un numéro pour sortir de l’anonymat

Posté par calebirri le 3 mai 2010

L’Histoire est la mémoire commune des hommes. Qu’elle soit vraie ou fausse, elle est certes le résultat des actions d’hommes et de femmes illustres, mais avant tout le fruit de celles des masses anonymes qui l’ont construite jour après jour, vie après vie. Qu’elle soit utilisée, déformée, inventée ou occultée, elle continue de s’écrire, et ceux qui la font ne sont pas toujours ceux que l’on retient. Mais on en retient toujours. Avoir son nom inscrit dans l’Histoire est pour certains un honneur, pour d’autres une gloire, et pour d’autres encore un objectif à atteindre. Certains même sont prêts à tout pour y inscrire leur nom, pendant que d’autres y entrent pour ainsi dire « malgré eux ». Et les uns comme les autres deviennent peu à peu des héros, puis des saints, puis des icônes, et enfin des mythes… avant d’être défaits. C’est là le lot commun à tous. Mais cette vérité là ne fait plus peur aujourd’hui. Ce qui fait peur, c’est de rester anonyme. A l’heure de l’individualisme, de l’hyper-communication, de la perte des espérances, chacun cherche à « empreinter » le cours de l’Histoire, afin de s’assurer la seule éternité à laquelle il croit désormais : le présent. Pour un quart d’heure de gloire à la télévision, les hommes sont aujourd’hui prêts à perdre jusqu’à leur identité, car ils ont peur d’être oubliés. De plus en plus paniqués à l’idée d’être anéantis par le temps qui passe, ils n’ont plus d’autre espoir que celui d’être « reconnu » au présent ; à défaut de rentrer dans l’histoire, ou de prétendre à un paradis ultérieur.

Face à la perte des espérances divines, provoquée par le progrès de la science et la montée d’une autre forme de religion (le capitalisme est une religion qui promet le paradis terrestre), il a été très difficile pour nos dirigeants de continuer à faire accepter l’exploitation de ses « ouailles », en échange d’un paradis de plus en plus hypothétique.  Et puisque ce paradis cessait peu à peu d’exister, on l’a remplacé par cette nouvelle religion, l’argent, qui promet aux « élus » d’être récompensés de leurs efforts dans cette vie-ci.
Mais ce paradis-là possède l’inconvénient majeur d’être visible de tous, et il est donc possible pour les peuples de voir comment les efforts ne sont pas toujours récompensés ici-bas. Car cela ne suffit pas : pour être riche aujourd’hui, il faut certes travailler, mais aussi et surtout « avoir des réseaux ». Ce sont, contre toute attente, les relations humaines qui font la différence. Et sans ces relations, même le plus méritant n’atteindra pas ce paradis terrestre ; il aura, aux yeux du monde et aux siens propres, « raté sa vie ». Le voilà le point central du changement de paradigme qui nous accable : la peur. Là où autrefois l’espoir menait les hommes, ici et aujourd’hui c’est la peur qui les dirige. Cette peur de ne rien valoir, de n’être qu’un numéro parmi tant d’autres.

Mais l’homme ne se satisfait pas d’être un numéro : il veut avoir, en plus, un nom.
Ici il ne faut pas se laisser tromper par le double-langage tenu par nos élites qui, sous couvert de nous offrir la sortie de l’anonymat,  cherchent en réalité à nous imposer le « numérotage », qui est bien différent du premier terme : alors qu’avoir un nom c’est devenir un être humain différencié, obtenir un numéro consiste à perdre ce caractère humain, pour se transformer en unité de mesure. Et malheureusement, c’est bien de cela qu’il s’agit : seuls les « grands » de ce monde on un nom. Les autres ne valent rien de plus qu’une unité. Or il n’y a aujourd’hui que très peu de « noms », et une immensité d’anonymes. Comme une sorte d’aristocratie dont le cercle est minuscule mais l’ouverture possible, les « grands noms » de ce monde font croire à tous qu’il est possible de les rejoindre, alors qu’en réalité la plupart de ces « initiés » ne sont que des jouets destinés à satisfaire leurs volontés. Mais leurs prétentions ne s’arrêtent pas là : ces « grands noms » ont désormais le désir supérieur de sortir du « nominatif » pour rentrer dans le mythe de l’Histoire, et se servent d’une crise qu’ils ont eux-mêmes provoqué (volontairement ou pas) pour réaliser leur volonté ultime : le pouvoir absolu de quelques uns sur une immensité d’hommes indifférenciés.

En leur promettant de sortir de l’anonymat, les dirigeants demandent en réalité aux anonymes de leur offrir leur véritable identité, en échange de cette illusion qu’avait entrevue Andy Wharol : un quart d’heure de gloire pour chacun…. pour une vie d’anonyme. En participant aux réseaux sociaux, en suivant la mode, en se jetant sur les « télés-réalités », tous ceux-là montrent non pas leur singularité, mais plutôt leur capacité à s’indifférencier. Sans se rendre compte qu’à force de se vouloir tous différents pour ressembler à leurs maîtres ou leurs idoles, ils ont fini par être tous semblables dans cette volonté de différence. Pour ne pas se laisser engloutir par l’inutilité, la vanité de leur existence sans espoir et sans attrait, ils s’accrochent avec désespoir à l’hameçon tendu par ceux qui ont un nom, et s’oublient dans une illusion de singularité qui les berce sans les éveiller.

Et c’est justement cette illusion qui servira ensuite nos dirigeants. En perdant leur identité, ils leurs offrent ainsi l’occasion de leur attribuer un numéro. Et en fonction du groupe social auquel ils appartiennent de part leur identification particulière (le modèle qu’ils suivent), ils sont ainsi rangés, catégorisés, catalogués, comptabilisés dans un classement numérique, un fichier informatique.

Aidés par la technologie et soutenus par les médias, il est désormais envisageable pour le pouvoir de jouer sur le changement de paradigme évoqué plus haut : la peur. Peur de la mort, de l’oubli, du néant, de l’échec, de la misère, de la solitude, de l’inconnu, de l’autre, de la maladie… peu importe la peur. Ce qui importe, ce sont ses effets, bien plus puissants que l’espoir. Par l’intermédiaire d’une crise qui remet en cause le système actuel, ils ont subtilement transformé le paradigme de l’individualisme capitaliste « positif » (celui qui se singularise réussira) en une sorte de protectionnisme nationaliste « négatif »(nous sommes tous unis dans la défense de notre singularité, la nation), fondé sur la peur.

Que ce soit dans le domaine de la santé ( le dossier médical, une épidémie, le préventif…) avec le fameux « principe de précaution », ou le « traçage » de tous les produits manufacturés (les contrôles d’hygiène, de conformité,…), la peur est la cause de l’acceptation d’un contrôle permanent, un « scientifiquement prouvé » qui l’apaise en retour. En quelque sorte, on lui dit qu’il est malade, pour lui vendre un médicament inutile, puis on lui dit qu’il est guéri. tout le monde croit avoir gagné, sauf qu’il y en a un qui s’est fait avoir… par sa propre peur.

Ce mouvement, soutenu par l’informatisation (c’est à dire la mise en fiches) contribue également à la perte d’identités des anonymes, qui d’un côté espèrent en sortir, et d’un autre plongent volontairement dans cette « numérotation ». Car les fiches, ce sont des numéros. Que ce soit par l’intermédiaire de la sécurité sociale, de l’école, du permis de conduire ou des papiers d’identité, ou par celui de la carte bancaire, ou de fidélité, les numéros d’abonné ou celui d’immatriculation, ou encore de l’adresse IP ou de celui du téléphone portable, tous nos faits et gestes sont peu à peu numérotés, fichés, contrôlés. Sous prétexte d’une insécurité qu’on nous fait craindre, on nous vend le médicament du fichage, un numéro.

Et bientôt, grâce à ces peurs qu’engendrent les faits divers déformés par les médias et repris par les politiques, nous irons tous en masse nous faire vacciner, réclamer plus de caméras, et le fichage ADN, et la puce RFID. Pour lutter contre l’insécurité, les trafics, la contrefaçon, le travail au noir, nous irons même jusqu’à accepter tous les contrôles, la disparition de l’argent liquide, et l’abandon du pseudonyme sur internet; sans compter les cagoules, les burqas et autres éléments distinctifs.

Comme ça, à force de vouloir ne ressembler à personne nous aurons fini par tous nous ressembler, et surtout par avoir peur de l’autre, de tous les autres, ceux qui justement se distinguent, qui sont différents. On leur donnera un nom, et peut-être même certains rentreront-ils dans l’Histoire. Mais pour les autres, ceux qui ont pourtant le pouvoir de faire l’Histoire, ils auront tout perdu : en cherchant à sortir de l’anonymat, ils auront trouvé un numéro.

 

Caleb Irri

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vive la rumeur !

Posté par calebirri le 11 avril 2010

S’il y a une chose que même le capitalisme ne peut réussir à vaincre, c’est bien la rumeur. A partir du moment où les êtres humains sont doués de parole, et qu’ils se rencontrent, il y aura toujours des rumeurs… Petites ou grandes, les informations contenues dans ces rumeurs apprennent toujours quelque chose à ceux qui les entendent, mais ce n’est peut-être pas là le plus important. Le plus important, c’est justement ce que la rumeur nous apprend non pas sur les autres, mais sur nous-mêmes, nous qui les colportons.

Tout d’abord, elle rend bien compte de l’appétit de communication du genre humain : que ce soit durant la guerre ou sous la censure, les hommes conservent leur pouvoir d’imagination, ainsi que l’illusion de l’importance de leur personne. Que la rumeur soit inventée, infondée, partiellement ou totalement vraie, les mots avec lesquels elle est diffusée sont capables de la rendre à la fois plus crédible et plus complexe, ou plus belle ou plus vendeuse. Tous les textes fondateurs des mythes ne seraient-ils pas d’ailleurs l’aboutissement de l’amplification de la rumeur ?

Car le nombre de fois qu’elle est reprise et répétée compte aussi, ainsi que la légitimité de celui qui la colporte. Une rumeur qui s’installe dans le temps se transforme, et ce n’est pas toujours celle qui s’est rapprochée le plus près de la réalité qui aura raison pour l’Histoire. Une chose est sûre cependant, c’est que le « transmetteur » de la rumeur possède un pouvoir de mystification auprès de celui à qui il la fait découvrir : il est , au moins l’espace d’un instant, « celui qui sait », et cela flatte son ego.

Ensuite il faut constater la force de la rumeur : capable de faire tomber un gouvernement, de créer des mouvements de masses considérables et bien d’autres choses encore, elle est source de l’Histoire en même temps qu’elle participe à l’Histoire. Qu’elle soit vraie ou pas, la rumeur qui est crue vaut plus que la réalité qui ne semble pas vraie. Elle devrait nous rendre conscient de sa dangerosité potentielle, ainsi de ce qu’elle nous montre de notre crédulité. Mais nous en sommes friands, et il n’est pas envisageable de ne plus ni les produire, ni les colporter.

La raison de cette force réside dans la faculté de persistance que possède la rumeur, qui si elle grossit se gonfle jusqu’à former une sorte de vérité dans l’opinion publique, et qui par ce biais se doit d’être ou bien démontée par des faits, ou bien risque d’être validée même par le simple silence face à son expansion. Ce phénomène devrait nous interroger sur la puissance de ce qu’on appelle « l’opinion publique », ou « force du nombre » : en effet, c’est bien le rapport entre la capacité de l’émetteur et le nombre qui détermine la valeur de la rumeur, et fonde sa validité. Cela signifie que la rumeur, dans certaines conditions, dépasse la force des chiffres, du comportement rationnel, et donc que les mots peuvent avoir plus de pouvoir sur le comportement des hommes que l’appât du gain.

Quoique nous fassions, nous restons des êtres sensibles, et les relations que nous entretenons entre nous troublent sans cesse la volonté de perfection capitaliste qui ne cherche qu’une optimisation mathématique. Comme s’il était besoin de preuves, les échecs du capitalisme montrent bien le gouffre qui séparent les comportements désirés de ce système face à la réalité de ces derniers.

Et oui, « il n’y a pas de fumée sans feu ». Voilà une « sagesse populaire » qui résume bien l’imperfection humaine, capable de se fier à cette citation plutôt qu’aux résultats d’une entreprise, ou au démenti de la victime.
La bourse par exemple, qui représente pourtant la quintessence du chiffre, ne fonctionne en réalité que sur la confiance en les rumeurs qui proviennent d’informations plus ou moins certaines, ou par rapport aux résultats chiffrés d’indices de confiance assez subjectifs, même pour des mathématiciens.
Une rumeur de faillite peut la provoquer, comme la rumeur d’une trahison peut rompre un couple peu solide. Et les paroles censées inspirer la confiance peuvent aussi être l’origine de la rumeur du sauvetage de la Grèce, ce qui pourrait avoir un véritable effet si elle est assez crédible, ou l’effet inverse si elle ne l’est pas assez.

Mais cette absence « de fumée sans feu », qui évoque la force de la rumeur, lui donne un caractère communément accepté d’origine sérieuse, alors qu’il ne devrait pas en être ainsi. Il existe des rumeurs complètement infondées, inventées de toutes pièces, mais qui peuvent quand même avoir des conséquences réelles sur les comportements humains. En réalité on se fiche de savoir si l’origine de la rumeur est véritable ou non : le véritable enjeu est de savoir si elle est assez crédible ou pas. Ensuite, les conséquences de cette rumeur sont, elles, bien réels, et c’est bien cela qui compte. « La fumée », cela peut être l’origine du feu, en ce sens que cela peut être la rumeur qui engendre des réactions, réactions qui auront elles-aussi des répercussions véritables. Qu’il s’agisse de rumeurs concernant des hommes importants, ou des institutions financières, elles ont un poids réel et conséquent, et peuvent sinon détruire le système dans son ensemble, au moins le mettre à mal à peu de frais…

Face à ce constat, je ne peux donc que me réjouir de la persistance des rumeurs, et attendre de leur incroyable potentiel effectif les relais médiatiques suffisants pour faire tomber les murs qui nous oppressent… car quand on y pense, la rumeur n’est pas un acte délictueux, mais seulement une sorte d’interprétation de faits (réels ou pas) capable d’influer sur le cours des évènements ; tout le monde peut se tromper!   Et le jour où la rumeur qu’un autre monde est réellement possible prendra dans l’opinion publique, qu’elle sera assez puissante pour entraîner sa réalisation par la confiance qu’elle a engendré, alors il se pourrait que de rumeur elle devienne réalité. C’est tout ce que je nous souhaite

 

Caleb Irri

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la politique des échecs

Posté par calebirri le 27 janvier 2010

Quand on joue une partie d’échecs, on oppose deux camps qui ont un intérêt propre, contraire à celui de l’adversaire : faire tenir son roi debout ( ce qui équivaut à faire tomber celui de l’adversaire). La partie se termine lorsque l’un des deux adversaires capitule, abandonne (le « mat » ou le roi couché sur le plateau, en signe de soumission), ou bien se trouve en situation de cesser le combat « faute de combattants » : c’est le « pat ».

Le capitalisme fonctionne comme ce jeu. Il n’y a pas trois camps mais deux : les intérêts des pauvres contre ceux des riches. Nous savons combien il est difficile pour un des deux camps de vaincre l’autre, car dans la réalité, les riches ont besoin des pauvres, et réciproquement. Sans cette réalité c’est tout le jeu qui s’arrête. Mais,  à partir du moment où l’argent fut introduit dans les règles du jeu, la partie d’échec fut lancée…et à moins d’une guerre nucléaire ou d’un déluge entraînant le « pat », il ne fait aucun doute que la partie est loin d’être terminée.

Mais si le but des deux camps est bien connu (pour les pauvres c’est le communisme-dans le sens noble du terme- pour les riches l’autoritarisme), les moyens d’y parvenir doivent se trouver en tenant compte des règles du jeu. A moins bien sûr que l’un des deux camps veuille cesser la partie, mais en l’occurrence aucun autre jeu n’est proposé pour le moment.

Le but une fois posé, ce sont des règles qu’il faut parler, et des moyens de s’en servir pour parvenir à vaincre l’adversaire. Chaque camp dispose de pièces différentes ayant des caractéristiques de déplacement différentes, et possèdent une valeur de défense et d’attaque liée au positionnement de l’ensemble des pièces posées sur le jeu. Le pouvoir judiciaire, les médias, le pouvoir financier, le syndicalisme, toutes ces pièces ne peuvent exprimer leurs forces que dans certaines positions de jeu plus ou moins favorables, qui créent un rapport de force à l’avantage de l’un ou l’autre des deux camps.

Comme dans une véritable partie d’échecs, de multiples combinaisons d’attaque ou de défense sont possibles, mais l’ascendant pris par l’une des deux parties est parfois lourd de conséquences : si des pièces telles que la liberté de la presse, la justice et le syndicalisme sont « mangées » par l’adversaire, alors la partie devient extrêmement difficile. Il reste toujours une possibilité de les faire revenir dans le jeu, mais il faut aux pions beaucoup de courage et de technique pour atteindre le fond du plateau de jeu.

La partie d’échec dans laquelle nous sommes pris actuellement est en train d’attaquer dangereusement nos positions, et il semble que le jeu de l’adversaire soit en notre défaveur : il faut être vigilant pour ne pas se laisser prendre. Mais l’erreur habituellement commise par le joueur en difficulté n’est pas de ne pas l’être assez (vigilant), mais plutôt de l’être trop sur cette partie du jeu, en laissant de côté l’inévitable attaque parallèle qui se profile de l’autre côté du plateau. De pions mangés un par un, et qui au bout d’un moment empêcheront d’une part la formation d’autres pièces plus importantes une fois les grosses pièces mangées, et d’une autre la défense de ses grosses pièces par ces petits pions.

De plus, il ne faut jamais oublier que prévoir les coups que l’on va tenter de porter à l’adversaire est une bonne chose, mais que l’adversaire peut également prévoir ces coups, ainsi que ceux qu’il va porter une fois que vous aurez tenté les vôtres. Celui des deux adversaires qui aura la vue la plus large et la plus lointaine des évènements, des coups, sera sans doute le vainqueur de la partie : car non seulement il aura paré tous les vôtres, mais en plus il aura porté les siens là vous ne vous y attendiez pas, réduisant à néant toutes vos belles anticipations.
Lorsque l’on sait les capacités de vision et d’analyse que possède le camp des riches, on ne peut être que difficilement positif quant à la victoire finale, mais tout n’est pas perdu pour autant.

Car si les règles du jeu sont ainsi favorables aux riches, c’est que la partie a commencé il y a longtemps, et que l’équilibre est déjà rompu. Avec le temps, comme dans une partie, l’attention d’un des deux joueurs baisse inévitablement, et accepte ou ferme les yeux sur une modification des règles par le camp adverse. Ce n’est pas à proprement parler une tricherie, mais force est de constater que les pauvres se trouvent aujourd’hui dans une situation bien délicate, et face à un adversaire coriace. Mais s’il faut admettre que les règles du jeu sont modifiables, elles le sont des deux côtés de la partie : une fois acceptées par les deux, cela fait force de Loi. Et si le camp des riches est susceptibles de modifier certaines règles ( comme de transformer une pièce noire en pièce blanche par exemple), le camp des pauvres possède lui aussi ce pouvoir : soit en sortant du jeu, soit en menaçant de quitter la partie. Conscients du fait que le jeu s’arrête une fois toutes les pièces « mangées » par l’adversaire, et de celui qu’une partie jouée seul n’apportera pas la victoire à ce seul joueur, les pauvres peuvent justement faire valoir ce point de vue sans sortir du respect des règles supérieures inhérentes à tout jeu : pour que deux joueurs fassent une partie, il n’existe pas de règles immuables ; il faut seulement que les deux joueurs soient d’accord sur celles-ci.

Une fois cette précision apportée, il ne me reste plus qu’à vous poser cette question enfantine : et si on jouait à un autre jeu?

 

Caleb Irri

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Israël/Palestine : pourquoi deux Etats ?

Posté par calebirri le 6 décembre 2009

Cela fait déjà quelques temps que je me fais cette réflexion à propos du problème israélo-palestinien : pourquoi, au lieu de s’acharner à vouloir à tout prix la création de deux Etats, la communauté internationale n’évoque jamais cette possibilité : celle de n’en faire, justement, qu’un seul, mais pour les deux communautés ?

Car si on considère le problème d’une autre manière que celle habituellement retenue, bien des points rapprochent finalement ces deux peuples que l’on nomme parfois « les frères ennemis ». tout d’abord, il faut souligner que d’un point de vue culturel, les deux communautés sont assez proches puisqu’ils regardent les mêmes chaînes, vivent sous le même climat, partagent de fait la même terre. Bien sûr la propagande est différente dans les deux communautés, ainsi que la religion et de nombreuses autres choses. Mais leur histoire est commune : depuis plus de quarante ans que cette situation perdure, les deux peuples se connaissent finalement très bien, et de nombreux intellectuels favorables à la paix communiquent entre eux en réelle empathie.

Cette idée d’un Etat unique pour les deux peuples peut sans doute choquer au premier abord, ne serait-ce que d’un point de vue religieux. Mais lorsque l’on regarde les chiffres, on voit que la communauté israélienne, de confession majoritairement juive, comprend tout de même plus d’un million de musulmans. Et si on ajoute à ceux-là les palestiniens majoritairement musulmans, on arrive à un nombre assez proche de celui des juifs.

Imaginons un instant que l’on fasse tomber les murs et supprime les frontières qui séparent ces deux communautés, et on se trouverait de fait dans une situation nettement plus favorable à la paix : ces deux peuples ennemis, qui sont fatigués de cette guerre inutile, se mélangeraient rapidement dans un seul Etat, surtout si l’on considère le nombre important de résidents palestiniens en Israël, travaillant quotidiennement sur ce territoire.

La langue ne serait pas non plus un obstacle infranchissable, car le peuple d’Israël est dans sa majorité capable de comprendre et de parler l’arabe, pour des raisons de proximité géographique et d’intérêts économiques évidents. Et puis la création d’un Etat commun favoriserait l’élargissement culturel des deux parties au travers des médias qui, même s’ils sont orientés dans leur ligne éditoriale, seraient également accessibles aux deux communautés, qui finalement se trouveraient capables de juger plus objectivement la propagande diffusée par chaque camp.

Au sujet du terrorisme ensuite, on s’apercevrait rapidement qu’une fois la mixité en marche, leurs activités se trouveraient quelque peu gênées par cette dernière qui confondra peu à peu les deux communautés : n’ayant plus le repère des frontières ou des murs pour cibler leurs attaques, les attaques ne pourront que difficilement atteindre leur cible, et perdront ainsi de leur utilité politique.

Le seul problème réel ne réside pas dans la volonté des peuples mais plutôt dans le pouvoir politique, et leurs alliés respectifs qui sapent depuis plus de quarante ans et cette volonté, et toutes les initiatives éclairées proposées par certains personnages influents des deux camps.

Croire que la communauté internationale désire vraiment la paix entre ces deux peuples est une illusion, car les stratégies qui s’organisent autour de ce territoire dépassent largement le cadre des ces deux seules communautés. En réalité, seuls ces deux peuples seraient en mesure de faire la paix, pour ainsi dire malgré le pouvoir politique. La réponse à apporter ne peut venir que d’eux seuls, en instaurant par exemple une sorte de gouvernement alternatif de coalition bicéphale, où deux personnalités influentes et éclairées pourraient s’entendre pour faire un consensus autour de cette idée d’un Etat unique.

L’idéal serait évidemment l’appui de cette communauté internationale, mais c’est sans doute justement là qu’est la plus grande difficulté. Peut-être même, si une occasion pareille se présentait, verrait-on justement cette communauté s’effrayer des conséquences d’une telle union, car c’est toute leur stratégie guerrière et financière qui se verrait anéantie par la fin de cette guerre fratricide, autour de laquelle se cristallisent toutes les tensions internationales certes, mais aussi d’énormes enjeux de pouvoirs, financier et politique.

Alors que les peuples fassent leur travail, et ils verront bien de quel côté penche la communauté internationale : il se pourrait bien ainsi que les masques tombent alors, et qu’on comprenne mieux à quoi cette soit-disant union des Etats sert en réalité : favoriser les tensions pour faire fructifier leurs propres intérêts.

 

 

Caleb Irri

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vivre tue

Posté par calebirri le 24 novembre 2009

Le monde d’aujourd’hui est formidable : en un clic, en un zap, l’information est accessible, classée, ordonnée, attrayante. Une définition nous manque, un sujet nous intéresse, une info nous a échappé ? qu’à cela ne tienne, tout est possible avec internet. Sur la radio,  à la télé, des émissions nous instruisent, nous rassurent et nous mettent en garde contre certains dangers. A un tel point que les informations se mélangent dans nos esprits, nous troublent le jugement et nous conduisent à une sorte de schizophrénie malsaine.

Car le citoyen lambda d’aujourd’hui se doit d’être un citoyen éclairé, pour être critique : ayant accès à une multitude de sources, il lui faut être au courant du « dernier buzz » sur internet, de la dernière sortie polémique d’un politique sur une radio, des dernières recommandations du ministère de la santé. Celui qui ne sait pas ne participe pas, et passe pour un imbécile.

C’est pour cela que nombreux sont ceux qui comme moi, quotidiennement, font le tour des principaux médias pour s’informer, et surtout pour aiguiser leur sens critique.

Mais à force de tourner, je m’aperçois peu à peu qu’il devient à peu près impossible de vivre « normalement » si je tiens compte de tout ce que je lis, ou vois, ou entend toute la journée. La voiture est dangereuse pour la planète, le vélo pour ma personne. Les jouets pour enfants contiennent tout un tas de saloperies chimiques cancérigènes, le vaccin contre la grippe  possède des effets secondaires potentiellement dangereux mais sans doute moins que la grippe elle-même. Si je consomme équitable je me fais peut-être arnaquer, mais plus ou moins que si je consomme « bio » ? si je souhaite la régularisation des sans-papiers suis-je français au sens humaniste du terme ou cessé-je de l’être par mon manque de patriotisme ? puis-je arrêter de consommer chinois du fait que des enfants sont exploités là-bas, ou dois-je continuer pour leur permettre de gagner leur salaire de misère ? fumer donne le cancer, manger trop gras et trop sucré, ou trop salé n’est pas bon pour la santé, mais l’absence de goût  et de plaisir ne constitue pas la base du repas ? faire du sport c’est bien mais attention aux risques cardiaques ! il faut travailler plus pour nourrir sa famille que l’on ne voit presque plus, cesser de boire de l’alcool pour les raisons qu’on sait. Le stress est également un vecteur de maladie, mais comment échapper au stress dans un monde tel que celui-là ?

De la schizophrénie je vous dis ! plus personne ne sait ni quel comportement adopter, ni à quel saint se vouer. Le monde est si complexe, l’homme est si complexe, les infos si nombreuses et si contradictoires qu’il est quasiment impossible de savoir précisément si un comportement sera plus bénéfique à soi et à la société que l’absence de ce comportement.

Alors bien sûr on peut être tenté soit de ne rien faire du tout, pour ne pas prendre de risques, soit de faire de son mieux, et risquer des conséquences contraires au but recherché.

Pour ma part, étant quelque peu suspicieux quant aux conseils et à la propagande de la bien-pensante « pensée unique », il m’arrive parfois de rejeter tout en bloc, de remettre chaque information en cause, afin de de pas commettre trop d’erreurs. mais peut-être ai-je tort, ou alors…. ? ?

Ou alors il faut arrêter tout ça, laisser parler notre raison et considérer que la seule chose qui soit certaine, c’est que la mort attend son heure, et que jusqu’à cet instant fatal il est bon de faire le maximum pour son bonheur, quitte à raccourcir le temps qui nous sépare de cet instant, mais au moins pour une bonne raison : profiter de la vie.

Car au bout du compte, c’est la vie qui tue. Ne tuons donc pas la vie !caleb irri

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journaliste ou éditorialiste ?

Posté par calebirri le 18 novembre 2009

Suite au débat proposé sur europe1 entre le directeur d’une agence de presse et un rédacteur d’agoravox, il m’est apparu soudain que les deux intervenants de ce plateau entretenaient un dialogue de sourds, et ce pour une raison qui peut apparaître évidente mais qui n’a malheureusement été évoquée : les deux participants ne parlaient pas de la même chose.

Pour le premier, il évoquait les journalistes, qui ne sont de mon point de vue ni plus ni moins que les scribes de l’information. ils sont professionnels, et à ce titre ils disposent d’un diplôme, de compétences spécifiques et d’une technicité rédactionnelle. Leur métier est de transmettre l’information, mais pas de la juger. Bien sûr on peut critiquer la formation de ces professionnels, ou remettre en cause leur indépendance suivant le groupe auquel ils appartiennent, et même dénoncer les manquements auxquels ils sont sujets : mais cela ne contredit pas le principe d’objectivité des journalistes, qui n’ont pas à donner leur avis, ou seulement à suivre « discrètement » celui de leur rédaction.

Pour le second, il dénonçait la sélection des informations faites par les journalistes : c’est à mon avis une erreur. car les journalistes ne sont pas responsables de la politique éditoriale ou de la sélection de l’information, c’est la rédaction (et par voie de hiérarchie le propriétaire du média) qui détient cette responsabilité, tandis que les journalistes ne doivent se limiter qu’à rechercher et décrire des faits.
Mais tout ceci ne remet pas en cause l’intervention de ce dernier si l’on considère qu’il parlait des éditorialistes, et non des journalistes. Car ce sont les éditorialistes qui commentent l’information (et qui la propagent en même temps forcément), sans tenir compte de cette objectivité que l’on demande aux journalistes. Ils n’ont pas les devoirs de recoupement, de vérification ou de témoignage qu’on exige d’un journaliste, mais seulement celui de donner leur avis. Pour cela nul besoin d’être un professionnel, car c’est la force de persuasion de l’éditorialiste qui fait sa valeur. Au contraire du journaliste, l’éditorialiste prend des risques en donnant son avis, et ne peut absolument pas rentrer dans les cases du formatage assuré par les écoles.

Ces deux métiers sont donc bien différents, mais ils fonctionnent tout de même ensemble dans un même but : faire participer le citoyen à la connaissance d’abord, pour ensuite le faire réfléchir sur cette connaissance. C’est ce citoyen qui, à intervalles réguliers, se verra invité à voter pour une politique, politique qui aura pris ses racines dans le monde que les journalistes amènent à notre connaissance, et que les éditorialistes nous aident à interpréter.

Cependant, il ne faut pas négliger le fait que les éditorialistes des médias les plus populaires sont souvent sous tutelle de celui qui les emploie, ce qui fait une grande différence avec internet, où les éditorialistes sont à la fois plus libres et plus divers. Mais à partir du moment où l’opinion n’est pas un délit, chacun peut penser à peu près ce qu’il veut d’une information, et en dire à peu près n’importe quoi. La sanction du public est libre elle aussi, et celui dont les idées ne plaisent à personne verra sa popularité décroître, tout simplement. Il ne peut y avoir de contrainte physique exercée sur ce type de votes « par abstention », car la distance qui sépare les internautes est bien plus grande que celle qui sépare le patron de son employé.

Alors évidemment ces éditorialistes du web disent parfois de gros mensonges, mais ils n’ont de valeur que celle qu’on veut bien leur donner. Pour ma part je préfère la liberté de dire des bêtises que l’obligation de répéter ce qu’on me dit de dire. Mais je ne dois pas être le seul, car au train où vont les choses, les éditorialistes des médias « traditionnels » auront bientôt totalement déserté les salles de rédaction pour se précipiter sur le net afin d’y donner véritablement leur avis. Les journalistes n’ont qu’à venir vérifier, les éditorialistes commenteront !

 

caleb irri

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