De la crise à la singularité technologique, en passant par Asimov

Posté par calebirri le 12 décembre 2011

Dans le livre « Robots », de Isaac Asimov, la technologie a atteint un tel degré de développement que la gestion du « monde » se trouve alors effectuée par des « supercalculateurs » capables de coordonner les besoins et les ressources disponibles pour satisfaire les intérêts des hommes, dont les tâches se résument apparemment à surveiller le bon déroulement des opérations, ou à améliorer les performances de leurs machines. Des robots, mus par les Lois de la Robotique qui les destinent au service des hommes, remplissent tous les travaux pénibles qui fatiguent d’ordinaire les humains, et certains sont même capables de servir de « nourrice » aux enfants : le développement technologique semble avoir permis à l’homme de se libérer des contraintes du travail, ainsi que des difficultés pour assurer sa subsistance.

 

Cette oeuvre, qui compile 9 nouvelles et qui a été rédigée dans les années 1940, a de quoi faire réfléchir sur notre monde présent, car il semble que la vision du progrès technologique tel qu’on l’imaginait dans le milieu du vingtième siècle n’a pas abouti aux objectifs qu’on lui prêtait alors : aujourd’hui le progrès technique est en concurrence avec l’être humain, alors qu’il devait être son aide la plus précieuse. Et même si les robots qui peuplent le monde imaginé par Asimov sont peut-être réalisables d’un point de vue technique, ils sont impossibles à concevoir dans un monde capitaliste : que pourraient bien faire alors les hommes dans un tel environnement, à part se prélasser en attendant que le robot-cuisinier prépare le dîner, sans emploi et surtout sans salaire ? Alors que la simple mise en place de caisses automatiques dans les supermarchés jetterait des dizaines de milliers d’employés dans les affres du chômage et de la misère, comment imaginer l’arrivée sur le marché de robots aussi perfectionnés, aussi « utiles » que le sont ceux évoquées dans cet ouvrage ?

Quand bien même nos savants chercheurs trouveraient la possibilité technique de réaliser ces formidables outils, comment pourraient-ils s’intégrer dans le monde tel qu’il fonctionne aujourd’hui ? Imaginez le cauchemar pour l’économie, avec des robots capables de remplacer les hommes partout où ils ne s’épanouissent pas ? Imaginez la tête de nos dirigeants, de nos « génies » boursicoteurs ou économistes, face à la puissance de « prédiction » de supercalculateurs si perfectionnés ?

Mais nous pouvons être rassurés, ce cauchemar n’est pas pour tout de suite, et il est même loin le temps où tout le monde pourra se payer ce petit bijou : car le capitalisme veille, et ses agents  préfèrent régner sous son joug que de supporter librement le sort commun.

 

A l’heure où le monde traverse une crise idéologique historique et décisive, il est pourtant intéressant de se pencher sur ces « supercalculateurs » : munis d’une puissance de calcul inégalée, ils possèdent presque le pouvoir de prédire l’avenir, en ce sens que des milliers de milliards de paramètres entrés en équation peuvent permettre de savoir précisément si le climat se réchauffe, à cause de quoi et de combien, où et quand ; et aussi quelles répercussions auront sur lui le fait d’augmenter la TVA, de donner le droit de vote aux étrangers ou de supprimer la bourse.

 

Dans cet ouvrage,  les robots deviennent au fil du temps si perfectionnés qu’ils finissent par réaliser ce qu’on nomme la « singularité technologique » à savoir qu’ils deviennent tellement puissants qu’ils finissent par posséder eux seuls la capacité d’améliorer les performances des supercalculateurs, comme celle de décrypter leurs calculs.  Ces supercalculateurs devraient être l’objet de tous les rêves de nos gouvernants, car gouverner c’est prévoir, et les supercalculateurs permettent de tout prévoir… et donc de tout régler. Le développement de supercalculateurs permettrait de rendre impossible les famines, le gâchis, le dérèglement climatique ou les problèmes de logement… mais il ferait sans doute aussi s’effondrer le monde capitaliste qui fonctionne sur la rareté, l’opposition des intérêts particuliers et l’injustice. Et c’est bien contre cela que luttent les puissants de ce monde. Car dans notre monde, si complexe et si « interconnecté », la science n’est développée qu’à l’intérieur du « prisme » capitaliste, et le développement technologique est soumis aux mêmes lois que celles que subissent les autres développements : celles qui posent l’intérêt individuel et la rentabilité au dessus de toutes les autres considérations, de toutes les autres valeurs. Nos « supercalculateurs » actuels ne servent que les marchés boursiers, nos robots ne sont utilisés que dans l’objectif de réduire des coûts de production en réduisant la part salariale (quand délocaliser est devenu trop cher), et les technologies ne sont pas développées dans l’intérêt général mais dans le but d’en tirer des bénéfices financiers, individuels.

De plus, la rentabilité comme « Première Loi » implique la destruction de toute idée libératrice par la technologie, car le développement technologique à visée humaniste va à l’encontre du capitalisme… ainsi que des inégalité inhérentes à ce système et le pouvoir exercé par un petit nombre sur un autre très grand. Trouver un seul médicament pour tout et pour tous, rendre possible l’utilisation gratuite et infinie des énergies propres et inépuisables, libérer les hommes du travail est tout simplement in-envisageable : comment les puissants de ce monde conserveraient-ils alors leurs privilèges ?

 

Les puissants de ce monde n’ont absolument aucun intérêt à concourir au bien du plus grand nombre,  pas plus que celui de rendre possible l’intervention de supercalculateurs dans la vie sociale : ils préfèrent de loin les erreurs manipulables de leurs « idéologues-économistes » à un incorruptible ordinateur capable d’intégrer tous les paramètres, toutes les données, toutes les informations, de les mettre en ordre et d’en sortir une synthèse sérieuse. Et heureusement pour eux l’homme en est bien incapable, car personne ne pourra jamais « tout savoir ».

Le problème se situe donc dans « le cadre » qui englobe la pensée humaine, son idéologie : alors que la première loi qui encadre le développement technologique est celle du capitalisme (« le profit avant tout »), celle du développement technologique décrit par Azimov est l’intérêt général, à travers les trois lois de la robotique qui sont :

  1. Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.
  2. Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi.
  3. Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.

Dans ce monde-ci, la technologie a pour mission première de protéger et de servir les hommes, tandis que dans le notre elle n’existe que pour satisfaire des besoins particuliers. Si les actions des puissants de ce monde étaient régies par les mêmes lois que celles de « Robots », le monde actuel ressemblerait sans doute un peu plus à celui d’Asimov qu’au notre.

Car la réflexion conduite par Asimov ne s’arrête pas là, et les parallèles qu’on en peut faire avec la situation actuelle non plus : à force de développements, il devient dans le livre impossible de distinguer un humain d’un robot, et le monde des humains commence alors à craindre ceux dont ils n’a plus ni le pouvoir ni la capacité de contrôler. Les hommes craignent la tyrannie des robots, remettent en question les calculs qu’ils ne sont plus en mesure de vérifier : on interdit alors aux robots de se présenter à des élections, pour ne pas qu’ils finissent par devenir les « maîtres » de ce monde.

Si bien qu’arrive un jour où un homme se voit porté au pouvoir par le peuple qui le croit homme, alors qu’il est robot. Le monde n’a jamais aussi bien été géré, et ses opposants qui le soupçonnent veulent le confondre, afin qu’il soit démis de ses fonctions. Mais les robots sont les plus malins, en jouant sur les trois règles dont ils disposent pour remplir le rôle qui leur incombe, et préfèrent mentir dans l’intérêt général que de laisser les hommes reproduire toujours les mêmes erreurs…

Voilà une belle leçon pour nos gouvernants, et un espoir pour les peuples  : alors que la conférence de Durban n’a rien donné de plus que les autres conférences sur le climat (faute de projections invérifiables par de « simples » humains), alors que les conséquences des OGM sont incalculables et peut-être catastrophiques pour l’humanité toute entière, alors que personne n’est en mesure de connaître les véritables dangers de l’énergie nucléaire, alors qu’on ne sait si l’austérité sauvera ou empirera la situation sociale des peuples concernés par ces mesures (enfin là on a une petite idée quand même…), la « science-fiction » nous offre d’autres perspectives que celles de perdre toute notre science et tout notre savoir dans de savants mais inutiles calculs de probabilités de risques, au nom de la rentabilité et sous couvert de morale, aussi invisible que la main sur laquelle elle s’appuie.

 

Au lieu de calculer combien de marge, quels risques, quels taux, quelle note, combien vaut l’homme ou combien vaut un litre d’air, on pourrait calculer ce qu’il nous faut, ce qu’on a, qui a besoin de quoi, sans craindre la faillite : il faut lire Fondation, la « grande » oeuvre d’Asimov, qui montre bien à quel point les possibilités de développement de l’humanité sont gigantesques, infinies presque. Quand on voit combien d’exoplanètes on découvre, quand on étudie des rats qui ne vieillissent pas, que nous sommes capables de reproduire n’importe quelle cellule et même des cellules qui n’existaient pas, il est impossible d’accepter qu’aujourd’hui nous ne soyons pas en mesure de nourrir et de loger tout le monde. Ce n’est pas un problème de capacité créatrice, ni réalisatrice, ce n’est pas un problème de ressources mais un problème de partage de celles-ci, de création délibérée de rareté, d’obsolescence, de monopoles, enfin de rentabilité qui empêche la technologie de servir véritablement les hommes. Sans la recherche de rentabilité comme première loi, alors tout est possible, sans devoir se contraindre ni à la décroissance ni au chaos.

 

Caleb Irri

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l’extra-terrestre, le capitalisme et moi

Posté par calebirri le 29 avril 2011

L’autre jour, alors que j’étais confortablement installé devant mon ordinateur, on sonna à ma porte : un être étrange se trouvait là devant ma porte, ni humain ni animal ; enfin ce qu’on appelle communément un extra-terrestre. Je l’invitais donc à boire un coup avec moi, et nous commençâmes une discussion sur l’état de notre belle Planète, à laquelle mon invité ne comprenait visiblement rien : nous avions développé des technologies intéressantes, disposions de ressources en grande quantité, de formidables capacités d’adaptation à toutes sortes d’environnements et de climats, et il s’avérait qu’après plus de 4000 ans de civilisation nous n’étions toujours pas capables ni de nourrir ni de loger tous les habitants de cette petite planète.

 

« -comment ça, une personne sur six n’a pas de quoi manger à sa faim », me dit-il alors étonné, « avec toute votre science et votre technologie, vous n’êtes toujours pas parvenus à régler ce problème ? »

« - à vrai dire nous en sommes encore loin », lui répondis-je alors. « Imaginez-donc, quelques 10% de la population possèdent aujourd’hui l’équivalent de presque 90% des richesses de cette planète !

- Et cela ne vous révolte pas ?

-si, bien sûr, mais nous n’y pouvons rien…

-Pourquoi, vous n’êtes donc pas libres ?

-Non, enfin si… ça dépend.

- Certains sont donc esclaves alors ?

-Et bien pas exactement. En fait nous sommes en démocratie.

- c’est qu’alors vous choisissez volontairement cette situation ? Vous n’avez donc pas de religion, ou de philosophie pour vous guider vers plus de justice, plus d’entraide et de partage ?

-si bien sûr, et même qu’on fait beaucoup de guerres pour les défendre, et même parfois des guerres « préventives », au nom de la justice et de l’entraide, de la religion aussi.

-Vous adorez donc le Mal alors, et vos religions appellent à la haine, la violence et la mort ?

- Non, toutes nos philosophies, toutes nos religions prônent l’amour de son prochain, la fraternité et la paix entre les hommes… Regardez-donc notre littérature, tous nos grands hommes sont de fervents partisans de l’amour des autres ! Dans mon pays, la devise se trouve justement être fondée sur ces valeurs, que nous défendons partout dans le monde : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE.

 

-Vous êtes vraiment étranges… Pourquoi ne vous débarrassez-vous pas de vos dirigeants, puisqu’ils ne respectent visiblement pas leurs engagements ? Ils vous contrôlent par la pensée, ou vous battent ? Comment font-ils pour que vous acceptiez cette situation ?

-Bon, c’est un avis personnel que je vous donne, mais je crois bien que c’est à cause du capitalisme, enfin de l’argent quoi…

-C’est quoi l’argent, c’est quoi le capitalisme ?

- Vous ne connaissez pas l’argent ?!! C’est l’outil qui devait originellement servir à aider les hommes à échanger, à partager les fruits de leur labeur… et le capitalisme, c’est le cadre général qui régit les échanges, fixe les prix, donne à chacun sa valeur et détermine sa place au sein de la société. Cet outil était censé nous procurer à tous du travail, des loisirs et des biens, et surtout nous apporter le bonheur à chacun, mais…

- Mais apparemment cela ne fonctionne pas. Ca fait longtemps qu’on vous promet des améliorations ?

-Au moins 2000 ans, mais sûrement depuis le début en fait…

- Et vous n’avez pas essayé autre chose, un autre système pour fonctionner tous ensemble ?

-Non… Mais à vrai dire ce n’est pas si simple : nous ne savons pas quoi mettre à sa place.

-C’est qu’il vous faudrait au moins contrôler vos dirigeants, et sanctionner leurs excès, leurs mensonges… Vous n’avez pas d’instances susceptibles de le faire ?

- Bien sûr que si, ce n’est pas le problème de la Loi en elle-même, mais bien plutôt de ceux qui les écrivent, en s’arrangeant pour y laisser toujours une faille, dans laquelle s’engouffrent ceux qui ont le plus de pouvoir, c’est à dire celui de se payer les juges qui leurs conviennent, et même de se payer les législateurs qui rédigent ces lois…Nous sommes coincés.

-Et bien dans ce cas supprimez l’argent, et vous supprimerez du même coup tous vos problèmes….

-C’est un excellente idée, mais comment faire ? Comment partager les richesses, comment inciter les gens à travailler, comment vivre alors en société ?

- Mais c’est que si la situation est telle que vous la décrivez, vous n’avez rien à perdre à essayer. Car d’après mes informations (et c’est pour ça que je suis là), votre planète court un grand danger, et met en péril l’équilibre de l’Univers. Et si comme vous le dites les problèmes sont tous liés de près ou de loin à votre « argent » (qui semble être plus qu’une religion), alors il vous faudra bien apprendre à vous en passer. Et le plus tôt sera le mieux.

Rendez-vous compte, il faudra vous ouvrir pour y parvenir, à l’intérieur de vous-même et aux autres aussi. Dépasser votre conditionnement, réapprendre à penser par vous-même, et vous unir aux autres pour y arriver. Ce ne sera sans doute pas facile, mais avez-vous vraiment le choix ? Si les choses sont comme vous le dites, alors vous pourrez tenter toutes les combinaisons possibles, vous pourrez faire tous les calculs imaginables, faire toutes les lois que vous voudrez, rien ne changera cette réalité : le plus riche sera toujours le plus fort.

 

-Impossible voyons, cela remettrait trop de choses en cause : comment ferions-nous pour faire table rase du passé, oublier les avancées de la technologie, le progrès technique ou social ? La solidarité, la fraternité, la liberté, comment faire pour les conserver ? Comment l’homme fera-t-il pour trouver son bonheur, faire société et devenir bon ?

 

- mais qui vous parle de renoncer au progrès ? Sérieusement, regardez où vous en êtes rendus, et cessez de retourner votre vision du point initial de la conversation, à savoir qu’une personne sur six n’est pas en mesure de se nourrir. Voulez-vous continuer ainsi ? Ecoutez-donc ce que je viens de vous dire : le simple fait de supprimer l’argent vous contraindra à rechercher, et obtenir ces solutions que vous recherchez. Car c’est en unissant vos forces, en prenant soin des besoins et des désirs de vos frères humains que vous trouverez le fonctionnement d’un monde sans argent. Vous ne pouvez le faire en présence de l’argent, car c’est lui qui vous en empêche. Réfléchissez bien : si les hommes étaient tels qu’ils correspondent à vos valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, alors l’argent deviendrait inutile dans l’instant. »

 

Nous continuâmes à deviser un peu encore, et c’est en partant que je lui ai dis que personne ne croirait à mon histoire… Et vous savez ce qu’il m ‘a répondu  ? « Ca ne m’étonne pas : si vous étiez vraiment malins, vous n’en seriez pas là ! ». Et il s’en est retourné, comme il était venu.

 

Caleb Irri

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Si j’étais Nicolas Sarkozy

Posté par calebirri le 10 janvier 2011

Si j’étais Nicolas Sarkozy, je dormirais mal. Je me lèverais très tôt, et toute la journée je me verrais obligé de sourire à des gens qui m’énervent, ou pire à des gens qui m’indiffèrent. J’aurais un tas de rendez-vous plus ou moins importants auxquels je serais obligé d’aller, je serais contraint de prendre des décisions engageant des millions de personnes autour de moi. Le soir, je serais épuisé, et cela me rendrait sans doute agressif ou impatient.

 

Si j’étais Nicolas Sarkozy, je me sentirais mal dans ma peau. Après avoir été porté aux nues par un peuple infidèle et volatile, je me saurais détesté par plus de 70 % de la population française, et tout cela sans compter les étrangers. Je me verrais critiqué dans tous les journaux, attaqué sur toutes les radios, moqué dans tous les bars de France. Tous mes travers, tous mes tics, toutes mes faiblesses seraient montrées au grand jour, et cela me ferait devenir froid et renfermé.

 

Si j’étais Nicolas Sarkozy, je me croirais dupé. Elu pour être le premier citoyen de France, on me dirait sali dans des combines scabreuses pour gagner moins qu’un patron du CAC40, alors que mon honneur et ma dignité seraient trainés dans la boue. J’aurais pris des décisions difficiles influant sur le cours de l’Histoire, et l’Histoire ne retiendrait de moi que quelques invectives lancées à des individus inexistants. Je deviendrais aigri et prétentieux.

 

Si j’étais Nicolas Sarkozy, j’aurais l’impression de me promener toujours tout nu. Mes amours, mes joggings, mes vacances, mes sms, tout le monde ne parlerait que de cela. Que cela soit vrai ou faux importerait peu, mais nuirait considérablement à ma vie personnelle… devenue quasi-inexistante. Je ne pourrais rien faire comme tout le monde, et tout le monde me le reprocherait. Je m’endurcirais, et me contiendrais.

 

Si j’étais Nicolas Sarkozy, j’aurais peur tout le temps. Peur de me promener dehors, de prendre l’avion régulièrement, de me retrouver au milieu d’individus hostiles et incontrôlables. Je finirais par croire aux rumeurs que j’entretiendrais pourtant moi-même, et craindrais l’attentat terroriste par dessus tout. Je ferais attention à tous ceux qui m’entourent, et ne me confierais à personne. Je deviendrais tyrannique et terrorisé.

 

Si j’étais Nicolas Sarkozy, j’aurais une vie trépidante qui ne me donnerait que des soucis, et dont les avantages évidents ne suffiraient pas à m’offrir le semblant d’un début de bonheur personnel. Les conséquences de mes actes quotidiens, loin d’être inutiles, auraient même le pouvoir d’être nuisibles à une majorité d’individus, sans que j’en puisse reprendre le contrôle.

 

Si j’étais Nicolas Sarkozy, en 2012, je ne me représenterais pas.

 

Caleb Irri

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Comment convaincre un convaincu (du contraire) ?

Posté par calebirri le 24 août 2010

je discutais, il y a peu, du sujet à la mode du moment (pas l’affaire Woerth, elle est déjà passée aux oubliettes), le « problème des roms ». Au cours de cette conversation, dans laquelle je tâchais de défendre mon point de vue, je me trouvai abasourdi par l’incompréhension mutuelle à laquelle nous étions tous deux confrontés : alors que mon contradicteur me passait par le menu les exactions commises par certains individus de cette communauté, j’essayais en vain de lui faire comprendre que celles-ci n’étaient absolument pas représentatives de la communauté dans son ensemble, et qu’on trouvait des délinquants dans toutes les couches de la société, dans toutes les communautés.

 

Mon contradicteur, qui se trouve être une personne intelligente et sensible, embraya alors sur les différences culturelles qui nous séparaient de cette communauté, qui selon lui ne respectait ni les lois françaises, ni les animaux, ni les êtres humains n’appartenant pas à leur communauté. Ne désirant ni s’insérer, ni travailler, ni respecter la loi, ils exigeaient de la part du gouvernement français des terrains, de l’électricité et de l’eau, tout cela gratuitement, sans compter les dégradations qui s’ensuivaient inévitablement à leur départ, départ de plus monnayé par la contribution publique, avec une somme qu’ils s’empresseraient de dépenser là-bas avant de revenir presque aussitôt sur le territoire français.

 

Je tentai alors de lui expliquer que cette communauté, malgré ses différences culturelles, se devait d’être accueillie par la population française au nom de « valeurs humanistes », et que le système actuel avait les moyens et la place nécessaire pour les recevoir décemment, au même titre qu’elle autorise de nombreuses associations à profiter de terrains, de locaux municipaux…

J’essayai de lui faire voir comme les différences culturelles sont dures à estomper (et le fallait-il ?), et combien il était difficile pour des populations itinérantes de s’adapter à la culture de tous les différents pays qu’elles traversent. N’ayant pour ainsi dire presque aucune chance d’être régularisés, il n’était pas étonnant qu’ils vivent quelque peu en marge. Que si certains en venaient à voler, c’était plus par nécessité que par vice, et s’ils abandonnaient parfois les lieux utilisés dans un état délabré, c’était sans doute car ils n’en étaient que les éphémères utilisateurs, un peu à la manière des toilettes publiques : elles sont sales quand on arrive, et encore plus quand on en sort. On n’y touche le moins possible…

 

Et puis, face à ses dénégations contre lesquelles j’épuisais mes forces, j’évoquais mon argument ultime : quelle solution existe-t-il d’autre à part l’intégration? Les mettre dans des camps et les exterminer, tous, pour payer les crimes de quelques uns ? Et si on faisait ça à toutes les communautés où il existe des délinquants, n’allait-on pas finir, à force d’amalgames, par vouloir supprimer tout le monde ?

 

Bien sûr, mes arguments ne portaient pas, et ils n’avaient aucune chance de porter. On ne convainc pas un convaincu du contraire aussi facilement : mon contradicteur me répondit qu’ils n’avaient qu’à respecter la Loi, et qu’il serait ravi de voir punis tous ceux qui ne la respectent pas, que les lois n’étaient pas assez contraignantes, et qu’il fallait aller encore plus loin. Alors ce ne sont pas les roms qui étaient en cause, mais bien les délinquants, n’est-ce pas ? Peut-être bien, mais au lieu de les retirer de sa liste, ce dernier était plutôt prêt à l’allonger….

 

Alors je m’embarquai sur la responsabilité de la société, qui entrainait inévitablement à la course à l’argent, et donc à tous les moyens pour en acquérir ; à la notion culturelle du bien et du mal qui différait selon les populations ; au double jeu du gouvernement qui d’un côté donnait de l’argent aux roms pour qu’ils s’en aillent tout en sachant très bien qu’ils reviendraient, ajoutant à la défiance du peuple en crise une jalousie sur l’injustice des sommes qu’eux-mêmes ne reçoivent pas.

 

Bien sûr toute cette discussion était interminable, et si embrouillée qu’elle ne pouvait mener nulle part. Mon contradicteur ne me convaincrait pas, et je ne le convaincrai pas non plus. Dialogue de sourd ultime qui trouve ses bases dans l’incompréhension originelle qui sépare les deux sortes d’hommes qui existent : ceux qui croient que l’homme est naturellement bon et que le système le pervertit, et ceux qui croient que l’homme est naturellement mauvais et que le système doit le recadrer. Une vaste discussion impossible à résoudre autrement que par des détours interminables entre histoire, philosophie, sociologie, politique…

 

Comment, en effet, sortir d’une discussion comme celle-là en disant « ah oui, j’ai compris! », comme une fulgurance, une illumination ? Ce serait remettre en cause toute sa vie, toutes ses croyances, toutes ses amitiés, tout son être en définitive.Alors qu’il est si simple de rester persuadé de son opinion sans même penser qu’il est possible de changer….

Mais il existe pourtant bien une relation évidente et incontestable entre la misère et la violence ! Et quand la misère augmente, la violence aussi. Comme le démontrait déjà le Raphaël de « L’Utopie » (de Thomas More) à propos de la pendaison des voleurs (au 16ème siècle!), la délinquance est le résultat de la politique du pouvoir en place, qui préfère satisfaire son profit plutôt que celui de son peuple, appauvri et délaissé par ceux qui en ont la charge : « en effet, vous laissez donner le plus mauvais pli et gâter peu à peu les caractères depuis la petite enfance, et vous punissez des adultes pour des crimes dont ils portent dès leurs premières années la promesse assurée. Que faites-vous d’autre, je vous le demande, que de fabriquer vous-mêmes les voleurs que vous pendez ensuite ? »

 

Un peu plus tard, je rencontrai un autre ami, à qui je confiais mon désespoir, mon indignation devant tant d’incompréhension : comment mon contradicteur pouvait-il à ce point être victime d’une propagande si grossière et si voyante ? Ne voyait-il pas que l’on était en train d’abuser de ses sentiments, en lui mettant chaque jour en pleine lumière des faits divers sordides (mais heureusement rares), en lui indiquant un ennemi capable de l’entraîner vers la haine des autres, ne connaissait-il pas tous les malheurs que ces techniques de conditionnement avaient déjà engendré, ne comprenait-il pas le jeu des puissants qui veulent détourner l’attention de leurs échecs en désignant d’autres coupables ?

 

Non, il ne pouvait pas comprendre. Il n’a pas, n’a plus la volonté de comprendre. Cela lui ferait trop mal, et remettrait trop de choses en cause sur sa vision du monde. Il risquerait de voir que le pouvoir se moque de nous depuis trop longtemps, et que le seul moyen qu’il a trouvé pour le conserver sans risque est de diviser des hommes appauvris, afin qu’ils se battent entre eux, au lieu de se battre contre ceux qui les ont rendu misérables ; ce que Thomas More avait compris il y a bien longtemps déjà : « quant à croire que la misère du peuple soit une garantie de sûreté et de paix, l’expérience prouve assez que c’est la plus grande des erreurs. Où y a-t-il plus de bagarres que parmi les mendiants ? Qui est le plus empressé à bouleverser l’état des choses existant, sinon celui qui est mécontent de son lot ? Qui s’élance plus témérairement dans la voie de la révolution que celui qui n’a rien à perdre et qui espère gagner au changement ? Un roi qui serait méprisé et haï de son peuple au point de ne pouvoir tenir ses sujets en respect que par des rigueurs, des extorsions, des confiscations, un roi qui les réduirait à mendier, mieux vaudrait pour lui abdiquer tout d’un coup que d’user de procédés qui lui gardent peut-être la couronne, mais qui lui enlèvent sa grandeur, car la dignité royale consiste à régner sur des gens prospères et heureux, non sur des mendiants. »

 

Enfin, mon ami finit tout de même par mettre un terme à mes réflexions, et les éclaira d’un jour nouveau, en exprimant simplement la vérité des choses : on ne convainc pas un convaincu par des mots, ni par des raisonnements. Mais par la réalité. Pour comprendre l’inconnu, l’autre, il faut le découvrir, le côtoyer…le connaître. Alors il ne sera plus un inconnu, et ne fera donc plus peur.

 

Caleb Irri

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Un mois pour rien ?

Posté par calebirri le 17 juin 2010

Cela fait maintenant un peu plus d’un mois que je suis parti. Un mois sans écrire un seul article, suivant de loin en loin l’actualité, au gré de mon accession au web, seul véritable lien entre « ailleurs » et ici. Là ou j’étais, l’actualité internationale n’était traitée que très succinctement, juste suffisamment pou m’apercevoir que les préoccupations de l’Europe sont très éloignées de celles du pays dans lequel je me trouvais : pour tout dire, là-bas la crise financière, on s’en contrefiche…

J’ai tout de même réussi à me connecter par-ci par-là, aux blogs et sites que je consulte habituellement. J’y ai constaté d’abord que la situation économique et sociale ne s’arrangeait pas (loin de là), mais aussi et surtout que les analyses et commentaires (qu’ils soient politiques, journalistiques ou « citoyens ») continuaient à se complaire dans une critique quotidienne, répétitive, à la fois lassante, inutile et passive…
C’est comme si, en définitive, le monde tel qu’il tourne satisfaisait très bien tout le monde : ceux qui ne sont pas touchés par la crise ne s’en préoccupent pas, et pour les autres en parler suffit amplement, ça fait tourner la machine, et peut-être même cela met du beurre dans les épinards…

Pendant ce temps-là, on sabote les retraites, on laisse le chômage augmenter, les riches continuent de s’enrichir et les pauvres de s’appauvrir… Les scandales, les petites polémiques font vendre les journaux, permettent des discussions enflammées sur les plateaux-télés, donnent du contenu aux brèves de comptoirs, en gros font vendre de la pub, des consommations et… occupent le fameux « temps de cerveau disponible ».

Mais finalement, que s’est-il concrètement passé depuis un mois ? Rien ? Rien à part la continuation des politiques commencées bien avant la crise, celles qui ne font que l’aggraver sans que personne ne se lève pour les faire cesser… Et pour cause, tant que tout ce qui compte dans ce pays, tous ceux qui ont une visibilité médiatique ne comprennent pas, ou font semblant de ne pas comprendre le but de tout ceci, il n’y aura évidemment aucun changement possible, de quelque sorte que ce soit.

Toutes les mesures restrictives concernant les retraites, les salaires et les emplois sont en train d’être mises en place sous couvert de cette crise, et l’idée d’une nouvelle gouvernance européenne, ainsi que celle d’une nouvelle monnaie font petit à petit leur chemin, dans les journaux d’abord, et ensuite dans les esprits….D’opposition réelle à toute cette formidable machinerie il n’y en a point. Rien que des mots. Toujours et seulement la critique, sans proposition ni véritable dénonciation de ce qui se profile à l’horizon. Personne, ni syndicats, ni partis politiques, ni grandes figures indépendantes ne bougent, ni même ne semblent disposés à lever le petit doigt pour défendre la cause des faibles.

Alors voilà ou nous en sommes, un mois après mon dernier article : au même point ou à peu près. L’ennemi avance ses pions doucement, et celui qui se dit son ennemi les fait avancer un peu plus. Peu importe qu’ailleurs le monde tourne d’une autre manière, car tôt ou tard même les nations dont la puissance semble hermétique aux changements de ceux qui dominent effectivement le monde finiront par se faire rattraper.

 

Mais s’il est vrai que je n’ai pas écris d’article durant le mois passé, j’ai beaucoup lu, et beaucoup réfléchi… beaucoup appris. Ce temps de recul sur les évènements, de même que la constatation que j’exprime actuellement, sont loin de m’avoir rangé à l’idée qu’il est impossible de changer les choses, au contraire. Le monde est entièrement à reconstruire, et même si des pans entiers de l’humanité, c’est à dire des centaines de millions de gens, ne sont pas conscients et de leur pouvoir, et  de la nécessité de ces changements, ce n’est pas une raison pour ne pas les vouloir, ni les tenter. Chaque grande époque historique a ses révolutions, et chaque révolution influence le monde de manière irrémédiable. La conscience de l’histoire de l’humanité ne se limite pas à notre pauvre imagination résonnant en siècles, ni en kilomètres carrés, ni en milliards d’habitants,mais en millénaires, en milliers de mondes possibles, en milliards de milliards d’habitants. Et tout ceci ne dépend que de nous, ainsi que de notre capacité à évoluer.

 

les rêves qu’entretenaient nos aînés, qu’ils aient échoués ou partiellement réussi, ont transformé à la fois le monde et la manière de l’envisager. Plus que jamais de nouvelles idées, de nouveaux mouvements doivent être repensés, et mis en place. Les états généraux dont j’ai déjà évoqués la constitution sont un des moyens de réfléchir le monde, et partout se trouvent des gens prêts à participer à une autre aventure. Nous ne rêvons pas d’un monde parfait, mais simplement d’un monde meilleur. Nous ne désirons pas revenir en arrière, mais aller plus loin. Nous ne voulons pas nous laisser diriger sans rien dire, mais décider nous-mêmes.

Les armes économiques sont des armes capitalistes, et c’est le capitalisme qu’il faut vaincre. La violence est l’arme des puissants, et ce sont les puissants qu’il faut vaincre. J’ai bien étudié le mouvement « Zeigeist » dont on me parle régulièrement en réponse à mes propos, et j’ai lu un livre intéressant sur la manière d’entrevoir le futur, « Fondation », d’Isaac Asimov. J’ai lu un ouvrage d’Aldous Huxley, l’auteur du « meilleur des mondes », écrit en 1929 et dans lequel il décrit ses craintes concernant l’avenir, presque toutes réalisées. Je me suis délecté à lire « le roman de monsieur Molière », de Boulgakov, exprimant l’influence d’une personne sur les siècles suivants, ainsi que les réflexions de Dostoievki sur l’existence du mal en chacun de nous, notre lâcheté et notre égoïsme. J’ai lu aussi « la solitude du vainqueur », de Paulo Coelho, constatant la futilité de nos rêves actuels, et la perte de sens concernant nos vies…

Tous ces hommes ont réfléchi le monde à leur manière, et ont en commun de rechercher non pas la vérité sur le monde, mais un sens à donner à l’existence humaine. Tous se ressemblent car, à des époques et en des lieux très différents, avec des cultures, des religions et des opinions très divergentes, ils sont des êtres humains croyant en l’homme, d’une manière ou d’une autre. Et d’une certaine manière, ces gens ont « changé » le monde, en ce sens qu’ils ont changé tous ceux qui les ont lu. Ils n’ont pas attendu que le monde se fasse malgré eux, mais ont tentés de le changer, avec leur coeur, par leur seule existence…et y sont parvenus, puisqu’on les connaît aujourd’hui.

Car en définitive c’est bien le coeur qui compte plus que l’économie, et le monde ne pourra changer que lorsque les hommes auront réappris à écouter leur coeur. Pour cela il faut qu’ils sachent qu’ils en ont un, et qu’il ne peut être ni acheté ni vendu, mais seulement partagé. Des projets comme « Zeigeist » ne sont envisageables qu’à cette condition, et même s’ils sont loin d’être parfaits, ils ont le mérite d’avoir été pensés avec le coeur. De mon côté, les états généraux dont je souhaite la mise en place seront sans doute longs à réunir, mais ils ne seront pas vains : car s’il est bien une chose certaine en ce monde, c’est que le « rien » n’existe pas.

 

Agissons, car nous sommes vivants, et c’est notre seule force.

 

Caleb Irri

http://www.calebirri.unblog.fr

Publié dans crise, littérature, philo, révolution?, un nouveau système | 5 Commentaires »

Boulgakov, le diable et l’Etat

Posté par calebirri le 2 janvier 2010

Je viens de terminer la lecture du célèbre livre de Boulgakov, « le maître et Marguerite ». le diable en est le personnage principal. Arrivé à Moscou sous les traits d’un artiste adepte de magie noire, il sème en quelques jours la panique sur la ville, brûlant, tuant, trichant et volant, au mépris des règles sociales représentant le bien et le mal couramment acceptées. L’illusion, la folie, le burlesque du diable et de ses acolytes sont tels qu’ils finissent par engloutir la réalité dans une sorte de tourbillon trouble fantastique et totalement dénué de sens.

Mais si le diable se comporte à première vue de la manière qu’on attend de lui, on s’aperçoit assez rapidement que ce dernier n’est pas totalement repoussant, et qu’après tout il est sans doute le personnage le plus franc de tous les personnages secondaires. En effet, on s’amuse assez de voir l’effet de ses actions diaboliques sur le comportements des êtres rationnels, qui n’ont d’autre choix que de se juger fous pour rester en accord avec leur rationalité.
Le spectacle illusionniste et sa distribution de billets montrent la vénalité et la superficialité de ces êtres qui se voudraient irréprochables, et met à jour de nombreuses hypocrisies ou mensonges que la bienséance interdit pourtant de montrer.

Au fur et à mesure, on s’aperçoit que le diable, en réalité, n’est qu’une sorte de bras armé de la justice divine, et que son travail consiste en fait à punir le mensonge et l’égoïsme, valeurs qui sont pourtant celles de la société. On le voit très bien, la police et la justice terrestre sont incapables de concevoir la réalité autrement qu’à travers les règles édictées par le pouvoir, et cherchent donc à faire avant tout régner l’ordre. Expliquer ces évènements étranges ou funestes qui se produisent est moins important que le maintien de l’ordre public.

Seuls les deux personnages principaux sont vrais, presque « purs ». En quelque sorte « repérés » par Dieu, et c’est le diable qui est chargé de leur rendre justice.  Mais ils passent un pacte avec ce dernier, et ne pourront accéder à la lumière divine. Pourtant, et selon la mansuétude divine, il leur sera, pour prix de leurs souffrances et de leur amour indéfectible, accordé le repos éternel.

C’est comme si les deux héros avaient été punis trop sévèrement par une société qui doit elle-même être punie. Ne pouvant, pour ne pas se rendre coupable envers la société, qu’abandonner Foi et Amour au profit de la bienséance (la pensée unique), il leur a été accordé d’être graciés par le ciel.

Mais le diable n’est pas l’ennemi de Dieu : il est le tentateur de la futilité et de la cupidité de l’homme. celui qui pêche c’est l’homme. le diable ne le contraint pas aux mauvaises actions, mais le met en face de ses contradictions. Dieu ne peut punir les hommes Lui-même, car autrement il ne serait pas le « Dieu bon » vanté par les textes. Le diable est l’instrument de Dieu, car il enquête, juge et punit. Mais il n’est ni injuste ni mauvais : il est lui-même abasourdi par ce qu’est devenu Moscou depuis sa dernière visite.

Le véritable « diable » de cette histoire, c’est le système supérieur ayant remplacé dieu, l’Etat. l’Etat qui laisse faire la corruption, qui censure toute contestation, qui enferme tout débordement, qui terrorise les citoyens, qui les rend  égoïstes et vénaux. L’Etat écrase les hommes jusqu’à leur faire nier l’existence de Dieu, et aussi celle du diable. Enfermés parce qu’ils défendent un autre point de vue, ils finissent eux-mêmes par croire qu’ils sont dans l’erreur. c’est peut-être là le plus grand péché des deux héros : dans l’asile d’aliénés, le Maître en vient à se juger fou plutôt qu’à continuer à croire en son oeuvre. Et Marguerite en vient à accepter le Mal pour obtenir son amant.

La censure dont a été victime l’auteur, comme celle du Maître, les ont contraints à la misère et l’opprobre injustement, ce qui les a entraîné loin de la spiritualité. Le pacte avec le diable signifie à la fois la sortie de leurs tourments humains « inhumains », et l’entrée dans une nouvelle sorte de spiritualité, qu’ils payent de leur vie. Ils payent ainsi le prix de leur repos éternel de leur renoncement à la Foi, mais ils retournent en même temps à cette dernière. Le Maître souhaitant se détacher de son oeuvre finira par l’oublier, Marguerite souhaitant vivre avec son amour passera l’éternité avec lui. Mais juste avant cela, le Maître saura qu’il a vu juste sur Ponce Pilate (il n’aurait pas du renoncer), et Marguerite qu’elle ne lira jamais plus le Maître (elle aurait du rester).

Par contre, l’Etat continuera de fonctionner comme avant la visite du diable, et le temps aura vite fait d’effacer les mystères entourant son passage…tout reprendra comme si de rien n’était, et les hommes continueront de se laisser guider non par leurs convictions spirituelles, mais par le système qui les corrompt. Seul le diable sait pourquoi !

 

Caleb Irri

Publié dans littérature, Non classé, philo | Pas de Commentaire »

 

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