Entre fait divers et fait de société, les rapaces entrent en campagne

Posté par calebirri le 20 mars 2012

« Niveau écarlate », « vigipirate », « massacre », « terrorisme », « morts », « juifs », « fusillade », voilà les mots-clés qui vont faire sensation sur internet dans les jours qui viennent… Quelle pitié ! alors que l’horreur a encore frappé ces derniers jours après les meurtres de militaires qu’on dit « maghrébins » et celui de personnes innocentes qu’on dit « juives », nos bons politiciens, comme leurs complices journalistes, se jettent tous ensemble, comme des oiseaux nécrophages, dans la bataille de récupération, d’instrumentalisation qui suit d’ordinaire les faits divers à l’approche d’échéances électorales… Ils disent ne pas vouloir d’un « nouveau Carpentras »bien sûr, mais ils ont tout de même sorti aussitôt leurs larmes les plus chaudes, plaignant les familles  et promettant des sanctions. Chacun ira bien entendu de sa proposition de loi pour lutter contre ces violences (lorsqu’il sera élu) dont on nous dit un jour qu’elles se font plus rares et un autre qu’elle se font plus nombreuses…

 

Mais en réalité, ils n’en ont rien à faire de tous ces innocents. Pas plus que de ceux qui se suicident au travail ou de ceux qui meurent de faim. Car les morts ne votent pas, n’achètent pas les journaux, tandis que les familles apeurées par la couleur « écarlate » (celle du sang) du plan vigipirate oui. Bien sûr, comme chacun de nous, ils considèrent ces actes odieux comme inacceptables, mais comme nous aussi ils ne ressentent pas la peine que les familles et les proches des familles ressentent (et c’est bien normal, la nature humaine est ainsi faite)… Mais contrairement à nous ils font semblant.

 

Ils font semblant aussi de croire que le terrorisme est de retour, que nous sommes tous en danger, que « ça peut arriver à tout le monde », alors qu’ils savent très bien d’une part que de tels actes sont spontanés, isolés et très rares, et d’une autre qu’ils sont pratiquement incontrôlables. Ce qui compte pour eux n’est pas d’éviter le fait divers (cela est impossible), mais de s’en servir pour gagner des voix. Et s’il faut pleurer, crier ou promettre n’importe quoi devant les caméras pour y arriver, ils le feront. Et s’il faut appeler un fait divers un attentat terroriste pour faire monter la pression, alors il n’y a aucune hésitation à avoir : les adeptes du « qui veut la fin veut les moyens » (parmi lesquels on compte beaucoup d’hommes politiques) iront jusqu’au bout de l’amalgame.

 

Des éditions spéciales, des témoignages de témoignages, des « suivez les infos en direct », des titres « bien sentis », des images « choc », voilà toute la compassion, tout le respect dont bénéficieront les victimes et leurs proches ; doublement victimes en réalité, car ils verront leur douleur utilisée à des fins électoralistes ou mercantiles, leurs morts maintenus artificiellement en vie pour quelques heures ou quelques jours, le temps que le « buzz » passe et que la nuée de rapaces trouve d’autres drames à se mettre sous la dent. Chacun y trouvera son compte à la fin, car d’un point de vue strictement « tactique » ce genre de malheurs est une aubaine pour nos politiques, ceux-là même qui, avec la complicité des médias, utilisent la violence et la mort pour prospérer…

 

 

Pourtant, ce sont justement eux les véritables coupables de ces horribles faits divers, car ils sont responsables des fous que la société engendre, des armes qu’elle vend, des souffrances qu’elle crée…et surtout des drames qu’elle s’apprête à produire. Car s’il est facile d’accuser la folie d’un homme seul, il sera plus difficile de l’expliquer s’il n’est pas fou…  A force de  jouer avec le feu (stigmatisation de certaines religions, de certaines communautés, misère sociale et misère tout court…) on en vient à créer les conditions qui permettent à la folie de s’installer. Reste à savoir si le tueur est « vraiment »  fou (dans le sens « irresponsable »), et en ce cas on ne peut parler ni d’attentat ni de terrorisme. Mais s’il ne l’est pas, c’est alors la société qu’il faudra bien accuser, car c’est elle qui l’a créé.

 

 

En attendant, on suppute déjà des militaires musulmans et des écoliers juifs tués par un même homme, sans paraître se rendre compte de la portée symbolique d’un tel fait (s’il est avéré) : quoi de mieux en effet pour monter les uns contre les autres ?  En sur-médiatisant ce drame, en reprenant les rumeurs et en instrumentalisant la douleur des victimes, la société s’apprête à engendrer les monstres qu’elle redoute : selon que l’on considère ce drame comme un fait divers ou comme un fait de société, les communautés touchées (de près ou de loin) par sa récupération politicienne deviendront alors un instrument de propagande  au service de la peur et de la haine entre les hommes… Imaginez que le coupable se trouve encarté au FN, et jamais Madame Le Pen ne pourra se trouver au second tour ! Imaginez qu »il se trouve à  l’UMP et il sera déclaré fou, et s’il est au PS on le dira victime du discours des deux premiers ; et si enfin c’est un « marginal » (il faudra un jour qu’on nous dise qui ils représentent), on accusera alors le laxisme du PS, etc…

 

 

Et c’est bien contre cette surmédiatisation, contre cette récupération politicienne qu’il faut lutter, car elle risque fort de provoquer les violences contre lesquelles nos hommes politiques sont censés lutter, comme le prouvent les drames qui se réalisent aujourd’hui, conséquences d’autres médiatisations précédentes qui ont porté leur immonde fruit jusqu’au cerveau fragile d’un déséquilibré qui sans doute possède chez lui… une télé.

 

 

Ces hommes qui font semblant me dégoûtent, car non seulement ils se moquent du malheur des autres, mais en plus ils l’utilisent à des fins personnelles… Mais le pire dans tout ça, c’est que leurs mensonges, leurs amalgames, leur hypocrisie sont le ferment qui permet aux médias de diffuser dans tous les foyers la peur et la haine, portant ainsi la responsabilité et des drames passés, et de ceux à venir…

 

Caleb Irri

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Qui sont les 1% qui manquent aux indignés ?

Posté par calebirri le 21 novembre 2011

« Les marchés » par-ci, « les marchés » par-là, les politiques semblent avoir enfin trouvé leur coupable  (ou leur excuse) idéal(e) : les marchés exercent une dictature impitoyable sur les Etats endettés qui contraignent les gouvernants soit à prendre des mesures certes dures mais nécessaires à l’encontre de leurs peuples (qui ont soi-disant vécu trop longtemps au dessus de leurs moyens), soit à laisser la place à d’autres, comme on l’a vu récemment en Grèce ou en Italie.

 

Face à cette alternative (la soumission ou la démission), nos dirigeants se trouvent aujourd’hui confrontés à un dilemme difficile à résoudre : il faudra bien rembourser les dettes, et quelqu’un doit payer pour cela.  Que faire ? Vaut-il mieux prendre beaucoup à quelques riches ou un petit peu à beaucoup de pauvres ? Dans un cas comme dans l’autre nos gouvernants risquent gros, car les élections approchent. Les riches menacent de ne plus investir là où on les taxera trop, et les pauvres menacent de ne pas voter pour ceux qui refusent de faire payer les riches.  A tout prendre il semblerait plus raisonnable de se fier à la force du nombre (les pauvres) qu’à la force du riche, mais c’est oublier un petit détail qui a son importance : la force du nombre ne suffit pas à faire élire nos gouvernants, car une élection ne se gagne pas avec un programme mais avec de l’argent. Et dans un monde où l’argent est roi, c’est toujours le plus riche qui gagne, ou qui choisit qui va gagner. Et c’est bien ce qui se passe aujourd’hui : les riches ne paieront pas, car ceux qui dirigent actuellement l’Europe n’ont pas été élus par les peuples mais désignés par les marchés.

 

Mais au fait c’est quoi les « marchés » ? On parle d’ordinateurs, de fonds de pensions, de banques ou d’assurances, et même les indignés luttent contre cette entité obscure que sont « les marchés »… Mais qui se cache derrière ce terme ? Qui bénéficie, in fine, de tous les bénéfices engrangés par ces marchés, qui profite à la fin, « en vrai », sur son compte en banque, de la spéculation sur les matières premières, de la vente des armes ou de la misère des hommes, quels sont les noms des actionnaires qui récupèrent en fin d’année des sommes extravagantes ?

 

Car derrière les marchés il y a bien des hommes, car derrière tout l’argent qui y transite il y a bien des noms… Et ces noms nous les avons tous, nous les connaissons déjà ! En réalité se trouvent là toutes les plus grandes fortunes de la planète, ce petit 1% qui manque aux indignés… Ceux qui font et défont les Etats ne sont en fait que quelques uns, car ceux  qui font « tourner » les marchés et ceux qui s’opposent à ce qu’on fasse payer les riches pour résoudre la crise sont les mêmes.

 

Regardez un petit peu, si on additionne les fortunes personnelles des 500 plus grosses fortunes de France, on s’aperçoit qu’elles totalisent plus de 281 211 millions d’euros, c’est-à-dire plus de 280 milliards. A elles seules, les 10 plus grosses représentent déjà plus de 45 milliards. Incroyable, non ?
Maintenant, si on additionne les fortunes des quelques 1210 milliardaires que compte la planète, on arrive à plus de 4500 milliards de dollars (sachant que les 67 plus grandes représentent à elles-seules 1366 milliards)… auxquels s’ajoutent 11 millions de millionnaires (même à considérer un million par personne, on peut déjà imaginer qu’ils détiennent plus de 11 000 milliards !)…

Voilà de quoi nous faire une petite idée du nombre de poches dans lesquelles a terminé notre argent : bien moins que le petit pourcent que combattent les indignés… et nous devrions avoir peur d’eux ?

 

Caleb Irri

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Qui a peur de la faillite ?

Posté par calebirri le 12 novembre 2011

Il n’y a désormais plus aucune hésitation à avoir quant à la politique économique menée par nos dirigeants : elle nous conduit tout droit vers la récession, ou à la faillite ; et le pire est qu’ils le savent !

 

Mais puisque les politiques de rigueur ont toutes été un échec jusqu’à maintenant, et que cette récession pointe son nez jusqu’en France, il convient alors de se demander « pourquoi ? » ils continuent à faire payer le peuple,  surtout contre l’avis du peuple lui-même.

 

A cette question trois réponses sont possibles :

-soit nos gouvernants sont trop stupides pour comprendre la situation, et ils croient réellement que les réformes engagées vont permettre de faire repartir la croissance.

-soit ils ne le sont pas, et c’est plus grave, car cela signifie qu’ils savent pertinemment que la situation va empirer… mais ils ne peuvent pas faire autrement : les marchés sont les plus forts… et ils le regrettent

-Soit ils ont une idée derrière la tête pour reprendre le contrôle des évènements, et il s’agirait de savoir laquelle ; tout en sachant qu’elle passe par une rigueur inévitable qui pèsera d’abord sur les plus fragiles.

 

La première hypothèse est à mon avis exclue, car cela fait des mois que tout le monde sait que les mesures imposées sont injustes et contre-productives, et ne peuvent que conduire soit à la faillite, soit à la révolte.

La deuxième est plus plausible, et revient à admettre la position que je décrivais ailleurs, à savoir la volonté de repartir « à l’intérieur » du système en faisant le dos rond pour trouver une place dans la nouvelle donne géopolitique qui se construit actuellement. En tentant de trouver un équilibre entre baisse des dépenses et la croissance, ils s’acharnent à faire passer la pilule sans trop de dégâts, en espérant que cela suffise à éviter la faillite.

Et la dernière, qui peut s’accorder avec la deuxième si on envisage un alliance tacite entre les pouvoirs politique et financier, implique qu’en frôlant la faillite et en faisant tomber un à un les pays qui ne font pas ce que la nouvelle direction de « l’Empire européen » désire, il sera plus facile de faire accepter aux peuples l’installation d’un « nouvel ordre économique mondial » plus favorable aux puissances « historiques » tout en conservant le pouvoir aux élites en place…

 

Maintenant, il s’agit de comprendre le pourquoi de cette injustice, qui consiste à faire payer les pauvres, alors qu’il serait si facile de faire payer les riches ? Est-il vraiment impossible de faire payer la crise à ceux qui l’ont provoqué ? Il faut envisager là aussi plusieurs hypothèses, car faire un plan de rigueur de cette ampleur à six mois des présidentielles s’apparente à un suicide politique.

-Soit la droite s’imagine revenir au pouvoir en 2012 et il faudra m’expliquer comment.

-Soit la droite imagine que la gauche au pouvoir en 2012 ne fera ni plus ni moins que ce qu’elle fait aujourd’hui, poussée par les mêmes contraintes qu’elle.

-Soit la situation est si désespérée qu’il est impossible d’attendre : l’appétit des financiers se nourrit au quotidien.

 

Quoi qu’il en soit, la faillite guette aujourd’hui la France, et au delà l’Europe toute entière, et c’est bien en jouant sur la peur de cette faillite que nos dirigeants comptent faire passer leurs réformes. Mais faut-il avoir peur de cette faillite, et surtout qui doit avoir peur de celle-ci ?

 

Regardons les choses en face, et mettons-nous à la place du peuple : que lui importe en réalité que la France fasse faillite ou non ? Les pauvres seront toujours aussi pauvres, et les riches toujours aussi riches. Les classes moyennes regretteront, sans doute au début, d’avoir trop longtemps cru se trouver du « bon côté de la barrière », mais ils s’habitueront eux-aussi à leur nouveau statut… Il n’y a que ceux qui ont quelque chose à perdre qui risquent quelque chose en définitive : ils n’avaient qu’à pas élire un gouvernement qui, crise ou pas crise, retire depuis cinq ans tous les acquis obtenus de longtemps pour améliorer le sort des pauvres.

 

Car en réalité le plan de rigueur actuel ne fait que creuser un sillon déjà dessiné par la politique économique récente, et la vie tournera bien comme elle l’a toujours fait : à force de retirer toujours plus à ceux qui n’ont déjà pas grand chose, il arrivera bien une limite infranchissable. Il faudra bien encore des médecins ou des professeurs, des agriculteurs ou des boulangers, des éboueurs ou des maçons, des policiers ou des pompiers, des chanteurs ou des prostituées, des fous ou des fainéants…  et tout ce petit monde finira bien par trouver à manger, même s’il lui faut aller le chercher dans les jardins de l’Elysée…

 

Parce que ce sont nos dirigeants qui ont besoin des pauvres pour fonctionner, et pas l’inverse. Tout leur pouvoir, toutes leurs richesses ne sont que le résultat et de notre exploitation quotidienne, de notre consommation… et  il y a un jour où si les salaires baissent de trop, si les licenciements se font massifs, le gouvernement en place ne sera plus en mesure d’assurer le rôle pour lequel nous l’avons élu : protéger le peuple et ses intérêts.

La faillite ne doit donc pas nous faire peur à nous, mais leur faire peur à eux. Les plus pauvres finiront toujours par se débrouiller, et les plus riches par apprendre à devenir moins riches. Leurs privilèges, leurs bonus, leurs obligations, leurs dividendes et leurs profits n’étant réalisés que sur le dos des salariés, en appauvrissant le peuple ils s’appauvrissent eux-mêmes.

La confusion qui règne actuellement montre bien que même si cette crise leur permet de prendre le contrôle sur l’Europe toute entière, la machine capitaliste s’est emballée sans qu’ils soient en mesure de contrôler ce système qui fonctionne tout seul : la spéculation va trop vite, et les spéculateurs jouent contre eux-mêmes sans qu’ils puissent y échapper. Cela va trop vite, et l’agitation qui règne en haut lieu est le symptôme que la situation les dépasse. C’est bien eux qui doivent donc avoir peur, parce qu’en allant trop loin ils finiront par provoquer ce qu’ils redoutent eux-mêmes pour eux-mêmes : la faillite d’un pays, c’est leur propre faillite, pas celle du peuple.

Car lorsque le peuple a faim, peu lui importe de connaître la note accordée par les agences, son instinct le conduit toujours là où il faut : il n’y a pour cela qu’à se retourner sur le printemps arabe pour savoir comment cela finit…

 

Faillite ou pas faillite, nous n’avons donc plus rien à craindre : comme dit le proverbe, « Si le problème a une solution, ne t’inquiète pas. Mais si le problème n’a pas de solution, alors cela ne sert à rien de t’inquiéter ».

 

La morale vous l’avez : ne pas s’inquiéter. La peur paralyse, tandis que l’espoir motive. Laissons-donc l’inquiétude à nos dirigeants, on les paye bien assez cher pour ça. Le jour où ils comprendront que le peuple finit toujours par se relever, c’est eux qui auront peur.

 

Occupons-nous plutôt de préparer la suite, et prenons-les choses en main, car nous avons du boulot.

 

Caleb Irri

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Subir le capitalisme ou en sortir, that is the question

Posté par calebirri le 15 septembre 2011

Quand on évoque la crise financière actuelle, on ne voit en réalité la crise que du point de vue de ceux qui la subissent, à savoir les pays dits « développés », en oubliant ainsi la majeure partie des habitants de cette planète, à savoir les « BRICS » d’une part, et « tous les autres » d’autre part. Car pour eux, la situation n’a strictement rien de comparable avec celle que nous traversons : si les perspectives européennes les inquiètent réellement, elles n’empêchent pour autant ni la croissance ni le business, et constituent même pour certains l’occasion de faire de bonnes affaires…

 

Car ce qu’on oublie trop souvent dans cette histoire, c’est que le monde ne se résume ni à l’Europe ni même aux Etats-Unis, et que le capitalisme fonctionne tout à fait « normalement » d’un point de vue global : la croissance mondiale est plutôt bonne, l’argent circule et les mauvais gestionnaires se trouvent logiquement contraints, un jour, de payer leurs dettes… Et c’est bien là que nous en sommes arrivés.  La crise était inévitable car les pays riches ont refusé de voir que la roue du capitalisme était en train de tourner, et ils ont tout fait pour y échapper. Mais même en trichant, la réalité démographique a pris le dessus sur la théorie économique : l’Europe et les Etats-Unis, avec à peu près un milliard d’habitants, ne sont que peu de chose comparés aux près de 6 milliards des autres habitants de la planète. Même les plus conservateurs ne pouvaient donc pas décemment espérer que la domination d’un petit milliard d’êtres humains puisse éternellement s’exercer sur six autres milliards… et c’est donc face à cette réalité qu’il faut regarder cette crise, qui n’est pas une punition divine mais simplement la conséquence logique de l’Histoire de l’Humanité.

 

A l’occasion de cette crise se pose maintenant la question de savoir ce que vont faire les pays riches, qui n’ont le choix qu’entre deux alternatives : soit ils acceptent le retournement qui s’effectue, et doivent se préparer à voir leur niveau de vie baisser, soit ils le refusent et doivent alors changer les règles du jeu capitaliste, de gré ou de force.

La première hypothèse pourrait sembler la plus plausible aux vues des mesures d’austérité qui se profilent en Europe et aux Etats-Unis, mais c’est sans compter qu’il est plus difficile de se séparer du confort que de s’y habituer, et que peu sont prêts à consentir ce genre de sacrifices : on peut même penser raisonnablement que les plus riches seraient les plus difficiles à convaincre… et les plus riches, ce sont justement ceux qui gouvernent, de près ou de loin, les Etats aujourd’hui en difficulté. Dans cette hypothèse, ce ne sont donc pas les riches qui devraient faire des sacrifices, mais bien les pauvres qui y seront contraints : et je doute qu’ils ne s’y soumettent sans rechigner non plus.
La seconde hypothèse, bien qu’elle soit considérée comme farfelue par beaucoup, est cependant tout à fait envisageable, car elle correspond exactement à la direction que prend le cours des choses : pour revenir à l’équilibre, les sacrifices exigés du peuple seront tellement importants que les dirigeants des Etats en difficulté risquent de se voir contestés fortement, et les grands financiers prêteurs de se détourner vers des profits plus intéressants…ailleurs. Changer les règles du jeu devient alors une hypothèse alléchante, car elle permettrait aux gouvernants d’échapper à la sanction des échéances électorales ainsi qu’à la perte de puissance de leurs Etats (des places de choix au G8, G20, FMI, OMC, Banque Mondiale, ONU, OTAN….) au sein du concert des nations. Et en emportant avec ce programme l’adhésion des peuples concernés, consentants plus facilement à des sacrifices en échange d’un avenir meilleur que celui de la première hypothèse.

 

Cette hypothèse correspondrait alors à une véritable reprise en main du politique sur le financier, comme les évènements actuels peuvent le laisser penser : en effet, toute cette agitation autour de la faiblesse des banques et de leur besoin de recapitalisation semble un coup de poker menteur joué par une Christine Lagarde qui savait très bien où ses « petites phrases » conduiraient. Alors qu’il est certain que les banques européennes, même fortement impactées par un défaut de la Grèce ou de l’Italie, s’en sortiraient malgré tout (elles font de l’argent partout ailleurs dans le monde, et spéculent à la hausse comme à la baisse), la rumeur de leur fragilité a permis aux politiques de faire avancer leurs pions d’une case de plus sur l’échiquier qui oppose désormais les pouvoirs politique et financier : en faisant croire que les banques ne seraient pas capables de faire face à une mise en faillite de certains Etats, ce sont les banques elles-mêmes qu’on met « pour de vrai »en péril, en jouant sur la peur de « petits épargnants » prêts à retirer leurs économies à la première occasion, bien mieux qu’un « bankrun ». Car s’il est une chose qui doit être bien certaine pour tous, c’est qu’un Etat ne peut pas faire faillite ! Il ne peut être ni vendu ni dissous, et cela malgré la faillite de toutes les banques du monde ! Il faudra toujours et des champs et des routes, et des maisons et des usines, et des écoles et de hôpitaux, et des voitures et des télés…à manger, à boire, de quoi se loger et se déplacer, que ce soit avec un euro fort ou un euro faible, et même avec pas d’euro du tout !

Par contre, il se peut qu’en émettant les rumeurs d’une faillite des banques, elles risquent de se produire vraiment, par « auto-réalisation« . La nationalisation serait alors une option  nettement plus probable que la restructuration (autrefois envisagée par le FMI de DSK), suivant la volonté non plus des marchés, mais des politiques. Ce qui constituerait un changement décisif du rapport des forces ; ainsi que la possibilité de modifier totalement les règles du jeu économique à travers un changement de régime total, c’est à dire une sortie pure et simple du capitalisme.

Car nationaliser des banques mondialisées, cela signifie modifier le système monétaire international de manière radicale : la plupart des grandes banques mondiales sont européennes ou étasuniennes, et nationaliser les plus grandes à l’intérieur d’un Empire « du nord » (Europe/Etats-Unis) permettrait à ce « consortium » d’imposer au reste du monde une refonte totale du système monétaire international, un nouveau Bretton Woods avec le bancor à la clef ; et d’échapper ainsi à l’inévitable retournement imposé par les règles du capitalisme d’aujourd’hui.
On comprendrait mieux alors à la fois l’insondable incompétence des économistes qui plongent les Etats « du nord » chaque jour un peu plus dans la récession, et la volonté des « BRICS » de rassurer les marchés pour en retirer les fruits capitalistes : se profilent derrière ces deux options les véritables alliances dont j’évoquais il y a quelque temps la mise en place, avec l’Europe et les Etats-Unis d’une part, partisans de la fin du capitalisme pour échapper à la dégradation, et les BRICS d’une autre, pris entre le désir de perpétuer un système qui leur devient enfin favorable et celui de faire allégeance au projet de refonte du système pour en bénéficier le jour venu.

La bataille se trouve donc être double, car elle se joue à la fois entre « le nord » et « le sud », et entre le pouvoir politique et le pouvoir financier. Mais elle ne fait que commencer, et il est encore trop tôt pour engager un pronostic : car même dans le cas où le pouvoir politique l’emporterait sur le financier, cela ne signifie pas pour autant que la bataille pour imposer aux pays « du sud » les nouvelles règles « du nord » sera victorieuse… Il suffit pour s’en convaincre de constater que les guerres pour l’énergie et les territoires fertiles s’étendent partout à travers le monde (sur le dos des plus faibles bien entendu), comme si l’on se préparait déjà, des deux côtés, à assumer par la force le refus des uns de se soumettre aux autres.

Le capitalisme pourrait donc bien un jour se terminer : mais ce par quoi il sera remplacé risque bien d’être encore pire !

 

Caleb Irri

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Huxley, Orwell et la fin du capitalisme

Posté par calebirri le 30 août 2011

Dans les premières pages de son livre « retour au meilleur des mondes », Aldous Huxley dresse en 1958 un bilan des anticipations qu’il avait dégagées en 1930, comparées d’une part à la situation telle qu’elle lui semblait évoluer à l’époque, et d’une autre aux anticipations d’une oeuvre non moins importante : « 1984″, de George Orwell. Prenant acte du fait que le monde avançait « beaucoup plus vite » que prévu, il constatait que le monde avait plus de chances de ressembler à son meilleur de mondes qu’à celui de 1984  car, disait-il, « il est devenu évident que le contrôle par répression des attitudes non-conformes est moins efficace, au bout du compte, que le contrôle par renforcement des attitudes satisfaisantes au moyen de récompenses et que, dans l’ensemble, la terreur en tant que procédé de gouvernement rend moins bien que la manipulation non violente du milieu, des pensées et des sentiments de l’individu ».

Autrement dit, un gouvernement obtiendrait plus de la part de son peuple avec une carotte qu’avec un bâton. La carotte représentant la démocratie, avec une société validant le contrôle permanent des esprits dans « l’intérêt général », et le bâton la dictature, dans le même objectif mais au moyen de la répression.

Ces deux moyens d’arriver au même but posent la question de ce but : la satisfaction de l’intérêt général est elle possible dans le cadre du capitalisme, ou faut-il sortir du capitalisme pour y accéder ? Avant de déterminer lequel des procédés de gouvernement évoqués par ces deux visionnaires est le plus susceptible de fonctionner, il faut connaître le contexte dans lequel se déroulent ces deux anticipations. Et force est de constater qu’à l’intérieur du cadre capitaliste, aucune des deux hypothèses ne fonctionne complètement. L’erreur qui a été faite dans l’interprétation des ouvrages de monsieur Huxley et de monsieur Orwell a été de croire leurs anticipations absolutistes compatibles avec le capitalisme, sans voir qu’elles décrivent en réalité des mondes dans lesquels le capitalisme a déjà disparu : à la monnaie s’est déjà substitué un autre mode de fonctionnement supérieur, le contrôle total des corps et des esprits. Par contrainte ou par conditionnement. Officiellement dans l’intérêt général, mais en l’absence totale de liberté.

Car le capitalisme est en réalité incompatible avec l’absolutisme évoqué par ces deux auteurs : l’illusion de l’intérêt général doit être trouvé par la somme des intérêts privés, cette fameuse « main invisible », à travers des lois de marché qui instaurent en théorie une concurrence libre et non faussée. Mais cela signifie que lorsque les uns bénéficient des fruits de la croissance, les autres subissent les affres de la misère: il ne peut alors exister d’intérêt général. La démocratie se développe alors pour les uns (avec comme procédé de gouvernement « plutôt » la carotte), tandis que pour les autres c’est la dictature, avec comme corollaire « plutôt » le bâton).

 

C’est ce « plutôt » qui entraîne l’impossibilité de ces deux absolutismes (la dictature totale ou la démocratie totale), qui n’auraient sans doute jamais pu se réaliser si le capitalisme avait toujours continué à fonctionner sans entraves : le capitalisme possède en lui même une sorte de « justice » en vases communicants, où les pauvres d’aujourd’hui doivent logiquement devenir les riches de demain, et inversement. Mais les choses se sont déroulées bien différemment. Après la prise effective du pouvoir par les Etats-Unis et quelques autres vainqueurs au sortir de la guerre, certains Etats ont profité d’une puissance fondée sur la force brute pour transformer à leur goût les règles du jeu capitaliste , notamment à travers Bretton Woods, à l’issue duquel le dollar est devenu la monnaie de référence. En voulant conserver par la ruse un pouvoir qu’ils ont obtenu par la force (les exemples historiques sont nombreux), ils ont ainsi transgressé les règles du capitalisme, « leurs » propres règles : en refusant de constater l’inévitable retournement futur du capitalisme, ils se sont perdus dans la spirale infernale de la triche et du mensonge.

 

Pour transgresser les règles du capitalisme, les Etats riches ont mis en place de nombreux outils tels que les paradis fiscaux, les chambres de compensation, des subventions agricoles, des bulles spéculatives…. qui ont permis un temps non seulement de cacher le montant réel de leur dette, mais aussi de financer l’existence de la démocratie, à travers « l’Etat social » (sans doute en contrepartie d’ailleurs de la misère et de régimes dictatoriaux dans d’autres Etats). Mais même ces outils ne suffisent plus aujourd’hui : les émergents ont fini par émerger, et eux-aussi ont soif de démocratie, et eux-aussi veulent profiter de la carotte plutôt que de subir le bâton. Les agences de notation, qui sont elles de « purs » capitalistes, ne s’y trompent pas, et ne peuvent plus faire comme si de rien n’était : il est devenu trop risqué de prêter à des Etats trop endettés, les garanties en retour n’étant plus suffisantes. On court au déclassement, et donc à la restructuration : le fameux retournement. Les puissances actuelles doivent redevenir « rentables » pour conserver la confiance des marchés, seuls capables de maintenir à la fois le niveau de vie auxquels ses citoyens se sont habitués, et surtout pour continuer à exercer la domination qu’ils font peser sur le monde.

Mais pour redevenir « rentables », elles se doivent de rogner soit sur les acquis économiques et sociaux liés à leur position dominante (qu’ils fassent payer les riches ou les pauvres ; mais bien sûr ce sera les pauvres), soit se décider à se séparer du capitalisme en le remplaçant par un autre régime ; et c’est là que nous retrouvons nos deux auteurs.  là où le capitalisme permettait de ne pas avoir à choisir entre le meilleur des mondes ou 1984, le régime qui lui succédera permettra alors de décider laquelle de ces deux visions s’imposera.

 

Selon la réaction des « émergents/émergés » face au nouveau Bretton Woods qui nous sera bientôt proposé comme seule alternative à la mort du capitalisme, le monde aura alors la responsabilité d’un choix difficile : en se soumettant à cette idée de bancor, il se peut qu’on sauve l’apparence du capitalisme, en même temps qu’on modifie considérablement les règles déjà injustes de ce monde. Cette soumission signifierait pour les pays riches la perpétuation de leur domination, avec une sorte de « meilleur des mondes ». Mais si les pays émergents la refusent alors, la force brute nous conduira à 1984. Et dans les deux cas, nous aurons tous perdus.

 

Caleb Irri

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Jusqu’où la crise peut-elle bien nous mener ?

Posté par calebirri le 13 août 2011

Malgré les efforts que nos politiques déploient actuellement pour nous amadouer, la réponse qui sera apportée à la question que je me posais il y a peu ne fait aucun doute : les pauvres, une fois encore, devront payer. Malgré quelques annonces concernant de nouveaux impôts pour les riches ou la participation « volontaire » des banques aux frais de « gestion de crise », il apparaît que ce qui nous attend maintenant fera passer le recul de l’âge légale de départ à la retraite pour une broutille : c’est désormais tout le système social français qui se prépare à être démantelé, et avec lui la solidarité envers les plus faibles, les acquis du Conseil National de la Résistance, enfin le contrat social dans son ensemble… En France, mais aussi partout en Europe.

 

Ce qui est étrange dans tout ça, c’est d’une part le silence des peuples, qui espèrent inconsciemment la remontée de la bourse et la perpétuation de ce système, et d’une autre la précision du timing, qui pousserait presque les mauvais esprits à croire que les mesures proposées ces derniers jours étaient déjà dans les cartons, n’attendant plus que les vacances pour apparaître au grand jour, dans le silence résigné des citoyens qui « ne comprennent rien à ces choses là ».

C’est qu’en quelques jours les choses se sont précipitées, et on nous a très vite sorti quelques mesures dont le fichier national des « profiteurs ‘du bas’ », pour traquer les 2 et quelques pourcents de fraudeurs (il faudra payer combien pour mettre ce fichier en place ?), qui plus est accolé à un fichier de fraudes des entreprises (les petites hein, pas les grosses, légalement dans des paradis fiscaux) ; comme si les sacrifices qui seront réclamés au peuple devaient s’arrêter là…

Mais bien sûr tout cela n’est que poudre aux yeux : en réalité, c’est toute la solidarité, celle qui faisait il n’y a pas si longtemps encore la fierté de la France, qui s’apprête à disparaître dans le gouffre de la crise. Si on se penche un peu sur la proposition d’inscrire dans la Constitution la fameuse « règle d’or » économique empêchant les déficits futurs, on s’aperçoit qu’elle n’est rien de moins  que l’arrêt de mort de l’Etat social, remettant en cause toutes les subventions accordées aux plus démunis (associations de bénévoles, réinsertion, prévention, aides sociales…) de manière définitive. Et si on ajoute à cela les dispositions imposées par la BCE à l’Espagne et l’Italie, on comprendra aisément que le pouvoir politique (ceux qu’on a élu !) ne contrôle plus grand chose…

 

Si on s’appuie sur ces éléments pour tenter d’appréhender les conséquences de la crise sur les populations, il apparait alors que les réformes en projet les toucheront directement dans leur vie quotidienne, et contribueront à l’énervement des liens sociaux, déjà fragilisés par une situation difficile : le climat social, en France comme ailleurs, risque alors de se tendre encore, et on ne saurait exclure totalement la possibilité d’une montée de la colère de la part des plus démunis.

 

Les  « émeutes » en Angleterre ne seraient-elles pas d’ailleurs le symptôme d’une maladie pourtant bien connue, la misère ? La misère qui engendre la colère et la violence, comme on l’a vu déjà en Tunisie, en Egypte ou ailleurs, et qui parfois dégénère même en mouvement de révolte contre un gouvernement trop injuste… et souvent trop prompt à la répression.

 

C’est là qu’il s’agit de remettre les choses en perspective : car si les réformes prochaines exigées par le pouvoir financier sont effectivement mises en place par le pouvoir politique, alors il faudra s’attendre à la multiplication des violences comme à celle des « réactions » à ces violences, du fait même de la misère « logiquement » engendrée par ces réformes. C’est même à cette éventualité que nos gouvernants semblent aujourd’hui se préparer, comme on l’a vu ces derniers jours en Angleterre, et comme le prouve l’incroyable hypocrisie autour des réseaux sociaux dont « lemonde.fr » nous fait écho à travers deux articles publiés à trois jours d’intervalle (voir « ici«   et « ici«   ) : échaudés par les « révolutions  arabes », internet (le seul média fédérateur susceptible de conduire à l’organisation unie d’un mouvement contestataire de grande ampleur) est la principale cible à laquelle s’attaqueront les gouvernants pour empêcher les révoltes de se transformer en révolution.

Cet exemple est également à mettre en relation avec les pourparlers actuels sur la « gouvernance européenne », car les tensions sociales qui s’ajouteront aux tensions économiques rendront certainement cette option inévitable : le « coup d’Etat » pour la prise de pouvoir de l’ensemble de l’Union européenne par le couple franco-allemand sera alors pleinement justifié, comme la fameuse « lettre ouverte » du président nous y préparait déjà il y a quelques semaines, réclamant dans celle-ci une sorte « d’union sacrée » destinée à mettre en place cette nouvelle gouvernance.

Peu à peu, on le voit bien, se dessinent les contours de cette nouvelle gouvernance (dont la crise se trouve finalement être l’élément « déclencheur »), qui fondée sur de telles bases ne laisse présager rien de bon. Car une fois cette nouvelle gouvernance engagée, il deviendra alors difficile de se séparer du joug qu’on nous aura imposé.

Si on imagine maintenant que ces mesures drastiques ne suffisent pas , on pourrait même envisager (pour les plus pessimistes) l’instauration d’une sorte « d’état d’urgence » destinée à « lutter contre les violences » qui ne manqueraient pas de se produire alors, ce qui nous conduirait à subir un régime qui n’aurait désormais plus rien à envier à ceux qui étaient encore il n’y a pas si longtemps (avant de devenir des tyrans sanguinaires) des amis fidèles…

Mais dans ce cas-là, qui les empêcheraient alors de réprimer leurs opposants ?

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

Publié dans crise, la démocratie, misère, politique? mensonges, révolution?, relations internationales, surveillance | 2 Commentaires »

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