la contestation comme soumission

Posté par calebirri le 24 février 2010

Grève chez Philips, chez Total, dans les aéroports, dans les écoles, pour les retraites… tout cela en ordre dispersé, et aussi pour des prunes. Alors qu’on aurait pu imaginer un rassemblement dans les luttes, que beaucoup souhaitent par ailleurs, les syndicats jouent une fois de plus le rôle du « saboteur », en empêchant par leurs volontés contradictoires de mener quoi que ce soit d’organisé, de massif, de constructif.

Le constat est affligeant : l’unité syndicale ne se fait jamais, et les intérêts propres à chaque mouvement nuisent chaque fois aux intérêts collectifs. Le cas de la grève chez Total est symbolique. Quasiment parvenus à renverser le rapport de force entre les autorités et les salariés avec la pénurie annoncée, le gouvernement à réussi, à travers la médiation entre la direction de Total et les syndicats, à retourner la situation en sa faveur ; montrant bien à quel point d’une part les syndicats « roulent » implicitement pour le gouvernement, et d’une autre que les salariés eux-mêmes se fichent bien du sort des autres, chacun prêchant pour sa paroisse. Une fois obtenues les garanties réclamées, c’est bien vite que le sort des salariés de Dunkerque a été scellé : tant pis pour eux !

Mais il ne faut pas trop tirer sur les syndicats, car ils ne sont pas les seuls responsables, pas plus d’ailleurs que les salariés eux-mêmes. On les comprend aisément. Que peuvent ils réclamer d’autre que le sursis ?
En imaginant le pays paralysé par la pénurie d’essence, avec comme exigence par exemple une augmentation de salaires de 10% ou la garantie de la pérennité de leur entreprise sur 30 ans, on aurait vite envoyé l’armée pour régler tout ça ! les exigences de syndicats sont donc bien plus raisonnables, car elles tiennent compte du contexte économique difficile, et sont contraintes à ne pas réclamer plus qu’il n’est possible. Les salariés également.

Ce qui est le plus terrible, c’est de voir qu’inconsciemment, les individus, tous bords politiques confondus, en sont réduits à ne pas exiger l’impossible, car ils savent au fond d’eux-mêmes qu’ils ont déjà perdu la bataille.
Les garanties accordées par Total ne sont que provisoires, et seront remises en cause par n’importe quel moyen (légal bien sûr, il suffit de quelques petites lignes ajoutées ici ou là, ou d’un décret bienvenu…) dès que le besoin s’en fera sentir. Tout le monde le sait bien, et pourtant on s’en contente. Philips gagne un sursis de quelques semaines, et c’est comme une victoire ! les jours de grève remboursés ? on en remercierait presque le patron et l’Etat avec !

Le rapport de forces est définitivement à l’avantage des puissants, qui ont réussi jusqu’à convaincre les faibles de leur faiblesse. Les exemples récents signifient bien la nullité de la contestation. Plus personne ne croit au pouvoir des syndicats, ni en le leur propre: la contestation telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui n’est que résultat de la soumission inconsciente au système. L’argent est encore une fois le moteur de la division entre les faibles eux-mêmes, car il suffit d’en donner un peu à l’un sans en donner à l’autre pour que les liens soient rompus. Au lieu de refuser les garanties pour exiger, par exemple, la continuité de l’activité, sous une forme ou sous une autre, à Dunkerque, ils préfèrent croire qu’ils se protègent en lâchant les autres, et en faisant semblant de croire que les garanties déjà apportées aux salariés de Dunkerque seront tenues.

Comment réaliser l’unité dans ces cas-là ? même la grève générale n’est pas envisagée, et ce malgré toutes les revendications dans presque tous les corps de métiers (à part la finance bien sûr !)… personne n’y croit plus. regardez le résultat de la grève générale en Grèce : même conscients de la force de l’unité, ni syndicats ni citoyens ne sont capables de se projeter dans un mouvement revendicatif commun : celui de vivre mieux.

La grande différence avec les temps passés, c’est qu’à l’époque des grandes grèves qui ont tant fait pour la protection sociale, les citoyens croyaient, à juste titre, en la possibilité d’améliorer leur sort de manière démocratique…et capitaliste. Ils voulaient plus d’argent pour vivre mieux, et ont réussi à l’obtenir. mais aujourd’hui, la situation est différente : on ne croit plus ni à la politique, ni à la démocratie, ni au capitalisme. Aujourd’hui on sait que même si on nous promet tout, l’avenir nous entraîne sur une pente glissante qu’on ne pourra pas remonter. Même si tous s’organisaient pour exiger plus de fonctionnaires, plus de salaire, plus de sécurité sociale, plus d’emplois, le gouvernement n’aurait pour seule réponse que le montant de la dette publique à nous opposer… alors à quoi bon ? mieux vaut, a priori, prendre ce que l’on peut maintenant, et tant pis pour les autres. Cette manière de penser est bien la conséquence de l’acceptation idéologique du capitalisme. Tous ceux qui luttent, à travers les syndicats comme les associations, et jusqu’aux salariés eux-mêmes, peuvent se dire « socialistes », ou simplement de gauche… mais en réalité, ils sont tout simplement capitalistes, et leur seul but est de continuer à participer au fonctionnement de ce système en espérant, comme tout trader ou homme d’affaires de droite, en essayant coûte que coûte de faire du profit, de gagner plus d’argent.

Voilà le véritable problème de la lutte aujourd’hui. Si hier les pauvres se battaient pour obtenir une place au sein de la machine capitaliste, maintenant ils désirent sinon en obtenir une meilleure  au sein de celle-ci, au moins préserver les quelques acquis qu’ils possèdent encore.

J’en veux pour preuve la malignité du gouvernement dans ses réformes, qui a bien compris comment fonctionnaient les « gauchistes » d’aujourd’hui : en supprimant les « privilèges » de certains fonctionnaires par exemple, ils savent que ces derniers seront stigmatisés par le reste des salariés qui, eux, ne disposent pas de ces privilèges. Le jour où une loi sera votée en ce sens, on imagine bien que les salariés du privé ne manifesteront pas aux côtés des salariés du public pour les aider à conserver ces privilèges…. perdre des journées de salaire pour ces « nantis », et puis quoi encore ? nous sommes de gauche, nous !…et ainsi de suite jusqu’à la disparition totale de tous les acquis sociaux, branche par branche… au lieu de revendiquer, eux aussi, les mêmes privilèges (ils savent que ce n’est pas possible), ils préfèreront, par un réflexe tout mathématique, laisser tomber ceux des autres.

L’unité dans la lutte, qu’elle soit syndicale ou non, ne peut être ni réalisée ni utile tant que les individus réfléchiront individuellement, et pour le moindre mal. Elle ne pourra l’être que lorsque leurs rêves capitalistes se seront définitivement écroulés, et qu’ils rêveront d’autre chose.

Elle ne pourra être réalisée que lorsque le peuple aura vraiment compris que le monde fonctionne ainsi non pas malgré eux, mais à cause d’eux. Lorsqu’il aura compris que l’ennemi du pauvre n’est pas l’autre pauvre mais celui qui l’a conduit à la pauvreté. Alors le peuple pourra s’unir contre celui qui en est responsable : le capitalisme. Il ira alors demander des comptes aux banques, aux gouvernants, à tous ceux qui organisent et protègent leur pouvoir par le biais de l’argent qu’ils prennent et qu’ils donnent en alimentant celui-ci. Sur notre dos. En attendant, il nous faut nous soumettre…ou nous remettre à rêver.

 

Caleb Irri

http://www.calebirri.unblog.fr

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Cyril Lignac et le capitalisme

Posté par calebirri le 21 janvier 2010

J’ai déjà parlé de la possibilité d’un nouveau système. Persuadé qu’il est nécessaire de passer par l’éducation pour parvenir à un changement des mentalités, et conscient du fait que les institutions actuelles ne souhaitent ni ne permettent ce changement, je voudrais revenir sur une notion largement dévoyée de sons sens premier (pas tant dans son concept que dans son application) : la solidarité.

La solidarité provient du latin « solidus » qui signifie « entier », « consistant ». Ce terme exprime les liens qui unissent pour former une sorte de « tout ».  Pour exprimer cette notion, on pourrait rapprocher ce terme « d’entraide » . La solidarité est en quelque sorte la faculté de créer des liens dans un but commun.

Par exemple, et pour coller à l’actualité, la « solidarité » avec Haïti n’en est pas une : cette généreuse action qui consiste à donner de l’argent pour aider à la reconstruction du pays s’appelle de la charité, car il n’y a pas de liens créés entre les deux parties. Pour qu’il y ait solidarité, il faut qu’il y ait une union, un lien qui ne peut être créé que par la participation des deux parties au même objectif.

Pour que ce lien se crée, il faut tout d’abord que les différentes parties se rencontrent pour apprendre à se connaître. Se connaître pour pour avoir envie de s’entre-aider, de participer de façon solidaire, en une union solide. Pour avoir une volonté en commun.

J’ai regardé l’autre jour une émission sujette à de nombreuses critiques s’intitulant « le chef contre-attaque ». ce n’est pas la première fois que je regarde cette émission, et je dois avouer que j’aime bien ce monsieur Lignac. Pas la cuisine, dont à vrai dire je me fiche pas mal, mais l’homme, l’être humain. Dans ce dernier épisode, ce monsieur se proposait de remettre une ville à la cuisine, afin non seulement de leur permettre de s’alimenter « sainement », mais surtout de pratiquer la solidarité.

Jouant sur sa notoriété pour intéresser le public à sa démarche, monsieur Lignac n’a pour seul pouvoir que de parler avec son coeur, et comme qualité principale celle de son instinct.

On peut facilement critiquer ce type d’émissions, mais force est de constater une chose : si une solidarité comme celle qu’il préconise dans cette émission était réellement mise en place, le capitalisme aurait du soucis à se faire.

En effet, une des voies explorées par le chef est celle de la préparation, en communauté, de repas en grandes quantités, pour peu de frais, et pour toute la semaine.  Au delà du service rendu à ceux qui y participent, les relations entre voisins ont ainsi une chance de se nouer, des incompréhensions de s’expliquer, des sentiments se créer. C’est beaucoup plus que la cuisine qui est en jeu : c’est le début de la solidarité. Et le contraire de l’individualisme concurrentiel prôné par le capitalisme. Alors que la charité (qui est un « bienfait » autorisé par le système) crée un rapport sinon de dépendance, au moins d’acceptation de la faiblesse de celui qui reçoit, la solidarité va beaucoup plus loin.  En imaginant ainsi la création de rapports humains entre ne serait-ce qu’un voisinage proche, il devient alors possible de connaître, et donc d’aimer. de la même manière qu’on aime son frère ou son conjoint parce qu’on le connaît, avec ses défauts et ses qualités, (et non juste parce qu’il est le frère ou le conjoint), les relations humaines sont de ce point de vue « anti-capitalistes » : car le contrôleur des impôts qui frappe à la porte de son voisin et constate des irrégularités sera humainement plus réticent à lui faire des remontrances s’il a cuisiné avec ce dernier la semaine passée, et partagé avec lui les repas concoctés ensemble.

C’est d’ailleurs pour cette raison que certaines grandes firmes sont réticentes à la création de liens affectifs au sein de l’entreprise : un DRH qui « fricotte » avec les employés aura plus de mal à les licencier que lorsque ce dernier est simplement considéré comme un « numéro ».

Dans une deuxième partie de l’émission, Cyril Lignac souhaite mettre en place une sorte de restaurant « municipal », où les participants préparent pour quelques dizaines de personnes des repas équilibrés, bons et à faible coût. On constate évidemment que la participation des autorités locales est absolument nécéssaire en terme d’infrastructure (avec la caméra les réponses favorables sont plus sûres…), mais également que le choix des organisateurs de ce genre d’initiatives se doit d’être bon :  le choix des « chefs » étant primordial à la réussite de tels projets. Je ne sais pas comment est réalisée cette émission, mais force ést de constater que monsieur Lignac ne s’était pas trompé dans son choix.

Son choix qui se trouve aussi être le bon dans le cadre de la troisième partie de l’émission : après avoir pris exemple sur des « jardins solidaires » aux Etats-Unis, il est proposé d’en créer un dans la ville où se déroule l’émission. il ne doit pas être trop difficile  de trouver un terrain et quelques graines (sponsoring ?) dans quasiment chaque commune de France, et avec un peu de bonne volonté, il doit être possible de faire pousser rapidement quelques denrées disponibles pour tous. D’ailleurs, si l’on en croit les témoignages, il est rare de voir ce genre de parcelles saccagées, et les profiteurs s’accaparer le fruit du travail des autres sans aucune contrepartie.

Si on considère tous les bienfaits potentiels d’une telle action, on s’aperçoit qu’il est possible d’apprendre aux enfants, de manière pédagogique, comment la nature fonctionne. Et également le goût des aliments, la manière de les préparer ou le bon moment passé à l’air libre. Mais c’est aussi une source de travail physique récompensée à force de patience, un moment partagé à plusieurs, le plaisir de voir la nature se développer, la possibilité d’offrir de son temps, de sa force, de son savoir, de son esprit de solidarité.

En imaginant la diffusion de telles pratiques, il est possible de croire que le chapardage devienne inutile (pourquoi prendre des produits qui se périment rapidement, et qu’il est possible de trouver dans chaque quartier ?). mais pas seulement : à grande échelle, une telle action permettrait de réduire sensiblement les marges pratiquées par la grande distribution, et peut-être de remplir le ventre de quelques affamés.

On va sans doute me parler après cela des producteurs de légumes, du transport, de la mondialisation et des salaires, de rentabilité… Mais pourquoi parler de rentabilité ? car si la solidarité entrait réellement dans la manière de vivre des gens, on s’apercevrait rapidement qu’avec peu de travail, s’il est divisé en grand nombre et considéré solidairement (le bien que j’apporte aux autres est en même temps le bien que je m’apporte à moi-même par l’action que je mène), on pourrait aisément satisfaire les besoins les plus essentiels des hommes : manger à sa faim, et avoir un toit pour dormir.

Car pourquoi ne pas étendre la réflexion au bâtiment ? chaque individu est plus ou moins capable de réaliser une tâche propre à l’habitation, et ceux qui n’aiment pas travailler la terre pourraient construire ou rénover. Ceux qui aiment la terre continueront à la travailler, et ceux qui aiment faire de la route, ils transporteront autre chose.
Une fois les besoins essentiels de tous satisfaits, il ne fait pas de doute que le reste suive. La mondialisation ne serait plus alors celle de l’exploitation des uns pour satisfaire aux autres, mais la solidarité des uns avec les autres.

 

Caleb Irri

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caissières contre caisses automatiques: un paradoxe capitaliste

Posté par calebirri le 13 janvier 2010

Il y a quelques jours était diffusée une émission sur les caisses automatiques, destinées à terme à remplacer les caissières de supermarché. Deux camps s’affrontaient alors, l’un pour prétendre que cette évolution allait permettre une satisfaction plus grande du client (rapidité), et l’autre que ce système automatisé allait mettre à la porte un grand nombre de travailleurs déjà mis à rude épreuve (au nom de la rentabilité). Je ne reviendrais pas sur les prétextes fallacieux destinés à défendre l’emploi de ses malheureuses (le sourire des caissières, la relation humaine qui disparaîtra), mais plutôt sur la rentabilité que permettra ce remplacement de l’homme par la machine… encore qu’on peut se demander, comme l’a fait l’animatrice, si le fait de faire soi-même le travail de la caissière (transformée dans le meilleur des cas en agent de sécurité au contrôle de la caisse automatique) vaut vraiment le coup de se séparer de ces esclaves modernes.

Réfléchissons bien à ce problème, qui symbolise parfaitement une des contradictions majeures du capitalisme : la rentabilité fera toujours préférer la machine à l’homme dans toutes les tâches difficiles et répétitives. Mais les emplois sont menacés par ces machines, qui leurs enlèvent peu à peu leur gagne-pain. Pourtant, ces travaux sont difficiles, souvent rébarbatifs et épuisants, autant physiquement que moralement. Si dans un monde en progrès nous devrions nous satisfaire du remplacement de ces pénibles travaux par les machines, la plupart des gens « de gauche » se voient dans l’obligation de défendre l’asservissement de ces personnels, au nom de leur pouvoir d’achat.

Ce serait à se tordre de rire si la situation n’était pas réellement ubuesque. Car ceux-là mêmes qui défendent la dignité humaine, qui critiquent la pénibilité des conditions de travail, sont en même temps ceux qui se voient contraints de protéger ces mêmes emplois qui nuisent à la santé et la dignité des personnes. Et ceux qui ne jugent que par la rentabilité se disent en mesure de faire cesser une exploitation physique et mentale dont ils ne font pourtant pour la plupart aucun cas.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

En théorie nous devrions tous nous réjouir de la suppression de tous les travaux pénibles et rébarbatifs.  En théorie cette suppression devrait permettre soit plus de loisirs, soit la création d’emplois plus attrayants. Mais en pratique cette suppression engendre chômage et précarité, désocialisation et tout ce qui s’en suit… le tout en terme de « coût économique » à supporter pour la collectivité.

On s’aperçoit en définitive qu’une fois de plus, le secteur privé (la grande distribution) va réussir à faire travailler gratuitement les consommateurs, tout en augmentant ses marges (car il ne faut pas croire que les prix baisseront) et en faisant de grandes économies sur le facteur travail. De l’autre côté, l’Etat ne sera bien sûr pas en mesure de proposer autre chose à tous ces nouveaux exclus, qui bénéficieront d’une aide sociale payée par la collectivité, et à qui on reprochera sans doute ensuite de coûter cher.

Ce phénomène n’est bien sûr pas nouveau, et de nombreux emplois tels que les pompistes ou autres poinçonneurs ont disparu du fait même de l’automatisation. l’informatisation va elle aussi à terme mettre un bon nombre d’employés à la porte, comme elle a conduit de nombreux agriculteurs à déserter les campagnes.

Que faire alors ? leur faire creuser des trous pour les reboucher ensuite, afin de pouvoir justifier leur salaire, ou considérer que le système arrive à un terme où le progrès technique devrait être en mesure de nous libérer d’une contrainte  dont tant de nos anciens auraient rêvé : le travail.

Mais le capitalisme ne fonctionne pas comme ça : là où le bon sens ferait qu’en travaillant tous un peu moins nous pourrions faire travailler tout le monde, ici on préfère parfois se passer d’une technologie utile pour ne pas avoir à créer du chômage, facteur de trouble social  (encore que le trouble social soit parfois utile au capitalisme du point de vue répressif, ce qui permet de faire travailler également police et justice).

On le voit bien, c’est donc un problème de vision globale de la société que le problème des caisses automatiques met en exergue, et de la définition de ce qu’on nomme « la valeur travail ».
Si pour certains, le travail consiste en la pratique d’une activité intéressante et bien rémunérée, il est pour la plupart une contrainte dont ils voudraient bien se passer ; sans compter le salaire qui ne suffit parfois même pas à faire oublier les heures de labeur.

En dehors des quelques privilégiés qui, pour moi, ne travaillent pas (au sens étymologique du terme, c’est une souffrance), mais réalisent leur passion, l’Etat se devrait d’être le pourvoyeur de tous les travailleurs, en leur offrant soit le moyen de se reconvertir dans une activité plus attrayante ou utile socialement (éducation, santé, services publics dont nous avons tant besoin), et faire en sorte que son objectif soit de libérer, à terme, le maximum de personnes des contraintes afférentes à des travaux pénibles. En poussant même un peu plus loin, il serait presque plus logique d’accorder un meilleur salaire à celui qui fait ce genre de travail qu’à celui qui se plaît dans son activité. D’une part on gagnerait en candidats à ce genre de postes, et d’une autre on comblerait ainsi le manque de mains d’oeuvre dans certains métiers difficiles pour lesquels aucune machine ne pourra venir les remplacer.

Ensuite, il serait également possible d’envisager la création d’autres métiers fort intéressants, métiers d’innovation et de recherche qui auraient pour but de remplacer peu à peu tous les travaux inintéressants et nuisibles à notre santé physique et mentale.

Au lieu de se demander s’il coûtera plus cher de supprimer les caissières que de les laisser en poste, nous ferions mieux de nous interroger sur la manière de faire cesser l’exploitation de l’homme pour la recherche du profit, car en supprimant le « travail » nous supprimerions  une injustice, et réglerions un paradoxe.

 

Caleb Irri

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la division du travail et la concentration des pouvoirs

Posté par calebirri le 30 septembre 2009

La division du travail a longtemps été considérée comme un des bienfaits du capitalisme, car elle rendait possible à la fois une augmentation de la productivité et une hausse de l’emploi. « Démocratisée » par Ford, elle permettait de payer convenablement les ouvriers travaillant à la chaîne, tout en s’assurant ainsi un retour sur ces salaires par l’intermédiaire de la consommation.

Le principe de la division du travail est simple, il consiste à découper une activité (comme la construction d’une voiture par exemple) en plusieurs postes distincts, ce qui implique pour l’ouvrier une plus grande dextérité acquise avec l’expérience, voire même la possibilité d’effectuer des avancées technologiques favorisant la productivité. Un ouvrier travaillant au même poste durant trente années devient inévitablement plus rapide, et finit par acquérir une sorte d’optimisation de ses gestes, de son positionnement, afin qu’il lui soit possible de faire le maximum de travail avec un minimum de contraintes.

Lorsque le système a été mis en place, il constituait par la relative bonne tenue des salaires et les possibilités de rendements une avancée non seulement économique, mais aussi sociale : nombreuses étaient les personnes se précipitant pour obtenir un poste, le tout fonctionnant somme toute assez correctement durant un bon nombre de décennies. Mais la science des hommes toujours avançant, et les besoins de profits se faisant toujours plus pressants, c’est peu à peu que l’homme fut mis en concurrence avec la machine, en ce sens que non seulement il fallait s’adapter à la machine permettant l’activité à un poste donné, mais aussi continuer à produire plus que ce que ferait une nouvelle machine susceptible de remplacer l’homme à son poste. On réussit ensuite à déterminer la vitesse minimum qu’un poste devait fournir, en augmentant les cadences et en perfectionnant encore le système par la mise en place de la « parcellisation » de tâches. En élargissant l’application de ce système aux administrations, au tertiaire, au monde du travail dans son ensemble.

Bientôt les conditions de travail se hiérarchisèrent de plus en plus, et se durcirent au point de détruire chez l’homme toute vision globale de la tâche qui lui était dévolue. La division du travail a peu à peu multiplié les cellules, et le travail est devenu à la longue une de celles-ci, l’homme s’étant transformé en une sorte de simple connexion entre les différents éléments d’une tâche complexe.

Mais en visant toujours plus de productivité, le monde capitaliste n’a pas seulement contribué à l’exploitation de la force de travail des hommes, il s’est en même temps arrogé le droit de concentrer tous les pouvoirs entre ses seules mains.

Tout d’abord, en supprimant à l’homme la vision « globale » du travail auquel il participe, il lui a ôté la possibilité de comprendre le but de son activité, et ainsi l’hypothétique conscience de sa propre exploitation.

Ensuite, l’augmentation continuelle des cadences auxquelles il est assujetti et la répétition infinie de la même tâche effacent et annulent lentement toutes les possibilités de pouvoir en faire d’autres, et même de le vouloir.
La division du travail abrutit les corps et les esprits, car les avancées techniques sont désormais prescrites par la direction, et les cadences par les calculs des « ingénieurs » au service du profit.

 

enfin, la division du travail a pour conséquence une sorte de « foi » en l’individualisme. A force d’avoir découpé le travail en séquences très courtes et très spécialisées, chaque individu se trouve centré sur lui-même et l’activité qu’il exerce. seuls ses propres résultats comptent, et son niveau de vie dépend de son propre mérite (sa « productivité »). Au bout de cette division règnent l’égoïsme et la concurrence, qui sont les apanages du capitalisme.

Le capitalisme est devenu le seul « grand ordonnateur » du monde du travail, et empêche toute contestation de sa méthode de gouvernance par l’opacité, par les murs dressés entre chaque poste de travail. Certains fonctionnaires travaillent à une tâche définie toute leur vie, parfois sans avoir aucune idée des conséquences de leur travail, ni la place de celui-ci dans le processus de production.

En ces temps de crise que nous traversons, on s’aperçoit à quel point les employés sont attachés à leur emploi, quand bien même celui-ci est asservissant et mal payé. Le côté financier est essentiel, mais nombreux sont ceux déclarant « ne rien savoir faire d’autre » ; et pour cause, la division du travail leur a ôté toute possibilité d’évolution et de compréhension globale. Enfermés qu’ils étaient dans la répétition et le respect des cadences, ils en ont oublié jusqu’à la possibilité que cela pouvait s’arrêter. et pire encore, qu’il pouvait y avoir d’autres moyens de produire, d’exister même.

 

la mondialisation est l’aboutissement de cette division du travail, dans laquelle l’homme est devenu un simple pion interchangeable et déshumanisé, au pied d’une gigantesque pyramide dont le sommet est formé de très peu d’hommes.  Ces derniers concentrent entre leurs mains les pouvoirs de vie et de mort sur une multitude d’individus empêtrés dans leur spécialité, dans leur langage, dans leurs horaires, dans leurs lieux d’habitations ou de travail. ce ne sont plus des murs mais des abîmes qui séparent désormais les individus, tous tournés sur eux-mêmes, et qui finissent par ne même plus pouvoir, ni vouloir se comprendre… Le rassemblement n’est pas pour demain!

 

caleb irri

 

 

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vous reprendrez bien un petit peu de crise ?

Posté par calebirri le 20 septembre 2009

Non, la crise n’est pas terminée… même si les bourses remontent et que les chiffres font mine de dire que tout s’arrange (exemple de la balance extérieure de l’Europe ou de la croissance négative moins forte que prévue), en réalité rien n’a changé. Le résultat positif de la balance est lié à la baisse des importations (et donc de la consommation européenne), et une croissance négative ou faible est au mieux de la stagnation.

Il y a beau jeu pour les gouvernements à jouer de la langue de bois, ou de marteler des contre-vérités jusqu’à les inscrire dans le plus profond des âmes. Nier la différence fondamentale qui existe entre l’économie réelle et les chiffres statistiques permet de mélanger les chiffres artificiels créés par la spéculation et leur rapport avec la réalité..

Mais lorsque les populations n’auront plus de travail il y aura beau faire grise mine, la réalité finira bien un jour par rattraper les chiffres. Car qu’on le veuille ou non, le capitalisme suit ses propres règles, dans lesquelles sa chute est inscrite
Le seul objectif de tous les plans de sauvetage, G20 et autres « moralisations » capitalistes n’est pas d’empêcher cette chute, mais de retarder l’effondrement final, pour laisser le temps aux gros de se mettre le plus d’argent de côté (en précipitant la future chute), et aux dirigeants de s’organiser, c’est à dire de préparer ce qui suivra l’inévitable chute du capitalisme.

Comme le disait le philosophe Alain Badiou dans l’émission « là-bas si j’y suis », l’hypothèse communiste n’est qu’une hypothèse parmi tant d’autres.

Et comme il le prétend également, il est impossible de faire tomber le capitalisme sans avoir quelque chose d’autre à proposer derrière. La division du travail, la propriété privée, la « valeur travail » ne sont que des émanations du capitalisme, mais les choses pourraient être autrement. Il ne fait bien sûr à aucun moment allusion à une autre hypothèse, mais on pourrait très bien en émettre une autre, le « nouvel ordre économique mondial », que certains dirigeants appellent désormais publiquement de leurs voeux. Sur ce que signifie ce terme il est difficile de se prononcer car les allégations sont nombreuses et souvent contradictoires.

Cela ne remet en rien en cause le fait que face à l’effondrement du capitalisme (nombreux sont les économistes à annoncer la catastrophe tant le décalage qu’il existe entre la réalité et les chiffres est énorme). Certains dirigeants veulent un nouveau « Bretton Woods », d’autres la limitation des rémunérations, et d’autres encore souhaitent la fin des paradis fiscaux, ou l’établissement d’une nouvelle monnaie unique mondiale (voir Louis Gill) comme il avait été proposé par le « Plan Keynes » en 1944 en compétition avec « Bretton Woods ».

Oui le pire travail est en plus le moins bien payé. Qui s’en plaint ? les pauvres. Mais qui les entend ? personne. Regardons les suicides… le plus inquiétant est sans doute qu’ils en arrivent à se suicider plutôt que d’imaginer de se mettre en grève ou de se révolter. Cela signifie qu’ils sont parvenus à considérer la « valeur travail » plus comme une fin que comme un moyen. Et cela constitue une réussite majeure du conditionnement mental des hommes, en relation avec la spiritualité, pour servir l’économie : les hommes ont réussi à se persuader que le travail est un bien suprême à rechercher pour se définir en tant qu’être humain. Il est devenu « moral » de vouloir travailler, quand il y a quelques siècles la réussite se définissait dans l’oisiveté.

Alain Badiou regrettait le fait que les intellectuels d’aujourd’hui étaient assujettis au pouvoir, alors qu’auparavant les intellectuels avaient le pouvoir de soumettre les gouvernants. Car des éléments fondamentaux de la politique capitaliste reposent avant tout sur une idéologie, ce qui est l’apanage des intellectuels, et dont se sont ensuite réclamés les politiques en appliquant à la réalité économique certaines valeurs comme la démocratie, ou la division du travail. Si certains penseurs ont pu faire admettre que la division du travail était un progrès pour l’humanité, cela prouve bien combien les intellectuels sont nécessaires pour réformer le monde…

C’est pourquoi les intellectuels d’aujourd’hui ont le devoir et la lourde tâche de penser le monde et les rapports dans la société d’une manière différente, et qui fasse contre-poids à l’idée que les puissants sont en train de mettre en place. Il faut que la nouvelle génération se remette à penser autrement, en se détachant de l’emprise de notre monde actuel, en cessant de se fermer les yeux sur la complexité de la tâche. Car si nous ne faisons rien, nous ne serons pas en mesure de dire non à la seule alternative qu’on voudra nous imposer.

 

L’hypothèse communiste est une voie, celle du nouvel ordre mondiale en est une autre. A nous d’en choisir une qui nous convient. Car la crise va revenir, et cette fois-ci les puissants seront prêts. Pourquoi les laisser décider de la seule alternative ? il est bien évident maintenant que les partis politiques ne nous serons d’aucune utilité. Il faut donc que les penseurs, c’est à dire tous ceux que le sort de la société intéresse, soient en mesure d’inventer une nouvelle forme d’échanges, en établissant pour cela une nouvelle philosophie plus en accord avec les valeurs qui sont celles de la majorité, c’est à dire celle des pauvres.

 

caleb irri

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ce que vaut la vie

Posté par calebirri le 27 août 2009

Il y a ceux qui pensent qu’une vie réussie se juge au nombre d’années (en quantité), et ceux qui la déterminent par son intensité (qualité). Bien sûr, l’idéal serait une vie longue et intense, mais il semble que la Nature soit ainsi faite qu’à part de très rares exceptions, la Vie est comme une sorte de balance avec laquelle il faut composer.

En réalité la vie est une énergie plus ou moins déterminée, et le rapport entre qualité et quantité fonctionne selon la théorie des vases communicants : l’énergie dépensée est fonction de la vitesse par rapport au temps qui passe.
Autrement dit, celui qui utilise beaucoup d’énergie en peu de temps développera plus d’intensité que celui qui en utilise peu en plus longtemps.

Cette faculté de choix qui est offerte à l’être humain peut être appelée « libre arbitre », et renvoie directement à la conception qu’il a de la mort. Cette faculté est l’apanage de l’Homme, et le différencie des animaux, et ceci de manière définitive. La conception de la mort est une donnée culturelle qui a largement été explorée par toutes les civilisations, en tous lieux et à toutes les époques. Qu’elle soit considérée comme une fin ou simplement comme une étape, elle détermine la manière dont l’homme conçoit son rapport au temps, et ainsi son rapport à l’utilisation qu’il fait de son énergie.

La réussite d’une vie est donc la conséquence de cet équilibre entre intensité et qualité, lui même orienté par la conception personnelle inculquée par la société dans laquelle il vit.

Mais c’est sans compter sur le capitalisme, qui dans sa toute puissance a réussi à pervertir jusqu’à cette notion du bonheur (le résultat de ce rapport censé être conscient) à laquelle nous estimons pourtant tous avoir le droit. En travestissant cette notion par des attributs extérieurs, la soif de l’argent a remplacé celle du bonheur, allant parfois même jusqu’à pousser certains à trouver le temps long, alors qu’il devrait lui sembler s’écouler à une rapidité vertigineuse.

Concrètement, il ne nous reste guère plus que les cinq premières années pour jouir du temps, et d’une vie sans soucis. C’est la première étape, celle des jeux, du plaisir et de l’insouciance juvénile. Et des rêves surtout.

Ensuite et très rapidement vient le temps de la formation, ou du conditionnement, selon la manière dont on l’appréhende. il faut intégrer la notion de réussite scolaire, et abandonner peu à peu les joies enfantines pour se projeter dans le labeur, et le choix d’une orientation professionnelle rémunératrice. Cette étape est longue et fastidieuse car elle ne correspond pas au naturel de l’adolescent, qui se doit de frustrer sa quête du bonheur pour atteindre à ce qu’on appelle la maturité.

Que cette étape dure jusqu’à 18 ou 25 ans importe peu, car la maturité nous attrape tous à la fin. Ayant abandonné ses rêves de grandeur, le jeune ayant fini son cursus scolaire se doit de trouver rapidement sa place dans la société, au risque de se tromper de voie, ou de ne pas être en capacité d’assurer sa subsistance. le rapport entre la qualité et la quantité évoqués plus haut ne lui est déjà plus dicté par son libre-arbitre, mais par la nécessité économique.

Une fois dans le monde du travail, le but de l’homme, désormais adulte, est de gagner suffisamment d’argent pour d’une part satisfaire à ses besoins (et ceux de sa famille), et d’une autre de préparer sa retraite, dans laquelle il met tous ses espoirs et ses désirs déçus jusque là. Il croit qu’arrivé au bout de ce chemin il lui sera possible d’enfin pouvoir profiter de son temps, et de son argent, abandonnant ainsi son choix conscient à une date ultérieure.

Alors il travaille, encore et encore, à tel point qu’une fois arrivé au bout de ce chemin, possédant sa petite retraite, après avoir payé les études aux enfants partis de la maison (pour peu que la femme soit restée jusque là, que la maladie n’ait pas emporté l’un des deux, et que les enfants volent de leurs propres ailes) il se retrouve enfin libre, mais vieux et n’ayant plus le physique lui permettant d’accomplir toutes les belles choses qu’il s’était promis d’accomplir. Et pour cause, son énergie est presque entièrement dépensée, et de choix il ne lui en reste guère plus qu’un, celui de la quantité.

S’ensuit alors une période de regret, voire de déprime totale.

Et si on ajoute à cela qu’il lui faut finir sa vie seul et abandonné dans une maison de retraite, incapable de vivre sans aide extérieure, il mourra sans avoir pu accomplir le moindre des rêves qu’on lui avait pourtant autorisé de produire, quand il était petit. Le choix qui l’a conduit à préférer la quantité à la qualité lui semble désormais vain, et c’est avec regret qu’il regarde son passé. La course à l’argent lui a faussé à la fois la notion de qualité et celle du temps, qui lui sont à jamais perdus. Aigri, déçu et dégouté, il attendra la mort avec impatience, en se disant qu’il aurait du faire autrement.

La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie.

 

caleb irri

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