Tunisie, Egypte, Afrique : quand les Etats-Unis reprennent la main

Posté par calebirri le 2 février 2011

Cela fait plusieurs jours que je tente d’analyser les évènements qui se produisent en Afrique, sans qu’il me soit vraiment possible de me réjouir de la situation. Alors même que les médias se gargarisent d’images « choc », que les politiques rivalisent d’ingéniosité pour faire avaler leurs commentaires scabreux, que les analystes évoquent la « contagion » libertaire qui menace le monde Arabe, il y a tout de même quelque chose qui cloche dans tout cela.

 

Comment peut-on croire que des gouvernements (et en premier lieu la France) possédant une armée de diplomates, des capacités de renseignement à la pointe, ainsi que des relations commerciales poussées puissent ne pas avoir vu que des présidents élus depuis 20 et 30 ans sont des dictateurs, ou que la corruption (à laquelle ils participent généreusement depuis toujours) était telle qu’elle allait bien finir par pousser les ventres creux à la révolte?

 

Non, on ne peut pas le croire. C’est aller trop loin dans la double-pensée. On peut sans doute imaginer que les évènements se sont précipités, mais certainement pas affirmer qu’ils étaient imprévisibles. La seule chose que l’on puisse vraiment se demander, c’est pourquoi nos gouvernants ont si vite retourné leur veste, qui d’ailleurs craque un peu aux entournures… Après avoir avant-hier proposé l’aide sécuritaire à la Tunisie, le président Français appelait hier à repecter la voix de la rue (lui qui la méprise en France), pour aujourd’hui appeler à la modération face aux évènements, sans affirmer clairement son soutien au peuple égyptien.

 

En réalité, c’est comme si un évènement imprévu s’était produit lors de la révolution tunisienne, et que les pays européens s’étaient trouvés dans l’incapacité de savoir réagir au bon moment. Cet imprévu, on commence à en parler, serait d’origine américaine, et nous revoilà… en plein complot! Mais que viennent donc faire les Etats-Unis dans tout cela ? rien de bien nouveau en définitive, car cela s’est déjà produit maintes et maintes fois au cours des temps : aujourd’hui il y a la crise, et puis il y a la Chine…auxquels est venu s’ajouter un troisième facteur, le danger islamiste.

 

La crise économique, qui a fragilisé les Etats riches comme l’Europe et les Etats-Unis, a laissé la Chine en position victorieuse, et sans doute son intérêt pour l’Afrique (et ses ressources formidables comme au Congo) n’y est pas étranger. C’est qu’en à peine quelques années, les financements Chinois ont peu à peu remplacé ceux des anciens colons, jusqu’à mettre la domination européenne en difficulté. Les capacités de corruption chinoises lui ont permis, en plus des précédentes donc, de faire main basse sur des ressources qui deviendront dans les prochaines années vitales pour le monde entier. En enrichissant les dictateurs alentour, en remettant en route une nouvelle sorte d’esclavagisme moderne, le capitalisme a favorisé la baisse des droits sociaux et des salaires de ceux qui ont, de tout temps, payé un lourd tribut à ce système injuste. Les futurs drames sanitaires concernant l’uranium et d’autres ressources pillées sont les seuls faits expliquant la « croissance économique » de ces pays, riches de ressources mais restés pauvres du fait de la corruption. Cette pression exercée sur les salaires pèse sur les peuples exploités, mais également sur l’ensemble des droits sociaux à travers le monde, ce qui entraîne chez les plus pauvres la colère du désespoir, capable d’exploser à la moindre étincelle.

Ceux qui veulent voir un lien entre Davos et les évènements en Afrique ne doivent pas s’y tromper : la hausse du prix des matières premières et la dérégulation des marchés sont également responsables des rébellions dans ces pays (il n’y a qu’à regarder les cours de bourse, ou la notation des agences au sujet de l’Egypte). Pour les Etats-unis, ils constituent l’occasion rêvée de reprendre en main la partie, car leur « soutien » peut leur permettre de remettre le pied en Afrique, et de placer leurs pions (comme monsieur El Baradei ?) sous prétexte sécuritaire… rien de bien nouveau, comme je le disais.

Ensuite, on peut faire le lien entre les évènements qui se produisent en Egypte et la situation israélo-arabe. Hier on apprenait qu’Israël recommandait aux Etats-Unis et à l’Europe de soutenir le « président » Egyptien, et renforçait la sécurité sur les frontières communes. Le danger islamiste, épouvantail bien connu maintenant, revient par la petite porte quand certains évoquent la prise du pouvoir par les Musulmans, renforçant au passage l’amalgame entre Islam et islamisme, et niant les véritables exigences populaires des principaux concernés. Sous cette apparente contradiction (Les Etats-Unis soutiennent la révolution et Israël soutiennent le pouvoir égyptien) peut en réalité se cacher le point d’orgue d’un complot qui viserait d’une part à s’emparer des ressources africaines en y installant leurs propres marionnettes, et d’une autre à provoquer avec l’Iran les tensions nécéssaires  pour, qui sait, le pousser à la faute.

 

 

Après cela, on peut du même coup expliquer la crise comme un coup des Etats-Unis qui voudraient reprendre le jeu en main, avec l’europe sous leur coupe, pour pouvoir jouer la partie du dollar contre le yen, ou le bancor. La chine résiste, et Nicolas Sarkozy, en tant que président au G20, s’est prononcé en faveur du dollar. Chacun se positionnant selon ses intérêts, il semble que la géopolitique mondiale se prépare à redistribuer les cartes, avec les Etats-Unis comme croupier . Car en se retirant du terrain monétaire, ils peuvent jouer leur « va-tout » sur l’Afrique en utilisant la peur de l’islamisme, l’iran pas loin, et les ressources africaines reprises en main…contre la puissance Chinoise bien sûr, mais avant tout contre l’Afrique elle-même.

Validant ainsi le grand principe énoncé par George Orwell : « on n’établit pas une dictature pour sauver une révolution, on fait une révolution pour établir une dictature »

 

Caleb Irri

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l’économie contre le social : l’Europe va devoir choisir

Posté par calebirri le 19 janvier 2011

Je viens de lire l’article de Monsieur Jorion, intitulé « le sauvetage de l’euro n’a pas eu lieu« . Mais comment pourrait-il en être autrement ? A partir du moment où l’on raisonne dans le cadre du capitalisme, les règles capitalistes doivent s’appliquer. Que ce soit en temps de crise ou pas, la « Loi du marché » indique que la somme des intérêts individuels doit concourir à l’intérêt général. Point. Cela signifie donc qu’en fonction des éléments contextuels de l’économie actuelle, l’intérêt de l’Allemagne est de laisser tomber l’Europe pour ne pas sombrer avec elle.

 

La question n’est donc pas de savoir si elle fait bien ou mal d’agir ainsi, mais plutôt de savoir si son intérêt à court terme (sauver « sa peau » économique) ne va pas à l’encontre de son intérêt à plus long terme. Car en se préparant à lâcher l’Europe (et l’euro), l’Allemagne signe l’arrêt de mort de l’indépendance politique de l’Europe, ainsi que la puissance dont elle bénéficiait en tant que moteur de cette entité.

 

Et cette question, il ne fait aucun doute que l’Allemagne se l’est posée aussi, et y a répondu de manière pragmatique, politique. Car il faut rappeler que la politique n’est pas au service du social mais de l’économie. Le social n’est qu’une donnée secondaire dont le risque est calculé et, géré avec finesse par une propagande subtile, il peut même se retrouver au service du politique. Ce qui importe pour les chefs d’Etat, ce n’est pas de s’attirer le contentement du peuple à court terme, mais de conserver leur pouvoir à long terme, en satisfaisant les véritables maîtres du monde, c’est-à-dire les quelques 5% qui possèdent le pouvoir de les laisser en place.

 

Pour ce faire ils ont compris, comme je l’avais soupçonné ailleurs,  que vouloir sauver l’Europe à la manière « sociale », c’est à dire en faisant jouer la solidarité entre Etats, n’aboutirait qu’à faire tomber les Etats Européens, un à un, dans le giron soit des Etats-Unis, soit de la Chine. Finie alors la supériorité de la France et de l’Allemagne sur le reste, finie la puissance d’une Europe qui refuse de se laisser dicter sa loi par quelques pays. Tandis qu’en menaçant de laisser couler le navire, l’Allemagne envoie un signe fort de ralliement des plus petits Etats à une cause commune, une sorte d’Europe « fédérale »,  dirigée cette fois-ci non plus par un parlement « trop » démocratique pour être efficace, mais par un pouvoir fort capable ou de s’opposer au futur « diktat » du « nouvel ordre monétaire international », ou de peser à armes égales avec les autres « grands » lors des futurs débats sur le bancor.

 

Et c’est dans le cadre de cette Europe forte et unie que le social refait surface, avec les polémiques actuelles sur le protectionnisme, les 35 heures, la fiscalité ou le problème des retraites… Eclairées sous cet angle, ces polémiques montrent bien tout l’enjeu de l’Europe : si les chefs d’Etats européens veulent conserver leur pouvoir et continuer de satisfaire à leurs donneurs d’ordre (la finance), ils doivent contraindre leurs peuple à accepter des sacrifices. Pour garder sa compétitivité économique, l’Europe doit s’aligner sur les salaires, les droits et protections sociales les plus « optimisées »… Pour garder le pouvoir politique, les « Grands » de l’Europe doivent sacrifier le social sur l’autel de l’économie, et l’on rejoint ainsi mon titre.

 

Mais prenons maintenant le jeu dans l’autre sens, et imaginons que l’on sorte du « qu’est-ce qu’on peut bien faire alors ? »

 

Et bien il va falloir se poser la question en partant non plus de l’économique, mais du social. En admettant que l’opinion publique possède encore la capacité de se libérer de la propagande habituelle (celle de l’intérêt individuel pour satisfaire l’intérêt collectif), il est encore possible non pas de faire cesser la dépendance du pouvoir politique envers le pouvoir économique, mais de contraindre le pouvoir politique à modifier les règles qui les enchaînent l’un à l’autre. Et cela n’est évidemment possible qu’en faisant passer le social avant le reste, c’est à dire changer de paradigme, et faire comprendre qu’en réalité seul l’intérêt collectif peut ensuite rejaillir et satisfaire l’intérêt individuel.

Cette logique est la seule alternative idéologique susceptible de combattre l’injustice capitaliste, mais doit pour y parvenir engager les citoyens dans une véritable participation à la « chose publique », et s’intéresser non pas au court terme, mais au long. Il existe des moyens pour cela, et la mise en place d’une Assemblée Constituante doit en faire partie. Mais pour qu’elle soit légitime, il lui faut le soutien populaire, ce qui exige son implication dans la vie politique non plus seulement pour se défausser de sa responsabilité, mais pour l’assumer.

Caleb Irri

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que va devenir l’Europe ?

Posté par calebirri le 17 décembre 2010

Ca y est, le coup d’état est en marche : l’Union Européenne vient de se mettre d’accord pour modifier le traité de Lisbonne. Après une première tentative avortée il semble que, cette fois-ci, les pays les plus faibles ont fini par céder.

 

Il faut dire que les plus forts ont tout fait pour cela. Après avoir laissé la Grèce et l’Irlande se faire approcher par le FMI, les autres pays en difficulté n’avaient plus vraiment le choix : il fallait prendre une décision. Mais pas facile de se décider. D’un côté il y avait les Etats-Unis, et de l’autre l’appétit Chinois. Mais au centre, il y a l’Europe.

 

J’entendais l’autre jour je ne sais plus quel analyste évoquer le dilemme futur auquel serait confronté l’Europe de demain : faire allégeance à l’une ou à l’autre des deux puissances évoquées plus haut… Mais c’était sans compter sans cette troisième alternative, c’est à dire faire de l’Europe un Etat « géant », fédéral, capable de devenir une puissance économique de premier plan. Mais pour cela, il lui faut changer d’abord ses institutions, et créer un gouvernement fort, centralisé, harmonisé, et réduire l’équipe gouvernementale à un petit nombre d’individus possédant réellement le pouvoir sur les autres.

 

En regardant les choses sous cet angle, on serait même tentés de croire que toute cette crise n’est en réalité que le prétexte destiné à faire accepter de la part des pays les plus faibles l’hégémonie des plus forts, qui sous la menace d’une faillite de leurs Etats se trouveraient autrement à la merci des deux grandes puissances en embuscade, prêtes à fondre d’abord sur les petits, et ensuite sur les plus gros.  Petit à petit on voit donc se former différents blocs de taille imposante, et se dessiner les différentes alliances qui rendront possible, à l’avenir, leurs oppositions dans des conflits géostratégiques majeurs.

 

En effet, on s’aperçoit avec cette crise européenne que la souveraineté des nations n’est pas tout à fait indépendante des relations internationales, et que l’Union européenne en tant qu’agrégation de pays est fragilisée du point de vue des rapports de force économiques et sociaux. La concurrence qui règne entre les pays au sein de l’Europe détruit l’unité qui seule serait capable de résister, à terme, à l’appropriation des Etats eux-mêmes par des puissances étrangères. On l’a vu lors de la proposition de la Chine de racheter des territoires entiers de la Grèce, qui a bien vite été contrée par les propositions du FMI… pour aboutir à l’aide européenne.
Le but des tractations actuelles est donc de faire s’unir les pays de l’Europe au sein d’une même entité homogène, une sorte d’ »empire » à l’américaine… ou à la chinoise. Pour ce faire, les Etats encore puissants de l’Europe ont besoin de s’affranchir de l’égalité institutionnelle établie par les traités initiaux car aujourd’hui, même le traité de Lisbonne ne suffit plus.

 

Mais c’est justement la veille de cette réunion du 16 décembre qu’a été émis l’hypothèse d’une dégradation de la note de l’Espagne, afin que les dernières réticences à l’imposition des exigences franco-allemandes soient levées. Il apparaît cependant, à la lumière des derniers évènements, que la prise de contrôle effective de l’Europe par ces deux grandes puissances soit le seul remède au délitement de l’union européenne.  Bientôt vont se réjouir médias et politiques, et marchés également.

 

Maintenant, la question est celle-là : devons-nous nous effrayer, ou au contraire nous satisfaire de ce bouleversement ? Soit on considère qu’en réalité cet accord signifie non pas la pérennité de l’union, mais plutôt son allégeance tacite aux Etats-Unis de peur de tomber dans  le giron chinois, soit il faut le prendre comme une déclaration d’indépendance de l’Europe qui, profitant de la faiblesse de la plupart de ses membres, sauve à la fois sa puissance et prend du même coup le contrôle d’une entité qui, ainsi, se trouve en passe d’être la première économie mondiale. La mise sous tutelle de la majorité des Etats Européens par les quelques puissances encore solides peut effectivement être considérée comme une bonne chose d’un point de vue géostratégique, mais laisse présager quelques inconvénients majeurs dont nous nous apercevrons sans doute assez rapidement : la mise en place d’un gouvernement effectif de quelques uns sur l’ensemble des autres, avec comme corollaires un régime autoritaire quasi féodal, et des sacrifices allant sans cesse croissants pour les populations les plus faibles de l’union européenne.

Car il ne faut pas se leurrer, cette nouvelle donne ne va pas modifier ni renverser les tendances économiques actuelles, car au delà de l’Europe c’est le monde entier qui se trouve malade de sa mondialisation. Les peuples mis à contribution vont bien finir par dire « stop », et l’enjeu pour les dirigeants est d’arriver, avant la révolte, à établir des bases légales suffisamment contraignantes pour la pouvoir maîtriser.

 

Comme on le voit avec la montée des extrêmes un peu partout dans le monde, les questions nationalistes s’affrontent avec l’économie mondialisée, qui sont les deux extrêmes du capitalisme. Mais face à la faillite de ce système, personne « en haut » ne semble vouloir comprendre que l’une comme l’autre sont les deux faces d’une même erreur, celle de croire que ce système est encore capable de fonctionner sans entrainer les excès qui apparaissent  (encore une fois) aujourd’hui.

C’est un problème idéologique majeur. Car si pour certains la fermeture des frontières et le protectionnisme sont la seule solution envisageable, les ressources et la puissance ne peuvent se satisfaire d’un Etat grand comme la France. Et si pour d’autres la libéralisation des marchés et la dérégulation sont la solution, alors ils se trouvent à la merci des plus gros qui n’hésiteront pas à les asservir.

 

C’est pour cela que l’Europe en tant qu’Etat souverain est un des grands rêves de nos dirigeants. En réunissant « nationalisme » européen et mondialisation financière, une entité fédérale dirigée fermement serait protégée des grandes puissances extérieures, tout en étant capable elle-même d’être un prédateur pour les autres.

 

Pour le moment, nous ne pouvons pas encore savoir ni de quelle manière ni par qui nous serons dévorés, nous les peuples, mais une chose est sûre, nous serons dévorés. Mais prenons garde aux extrêmes, ils ne servent toujours que les puissants et les dictateurs.

 

Caleb Irri

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Changer de cadre pour changer le monde

Posté par calebirri le 27 novembre 2010

Il y a la crise, les deux Corée et les affaires françaises. Il y a le problème des retraites, du chômage et de l’identité nationale. Il y a les paradis fiscaux, l’éducation, la santé. Il y a le choléra, l’obésité et le football. Il y a la justice, l’argent et le pouvoir. Quand on essaie d’y voir clair, on est perdu d’avance… ou presque. Face à tous les problèmes qui nous submergent dès qu’on en aborde un, on ne sait plus par quel bout commencer.

 

Et pourtant, dès qu’on en prend un à part, tout semble s’enchaîner : on part du problème des retraites et on touche rapidement à celui de la santé, du chômage. Par le chômage on arrive à l’identité nationale, par le football aux paradis fiscaux, par la santé à l’obésité. Avec le chômage on tombe sur l’éducation, la justice, l’argent. L’argent mène au pouvoir, aux affaires françaises, aux deux Corée. Comme ça, juste avec quelques exemples pris presque au hasard, on part d’un point complexe (les retraites), et on se retrouve à parler de la guerre, du capitalisme, des OGM, du monde entier.

C’est ça la mondialisation : une complexité infinie. Et tous les économistes, tous les sociologues, statisticiens, philosophes du monde, même avec la meilleure volonté possible, ne peuvent nécessairement pas trouver une solution à un problème défini (comme celui des retraites) sans se retrouver confrontés à un plus grand, immense, infini, celui du fonctionnement du monde dans son ensemble. Il est impossible qu’ils y parviennent car en appuyant sur un seul des leviers dont ils disposent(comme l’allongement de la durée de cotisations), ils transforment tout l’équilibre d’un système, par une sorte de ricochet dont la puissance irait croissant.

 

Ainsi fonctionne le monde d’aujourd’hui : on ne peut pas toucher à l’un des problèmes de notre système sans remettre en cause l’ensemble de ce système. Et c’est pour cela qu’il est si difficile d’envisager des réformes à l’intérieur du cadre de ce système. Pour être véritablement cohérent, ce n’est pas au niveau national qu’il faut réfléchir, ni même au niveau européen, mais au niveau mondial. Ce sont les fondations d’un nouvel ordre mondial qu’il faut creuser, et nos « élites » ne s’y sont pas trompées. Pour autant, il ne faut pas croire que « leur » vision soit la seule alternative envisageable, et qu’à partir du moment où tout est à revoir, les peuples ont aussi leur mot à dire, leurs propositions à formuler. Comme on le voit avec des initiatives comme le « bankrun« , les peuples ont le pouvoir d’intervenir sur les décisions qui seront prises, car en définitive le système ne fonctionne que grâce à leur soumission à celui-ci : sans esclaves il n’y a plus de maîtres, c’est aussi simple que cela.

 

Mais une fois cette constatation établie, les choses se compliquent rapidement. Le fait qu’une majorité soit d’accord pour juger qu’il faut changer les choses ne signifie nullement qu’une majorité le soit sur les changements à apporter. Il faut certes qu’ils soient capables de se rassembler pour exiger des changements, mais quels changements ? par quel bout commencer ? comment s’y prendre pour démarrer une réflexion globale sans se perdre dans l’infinie complexité que j’évoquais au départ de ce billet ?

 

Les Etats Généraux sont certainement le meilleur moyen d’y parvenir, mais comment établir la méthodologie capable de satisfaire à la volonté du plus grand nombre, selon une représentativité « représentative », sans « prosélytisme » politique ? lorsqu’on essaie de se pencher sur les problèmes à régler, on s’aperçoit que le capitalisme est le point central de cette réflexion, et qu’il dépend lui-même d’une conception idéologique de l’homme, de l’humanité dans son ensemble. On se retrouve, en étudiant son fonctionnement, empêtré dans les méandres de l’Histoire toute entière, et on redécouvre les anciens, Aristote, Platon, et tous les autres qui ont tenté depuis le commencement d’établir des règles justes et bonnes pour permettre la vie en société, ainsi que de rechercher à travers elle le bonheur pour chacun.

 

Mais aujourd’hui, les choses ont beaucoup changé, et les termes de cette vie en société, du bonheur, de la conception de l’homme se sont transformés. Les dangers qui menacent notre société aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux d’autrefois, et les solutions à y apporter non plus. Il faut donc tout repenser, de la conception de l’homme à sa place au sein de la nature, de son bonheur et du « vivre ensemble ». Nous ne pouvons plus nous permettre de rester assis sur nos vieilles croyances, nos veilles conceptions obsolètes d’un monde fonctionnant comme avant. La question aujourd’hui n’est peut-être plus de savoir ce qu’il faut que nous fassions pour nous adapter à un monde qui nous échappe, mais celle de savoir de quoi nous disposons pour en reprendre le contrôle. Les outils technologiques que nous avons, les connaissances qui sont les nôtres, les ressources qui nous restent, les recherches qu’il nous faut entreprendre pour les utiliser au mieux. Il ne faut jamais oublier que ce ne sont pas les outils qui sont responsables de nos maux, mais la manière dont nous les utilisons.

Et si la science et les techniques ne permettent plus à tous de trouver un travail, il faudrait s’en réjouir au lieu de s’en lamenter. Car cela n’implique pas que la technologie est l’ennemie de l’homme, mais plutôt qu’elle offre l’occasion de réaliser les rêves de nos anciens. Aujourd’hui il n’est plus nécessaire de pratiquer certaines activités pénibles, et cela devrait nous satisfaire. Seulement pour en profiter, il faut apprendre à se séparer du cadre nous imposant le travail comme seul facteur de développement social, pour l’envisager comme une contrainte dont nous pouvons nous séparer sans nuire à notre société. Et ce cadre, c’est le capitalisme. Quand on y réfléchit deux minutes, le point commun qui relie tous les problèmes entre eux c’est l’argent, qui empêche de partager le travail justement, qui empêche de sauver notre planète en danger, qui provoque les guerres et les famines, qui monte les hommes les uns contre les autres, qui pousse à les considérer comme des chiffres plutôt que comme des êtres humains.

Et si ce cadre a permis de faire fonctionner (plus ou moins bien selon les points de vue) les sociétés jusqu’à maintenant, il ne le permet plus. Le retournement auquel nous assistons ne pourra satisfaire ni aux amis du capitalisme, ni à ses ennemis. La confrontation est au bout du chemin, et les hommes n’en veulent pas, car elle n’est plus ni nécessaire, ni inévitable. En faisant sauter ce cadre, nous serions alors capables non pas de changer l’homme mais de le faire réfléchir autrement, en ouvrant ses perspectives créatrices sur des horizons nouveaux, dans lesquels la technologie ne serait plus l’ennemie du travail, où l’homme ne serait plus l’ennemi de la Nature, susceptibles de réconcilier les besoins et les désirs de l’un sans nuire à ceux des autres.

 

Pour changer le monde, il faut le regarder autrement, et sortir de ce cadre de pensée imposé par l’Histoire : il deviendra alors ce que nous voulons qu’il devienne.

 

Caleb Irri

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De Malthus aux décroissants, en passant par le capitalisme

Posté par calebirri le 13 novembre 2010

nous sommes en 2010, et une pénurie de riz menace notre planète. une pénurie de riz, l’aliment de base pour trois milliards d’êtres humains ! Malgré la surproduction et les OGM, malgré la pollution due à la production intensive, malgré les connaissances et les technologies actuelles, malgré l’ONU et toutes les instances gouvernementales existantes, malgré toutes les promesses de la « main invisible », on s’aperçoit aujourd’hui que le monde n’est même pas capable de nourrir sa population. Envoyer des gens dans l’espace, trouver des milliers de milliards pour sauver les banques, organiser des mondiaux de foot dans les pays pauvres, faire des guerres interminables, le monde sait faire.  Mais nourrir ses habitants non.

 

Cette constatation n’étonnerait sans doute pas les contemporains de Malthus, mais fait résonner d’une manière étrange les notions de progrès, ou de civilisation. En effet, il parait incroyable que cette vieille loi obsolète soit en passe de redevenir réalité tant les avancées techniques et sociales nous promettaient le contraire ! c’était sans compter sur la réalité, qui nous apprend qu’à force de surexploiter nos ressources à des fins mercantiles elles finissent par se tarir et mettre l’humanité en péril. Il faut quand même s’imaginer qu’à l’heure où nous parlons le nombre d’êtres humains peuplant cette planète augmente sans cesse, et que nous avons pourtant toujours réussi, en dépit de Malthus, à rendre possible la vie sur terre pour un nombre de personnes inimaginable pour l’époque. Et que même aujourd’hui, si le système ne nous contraignait pas à l’égoïsme et au gâchis, nous y arriverions sans doute aussi.

 

Alors comment se fait-il qu’aujourd’hui nous soyons encore à nous poser cette question, à avoir à résoudre le paradoxe entre l’augmentation de la population et la production ?

 

il semble que cet état de fait soit largement imputable au système capitaliste, qui  a incité à la surexploitation des ressources, et surtout à la mondialisation de ce système, qui par exemple permet à quelques richissimes individus de créer artificiellement la rareté de certains produits en en achetant de très grosses quantités, stockées le temps que leur prix monte, et au plus fort de la crise leur permet une plus-value conséquente. A force de rechercher non pas la production mais la productivité, il semble que la Nature soit arrivée à un point de saturation, qui met en danger notre vie future, et dont le responsable est le système tout entier.

 

aujourd’hui les deux alternatives qu’ont nous propose sont d’un côté le « Nouvel Ordre Mondial« , destiné à réduire puis à contrôler le nombre de naissances (de gré ou de force), et de l’autre la décroissance, destinée elle à faire baisser la consommation jusqu’à pouvoir nourrir plus de monde. Il existe cependant une troisième voie, qui n’est bien sûr pas simple à mettre en place, mais qui a le mérite de n’avoir pour corollaire ni le conditionnement ni la privation : c’est l’opulence, doublée d’une véritable démocratie où l’on apprend aux enfants à être libres et responsables, avec pour système supérieur la gratuité absolue.

 

Ce monde est peut-être impossible à créer, mais la seule manière de le savoir est d’essayer. Nous avons toutes les ressources techniques, physiques, mentales pour le réaliser, il ne nous manque que la volonté. Celle de comprendre que ce n’est pas le monde qui est trop petit pour tous, mais nous qui ne l’utilisons pas comme il le faudrait.

 

Caleb Irri

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Non, la crise n’est pas une catastrophe naturelle

Posté par calebirri le 2 novembre 2010

« C’est la faute à la crise, c’est la faute à la crise… » non mais ça suffit à la fin ! Cette crise, qui paraît-il a fait perdre 30 millions d’emplois dans le monde (selon le FMI), n’est quand même pas arrivée toute seule !

Ces derniers temps, il est de bon ton de faire comme si cette crise était le fruit du hasard, ou de la fatalité, sans qu’on y puisse rien faire d’autre que de la maudire. Pourtant, si mes souvenirs sont exacts, elle a une cause, et surtout des effets. Et pas seulement pour trente millions d’individus, mais pour la planète entière. Car si aujourd’hui l’Europe se prépare au pire, les autres ailleurs font tout au moins aussi bien. Ce n’est pas seulement aux retraites qu’ils s’attaquent aujourd’hui, mais au système capitaliste tout entier, à travers de nouvelles alliances stratégiques et une nouvelle politique économique.

 

Mais que les opposants au capitalisme ne se réjouissent pas trop vite, car cette nouvelle politique commence à ressembler dangereusement à ce que de nombreux commentateurs avaient prédit depuis maintenant dix ans, à l’occasion des attentats du 11 septembre : la mise en place d’un nouvel ordre mondial, avec comme corollaire la mise au pas des peuples dominés par cette nouvelle gouvernance.

 

Il serait d’ailleurs intéressant d’étudier la manière dont se sont déroulés les évènements à l’occasion de cette crise, et de voir si tout cela n’aurait pas pu être organisé en haut lieu, afin de permettre les conséquences de la crise : mise sous dépendance, contrôle et surveillance de tous les individus inféodés au pouvoir actuel. Car en définitive, ici comme pour le 11 septembre, il faut se demander « à qui profite le crime ? ». Toutes les réformes conduites depuis quelques mois vont à l’encontre du simple bon sens économique (même quand on réfléchit « capitaliste »), et tous les analystes savent qu’on va droit dans le mur…

 

Mais si on considère cette aberration d’un autre point de vue, c’est à dire de celui de la mise en place d’un gouvernement ouvertement autoritaire, alors on comprend que le but n’est pas de faire sortir de la crise, mais d’y enfoncer les peuples, dont on ne contrôle les agissements que par la force et la misère. Ceci considéré, il devient alors plus facile d’exiger de lui à peu près n’importe quoi, et de le faire avaler dans l’urgence de sa situation toute promesse qu’on lui ferait pour améliorer son ordinaire.

 

Peu à peu se construit donc tout une sorte de programme de prise du pouvoir par l’alliance du politique et du financier, le premier corrompu par le second. Et si on replonge dans le passé, on peut tout à fait faire le lien entre le onze septembre permettant de mettre les gens sous tension, pour ensuite les appauvrir avec la crise, et enfin leur faire accepter l’idée qu’ils doivent être protégés économiquement et physiquement par l’Etat. Sans effusion de sang, ils seront ainsi capables de mettre en place une sorte de dictature douce, entre «  le meilleur des mondes » et « 1984 ».

 

ils pourront donc ainsi répondre à la question qui les inquiète depuis si longtemps, et échapper à la décroissance dont ils redoutent l’inéluctabilité : les ressources de cette planète ne sont pas illimitées, et elle ne peut donc pas accueillir un nombre infini d’êtres humains. Quand on oppose l’idéologie néo-libérale et celle des « décroissants », on voit que les uns sont partisans d’un contrôle strict des naissances, tandis que les autres sont pour une restriction de la consommation pour pouvoir satisfaire plus de monde. Et comme bien sûr ceux qui dirigent l’économie et la politique sont en même temps ceux qui profitent le plus du système actuel, on explique ainsi rapidement le plan « Rockfeller-Monsanto- Bill Gates », qui viennent paraît il d’acheter ensemble les  fameux « blacks-waters » (armée privée de plusieurs dizaines de milliers d’hommes).

 

En définitive, si avec le 11 septembre ont pu se mettre en place les bases d’un système de gouvernance mondiale chapeautée par les Etats-Unis, avec la crise ils seront désormais capables de faire accepter un nouvel ordre économique mondial basé sur l’inégalité et l’injustice, destiné à permettre la perpétuation de leur domination sur le monde, que ce soit par la guerre, la faim ou la misère, l’oppression mentale ou physique, et l’instauration d’une dictature omnisciente et omnipotente….

 

et on dit « merci qui » ? Merci la crise !

 

Caleb Irri

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