Politique française : qui est le leurre de quoi ?

Posté par calebirri le 16 janvier 2013

C’était lors d’une conversation à propos du mariage « pour tous », dans laquelle mon interlocuteur m’affirmait que, pour lui, cette « polémique » était un leurre destiné à « enfumer » le peuple qui ainsi ne se préoccupait pas des vrais problèmes.

J’ai aussitôt pensé au Mali : la France ayant déclaré la guerre sans crier « gare ! » dans le week-end, le calendrier tombait plutôt bien. Voilà peut-être ce qu’était sensé cacher le débat sur le mariage pour tous…

Et puis j’ai repensé à l’accord « historique » sur la « flexisécurité » (une sécurité flexible, c’est de la poésie !) ; était-ce alors la guerre au Mali qui était en fait le leurre destiné à « enfumer » le peuple pour lui éviter de voir la régression de ses droits validée par les syndicats, ou bien le contraire ? A moins que ce ne soit l’inverse !

Je dois bien avouer qu’à force de retourner l’actualité dans tous les sens je n’y comprenais plus rien : les pilules contraceptives, les plans de licenciement qui s’intensifient, les Etats-Unis bientôt déclassés par les agences de notation, la Syrie… qui est le leurre de quoi finalement ? Les nouvelles se succèdent à un tel rythme qu’il devient difficile de le démêler : que contient l’accord, en quoi le mariage pour tous changera-t-il la vie des Français, pourquoi (et pour quoi) la France intervient-elle au Mali, qu’espèrent les agences de notation… voilà ce que personne n’est capable de dire aujourd’hui. La seule chose que l’on puisse dire, c’est que s’il y a un leurre de quelque chose ici, c’est bien cette escalade de mauvaises nouvelles, la profusion des informations, qui empêchent de voir les causes et les effets, de comprendre les situations pour pouvoir s’en faire une opinion « éclairée ». Même les commentateurs les plus avisés sont submergés par le nombre, noyés par ce flot incessant…

Cela dit, et quand bien même la liste des leurres potentiels n’est pas exhaustive, il y a peut-être quand même un point commun à tous ces événements : la quasi certitude qu’ont les citoyens qu’ »on » leur cache quelque chose… A regarder la confiance des citoyens dans leurs représentants politiques, il apparaît que la politique menée par le gouvernement actuel semble être suspecte même pour quelques uns de ses soutiens… Se pourrait-il que ce qu’il nous cache en définitive, c’est qu’il applique une politique de droite ?

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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Entre fait divers et fait de société, les rapaces entrent en campagne

Posté par calebirri le 20 mars 2012

« Niveau écarlate », « vigipirate », « massacre », « terrorisme », « morts », « juifs », « fusillade », voilà les mots-clés qui vont faire sensation sur internet dans les jours qui viennent… Quelle pitié ! alors que l’horreur a encore frappé ces derniers jours après les meurtres de militaires qu’on dit « maghrébins » et celui de personnes innocentes qu’on dit « juives », nos bons politiciens, comme leurs complices journalistes, se jettent tous ensemble, comme des oiseaux nécrophages, dans la bataille de récupération, d’instrumentalisation qui suit d’ordinaire les faits divers à l’approche d’échéances électorales… Ils disent ne pas vouloir d’un « nouveau Carpentras »bien sûr, mais ils ont tout de même sorti aussitôt leurs larmes les plus chaudes, plaignant les familles  et promettant des sanctions. Chacun ira bien entendu de sa proposition de loi pour lutter contre ces violences (lorsqu’il sera élu) dont on nous dit un jour qu’elles se font plus rares et un autre qu’elle se font plus nombreuses…

 

Mais en réalité, ils n’en ont rien à faire de tous ces innocents. Pas plus que de ceux qui se suicident au travail ou de ceux qui meurent de faim. Car les morts ne votent pas, n’achètent pas les journaux, tandis que les familles apeurées par la couleur « écarlate » (celle du sang) du plan vigipirate oui. Bien sûr, comme chacun de nous, ils considèrent ces actes odieux comme inacceptables, mais comme nous aussi ils ne ressentent pas la peine que les familles et les proches des familles ressentent (et c’est bien normal, la nature humaine est ainsi faite)… Mais contrairement à nous ils font semblant.

 

Ils font semblant aussi de croire que le terrorisme est de retour, que nous sommes tous en danger, que « ça peut arriver à tout le monde », alors qu’ils savent très bien d’une part que de tels actes sont spontanés, isolés et très rares, et d’une autre qu’ils sont pratiquement incontrôlables. Ce qui compte pour eux n’est pas d’éviter le fait divers (cela est impossible), mais de s’en servir pour gagner des voix. Et s’il faut pleurer, crier ou promettre n’importe quoi devant les caméras pour y arriver, ils le feront. Et s’il faut appeler un fait divers un attentat terroriste pour faire monter la pression, alors il n’y a aucune hésitation à avoir : les adeptes du « qui veut la fin veut les moyens » (parmi lesquels on compte beaucoup d’hommes politiques) iront jusqu’au bout de l’amalgame.

 

Des éditions spéciales, des témoignages de témoignages, des « suivez les infos en direct », des titres « bien sentis », des images « choc », voilà toute la compassion, tout le respect dont bénéficieront les victimes et leurs proches ; doublement victimes en réalité, car ils verront leur douleur utilisée à des fins électoralistes ou mercantiles, leurs morts maintenus artificiellement en vie pour quelques heures ou quelques jours, le temps que le « buzz » passe et que la nuée de rapaces trouve d’autres drames à se mettre sous la dent. Chacun y trouvera son compte à la fin, car d’un point de vue strictement « tactique » ce genre de malheurs est une aubaine pour nos politiques, ceux-là même qui, avec la complicité des médias, utilisent la violence et la mort pour prospérer…

 

 

Pourtant, ce sont justement eux les véritables coupables de ces horribles faits divers, car ils sont responsables des fous que la société engendre, des armes qu’elle vend, des souffrances qu’elle crée…et surtout des drames qu’elle s’apprête à produire. Car s’il est facile d’accuser la folie d’un homme seul, il sera plus difficile de l’expliquer s’il n’est pas fou…  A force de  jouer avec le feu (stigmatisation de certaines religions, de certaines communautés, misère sociale et misère tout court…) on en vient à créer les conditions qui permettent à la folie de s’installer. Reste à savoir si le tueur est « vraiment »  fou (dans le sens « irresponsable »), et en ce cas on ne peut parler ni d’attentat ni de terrorisme. Mais s’il ne l’est pas, c’est alors la société qu’il faudra bien accuser, car c’est elle qui l’a créé.

 

 

En attendant, on suppute déjà des militaires musulmans et des écoliers juifs tués par un même homme, sans paraître se rendre compte de la portée symbolique d’un tel fait (s’il est avéré) : quoi de mieux en effet pour monter les uns contre les autres ?  En sur-médiatisant ce drame, en reprenant les rumeurs et en instrumentalisant la douleur des victimes, la société s’apprête à engendrer les monstres qu’elle redoute : selon que l’on considère ce drame comme un fait divers ou comme un fait de société, les communautés touchées (de près ou de loin) par sa récupération politicienne deviendront alors un instrument de propagande  au service de la peur et de la haine entre les hommes… Imaginez que le coupable se trouve encarté au FN, et jamais Madame Le Pen ne pourra se trouver au second tour ! Imaginez qu »il se trouve à  l’UMP et il sera déclaré fou, et s’il est au PS on le dira victime du discours des deux premiers ; et si enfin c’est un « marginal » (il faudra un jour qu’on nous dise qui ils représentent), on accusera alors le laxisme du PS, etc…

 

 

Et c’est bien contre cette surmédiatisation, contre cette récupération politicienne qu’il faut lutter, car elle risque fort de provoquer les violences contre lesquelles nos hommes politiques sont censés lutter, comme le prouvent les drames qui se réalisent aujourd’hui, conséquences d’autres médiatisations précédentes qui ont porté leur immonde fruit jusqu’au cerveau fragile d’un déséquilibré qui sans doute possède chez lui… une télé.

 

 

Ces hommes qui font semblant me dégoûtent, car non seulement ils se moquent du malheur des autres, mais en plus ils l’utilisent à des fins personnelles… Mais le pire dans tout ça, c’est que leurs mensonges, leurs amalgames, leur hypocrisie sont le ferment qui permet aux médias de diffuser dans tous les foyers la peur et la haine, portant ainsi la responsabilité et des drames passés, et de ceux à venir…

 

Caleb Irri

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Il paraît qu’en France il y aura bientôt une Assemblée Constituante…

Posté par calebirri le 22 décembre 2011

La rumeur est un bruit de fond qui finit toujours par remonter. On dit souvent qu’elle est un mal insidieux qui ronge profondément, et durablement. Et la faire taire est presque impossible. En politique comme en économie, et même dans la vie de tous les jours, les rumeurs sont parfois plus dangereuses que des faits établis : réputations salies, carrières brisées, bankruns ou paniques boursières, les exemples ne manquent pas, comme nous le prouve celui récent de la banque Swedbank en Lettonie. En quelques heures à peine, l’équivalent de plusieurs  millions d’euros ont été retirés par des clients apeurés, créant ainsi les conditions d’une faillite réelle de cet établissement, dont il est devenu inutile de se demander si les rumeurs le concernant été fondées ou non : désormais  c’est une certitude, par une sorte « d’auto-réalisation ».

 

Je ne sais si c’est le fait d’être tous conditionnés au vieil adage « il n’y a pas de fumée sans feu » ou la valeur intrinsèque de la rumeur elle-même, mais force est de constater que les rumeurs fonctionnent mieux avec l’apparence du vrai que du farfelu… pour qu’elle soit crue, il faut qu’elle soit crédible. Car contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, la rumeur est basée sur la confiance : il faut du fond pour faire une bonne rumeur, étayé, trafiqué, truqué, mais avec une base plausible, et surtout savoir qui la lance, et qui la reçoit.  La confiance est l’élément majeur qui donne de la force à une rumeur. Si je dis que la banque « untel » va faire faillite, on ne me croira pas, même si j’apporte des éléments. Mais si la position de celui qui entretient la rumeur le place en situation de crédibilité, les mêmes éléments feront un autre effet : on ne propage une rumeur que de celui en qui on a confiance, et à qui on fait confiance. Pour la guerre en Irak et les armes de destruction massive, nombreux sont ceux qui ont dénoncé le caractère infondé de cette rumeur ; mais quand Colin Powell est arrivé, avec ces misérables diapos et ses fioles ridicules, la rumeur a enflé, s’est diffusée dans l’opinion publique, jusqu’à permettre l’invasion d’un pays certes dirigé par un dictateur, mais un pays souverain tout de même.

En économie, la confiance aussi fait partie du jeu. Car s’il est bien une chose fascinante avec le capitalisme, c’est que ceux-là même qui posent la rationalité des individus comme fondation de toutes leurs théories économiques sont  pourtant aussi irrationnels que les autres, et ils contredisent eux-mêmes en pratique les préceptes qu’ils énoncent suivre en théorie. S’ils se basent sur de véritables calculs, ceux-ci ne sont que des calculs de risques, des probabilités : les notations des agences, la maximisation du profit, la bourse, les échanges, le commerce dans sa globalité fonctionne sur des rapports de confiance, et tous les savants calculs de nos fiers économistes ne sont en réalité menés que pour établir le degré de confiance qu’ils mettent dans des rumeurs : tel Etat ne pourra (peut-être) pas rembourser, telle entreprise va (peut-être) licencier, telle mesure va (peut-être) engendrer tels emplois, voilà à quoi se résume les analyses économiques… Un jour untel annonce publiquement que l’Europe est (peut-être) un peu trop endettée, et un autre croit savoir que la Grèce est (peut-être) la plus mal en point…et sur ces rumeurs, et surtout selon la confiance qu’on en a, les analystes conseillent, les investisseurs suivent, et la menace d’une perte du « triple A » fait monter les taux des emprunts obligataires, et la hausse des taux des emprunts obligataires fait baisser la note. Il a suffi que la rumeur d’une faillite de la Grèce gronde pour que les investisseurs cessent d’avoir confiance en la capacité de l’Etat Grec à rembourser, ce qui a eu pour effet de faire monter les taux d’emprunts de l’Etat Grec, et de précipiter sa faillite… En réalité le coeur du capitalisme n’est pas dans la loi mathématique, mais dans la loi humaine. Et pour l’atteindre, il n’est donc pas besoin ni de mathématiciens ni d’économistes, mais de philosophes et de sociologues.

 

Les politiques, eux, l’ont très bien compris : et s’ils sont également sujets aux affres de la rumeur, ils ne la subissent pas seulement, ils la propagent et l’utilisent aussi, et s’en servent pour leur propre intérêt (rumeurs d’éclatement de l’Eurozone avant un sommet du G20, des étrangers profiteurs pour faire baisser l’immigration, des chômeurs fainéants pour faire baisser les aides sociales, de l’augmentation de la délinquance pour faire régner la peur…) La rumeur sait se faire propagande (propager), et nos « élites » savent l’utiliser, car ils possèdent les moyens de la diffuser : une rumeur qui marche est une rumeur médiatisée, qui fait « du bruit ».
Mais il ne faut pas seulement jeter la pierre à nos dirigeants, car nous avons tous pêché : la rumeur est toujours le fruit d’un secret mal gardé, et si nous n’en sommes pas tous victimes nous sommes tous coupables. Comme le principe du secret qu’on finit toujours par lâcher dès la petite enfance, la rumeur est faite pour être propagée.

 

Maintenant, puisque nous savons déjà tous cela et que les puissants tremblent plus face aux rumeurs qu’à la colère du peuple (les politiques tombent sur des rumeurs, pas aux élections) pourquoi ne pas retourner cette arme contre eux ? Puisque des rumeurs, même fausses, ont des effets parfois plus importants que des faits réels et avérés, pourquoi ne pas rechercher nous-mêmes, nous les 99%, la meilleure rumeur capable de s’auto-réaliser par la volonté de ceux qui la propagent ? Ne pourrait-on pas inverser, transformer la rumeur en « arme positive » ? S’il est certes plus facile pour les riches et les puissants d’atteindre à la médiatisation, nous avons nous-aussi des outils de propagation. Internet est aujourd’hui (mais pour combien de temps encore ?) le média le plus libre et le plus accessible qui soit, et les réseaux sociaux sont comme les lieux où, autrefois, on lisait les journaux interdits.

 

Regardons à présent la situation économique telle qu’elle est aujourd’hui : sur-endettée, la France n’a pas les moyens de rembourser. Ses dirigeants ayant apparemment décidé de ne pas faire payer les responsables de la crise (eux-mêmes et leurs amis) et le peuple se trouvant être réticent à payer de sa poche les sacrifices exigés, il apparaît que le meilleur moyen de contraindre les 1% à payer LEUR dette est donc de refuser de la payer.

 

Mais comment faire pour y parvenir en l’absence de volonté politique ? l’audit citoyen (voir ici et ici), un moyen déjà utilisé en Equateur qui a permis de constater l’illégitimité de la dette, n’est même pas soutenu par le PS  en France !
Alors voilà : pour qu’une rumeur prenne de l’ampleur et finisse par se réaliser, il faut donc avant tout créer de la confiance. Nous sommes 99%, et nous avons tous en commun la même volonté de changement. Nous ne voulons pas payer, et il nous suffirait de le clamer tous ensemble assez fort, avec assez de conviction pour que notre voix soit entendue.
Pourquoi ne pas utiliser ces outils dont nous disposons, et lancer nous-mêmes les rumeurs qui, une fois réalisées, nous permettront d’accéder aux changements que nous désirons ?

 

En plus, il faut bien l’avouer, j’ai déjà entendu parler de quelque chose, et je vous supplie de ne le répéter à personne, car rien n’est encore prouvé : mais la rumeur dit que s’organise déjà, sur internet, la mise en place de cet audit citoyen pour la France, avec des comités locaux qui serviront, si mes informations sont justes, de tremplin à la chute du gouvernement Français, et qui débouchera sur la création d’une Assemblée Constituante … mais surtout ne dites rien !

 

Caleb Irri

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Le « choc des civilisations », une prédiction autoréalisatrice ?

Posté par calebirri le 31 juillet 2011

L’horrible tuerie qui s’est déroulée en Norvège il y a peu exprime bien la tournure que sont en train de prendre les évènements : face à l’auto-réalisation du terrorisme islamiste se met en place son opposé, le terrorisme d’extrême-droite, comme pour exacerber les peurs et les haines des hommes à qui le « choc des civilisations » a permis de séparer le monde en deux identités distinctes, les « gentils » et les « méchants ». Cette manière de voir, qui se fonde en réalité sur la négation de la complexité du monde (et de ses habitants), permet à tous de s’y retrouver facilement, car elle ne nécessite ni réflexion, ni connaissances.

 

Mais c’est qu’à force de vouloir simplifier les idées et les faits, cette vision stupide et illusoire d’un monde binaire fait son chemin, à tel point qu’elle risquerait de devenir, à force, une réalité.

 

Quand on regarde bien les choses, les attentats du 11 septembre une fois attribués à Al Qaeda, les opinions publiques ont découvert presque « d’un seul coup » l’existence de camps d’entrainements, d’un réseau opaque de gens très organisés faisant transiter de l’argent et des armes à travers des déserts hostiles, tout un monde obscur que les politiques n’ont pas hésité à qualifier de « nébuleuses », et dont les médias se sont largement servi pour effrayer toute une population que l’on a fini par monter contre la communauté des musulmans, trop souvent amalgamés avec les islamistes. C’est au travers de cette défiance envers tout le monde musulman que se sont ensuite manifestés (ou même créés), presque « logiquement » et en quelque sorte en « réaction », d’autres groupes terroristes se référant explicitement à Al Qaeda, alors que sans doute ils seraient autrement resté dans l’ombre d’une organisation mafieuse locale. Le caractère international du terrorisme n’est qu’une réalisation des propres peurs du monde occidental qui, aveuglé par sa vision du « choc des civilisations », a fini par engendrer ce monstre qu’il redoutait tant.  La mort de Ben Laden, il n’y a pas si longtemps, nous a permis de constater à quel point sa « réputation » était « surfaite », car en fait de carrure internationale il n’en possédait visiblement ni les épaules ni les moyens. Mais il restera pour tous un symbole, marquant l’Histoire d’une empreinte bien plus grande qu’il ne l’aurait mérité.

 

Aujourd’hui, le cas norvégien est en capacité de transformer là-aussi un acte isolé en « symbole » d’un phénomène de société, ce qui constitue un pas de plus vers la réalisation du « choc des civilisations » tant redouté : en émettant l’hypothèse des cellules internationales, les médias répercutent l’idée selon laquelle il ne serait pas « illogique », pas si « incroyable » qu’il en existe. De la même manière qu’il existe un terrorisme islamiste international, il devrait exister un terrorisme « anti-islamiste » international également- les joies de la mondialisation… Mais il est pourtant évident que malgré l’existence de quelques groupes néo-nazis ou racistes, diffus et sans autre envergure que celle de peser à l’échelle locale, l’idée d’un groupe terroriste international contre les musulmans est aussi saugrenue que celle de considérer Al Qaeda comme un groupe international ; du moins avant le 11 septembre 2001. Et alors que les débats ont depuis cette tragédie repris sur l’immigration et l’Islam, la vision qui scinde le monde en deux camps ennemis commence plus ou moins à prendre consistance : des cellules terroristes d’extrême-droite vont peu à peu apparaître dans les médias, car chaque groupuscule désireux de « se faire voir » se revendiquera du même groupe international (qui n’a même pas de nom puisqu’il n’existe pas encore), après avoir bien sûr commis quelque horreur ici ou ailleurs…renforçant ainsi encore un peu plus l’idée que le monde est désormais séparé en deux.

 

Mais ce que semble ne pas voir le peuple, aveuglé qu’il est par la propagande et la peur qu’elle engendre, c’est qu’au bout du compte nous serons tous victimes non pas du terrorisme international, mais des conséquences réelles de nos peurs fantasmées : une fois ces actes odieux perpétrés au nom d’une vision erronées de la réalité, les répercussions de ceux-ci rendront possibles cette réalité. Des mesures sécuritaires d’importance seront bientôt prises dans un pays dont le taux de criminalité est des plus faibles, comme elles l’ont été dans de nombreux pays après le 11 septembre. La surveillance, le contrôle et la répression monteront d’un cran supplémentaire à chaque drame se produisant, réduisant peu à peu le champ politique à la prise de position « pour » ou « contre » l’un des deux camps que l’on aura contribué à créer, faisant ainsi d’abominables individus sanguinaires les symboles, voire les idoles d’un monde qui persiste à se voir (ou à se vouloir ?) en noir et blanc.

 

Caleb Irri

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Ben Laden, le « Goldstein » musulman

Posté par calebirri le 4 mai 2011

« Il était le traître fondamental, le premier profanateur de la pureté du Parti. » « quelque part, on ne savait où, il vivait encore et ourdissait des conspirations. »

 

En 1984, il était juif, en 2001 il était musulman. Mais à part cette différence, les points communs entre ces deux personnages sont très nombreux. Pour ceux qui ne connaissent pas Emmanuel Goldstein, cet homme représentait à l’époque la figure symbolique du terrorisme souterrain, objet de la haine et du mépris de tous, éternel vaincu qui ne disparaît jamais.  Personne ne sait s’il est vivant ou mort, ou même s’il a jamais existé. Mais il est définitivement indispensable à la propagande des membres du Parti, au moins dans le fameux livre d’anticipation « 1984 » de George Orwell. Cette personnalisation de l’ennemi, à travers une figure emblématique bien choisie, permet à un gouvernement désireux d’orienter la colère du peuple vers un autre responsable que lui-même, à la fois mystérieux et puissant, vicieux et indestructible.

Comme cette énigme « Goldstein », de nombreuses rumeurs courent au sujet d’Oussama BenLaden : on dit qu’il est mort il y a longtemps, ou qu’il était toujours agent du gouvernement des Etats-Unis, qu’un (ou des) sosies le remplaçaient, et même qu’il est encore vivant aujourd’hui….

 

« Mais l’étrange était que, bien que Goldstein fut haï et méprisé par tout le monde, bien que tous les jours et un millier de fois par jour, sur les estrades, aux télécrans, dans les journaux, dans les livres, ses théories fussent réfutées, écrasées, ridiculisées, que leur pitoyable sottise fût exposée aux regards de tous, en dépit de tout cela, son influence ne semblait jamais diminuée. Il y avait toujours de nouvelles dupes qui attendaient d’être séduites par lui. Pas un jour ne se passait que des espions et des saboteurs à ses ordres ne fussent démasqués par la Police de la Pensée. Il commandait une grande armée ténébreuse, un réseau clandestin de conspirateurs qui se consacraient à la chute de l’Etat. On croyait que cette armée s’appelait la Fraternité. »

 

Personne ne sait réellement ce qu’il en est au sujet de « la base » (traduction d’al qaeda, sous réserve d’être confirmée par un spécialiste), sinon qu’on lui attribue un grand nombre de méfaits. A la question de Winston Smith  (le héros du roman) « La Fraternité existe-t-elle ? », son tortionnaire O’Brien répond « Cela, Winston, vous ne le saurez jamais. Même si nous décidions de vous libérer après en avoir fini avec vous, et si vous viviez jusqu’à quatre-vingt-dix ans, vous ne sauriez encore pas si la réponse à cette question est Oui ou Non. Tant que vous vivrez, ce sera dans votre esprit une énigme insoluble. »

 

Figure indispensable à la mise en place du « choc des civilisations », on se demande pourquoi les dirigeants américains n’ont pas joué plus longtemps le jeu du « Goldstein musulman », car en définitive il semble plus utile vivant que mort. Mais son « immersion » précipitée, ainsi que les conditions obscures de son exécution, sont susceptibles de relancer les tensions vis à vis des musulmans. En laissant planer le doute sur sa mort « véritable » et en laissant entendre que sa dépouille n’a pas été « correctement » traitée, les Etats-Unis préparent peut-être ainsi le « martyr  Ben Laden », comme une figure légendaire immortelle correspondant mieux à ce qu’en souhaitent les partisans de la « guerre perpétuelle », et destiné à faire de ce dernier le véritable Goldstein du roman, un éternel ennemi du Bien, immortel et… musulman.

Parfois, j’en viens presque à me demander si ce formidable roman d’anticipation, écrit en 1948, n’a finalement pas été détourné de son objectif premier, à savoir dénoncer l’autoritarisme pour servir de modèle aux tyrans actuels ou en devenir. Double-pensée quand tu nous tiens…

Caleb Irri

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La Tunisie, une dictature trop voyante…sur internet ?

Posté par calebirri le 17 janvier 2011

En Tunisie, le peuple a eu raison de la dictature en quelques semaines, et ce malgré la violence exercée par le pouvoir en place. Si l’on applaudit officiellement le formidable élan de liberté pour la communauté tunisienne, celui-ci fait déjà peur à beaucoup,  et il ne faut donc pas crier victoire trop vite ; d’autant que ce qui suivra cette révolution populaire n’est pas encore certain d’être meilleur que ce qui la précédait.

 

Mais cette révolution n’est pas une victoire pour la démocratie, bien au contraire : car bien qu’elle exprime aujourd’hui l’espoir d’une génération, elle n’est en réalité que le point de référence qui servira demain à contrôler la vague de protestations qui menace nos belles démocraties. Car il ne faut pas croire, la révolte des Tunisiens n’est qu’une dictature parmi d’autres, et n’a pu aboutir que grâce à la « faiblesse » du régime en place, qui par son trop grand appétit n’a pas su revernir à temps les dorures de son illusion démocratique… ce qui n’est pas le cas partout.

 

Car il faut savoir qu’en arrivant au pouvoir, la plupart des dirigeants se trouvent confrontés à un système capitaliste tout puissant, qui corrompt peu à peu ses élites quelles qu’elles soient, jusqu’à les rendre complices d’actes délictueux susceptibles de les embarrasser : pour obtenir des contrats créateurs d’emplois ou des subsides internationales, ils doivent s’acquitter de commissions occultes, fermer les yeux sur certaines pratiques, abaisser le coût du travail et la protection sociale, tandis qu’au passage ils empochent également ce qu’on appelle les « rétro-commissions », ou « pots de vin ». Pris dans cet engrenage, ils se doivent de cacher leurs méfaits aux regards du peuple, et au besoin faire voter des lois protégeant leur personne d’hypothétiques poursuites judiciaires.

Ces lois, cumulées avec celles imposées par les différents lobbies de la finance ou du commerce, finissent inévitablement par rendre impopulaire le chef de l’Etat, qui se trouve au bout du compte coincé dans ses propres malversations : ayant appauvri son peuple tout en s’étant enrichi personnellement, englué dans des affaires de corruption illégales et uniquement protégé par son statut, il ne peut décemment plus lâcher le pouvoir sans rien risquer. Perdu pour perdu, il commence à vouloir tricher aux élections, s’arroger les pleins pouvoirs ou augmenter la durée de son mandat.

 

Dans le cas de la Tunisie, la misère du peuple et le mépris des dirigeants ont fini par se voir, et atteindre un seuil critique au delà duquel un rapport de force est engagé : le gouvernement au pouvoir n’avait alors plus que le choix de partir, ou bien de se résigner au bain de sang. Le pouvoir ayant opté pour la seconde proposition, il ne lui restait plus qu’à gagner la bataille de l’image, et c’est ici qu’il a échoué.

 

Car c’était sans compter internet, avec lequel les choses ne sont plus aussi simples qu’autrefois : si les médias traditionnels continuent de reproduire les communiqués officiels, les « journalistes-citoyens » (c’est à dire n’importe qui) peuvent mettre ceux-ci en contradiction avec la réalité par la profusion de leurs témoignages. Il suffit d’un téléphone portable et d’une connexion internet, et les informations se transmettent, se répercutent, se développent.

C’est d’ailleurs à ce genre d’occasions qu’on comprend mieux l’intérêt que représente internet pour la contestation sociale, et surtout le danger qu’il fait courir aux dirigeants des autres « démocraties » du genre. Prompts à saluer la victoire du peuple une fois l’opinion publique informée, ils n’ont de cesse que de se prémunir en retour contre les dangers que représentent pour eux internet et les réseaux sociaux. Prompts à proposer l’aide sécuritaire au dirigeant démocrate d’hier, ils refusent aujourd’hui l’asile à un dictateur… nous démontrant ainsi leur volatilité, ainsi que leur volonté de ne pas écorner leur image. Prêts à user de la force pour lutter contre la contestation, ils se préparent aussi à l’empêcher de se diffuser, pour qu’on ne la voit ni grandir ni s’organiser.

 

Nous sommes donc désormais prévenus : on ne délogera pas les dirigeants corrompus de nos contrées occidentales aussi facilement qu’en Tunisie, et sans doute les mesures « sécuritaires » seront bientôt renforcées. L’appauvrissement généralisé des peuples, face à l’enrichissement scandaleux d’une petite minorité, commence à se voir partout ailleurs, et conduira bientôt à des émeutes violentes susceptibles de déboucher sur des mouvements de plus grande importance. Nos gouvernants le savent, et s’y préparent depuis déjà quelque temps.
Et il se pourrait qu’en ces occasions, et même si les masques tombent,  la réponse des gouvernants soit à la mesure de leur corruption : plus elle sera grande, plus ils frapperont forts… mais moins cela se verra.

 

Caleb Irri

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