifique, enfin tout ce qui concoure à la formation de cette raison. Je ne vais pas m’attarder ici sur la définition de la raison, qui on l’aura compris possède presque autant de définitions qu’il y a d’individus, et défendre mon point de vue ne serait pas raisonnable…

 

Mais il n’en demeure pas moins que la raison est pour chacun un concept positif, et ce malgré la multitude de sens qu’elle peut avoir, c’est à dire même au cas où elle signifie pour certains le contraire de la raison, ou son absence. Cela signifie donc que les hommes sont tous, d’instinct si j’osais, d’une manière ou d’une autre doués de raison, et donc susceptibles d’atteindre aux mystères de la logique.

 

Par exemple, il peut être logique pour certains d’expulser les roms des camps illégalement occupés, car leur raison les incite à respecter les lois, qui interdisent de violer la propriété. Mais pour d’autres, il semble tout aussi logique de les laisser s’installer sur des places données ou prêtées par l’administration, ou de faire modifier les lois pour qu’ils puissent s’installer dans certains lieux prévus à cet effet. Les deux propositions étant toutes aussi raisonnables, et logiques.

Par contre, et même s’il est tout à fait logique (du point de vue juridique)de vouloir expulser les roms installés illégalement, cela est-il pour autant raisonnable, sachant que d’un pays à l’autre ces « gens du voyage » se déplacent « de par le fait », et ne veulent ni ne peuvent prétendre à aucune installation nulle part ?

Et est-il logique, dans le cas où on leur proposerait raisonnablement de s’installer dans un lieu fixe (c’est à dire en payant eau et électricité, impôts locaux et taxes diverses), de continuer à les appeler « gens du voyage »? est-il logique d’exiger d’eux des papiers en règle pour régulariser leur situation, régularisation qui passe par la recherche d’un emploi stable et d’un lieu d’habitation fixe, deux conditions qui ne sont possibles à satisfaire qu’une fois régularisés ?

 

Face à ces contradictions, la logique et la raison vacillent, mais cela est tout à fait normal : ces apparents paradoxes sont aisément explicables, car ils sont le résultat de la complexité humaine, complexité qui oppose deux logiques, deux raisons opposées et toutes deux unies dans l’homme : selon que l’on réfléchit en terme d’intérêt individuel ou en terme d’intérêt collectif, deux raisonnements sont également acceptables, en ce sens qu’ils sont tous deux aussi logiques.

 

Ainsi il est logique que les pauvres meurent de faim d’un point certain point de vue, car la raison explique que la rareté pousse à la concurrence, et que seuls les meilleurs réussiront à survivre, comme une sorte de sélection naturelle. D’un autre point de vue, on peut considérer qu’il est illogique que les pauvres meurent de faim, car ils n’ont rien fait pour le mériter. Victimes de leur contexte mais frères d’humanité, ils devraient se voir offrir la possibilité de vivre décemment, au nom des principes d’entraide et de partage qui fondent la différence fondamentale entre le règne de la nature et la condition humaine. Cela signifie que si nous nous plaçons du point de vue de l’intérêt collectif, notre raison nous pousse à vouloir de la justice ; mais du point de vue de l’intérêt individuel, notre raison nous indique qu’il faut des plus faibles pour qu’il y ait des plus forts.

 

Malheureusement, et depuis l’apparition du capitalisme, certains économistes ont voulu réconcilier nos deux natures en s’emparant d’un des plus gros mensonges de l’Histoire, la fameuse « main invisible » d’Adam Smith, qui théoriquement affirme que la somme des intérêts individuels concoure à l’intérêt général. Comme si devenir égoïstes et individualiste était le moyen le plus sûr de faire un partage juste, comme si la morale se réconciliait enfin avec l’amoral, nos gouvernants se sont emparés de cette supercherie pour nous donner une raison supérieure aux contradictions humaines : celle de la logique financière, l’argent. Le culte de l’argent, le conditionnement à la société de consommation, la propagande éhontée servie sur les bienfaits d’un individualisme qui servirait l’intérêt collectif ont si bien servi leurs défenseurs qu’aujourd’hui il devient difficile de penser, de raisonner autrement que selon les critères de cette raison supérieure, de cette logique implacable qu’est le capitalisme.

 

Mais si l’Afrique est pauvre, c’est parce qu’elle n’est pas rentrée dans l’histoire, ou parce qu’on a tout fait pour l’en empêcher? Si les attentats sont chaque jour plus nombreux en Afghanistan et en Irak, s’arrêteraient-ils si à la place on aidait financièrement ces pays au lieu de piller leurs ressources ?

Et si au lieu de les aider financièrement, on les aidait à ne plus avoir besoin de notre argent ?

 

Nous sommes tous tellement conditionnés par notre manière de penser que nous nous sommes enfermés dans une logique qui n’est acceptable que parce qu’elle fonctionne dans le cadre d’une raison supérieure inculquée, et qui est pour le moins sujette à caution : les résultats sont visibles au présent. Mais si nous sortons de ce cadre et partons du point de vue inverse, c’est à dire que l’intérêt général doit permettre la satisfaction de l’intérêt individuel, alors les possibilités d’accorder sa raison avec la logique nous sont offertes : il n’est pas logique que des enfants meurent de faim quand quelques hommes se croyant raisonnables les affament, même logiquement. Il n’est pas logique que des communautés entières soient stigmatisées pour leur couleur de peau, leur sexualité ou leur mode de vie. Il n’est pas logique que sous des prétextes fatalistes on se soumette au système capitaliste qui nous exploite. Il n’est pas logique qu’on laisse, depuis des siècles, des hommes avides de pouvoir et d’argent nous diriger, surtout lorsqu’ils nous prennent notre argent et exercent leur pouvoir contre nous.

 

En supprimant le conditionnement qui nous force à une logique individualiste, tout devient alors possible : il devient logique de nourrir tout le monde sans distinction, de respecter notre planète, nos cultures et nos différences, il devient logique de partager les connaissances, les ressources,les techniques et les technologies. Il devient alors illogique de vouloir se battre pour être le plus riche, ou le plus fort. Illogique aussi d’accepter de choisir la couleur des chaînes, alors que nous pourrions nous en passer.

 

Caleb Irri

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l’injustice en héritage

Posté par calebirri le 21 juillet 2010

Contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire, le plus grand désir des hommes n’est ni l’égalité ni l’équité, mais bien plutôt la justice. Car l’inconscient collectif est porté à ressentir les différences inextricables qui nous séparent, et les peuples n’ont nul désir de voir les hommes se ressembler ni dans leur corps ni dans leur tête, et encore moins dans leur vie quotidienne. Ce que tous souhaitent, et je ne saurais l’imaginer autrement, c’est que chacun soit traité par la société de manière juste, c’est à dire que chaque être peuplant cette planète puisse au minimum avoir de quoi se nourrir et se loger. Une fois ce point de départ établi, il ne fait de doute pour personne que toutes les différences sont acceptables, pour peu qu’elles soient -donc- justes.

Le juste n’est pas une valeur absolue, et il existe de nombreuses définitions pour le situer, que ce soit d’un point de vue culturel, juridique, religieux ou philosophique. C’est cependant une notion universelle, capable d’être intégrée, apprise, mais aussi ressentie. La justice, pour moi, se caractérise d’ailleurs presque mieux par son opposée, l’injustice : car l’injustice se ressent, comme une limite inconsciente, comme un point de rupture qui fait une distinction nette entre ce qui est -ou n’est pas- acceptable. Qu’un individu trouve sa situation injuste et qu’il commence à la contester, et on comprendra alors qu’il a dépassé l’acceptable. Ce point de rupture sera différent chez chacun, mais chacun en possède un.

Et c’est bien de ce principe qu’ont émergé les lois, les révolutions, jusqu’à la démocratie. Selon une définition sans cesse adaptée à ce qu’un peuple est capable d’accepter, de celle d’un point à partir duquel il ne supportera plus sa situation sans réagir, les gouvernants de tous temps et de tous lieux ont tenté de s’approcher le plus près possible de cette limite sans jamais la dépasser. Mais le système qui nous dirige possède lui aussi un point de rupture, qui est déterminé par ce qu’on appelle la justice sociale, et que les lois démocratiques sont censées protéger du système capitaliste. Bien sûr on voit aujourd’hui que le point de rupture est en passe d’être dépassé, et il ne peut en être autrement : en effet, la justice sociale voudrait que chacun reçoive le minimum, que ce soit du point de vue de l’éducation, de l’accès à l’eau ou à l’énergie, aux administrations, à l’emploi, en bref à toutes sortes de progrès dont l’humanité serait en droit de jouir communément. Ce qui n’est évidemment pas le cas.

Le fait est que malgré toutes les avancées sociales qu’ont connu nos sociétés dites « développées », les conditions minimales de justice n’ont pas été remplies ici et encore moins ailleurs, et  qu’en plus de cela les nôtres  (d’avancées sociales) se sont en réalité construites sur le dos des autres. C’est parce que nos pays ont exploité la misère et la faiblesse des autres que nous avons pu nous offrir le peu de justice que nous possédons (et qu’on voudrait aujourd’hui remettre en cause). Mais il semble qu’un long mouvement historique soit en train de nous traverser, et qui rende possible d’inverser la domination traditionnelle de « l’occident » sur les autres Etats (voir « le retournement du capitalisme« )

Face à cette relative justice (il est en effet, d’un certain point de vue, juste que les pays dits « émergents » profitent à leur tour d’avancées sociales), les pays riches ont l’occasion de faire en quelque sorte amende honorable, en se satisfaisant de cette sorte de vases communicants entre les pays « du nord » et ceux « du sud », qui n’est que le retournement « naturel » du monde capitaliste. Pour certains, il semble même que la décroissance soit la seule alternative, mais c’est pour moi une mauvaise voie, susceptible de nous entrainer vers un retour en arrière : la théorie de la décroissance est une théorie capitaliste (j’y reviendrai sans doute ailleurs).

Plutôt donc que de laisser leur position dominante à la merci de leurs concurrents, les pays « riches » préfèrent logiquement satisfaire leur appétit de pouvoir en instaurant une injustice plus grande, c’est à dire tirer sur la corde de la justice sociale ici (au risque d’atteindre le point de rupture), pour ne pas avoir à laisser « les autres » profiter de la situation de crise qui les met en péril.

Et il se peut que la technique employée par nos gouvernants soit payante, car elle bénéficie d’un ascendant historique non négligeable : l’héritage. Car l’héritage est un point central du capitalisme, et est à l’origine des inégalités les plus injustes depuis la primogéniture mâle. Bien qu’il soit effectivement très encadré, il constitue le plus sûr moyen pour une classe sociale de se perpétuer à travers ses descendants. Par une déviation de son concept originel, il est devenu une sorte de symbole de la propriété privée. Si la plupart des dictionnaires définissent simplement l’héritage comme « un patrimoine transmis par voie de succession », l’immense majorité des individus ne considèrent comme patrimoine que les biens matériels, alors qu’à mon avis il ne faudrait pas même les prendre en compte.

En effet l’héritage de biens matériels possède de nombreux défauts, car d’une part il transforme les relations sociales entre les individus, et d’une autre il est responsable de la perpétuation des inégalités à une échelle bien plus grande.

Tout d’abord, le donateur transmet, en plus de son patrimoine matériel, une certaine déconnexion du monde réel à ses héritiers, qui démarrent dans la vie avec une volonté amoindrie, ainsi qu’une moindre conscience des efforts à fournir pour « réussir ». De plus, leur position sociale suscite haine et convoitise de la part des autres, ce qui nuit à la formation de leur personnalité, entre paranoïa, complexes et vanité. Tout cela sans compter les drames familiaux que l’héritage provoque, mais qui sont tout de même assez nombreux pour qu’on ne les oublie pas.

Ensuite, l’héritage engendre ce qu’on appelle « la viscosité sociale », ce qui permet aux descendants d’une famille socialement élevée de perpétuer ce rang à sa descendance, et qui favorise l’existence des « réseaux », dont on voit bien les effets dans l’actualité. Les héritiers des « grandes familles » sont souvent encore très puissants, et entrainent derrière eux tout une ribambelle de courtisans prêts à tout pour intégrer ce monde qui, bien entendu, tente de protéger à tout prix sa prétendue « grandeur ». Cette « caste » de puissants a bien sûr évolué au cours du temps, et les « grandes fortunes » d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes qu’autrefois ( soit victimes de ce qu’on appelle le phénomène des « générations montantes et descendantes », soit ayant dépassé le point de rupture de l’injustice). Mais il ne faut pas oublier malgré tout que la fortune successive de tous ces puissants a permis à l’Etat de se constituer une puissance financière gigantesque, par le biais notamment des impôts et des taxes, et que l’héritage est pour lui une source de revenus non négligeable. Et au bout du compte, on peut faire rentrer en perspective élargie ce phénomène, car la puissance actuelles des pays riches est largement fondée sur l’héritage financier, matériel de leur histoire, à savoir une injustice perpétuée par les moyens de cet héritage.

 

Et tout ceci n’est pas le pire. Le pire, c’est que le concept d’héritage matériel existe. Alors qu’il devrait effectivement représenter la transmission de connaissances, de techniques, de valeurs spirituelles, d’histoire, une sorte de mémoire collective commune à tous, il n’est aujourd’hui que le moyen de faire ressurgir chez l’homme tout ce qu’il y a de plus vil en lui. Au lieu d’être le symbole du progrès de la civilisation, il est devenu celui de l’individualisme le plus radical, du capitalisme le plus absolu.

Alors que les progrès scientifiques et techniques permettent enfin d’apporter un peu de justice dans ce monde qui en a toujours manqué (en rendant l’héritage matériel obsolète), on voit aujourd’hui qu’il est difficile de s’en sortir matériellement sans l’héritage de ses aînés. Mais le jour où la société pourvoira aux besoins matériels des descendants sans avoir recours à l’héritage des ascendants, nos aînés cesseront de s’inquiéter pour l’avenir, et nos enfants n’envieront pas leur passé. En supprimant l’héritage, ils auront supprimé l’injustice.

 

Caleb Irri

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droite ou gauche, erreur double

Posté par calebirri le 4 juillet 2010

Il n’est pas rare d’entendre, au détour d’une conversation, prononcer l’expression « ce sont tous les mêmes » à propos des hommes politiques, de droite comme de gauche. Cette absence de distinction exprime bien la réalité actuelle, ainsi qu’une certaine déception quant au débat idéologique , il est vrai d’une pauvreté affligeante : si on considère en effet la classe politique du point de vue de sa diversité d’opinion (et de propositions) il est assez aisé de mettre la droite et la gauche dans le même sac.

Mais que cette constatation ne nous trompe pas, car la « véritable » gauche est en réalité bien différente de la « véritable » droite ; un gouffre les sépare, qui ne saurait être contesté par la sagesse populaire… Les hommes de gauche se reconnaissent entre eux, de même que les hommes de droite. Il suffit pour s’en convaincre d’étudier non pas l’affiliation partisane et strictement tournée vers les intérêts économiques de chacun, mais plutôt les affinités naturelles qui poussent certains êtres à se rencontrer dans une certaine communauté de pensée. Comme une sorte de philosophie supérieure, une sorte de prescience télépathique qu’une simple discussion peut provoquer, on peut presque toujours  sentir, savoir en quelques secondes à peine à quel genre de personne on est confronté ; et cela sans se fatiguer de psychologie. La différence fondamentale qui existe pour déterminer la « véritable » orientation politique d’un homme se situe au niveau d’une conception simple mais primordiale, quasiment spirituelle : celle de la bonté, ou de la méchanceté supposée inhérente à l’être humain.

J’ai déjà par ailleurs évoqué ce sujet, et je n’insisterai donc pas sur mon point de vue. Mais il faut tout de même dire que de cette conception dépend toute la personnalité d’un homme. Elle est essentielle à la vie de l’homme, qui se détermine par rapport à ce postulat pour expliquer sa vision du monde. Cela signifie qu’un homme qui croit en la malignité originelle de l’homme aurait tendance à se trouver à droite, tandis que celui qui croit en la bonté naturelle de l’homme se situerait plutôt à gauche. On me trouvera certainement radical, mais je voudrais m’expliquer à ce sujet.

En effet, la manière dont l’homme conçoit l’homme est à mon avis tout à fait déterminante pour orienter son comportement, ainsi que sa philosophie intérieure.
Selon qu’il le voit bon ou mauvais, il lui prête des comportements en accord avec cette opinion, et s’y réfère pour agir face à ces comportements supposés. Cela signifie que dans le système tel qu’il existe actuellement, certains trouvent injuste qu’une minorité possède le pouvoir sur la majorité, du fait qu’ils ne l’ont pas mérité (n’étant pas par nature poussés vers le mal) tandis que d’autres sont convaincus de la légitimité de cette injustice, en estimant que seuls ceux qui se sortent de leur malignité originelle sont en capacité de diriger les autres. Ces deux manières de voir le monde sont opposées, et expriment le véritable antagonisme de classes.

Mais ces deux opinions sont également fausses, car elles reposent sur une seule et même erreur commune, à savoir que l’homme serait soit bon soit mauvais, naturellement, et sans nuance possible : ce qui constitue de mon point de vue une aberration, tant scientifiquement que psychologiquement. Nul n’a jamais pu prouver la prétendue morale innée de l’être humain, car elle n’existe pas. L’homme n’est ni bon ni mauvais, mais est effectivement capable de faire à la fois le bien et le mal. La seule qualité innée qu’il possède est sa malléabilité, une sorte d’arbre des possibles dont le potentiel sera ou non influencé de telle ou de telle autre sorte. C’est la socialisation qui modèle ses opinions et ses savoirs, et ce n’est pas pour rien que la majorité des pays « riches » sont en réalité plus de droite que de gauche.

Car si on inverse sa pensée, on s’aperçoit que ceux dont on tue l’espérance dès le plus jeune âge, que ceux que la propagande assomme de désirs frustrés, que ceux dont l’unique but est d’écraser les plus faibles pour s’élever socialement sont en réalité les victimes d’un système contraignant. Et on comprend alors qu’il leur faut justifier leur comportement par une sorte de « péché originel » dont il est difficile de s’extraire. L’homme de droite préfère considérer son semblable comme ce qu’il est devenu, afin d’une part de se déculpabiliser de son comportement vis à vis des autres (l’autre fait pareil que moi), et d’une autre s’absoudre de sa soumission au système en s’estimant « puni de naissance » (ce n’est pas de ma faute).

Dans les pays « pauvres », où l’espoir est encore permis, la gauche est en général majoritaire car les hommes croient en l’amélioration de leur condition, ainsi qu’aux mensonges de ceux qui tiennent les rênes de leur destinée : les gens de droite. Eux aussi vaincus par la socialisation, ils préfèrent croire en l’impossible ascension sociale qu’on leur promet depuis des siècles, et fondent leurs espoirs sur la capacité de leurs gouvernants  à être touchés par une sorte de « grâce divine » qui leur rendrait la vue.

Au bout du compte, il apparaît que tant que le clivage traditionnel entre droite et gauche existera, il sera impossible pour l’homme de se libérer des contraintes d’un système injuste. Incapable de se définir autrement que par le biais du bien ou du mal, il ne peut avoir une idée juste de ce que lui et ses semblables sont en réalité, et ne peut donc envisager l’élaboration d’un système plus juste. Mais le jour où il se sera jugé justement, il comprendra alors qu’il est seulement imparfait, et que par conséquent ce n’est pas d’un monde parfait dont il a besoin, mais d’un monde tendant vers plus de justice.

 

Caleb Irri

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La religion au service du pouvoir

Posté par calebirri le 21 juin 2010

Quand j’évoque le sujet de la gratuité, la discussion finit toujours par aborder un thème sensible, la méchanceté naturelle de l’homme, incapable de se motiver pour autre chose que pour lui-même. L’homme serait intrinsèquement vil, et il est impossible de le motiver à quoi que ce soit sans la carotte et le bâton, qui sont symbolisés dans certaines sociétés par la récompense ou la punition divine, dans d’autres par la récompense en nature ou le châtiment corporels, et dans les dernières par  la richesse ou la pauvreté.

Ces trois manières de penser peuvent se juxtaposer, s’interpénétrer, mais ont toutes en commun le fait d’appartenir à un système de jugement des actes humains à caractère divin, que la justice des hommes soit ou non consciemment considérée comme telle, ou que celle du matérialisme le soit également, au travers du dieu « argent »

Mais que l’on soit d’accord ou non avec cette interprétation, il ne fait cependant aucun doute que quel que soit le système utilisé pour faire vivre les hommes en société, un système de « récompense/punition » semble devoir être mis en place, afin donc de corriger les errements naturels de l’homme.

Ce résultat est sans doute celui qu’ont contribué à construire tous les dictateurs de tous temps, car un tel moyen de pression justifiait à la fois leur pouvoir, mais aussi l’apparente injustice dont étaient victimes les hommes. Si un homme venait à « rater sa vie » (peu importent les critères choisis selon les époques ou les lieux), il y avait toujours une raison à cela, bien sûr indépendante de la volonté du gouvernement en place : il n’avait pas suivi les préceptes de la religion, ou ceux de la Loi, ou encore ceux du libre-échange. C’était de sa faute. Son libre-arbitre censé l’éclairer n’avait pas réussi à vaincre ses bas instincts, et ni Dieu, ni le gouvernement, ni le système n’en étaient responsables, malgré toute leur omnipotence et leur omniscience.  Ne pouvant accepter d’être faillibles, la faute ne pouvaient en revenir qu’au diable, ou à la méchanceté intrinsèque de l’être humain.

Mais ce qui est étrange avec les religions, c’est qu’elles semblent toujours finir par servir ceux qui suivent le moins leurs préceptes : l’église prône l’abstinence et la pauvreté, et gagne des fortunes  tout en outrageant la chasteté, les dictateurs prônent l’ordre et la paix, et font la guerre en mettant partout le désordre, les capitalistes favorisent le libre échange, la transparence  et la justice, et ce sont les pires canailles ne respectant aucun des principes édictés que l’on trouve aujourd’hui à la tête de fortunes immenses. Ce serait à se demander si, finalement, Dieu, ou le Marché, le « Tout-puissant », posséde vraiment les qualités dont on l’accable… à moins que ce ne soient que ses interprètes qui, par un subtil renversement de paradigme, sont parvenus à faire entrer l’échec des préceptes dans les préceptes originels : les sept péchés capitaux, par exemple, sont des faiblesses humaines naturelles, voire des plaisirs sains… le nombre incalculable de lois promulguées, transformées, abolies puis remises à jour, soutenues par une seule « nul n’est censé ignorer la loi » implique forcément l’impossibilité d’y parvenir, tout comme le fait de prôner la liberté d’entreprendre sans l’autoriser dans les faits, faute de crédit accordé à celui qui n’a pas déjà entrepris…. l’échec de l’application des préceptes religieux est en réalité inscrit dans ces préceptes, et ce n’est sans doute pas par hasard…. à moins bien sûr que de vouloir confondre le dieu et le diable, le président et le dictateur, le capitaliste et l’esclavagiste…

Après ce constat, la question est celle-là : à quoi servent donc les religions, puisqu’elles établissent des règles qui aboutissent par faire « réussir » les seuls qui les enfreignent ? les pauvres survivant dans la misère espèrent soit un paradis hypothétique pour supporter leur souffrance, soit un coup médiatique pour les sortir de l’anonymat, ou se retrouvent en prison pour avoir tenté d’échapper à la misère avec une combine d’amateur….tandis que les tricheurs, voleurs et menteurs de grande envergure finissent pas vivre somptueusement, ne jamais se faire rattraper par la justice, et se moquent de l’enfer comme du paradis…
C’est comme si les religions avaient été inventées non pas pour apaiser les souffrances des hommes, mais pour les lui donner. Qu’elles soient physiques ou morales, ces souffrances servent un pouvoir qui les exploite, et qui lui offre comme consolation l’un ou l’autre des espoirs qui ne viendront sans doute jamais.
Je ne suis pas le seul à penser ainsi, et on sait trop bien combien de guerres ont été menées, combien d’esclaves ont péri, combien de souffrances ont été supportées par les hommes au nom des religions, quelles qu’elles soient.

Ensuite, il serait bon de s’interroger sur la nécessité des religions… car croire en Dieu ne peut-il pas se faire sans règles ? l’homme a-t-il besoin de se cacher derrière des concepts inatteignables  pour justifier ses exactions ? l’injustice ne peut-elle pas s’assumer au grand jour comme aux temps de l’esclavage ? Non, bien sûr, car ces règles sont dictées par les hommes, et seuls les hommes ont le pouvoir de les changer, ou de les abolir.
Mais si les religions, au lieu de sortir l’homme de sa méchanceté intrinsèque, le rendait méchant pour des raisons économiques et sociales, afin de protéger ceux qui détiennent le pouvoir ? et surtout, et si cela était volontaire et consciemment élaboré par de fins psychologues avides de pouvoir ?

Car le bien et le mal sont des concepts relatifs inventés, définis et décrits par les hommes. Si Dieu existe et qu’il est vraiment tout puissant, alors soit il ne juge pas les actes humains, ni ne les punit, soit il n’autorise pas le mal.
Et si l’homme est mauvais, alors les religions actuelles ne fonctionnent pas, et ne sauraient y arriver. Il faut soit changer nos conceptions, soit accepter et assumer nos contradictions.

Après toute cette digression, comment maintenant envisager un monde où le don serait la règle, sans recourir à la religion ? c’est bien là tout le problème. Car pour inciter les gens à donner sans échanger, à partager sans garder, à travailler sans contrainte, à vivre sans peur, à penser à autrui, il faudrait tout d’abord pouvoir balayer d’un seul coup près de 3000 ans d’Histoire et de religions, pour pouvoir instaurer une nouvelle manière non seulement de concevoir le divin, mais aussi et surtout de voir l’homme d’une façon radicalement opposée à celle qu’on nous inflige depuis toujours. Il faudrait que les hommes prennent conscience de leurs forces et de leurs faiblesses, et prennent la véritable mesure de leur humanité : un amas de contradictions insolubles, une complexité chaotique formant un tout relativement homogène, une création insensée de la nature, à la fois capable d’amour et de haine, de violence et de douceur, une harmonie des contraires. l’Homme n’est ni bon ni mauvais de manière innée, mais son but est de parvenir d’une part à s’améliorer, et d’une autre à transmettre son amour des autres , sa confiance en l’avenir, par le biais de la filiation.

En fin de compte, le pire est qu’on constate que cet homme est bien celui qu’évoquent toutes les religions,  mais par un étrange subterfuge, qui n’a rien de divin, les hommes détenant le pouvoir de nous éclairer sur les messages délivrés font aujourd’hui comme hier, et quelle que soit l’église : ils préfèrent nous indiquer les comportements à suivre plutôt que de nous apprendre à lire, et à comprendre par nous-mêmes pourquoi il faut les suivre. Ainsi, ils y déversent à la place leurs propagandes, et rendent les hommes serviles au lieu de les libérer.

Mais le jour où les hommes auront compris que qu’ils ne sont pas les victimes des Dieux mais celles des hommes, alors ils brûleront tous leurs veaux d’or pour recouvrer leur liberté. Quand ils auront pris conscience qu’en changeant les règles les souffrances peuvent disparaître, alors ils retourneront à leur véritable essence. Car lorsqu’ils auront cessé de croire à leur méchanceté naturelle, ils seront déjà meilleurs. Et la religion sera alors de nouveau au service des hommes.

Caleb Irri

http://www.calebirri.unblog.fr

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Un mois pour rien ?

Posté par calebirri le 17 juin 2010

Cela fait maintenant un peu plus d’un mois que je suis parti. Un mois sans écrire un seul article, suivant de loin en loin l’actualité, au gré de mon accession au web, seul véritable lien entre « ailleurs » et ici. Là ou j’étais, l’actualité internationale n’était traitée que très succinctement, juste suffisamment pou m’apercevoir que les préoccupations de l’Europe sont très éloignées de celles du pays dans lequel je me trouvais : pour tout dire, là-bas la crise financière, on s’en contrefiche…

J’ai tout de même réussi à me connecter par-ci par-là, aux blogs et sites que je consulte habituellement. J’y ai constaté d’abord que la situation économique et sociale ne s’arrangeait pas (loin de là), mais aussi et surtout que les analyses et commentaires (qu’ils soient politiques, journalistiques ou « citoyens ») continuaient à se complaire dans une critique quotidienne, répétitive, à la fois lassante, inutile et passive…
C’est comme si, en définitive, le monde tel qu’il tourne satisfaisait très bien tout le monde : ceux qui ne sont pas touchés par la crise ne s’en préoccupent pas, et pour les autres en parler suffit amplement, ça fait tourner la machine, et peut-être même cela met du beurre dans les épinards…

Pendant ce temps-là, on sabote les retraites, on laisse le chômage augmenter, les riches continuent de s’enrichir et les pauvres de s’appauvrir… Les scandales, les petites polémiques font vendre les journaux, permettent des discussions enflammées sur les plateaux-télés, donnent du contenu aux brèves de comptoirs, en gros font vendre de la pub, des consommations et… occupent le fameux « temps de cerveau disponible ».

Mais finalement, que s’est-il concrètement passé depuis un mois ? Rien ? Rien à part la continuation des politiques commencées bien avant la crise, celles qui ne font que l’aggraver sans que personne ne se lève pour les faire cesser… Et pour cause, tant que tout ce qui compte dans ce pays, tous ceux qui ont une visibilité médiatique ne comprennent pas, ou font semblant de ne pas comprendre le but de tout ceci, il n’y aura évidemment aucun changement possible, de quelque sorte que ce soit.

Toutes les mesures restrictives concernant les retraites, les salaires et les emplois sont en train d’être mises en place sous couvert de cette crise, et l’idée d’une nouvelle gouvernance européenne, ainsi que celle d’une nouvelle monnaie font petit à petit leur chemin, dans les journaux d’abord, et ensuite dans les esprits….D’opposition réelle à toute cette formidable machinerie il n’y en a point. Rien que des mots. Toujours et seulement la critique, sans proposition ni véritable dénonciation de ce qui se profile à l’horizon. Personne, ni syndicats, ni partis politiques, ni grandes figures indépendantes ne bougent, ni même ne semblent disposés à lever le petit doigt pour défendre la cause des faibles.

Alors voilà ou nous en sommes, un mois après mon dernier article : au même point ou à peu près. L’ennemi avance ses pions doucement, et celui qui se dit son ennemi les fait avancer un peu plus. Peu importe qu’ailleurs le monde tourne d’une autre manière, car tôt ou tard même les nations dont la puissance semble hermétique aux changements de ceux qui dominent effectivement le monde finiront par se faire rattraper.

 

Mais s’il est vrai que je n’ai pas écris d’article durant le mois passé, j’ai beaucoup lu, et beaucoup réfléchi… beaucoup appris. Ce temps de recul sur les évènements, de même que la constatation que j’exprime actuellement, sont loin de m’avoir rangé à l’idée qu’il est impossible de changer les choses, au contraire. Le monde est entièrement à reconstruire, et même si des pans entiers de l’humanité, c’est à dire des centaines de millions de gens, ne sont pas conscients et de leur pouvoir, et  de la nécessité de ces changements, ce n’est pas une raison pour ne pas les vouloir, ni les tenter. Chaque grande époque historique a ses révolutions, et chaque révolution influence le monde de manière irrémédiable. La conscience de l’histoire de l’humanité ne se limite pas à notre pauvre imagination résonnant en siècles, ni en kilomètres carrés, ni en milliards d’habitants,mais en millénaires, en milliers de mondes possibles, en milliards de milliards d’habitants. Et tout ceci ne dépend que de nous, ainsi que de notre capacité à évoluer.

 

les rêves qu’entretenaient nos aînés, qu’ils aient échoués ou partiellement réussi, ont transformé à la fois le monde et la manière de l’envisager. Plus que jamais de nouvelles idées, de nouveaux mouvements doivent être repensés, et mis en place. Les états généraux dont j’ai déjà évoqués la constitution sont un des moyens de réfléchir le monde, et partout se trouvent des gens prêts à participer à une autre aventure. Nous ne rêvons pas d’un monde parfait, mais simplement d’un monde meilleur. Nous ne désirons pas revenir en arrière, mais aller plus loin. Nous ne voulons pas nous laisser diriger sans rien dire, mais décider nous-mêmes.

Les armes économiques sont des armes capitalistes, et c’est le capitalisme qu’il faut vaincre. La violence est l’arme des puissants, et ce sont les puissants qu’il faut vaincre. J’ai bien étudié le mouvement « Zeigeist » dont on me parle régulièrement en réponse à mes propos, et j’ai lu un livre intéressant sur la manière d’entrevoir le futur, « Fondation », d’Isaac Asimov. J’ai lu un ouvrage d’Aldous Huxley, l’auteur du « meilleur des mondes », écrit en 1929 et dans lequel il décrit ses craintes concernant l’avenir, presque toutes réalisées. Je me suis délecté à lire « le roman de monsieur Molière », de Boulgakov, exprimant l’influence d’une personne sur les siècles suivants, ainsi que les réflexions de Dostoievki sur l’existence du mal en chacun de nous, notre lâcheté et notre égoïsme. J’ai lu aussi « la solitude du vainqueur », de Paulo Coelho, constatant la futilité de nos rêves actuels, et la perte de sens concernant nos vies…

Tous ces hommes ont réfléchi le monde à leur manière, et ont en commun de rechercher non pas la vérité sur le monde, mais un sens à donner à l’existence humaine. Tous se ressemblent car, à des époques et en des lieux très différents, avec des cultures, des religions et des opinions très divergentes, ils sont des êtres humains croyant en l’homme, d’une manière ou d’une autre. Et d’une certaine manière, ces gens ont « changé » le monde, en ce sens qu’ils ont changé tous ceux qui les ont lu. Ils n’ont pas attendu que le monde se fasse malgré eux, mais ont tentés de le changer, avec leur coeur, par leur seule existence…et y sont parvenus, puisqu’on les connaît aujourd’hui.

Car en définitive c’est bien le coeur qui compte plus que l’économie, et le monde ne pourra changer que lorsque les hommes auront réappris à écouter leur coeur. Pour cela il faut qu’ils sachent qu’ils en ont un, et qu’il ne peut être ni acheté ni vendu, mais seulement partagé. Des projets comme « Zeigeist » ne sont envisageables qu’à cette condition, et même s’ils sont loin d’être parfaits, ils ont le mérite d’avoir été pensés avec le coeur. De mon côté, les états généraux dont je souhaite la mise en place seront sans doute longs à réunir, mais ils ne seront pas vains : car s’il est bien une chose certaine en ce monde, c’est que le « rien » n’existe pas.

 

Agissons, car nous sommes vivants, et c’est notre seule force.

 

Caleb Irri

http://www.calebirri.unblog.fr

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