Cette guerre que (presque) tout le monde attend

Posté par calebirri le 2 mars 2014

Elle va bien finir par arriver cette guerre. Nombreux sont ceux qui la redoutent, mais plus nombreux encore sont ceux qui l’attendent. Pas pour les morts bien sûr, ni pour les misères et les destructions qu’elle engendre non plus… encore que ! Car en définitive tout le monde (ou presque) sera satisfait : l économie va enfin pouvoir repartir, et la croissance reviendra après. Je souligne le « ou presque » par acquis de conscience mais c’est bien l’ensemble du monde capitaliste qui s’en portera mieux. Car il est dans la nature même du capitalisme de conduire à la guerre ( vous ne le saviez pas peut-être ?) : comme une « saignée nécessaire pour « relancer la machine »… Imaginez des millions de morts, de blessés, et puis toutes les infrastructures détruites. La conscription, l’état d’alerte ou l’état d’urgence, « l’union sacrée » ! et puis aussi la relance de l’emploi à travers « l’effort de guerre », quelle opportunité pour la « croissance » !

Finies les dettes à rembourser aux « ennemis », finie la démocratie qui empêche les dirigeants de faire ce qu’ils souhaitent et qui autorise les citoyens de se plaindre sans cesse… Cette satanée « démocratie » qui nuit aux affaires et cet internet qui autorise la divulgation des « petits arrangements » de nos dirigeants doivent disparaître avec la guerre, car seule la dictature permettra la relance économique à travers la « compétitivité » offerte par l’esclavage. Et les destructions engendrées par la guerre sont autant de marchés qui seront à prendre au plus méritant (le plus fort donc).

Il faut bien comprendre que le « retournement du capitalisme » auquel nous avons assisté les dernières décennies ne laisse pas trop de choix : n’étant plus en mesure de dominer le monde par la puissance financière (en réalité il n’y a plus d’argent), les pays dits « puissants » ne le sont plus que grâce à la force brute ; et la guerre est désormais pour eux le seul moyen de conserver leur statut international. Et pour nous de conserver notre « niveau de vie »…

Car après tout nous pourrions encore éviter le chaos qui vient : en remettant de l’ordre dans la finance, en supprimant tous les avantages concurrentiels dont nous nous sommes emparés dans l’Histoire (par la force et par la ruse), nous pourrions alors redonner à chacun la place qu’il devrait « logiquement » avoir. Au prix bien sûr d’une baisse drastique de notre confort de vie. Mais qui est prêt pour cela ?

Et c’est là qu’on revient à mon titre quelque peu provocateur : nous devinons tous, à la vue des inégalités scandaleuses provoquées par ce système (quand on pense que 85 personnes possèdent la même richesse que 3,5 milliards d’autres personnes -plus de la moitié des êtres humains que compte cette terre !), que nous avons dépassé toutes les limites acceptables. Et nous savons tous également que sans la remise en cause du système qui crée ces injustices la guerre reviendra toujours pour redistribuer régulièrement les cartes du monde. Mais comme nous n’avons toujours rien créé de mieux pour nous gouverner, nous préférons sauver un système injuste, au prix de la guerre, que de nous risquer à inventer une alternative démocratique capable de s’opposer à la dictature qui viendra avec. Surtout si c’est pour payer plus cher, non ?

Tant que nous refuserons de nous confronter à la question d’un système « sans argent », nous sommes condamnés soit à la guerre, soit à la dictature : la guerre conduit à la dictature et la dictature conduit à la guerre.

Mais ne vous réjouissez pas trop vite : Car pour que l’une apparaisse, il faut que les conditions de l’autre soient présentes. Et tant que le système ne s’effondrera pas totalement, nos dirigeants fourbiront leurs armes avec tout l’argent qu’ils pourront engranger jusque là. Ce qui signifie que tant que notre épargne, nos derniers droits sociaux ou notre liberté d’expression ne seront pas totalement remise en cause, il leur reste du boulot : nous allons donc assister d’ici peu à un renforcement des mesures sécuritaires, une accélération des législations liberticides, un approfondissement des politiques d’austérité, une montée des peurs et des violences…

Et puis quand tout le monde sera prêt, les festivités pourront alors commencer ; quand un des « gros » ne pourra plus tenir sa bourse, ou sa population, ou son armée… Nous aurons beau dire que nous ne la voulions pas cette satanée guerre, mais nous l’attendions quand même… Car au lieu de se mettre au boulot pour réfléchir au futur que nous offrirons à nos enfants, nous avons été les victimes consentantes d’ignobles individus qui ne travaillent qu’à la perpétuation de leur propre pouvoir. Et coupables de les avoir élus, au mépris de leurs agissements criminels dont nous avons tout de même de manière complice bénéficié, en privant consciemment les autres peuples des avancées dont nous avons hérité de toutes les guerres précédentes. Et surtout en préférant continuer ainsi : puisqu’on ne peut pas supprimer le capitalisme, autant que nous restions les maîtres n’est-ce pas ? Et cela même si, paradoxalement, c’est au prix de notre propre liberté.

Caleb Irri
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Pour gagner de l’argent, rien ne vaut la double-pensée

Posté par calebirri le 23 février 2014

Pour gagner de l’argent, une assurance doit assurer ce qui n’arrive presque jamais, et ne presque pas assurer ce qui arrive tout le temps.

Pour gagner de l’argent, une banque prête l’argent que nous lui confions par sécurité à d’autres et prend le risque de ne pas pouvoir nous le rendre.

Pour gagner de l’argent, une entreprise doit exploiter ses employés ou ses clients pour vendre ses produits plus chers qu’ils ne lui coûtent à l’achat ou à la fabrication.

Pour gagner de l’argent, un médecin doit souhaiter qu’il y ait toujours plus de malades, comme le croque-mort doit souhaiter plus de morts.

Pour gagner de l’argent, l’Etat doit offrir aux citoyens le minimum de services avec un maximum d’impôts.

Pour gagner de l’argent, l’employé doit se soumettre à la volonté du patron, et faire concurrence à ses collègues.

Pour gagner de l’argent, les peuples doivent coloniser les autres peuples pour exploiter leurs forces de travail et leurs ressources.

Pour gagner de l’argent, il faut détruire la planète, instaurer une dictature et faire la guerre aux autres hommes.

Pour gagner de l’argent, il faut mentir, tricher, voler, tuer, être dénué de toute morale tout en faisant croire qu’on agit pour des valeurs.

Pour gagner de l’argent, il faut calculer au lieu de profiter : perdre sa vie à la gagner.

Et par dessus tout, appliquer pour tout, et en toute circonstance, la double-pensée, c’est-à-dire faire une chose contraire à ce qu’on dit mais oublier consciemment non pas qu’on le dit mais qu’on le fait. Pour accepter de continuer à le faire : « Connaître et ne pas connaître. En pleine conscience et avec une absolue bonne foi, émettre des mensonges soigneusement agencés. Retenir simultanément deux opinions qui s’annulent alors qu’on les sait contradictoires et croire à toutes deux. Employer la logique contre la logique. Répudier la morale alors qu’on se réclame d’elle. Croire en même temps que la démocratie est impossible et que le Parti est gardien de la démocratie. Oublier tout ce qu’il est nécessaire d’oublier, puis le rappeler à sa mémoire quand on en a besoin, pour l’oublier plus rapidement encore. Surtout, appliquer le même processus au processus lui-même. Là était l’ultime subtilité. Persuader consciemment l’inconscient, puis devenir ensuite inconscient de l’acte d’hypnose que l’on vient de perpétrer ». George Orwell

Caleb Irri
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Il ne s’agit plus de quenelle mais de liberté d’expression

Posté par calebirri le 10 janvier 2014

Au départ je voulais faire état de mon courroux face au comportement scandaleux des sénateurs dans l’affaire Dassault, sénateurs qui n’en sont malheureusement pas à leur coup d’essai : le Sénat protège les siens.

Persuadé que Dieudonné allait évidemment pouvoir jouer son spectacle et qu’on oublierait tout ça rapidement (et tant mieux), c’est avec stupéfaction que j’apprenais hier soir la décision du Conseil d’Etat d’interdire ce spectacle…

Pourquoi avec stupéfaction , me direz-vous, je défends Dieudonné alors ?

Non je ne défends pas Dieudonné, mais c’est qu’il ne s’agit plus de lui, ni de sa quenelle de merde, mais bien de notre liberté d’expression à tous !

Car à travers cette décision , c’est une « jurisprudence Dieudonné » que le Conseil d’Etat vient de créer : interdire l’expression d’un homme « a priori » (c’est-à-dire donc avant que son expression soit condamnable), ce qui est, on le comprend vite, la négation de la liberté d’expression.

Comment cela a-t-il bien pu arriver ?

J’ai donc tapé « comment fonctionne le conseil d’Etat » sur mon ordinateur, et j’ai cliqué sur le premier lien, conseil-etat.fr : impossible d’y accéder (et ce depuis hier soir au minimum) Tiens donc !

Je me rabats donc sur wikipedia, où j’apprends que le Conseil d’Etat est un organe consultatif dont l’avis est en général suivi par le gouvernement, mais que rien ne l’y oblige, sauf dans de « rares cas prévus par la Loi », qui ne sont bien sûr pas indiqués sur le site.

De plus, les membres sont des fonctionnaires (et non pas des magistrats), qui pour les postes principaux sont apparemment directement ou indirectement choisis par le président lui-même ou le Conseil des Ministres (au moyen d’une sélection appelée « au tour extérieur » et dont on ne sait rien sur wikipedia)…

En gros, Le Conseil d’Etat est à la solde du gouvernement qui l’emploie, et le gouvernement, en le saisissant en urgence, savait très bien ce qui allait être décidé… On entend ce matin dire que le juge était seul pour statuer (la justice indépendante ?)

Maintenant, et en attendant que cette décision soit « cassée » par la Cour Européenne des Droits de l’Homme (comme nous rassure maître Eolas dans son interview , que va-t-il se passer ?

-Dieudonné va devenir encore plus populaire au lieu de le rendre inaudible
-cette « jurisprudence » risque de faire des émules pour qui veut interdire de s’exprimer
-Les tensions communautaires vont être ravivées et risquent d’engendrer des violences sur lesquelles le gouvernement s’appuiera pour réprimer telle ou telle…
-Les « quenelles » vont se multiplier dans les stades de foot, les écoles, les émissions de télévision, sur internet… avec les difficultés d’interprétation juridique qui en découlent.

Ce geste d’antisémite deviendra alors le signe d’un « rassemblement » contre Manuel Valls et le gouvernement, et pendant ce temps là on ne parlera ni du chômage ni de la pollution, ni de la misère qui se développe…

En réalité, avec cette décision scandaleuse prise au nom d’un risque de trouble grave à l’ordre public, c’est un risque beaucoup plus grand encore pour ce même ordre public que le gouvernement prend le risque d’engendrer, en créant un précédent juridique très grave pour un pays dont la devise commence par le mot « Liberté ».

Caleb Irri
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La surveillance de qui ?

Posté par calebirri le 23 novembre 2013

Le « tueur fou » a enfin été arrêté. Il apparaît que ce personnage trouble (l’enquête donnera plus tard son avis sur sa folie) a réussi pendant presque une semaine a déjouer les plus fins limiers de notre chère police… Un hacker de génie, un espion surentraîné, un psychopathe aguerri, qui peut bien être cette personne qui peut se promener le visage découvert avec un fusil à pompes dans divers endroits de Paris sans être attrapé par la police, voilà la question que tout le monde se posait…

Et bien il n’en était rien ! Cet individu au passé judiciaire connu n’est en réalité qu’un loser terminant sa « mission » dans le sous-sol d’un parking, à-demi comateux dans une voiture sans doute encerclée d’un millier de « forces spéciales » surarmées… Même pas capable de réussir son suicide !

On peut me trouver cynique mais ce n’est que la triste vérité.

Mais ce n’est finalement pas lui qui m’importe aujourd’hui, c’est une autre vérité bien plus grave : avec je ne sais combien de centaines (ou de milliers ?) de caméras installées dans Paris, je ne sais combien de policiers, en civil ou en uniforme, et de « vigipirate », et de services de renseignements, de scientifiques,etc… qui sont mobilisés pour notre « sécurité » dans cette ville, je trouve qu’il est plus que scandaleux qu’on ne puisse pas aujourd’hui, avec les moyens déployés, faire mieux qu’une « pauvre » photo floue et de mauvaise qualité comme « indice », alors qu’on peut désormais prendre en photo une plaque minéralogique en haute définition, et ce dans les deux sens de circulation.

Car que signifie cet épisode en fin de compte, sinon que notre argent, l’argent public, n’est pas utilisé correctement pour notre sécurité, et qu’en plus il sonne comme un aveu de l’inopérance des systèmes d’une surveillance pourtant généralisée. C’est dans ce genre de situations qu’on s’aperçoit de la véritable fonction et de la police, et de la surveillance : faire de l’argent, et pratiquer un « flicage » généralisé des honnêtes gens pour leur chercher des poux dans la tête- à moins que ce ne soit dans leurs portefeuilles.

Certains en concluront qu’il faut plus de caméras, et de meilleure qualité, plus de police et plus de fichage génétique. Mais en réalité ceux-ci se trompent lourdement, car il est impossible d’arrêter un type qui veut tuer d’autres hommes, comme le prouvent malheureusement tous les jours de nombreux « kamikazes » à travers le monde. La surveillance « pour notre sécurité » est une illusion, et même un leurre coupable qu’on nous vend à prix d’or, celui de notre liberté. Nous ne sommes pas mieux protégés, nous sommes juste plus anxieux : et ça rapporte à l’Etat, et même en plus ça peut faire gagner les élections…

Caleb Irri
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A quoi sert le QE (la planche à billets) ?

Posté par calebirri le 16 novembre 2013

On parle beaucoup du phénomène de « quantitative easing » (QE) (ou « assouplissement quantitatif » en français) qui n’est rien d’autre qu’une version « améliorée » de la « planche à billets » : avec 80 milliards de dollars déboursés par mois par la FED (réserve fédérale américaine) pour acheter des bons du Trésor américains, soit 1250 milliards en 12 mois, et même plus de 4 000 milliards en 5 ans, il est légitime de se poser la question de son utilité.

Car logiquement, cette manière de procéder devrait faire perdre de la valeur au dollar vis à vis des autres monnaies : c’est une sorte de dévaluation.
Pourtant, tous ces milliers de milliards injectés par la FED n’ont dans la réalité que très peu d’incidence sur la valeur du dollar, tandis que les bourses continuent de monter sans raison apparente : on sait que lorsque le « QE » cessera, alors le système financier dans son ensemble s’écroulera.

Pourquoi l’effondrement annoncé n’arrive-t-il pas, voilà la question que je me pose depuis un petit moment. Et j’ai enfin ma petite idée sur le sujet :

c’est qu’en réalité l’argent mis dans le circuit ne redescend pas jusque dans l’économie « réelle » (comme si on jouait à un autre « jeu » avec de « faux » billets), ce qui permet d’une part de ne pas faire perdre de la valeur à cette monnaie (puisque la valeur des objets n’est pas corrélée dans l’économie réelle à celle qu’elle devrait avoir si tous ces « billets » étaient mis en circulation), et d’une autre de laisser aux marchés (et donc aux investisseurs) l’illusion de la confiance : même si chacun est prêt à tout vendre aux premiers signes de l’effondrement (et accessoirement à l’amplifier), ils continuent de gagner de l’argent.

Car quand tous ces milliards se trouveront « relâchés » par les bourses, la dévaluation du dollar sera catastrophique, et tous les pires scénarios économiques se réaliseront alors : tous ceux qui possèdent quelque chose « en vrai » verront la valeur de leurs biens fortement réduite.

C’est cela que la règle du capitalisme impose, l’autorégulation des marchés doit remettre in fine les choses dans l’ordre. Et c’est cette même règle fondamentale que transgressent actuellement les économistes avec ce « quantitative easing », en empêchant consciemment au système de « faire sa purge ». Car cela signifierait prendre ses pertes, et pour certains payer la facture.

Il faut maintenant envisager les conséquences de la planche à billets dans le monde réel :

- pour les riches, ils risquent gros. Leurs bien valent moins, et ils peuvent désormais acheter moins avec la même somme (en valeur nominale)
- pour les pauvres, ceux qui n’ont rien ne perdront pas beaucoup, tandis que ceux qui ont des dettes leur valeur baissera aussi.

Sauf qu’avec le « QE » (et c’est à ça qu’il sert), la FED maintient le système financier dans une sorte de « coma artificiel » qui donne du temps… Du temps aux très riches pour se sortir de ce bourbier, du temps aux « aventuriers » pour se faire encore plus d’argent, et surtout du temps pour laisser ceux qui seront restés (classes moyennes supérieures d’abord, petits épargnants ensuite), payer pour eux la facture.

Cela explique aussi pourquoi les banques ne prêtent plus : elles savent que lorsqu’elles sauteront, les endettés ne le seront plus ; tandis que les petits et moyens épargnants paieront pour les autres.

Ce sont donc bien les classes moyennes, jusqu’aux « supérieures », qui vont donc payer le plus. Les pauvres eux, survivront, comme ils l’ont toujours fait.

Maintenant, mesdames et messieurs qui vous croyez riches et qui pensez défendre vos propres intérêts « de classe » selon les « lois » du capitalisme, vous qui pensez que votre épargne fait de vous un possédant au même titre que ceux-là même qui veulent vous le faire croire, sachez que ces lois sont truquées et que vous êtes les prochains sur la liste. A votre place, je réfléchirai à deux fois avant d’aller déposer un bulletin dans l’urne : car quoi que vous fassiez, vous serez perdants. Comme nous.

Caleb Irri
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Des radars embarqués à Edward Snowden, en passant par 1984

Posté par calebirri le 31 octobre 2013

Il y a de plus en plus de radars embarqués, « discrets » ou fixes sur les routes de France… De plus en plus. A tel point d’ailleurs que la mortalité sur les routes a considérablement baissé ces dernières années. Il apparaîtrait que cette baisse soit en grande partie imputable à cette fameuse « peur du gendarme » que connaissent tous les automobilistes réguliers.

Nombreux sont donc ceux qui aujourd’hui s’en réjouissent logiquement, et nombreux aussi sont ceux qui en viennent à déclarer sérieusement leur volonté de ne plus franchir aucune limite : le risque est devenu trop important.

Pourtant, et même si on ne peut que se satisfaire de ces « bons chiffres » (il y a toujours trop de morts sur les routes), il convient de réfléchir un peu sur les conséquences d’une telle évolution, et peut-être même d’oser quelques parallèles qui éclaireront notre titre.

Gouverner c’est prévoir, et je n’ose pas imaginer que nos gouvernants n’aient pas prévu ce qui risque d’arriver : les nouveaux radars embarqués permettent désormais de flasher tout le monde, partout et n’importe quand, et ce de manière discrète (sans flash), ce qui constitue un véritable changement de paradigme dans les comportements des automobilistes, et pourquoi pas à terme quelques transformations sociétales…

Tout d’abord d’un point de vue économique, car même si dans un premier temps les caisses de l’Etat se rempliront vite, rapidement le comportement des automobilistes va se modifier pour s’adapter à ces nouvelles règles, jusqu’à provoquer une baisse des comportements illégaux qui certes fera peut-être reculer encore la mortalité routière, mais qui finira par ne plus faire rentrer suffisamment d’argent (face à l’augmentation des effectifs , au coût des améliorations techniques…) : les automobilistes finiront exsangues ou sans permis, tandis que les agents travaillant à la « prévention routière » finiront par coûter sans rapporter.

Ensuite, il se pourrait bien alors que les excès de vitesse (et les morts qui vont avec) reprennent, à moins que le gouvernement augmente à nouveau les sanctions, ou abaisse les limites de vitesse autorisées (il y a toujours trop de morts), et cela risque de nuire in fine aux constructeurs automobiles (pour ceux qui auront encore leur permis, ou les moyens d’acheter des voitures), car la puissance des voitures vendues deviendra inutile à rechercher, tandis qu’on s’affranchira peut-être de certaines mesures de sécurité qu’on croira devenues elles-aussi obsolètes. Et puis les voitures consommeront moins, les temps de trajet vont s’allonger, les autoroutes se vider…

Enfin, moins il y aura d’accidents moins il y aura de morts, et plus les drames de la route terroriseront l’opinion publique, qui exigera alors plus de sécurité, et in fine – pourquoi pas – un radar embarqué… directement dans sa voiture !

Mais si au lieu de la voiture il s’agissait de tous nos actes quotidiens ? Si toutes nos conversations, nos mails, nos déplacements, nos achats étaient tracés, analysés, surveillés (ou potentiellement surveillés) à chaque instant de notre vie, « pour notre propre bien » ?
Si on nous fixait des limites de lieux, ou d’expression, et que la police, toujours « banalisée », nous mettait à l’amende pour toute conduite « hors des clous », ou nous interrogeait pour le moindre comportement douteux, nous fichait pour nos lectures ou nos idées ?

Car c’est bien notre rapport aux limites posées à notre liberté (même si elle est « mal » exercée) dont il s’agit dans un cas comme dans l’autre (peu importe leur bienfondé). Et il faut bien être conscients qu’à partir du moment où la technologie permet la surveillance de tout et de tous, tout le temps, le monde imaginé par Orwell dans 1984 a toutes les chances de se réaliser.

Et c’est bien ce que l’affaire Snowden nous démontre aujourd’hui : ceux qui ont le pouvoir de rendre la surveillance totale s’en servent inévitablement. et ce qu’il y a de plus terrible dans tout ça, c’est que peu importe que ce soit pour notre bien ou non, nous ne sommes pas consultés, ni même écoutés, encore moins prévenus. Tout cela se passe sans notre consentement. Et ce qu’il y a de pire encore, c’est que nous nous soumettons sans même nous poser la question de notre volonté, et parfois même sans nous en apercevoir. Apparemment l’illusion de la sécurité vaut largement celle de la liberté.

Mais le jour où la « triche » ne sera plus possible, le jour où les limites ne pourront plus être dépassées, d’une part l’économie s’effondrera, et d’une autre les libertés disparaîtront totalement. Il serait bon que nos gouvernants, qui font mine d’être étonnés de cette tendance à laquelle ils participent mais qu’ils n’apprécient guère lorsqu’il s’agit d’eux-mêmes (dans 1984, les « chefs » peuvent éteindre leur télécran), réfléchissent sérieusement au monde qu’ils veulent pour demain.
Et pour nous autres citoyens, nous devrons aussi nous poser ces questions, afin de savoir jusqu’où notre besoin de sécurité doit contraindre notre liberté.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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