Ce que les économistes ne nous disent pas

Posté par calebirri le 7 juillet 2012

Alors que la crise bat son plein et que les mesures imposées par les marchés seront à coup sûr entérinées d’ici à peu par des gouvernements serviles, la bataille fait rage pour savoir si elle seront suffisantes pour redonner aux différents acteurs économiques la confiance qui leur fait défaut, tout en réduisant le taux d’endettement des pays les plus fragiles, et cela sans (trop) nuire à la croissance.

Nombreux sont ceux qui naturellement s’opposent, parmi les peuples, aux différents mécanismes proposés par les dirigeants européens, tandis que tous les analystes politiques ou économiques semblent se faire à cette idée comme étant la seule option valable, du moins à court terme. Mais personne ne semble en mesure de proposer d’autres alternatives capables de faire coïncider les deux éléments contradictoires que sont l’effacement de la dette et le retour à la croissance, et encore moins de nous laisser entrevoir d’autres perspectives que l’austérité générale ou la mort de la démocratie. Car si on fait le tour du petit monde médiatico-économico-politique qui sévit sur la toile, il apparaît qu’en dehors des critiques ou des descriptions (parfois fort justes) de la situation il manque une sorte de « force » susceptible de voir plus loin que la simple critique des événements, sur le long terme. On connaît tous le vieil adage qui dit « gouverner c’est prévoir », mais force est de constater qu’à part prévoir l’adoption des mesures concernant le « paquet » européen, nul ne s’aventure pour nous dire ce qui se passera une fois ce plan de sauvetage adopté par l’Europe.

Et pourtant ne serait-il pas important de savoir ce qui se passera « après » l’adoption du mécanisme de stabilité et de croissance (MES), de la création du fonds de secours européen (FESF), et à terme du fédéralisme européen ?
Que se passera-t-il une fois les conditions de travail dégradées, les salaires baissés, les droits sociaux anéantis, et l’harmonisation fiscale et bancaire réalisées ? On nous parle aujourd’hui de sacrifices pour retrouver la compétitivité, mais si les peuples doivent y consentir, qui peut aujourd’hui leur dire ce qui se passera à moyen ou à long terme ?

Les banques referont-elles crédit ? Les salaires vont ils ré-augmenter ? Les conditions de travail vont-elles s’améliorer ? Le chômage va-t-il baisser ? Et les investissements reprendre, ou les impôts être réduits ?

Et combien de temps va-t-il durer, ce « temps des sacrifices », et puis surtout quels sacrifices et pour qui ?

Voilà ce que nous voudrions bien savoir, et voilà justement ce qu’on ne nous dit pas.

La seule chose que nous soyons en état de constater aujourd’hui, c’est que monsieur Hollande n’est pas de gauche, que l’affaire du Libor n’est pas un cas unique, que les riches continuent de s’enrichir, que l’Europe n’explosera pas et surtout que tous les hommes de pouvoir sont des menteurs, en plus d’être corrompus. Comment dans ce cas se sentir rassurés ?

Alors maintenant j’en appelle à tous les économistes et autres statisticiens chevronnés qui parlent si haut pour dénoncer les excès des « banksters » ou les illusions des utopistes : rassemblez-vous et réfléchissez bien, calculez et anticipez, faites autant de probabilités, de calculs de risques que vous le désirez, lisez les bilans des entreprises et relisez vos théories rationalisées, prenez les marges d’erreur qui vous conviennent et dites nous ce qui se passera après l’adoption du plan. Faites-nous savoir en quoi la baisse des salaires et le fameux « retour à la compétitivité » nous sera bénéfique à long terme, et comment nous nous relèverons après-demain plus forts que nous le sommes aujourd’hui. Ce que nous voudrions savoir, c’est ce que dit la théorie sur laquelle s’appuient les agences de notation, les analystes et autres météorologues de l’apocalypse… Que tous les savants prédicateurs qui s’expriment quotidiennement sur les « grands » médias nous décrivent leur plan par le menu, qu’ils aillent vraiment jusqu’au fond des choses et qu’ils nous fassent parvenir leurs résultats, qu’on voit de quoi il retourne.

Il faut de l’austérité, il faut baisser les salaires, licencier du personnel, réformer le code du travail pour sauver l’Europe d’accord, nous vous avons bien entendu… Mais et après ? Et après ?

Et puis quand bien même, si l’Europe parvenait à faire « repartir la croissance » au prix des sacrifices aujourd’hui exigés, que se passerait-il au niveau mondial ? Ceux qui voyaient leur situation s’améliorer, ceux qui espéraient gagner des parts de marchés à l’international, vont-ils devoir s’asseoir à nouveau sur leurs espoirs ?

Je mets au défi tous les économistes de la planète de nous prouver comment les mesures qu’ils soutiennent aujourd’hui favoriseront demain les conditions d’existence de plus d’êtres humains qu’hier. J’affirme par avance que cela est impossible, pour la simple et bonne raison que tout cela est incalculable, et que nous le savons tous. Vous pourrez prendre la chose de quelque côté qui vous convienne, le capitalisme favorisera toujours les uns au détriment des autres, et ce n’est certainement pas en se fourrant la tête dans le sable que nous trouverons le moyen de sortir de cette aberration.

La décadence d’une civilisation commence le jour où les hommes cessent de prévoir l’avenir pour tenter de sauvegarder un présent qui leur échappe. Car si au lieu de se pencher sur les moyens de sauvegarder un système qui a fait preuve de son inadaptation nos « penseurs » se mettaient à imaginer celui qui doit le remplacer, alors l’espoir pourrait renaître aussi rapidement qu’il a disparu.

Caleb Irri
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Et si pour faire gagner la gauche il valait mieux voter à droite ?

Posté par calebirri le 16 avril 2012

L’échéance approche. Bientôt les électeurs Français se rendront par millions voter au premier tour de l’élection présidentielle, et cela malgré le constat largement partagé de l’arnaque que constitue le système électoral français.  Mais faire ce constat ne résout malheureusement rien. Il faut désormais faire preuve de pragmatisme et regarder la réalité en face : au delà du débat d’idées et de la conviction politique se trouvent la tactique et la stratégie, et les résultats du premier tour ne représenteront pas la volonté du peuple mais bien le fruit d’un calcul paradoxal dans lequel la raison se perd inévitablement.

 

Avant d’aller plus loin dans cette démonstration en regardant de plus près les hypothèses qui se dessinent , il faut tout de même aborder le contexte dans lequel se déroule ce scrutin, à savoir la situation économique et sociale dans laquelle se trouve la France elle-même, ainsi que celle plus large dans laquelle se trouve l’Europe toute entière. Et prendre en compte quelques éléments en théorie indépendants du scrutin mais qui influencent clairement les résultats :

 

-La mainmise des marchés financiers sur le débat électoral qui rend plus que jamais service au concept de « vote utile » en imposant un deuxième tour entre les deux soumis au système, messieurs Sarkozy et Hollande. Ayant clairement fait savoir que la spéculation sur la dette française dépendrait du président élu, Nicolas Sarkozy est pour eux le favori de cette élection.

- Le conflit d’intérêt scandaleux qui permet à un chef de l’Etat-candidat de faire campagne avec la puissance de la propagande gouvernementale, comme on le voit ces derniers temps avec l’instrumentalisation de certains faits divers et les déplacements présidentiels dont il profite pour faire sa campagne.

-l’abstention record en l’absence d’une part de la comptabilisation du vote blanc, et de l’autre de l’inutilité de prendre part à un scrutin qui désignera presque inévitablement l’un des deux « favoris ». Sachant que cette abstention profite sans doute en réalité à ces deux-ci, les abstentionnistes n’étant en général pas proches des partis traditionnels.

 

Ce lourd constat réalisé, restent à étudier les différentes possibilités que nous offre le premier tour : si on table raisonnablement sur l’absence au second tour des « petits candidats », seuls restent en lice, potentiellement donc, François Bayrou, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Sarkozy et François Hollande :  soit 3 challengers et 2 favoris.

 

Il faut exclure cependant les hypothèses donnant victorieux deux challengers, que ce soient par exemple madame Le Pen et monsieur Mélenchon ou monsieur Bayrou et monsieur Mélenchon. Les seuls duels « acceptables » seront Le Pen/Hollande (1), Le Pen/Sarkozy (2), Mélenchon/Sarkozy (3), Hollande/Bayrou (4), Sarkozy/Bayrou (5), Hollande/Mélenchon (6), Hollande/Sarkozy (7).  En tout 7 duels possibles. Dont deux sont hautement improbables étant donné que ceux qui votent au premier tour pour des « petits candidats » de droite ne vont certainement pas voter Le Pen au premier tour et Hollande au deuxième, ni ceux de gauche pour Mélenchon au premier et Sarkozy au deuxième. La configuration qui verrait Le Pen/Sarkozy comme il y a eu Chirac/Le Pen me semble aujourd’hui impossible au même titre qu’un Mélenchon/Hollande, surtout après ce qui s’est passé en 2002. Mais de toutes les manières l’un comme l’autre de ces duels verrait les deux principaux candidats gagner au second tour. Regardons ce qui peut raisonnablement advenir de ces duels :

 

possibilité (1) :  Hollande gagnant

possibilité (2) : Sarkozy gagnant

possibilité (3) : Sarkozy gagnant

possibilité (4) : Hollande pas sûr d’être gagnant

possibilité (5) : Sarkozy pas sûr d’être gagnant

possibilité (6) : Hollande gagnant

possibilité (7) : Sarkozy ou Hollande

 

Dans tous les cas de figure ce sera donc soit Hollande soit Sarkozy, sauf les cas (4) et (5) qui restent indécis, mais cette option est difficilement crédible aux vues des sondages récents. Le seul rôle que pourrait jouer monsieur Bayrou se situe dans un duel Sarkozy/Hollande, ce qui revient à dire qu’il est plus utile pour la droite comme pour la gauche de ne pas voter Bayrou. Ce qui devrait nous aider à nous interroger sérieusement sur l’utilité du premier tour, hors mise celle qui consiste à faire de savants calculs qui conduisent aux aberrations qui vont suivre, car en définitive, si on récapitule :

 

-pour faire gagner la droite (ou faire perdre la gauche c’est selon), il faut donc ne pas voter Bayrou car le report de voix est incertain, et surtout il vaut mieux voter Mélenchon que Le Pen. Le plus sûr étant de voter… Sarkozy, et cela dès le premier tour.

-pour faire gagner la gauche (ou faire perdre la droite c’est selon), il ne faut toujours pas voter Bayrou, et il vaut mieux voter Le Pen que Mélenchon. Le plus sûr étant de voter… Hollande, et cela dès le premier tour.

 

A quoi sert donc le premier tour puisqu’il faut voter « utile » dès le premier, si ce n’est à servir l’illusion démocratique, en faisant croire par exemple que le pluralisme existe dans notre pays, et que nous avons le choix ? Car au lieu focaliser l’attention du peuple sur les aberrations de ce système électoral il noie son esprits dans des calculs interminables et laisse le champ libre aux deux candidats d’un même système, celui qui souhaite que l’on se soumette à sa volonté plus qu’à celle du peuple.

 

 

Mais ce n’est pas tout : car tout s’inverse encore une fois si l’ on considère les derniers rapports des donneurs d’ordres de ce système. Si l’on en croit leurs analyses, la rigueur et l’austérité seront les seuls programmes applicables, que le président soit « de droite » ou « de gauche ». Ce qui fait qu’en réalité la droite a plus intérêt à ce que la gauche arrive au pouvoir et la gauche que ce soit la droite qui gagne, car il est presque certain que les contraintes auxquelles devra se soumettre le futur président fera de lui l’homme le plus détesté de France.

Cela signifie qu’à part l’immunité que confère au candidat le statut de président (qui n’intéresse que Sarkozy et quelques proches), la droite a dans l’ensemble intérêt à ce que Hollande devienne président pour faire le « sale boulot », et revenir aux affaires en 2017, quand le peuple sera suffisamment dégoûté par « la gauche ». Et pour la gauche, l’idéal serait de « supporter » Sarkozy encore pour 5 ans, afin qu’au terme de son second mandat il soit si détesté qu’il ouvre grand les portes à gauche pour la suite.

 

Voilà l’état dans lequel la démocratie française se trouve actuellement : mort cérébrale. Le système électoral censé respecter la volonté du peuple ne permet dans la pratique aucun changement de gouvernance et le rôle du peuple se limite à assumer consciemment le « non-choix » schizophrénique qu’on lui impose. A tel point que pour faire gagner la gauche, il puisse se demander s’il ne ferait pas mieux de voter à droite.

 

Caleb Irri

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Ce qui se cache derrière le « péril musulman »

Posté par calebirri le 11 avril 2012

Alors que la crise économique devrait être le premier des soucis de nos hommes d’Etat, un autre danger fait désormais son apparition dans les médias : « l’islamisation » de l’Europe. Comme cela s’est déjà produit lors des précédentes crises économiques, les responsables de celles-ci tentent à nouveau de faire diversion par le biais religieux, pourtant à l’origine de tant et tant de massacres et de guerres inutiles… Et aujourd’hui ce sont les musulmans qui, victimes d’une propagande basée sur des amalgames et des raccourcis successifs et ininterrompus, sont devenus pour ceux qui se définissent eux-mêmes comme l’Occident l’ennemi qui met en péril les « valeurs » (démocratiques) de notre « civilisation ».

 

Il serait facile de se laisser tenter par cette vision manichéenne d’un monde scindé entre deux « civilisations » dont l’une serait le bien et l’autre le mal, et le terrorisme islamiste offre bien des arguments en faveur d’un renforcement de la sécurité, logiquement revendiqué par une opinion publique qui confond aisément fait divers et fait de société. Et puisque le peuple se sent en danger, le rôle des gouvernants n’est-il pas de lutter contre ?

 

Mais ce serait oublier une chose essentielle : le péril musulman n’existe pas. Et vouloir lutter contre un danger qui n’existe pas c’est pour le peuple  accepter des sacrifices inutiles, voire désastreux. Car contre qui croyez-vous que les mesures sécuritaires qui nous seront bientôt imposées seront dirigées in fine, si ce n’est contre la population toute entière, et ce quelle que soit son obédience ? On dit que la sécurité s’oppose à la liberté, en ce sens que pour contrôler, surveiller et punir les comportements « à risque » d’une certaine population, il faut se résigner à redéfinir le cadre de nos libertés individuelles. Cela signifie déterminer quel groupe viser, selon quels critères, et en rapport avec quelle autre type de population. Cela nécessite de revoir et d’élargir les définitions du terrorisme, de la liberté d’opinion telle qu’elle est pour l’instant écrite dans la Constitution, ainsi que les moyens de la lutte contre le terrorisme, pour y insérer les individus qui ne rentraient pas dans ce cadre auparavant (puisqu’on n’a pas pu les empêcher d’agir)…  Mais nos gouvernants ne sont pas stupides et veulent faire croire qu’en réalité le terroriste peut être n’importe qui : votre voisin, votre fils peut-être, vous-même pourquoi pas ? Suivant ce raisonnement il devient alors possible (et nécessaire ?) de surveiller tout le monde sous prétexte de sécurité, de lutte contre le terrorisme, et de supprimer les libertés individuelles qu’ils sont censés garantir par ailleurs.

 

Cela commencera par un premier amalgame déjà bien usité autrefois, qui consiste à faire des défenseurs des libertés les « complices tacites » de la communauté stigmatisée. On voit déjà poindre de dangereux raccourcis qui essaient de faire passer ceux qui luttent contre les amalgames qu’entraine une propagande fondée sur la peur et sur la haine pour des « anti » sionistes, ou des « complotistes », sur le principe du « qui n’est pas avec nous est contre nous ». Mais lutter contre l’instrumentalisation politique n’est pas soutenir les terroristes. Lutter contre la propagande grossière qui met en péril des années de bonne intelligence entre les différentes confessions religieuses c’est lutter certes pour la liberté religieuse et la paix, mais aussi et surtout pour la liberté de tous. Car de même que les juifs n’étaient pas une réelle menace pour le « Lebensraum » des Allemands, les musulmans ne souhaitent pas imposer la charia en France (comment le pourraient-ils d’ailleurs ?). Qui peut croire encore que demain les musulmans envahiront la France pour imposer leur religion, leurs coutumes et leurs lois, alors que ces mêmes musulmans se battent justement dans de nombreux pays pour y échapper ?

 

Cela est trop simpliste, et les Renseignements Français sont bien placés pour le savoir. Derrière le péril musulman se cache en réalité un danger plus grand, le danger de l’autoritarisme. Le péril musulman est une sorte de paravent idéologique destiné à faire voter de nouvelles lois qui permettront à terme d’enfermer à peu près n’importe qui et pour à peu près n’importe quoi, pour peu que la définition du terrorisme soit suffisamment ouverte à l’interprétation juridique. Les véritables ennemis de nos dirigeants ne sont pas les musulmans ni les terroristes dont ils se servent pour leur propagande mais les contestataires de ce régime qui tomberont bientôt sous le coup de la Loi. Et quand le peuple sera soumis à la surveillance, au contrôle et au fichage permanents d’un gouvernement autoritaire et qu’il verra les libertés qu’on lui avait promis de sauvegarder complètement détruites, il se rappellera les luttes contre ACTA et Hadopi, contre les lois antiterroristes, le fichage généralisé ou la définition d’une identité nationale. Il se souviendra que certains « terroristes » n’étaient pas musulmans, et qu’ils luttaient non pas pour l’islamisation de l’Europe mais pour les libertés de tous. Et il comprendra que ces derniers n’étaient pas des terroristes mais des résistants. Peut-être même, encore plus tard, parviendra-t-il à  se rendre compte que derrière le péril musulman se cachait un danger bien plus grand, celui de l’autoritarisme… Sera-t-il alors encore temps d’y échapper ?

 

Caleb Irri

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Le vote utile est une arnaque

Posté par calebirri le 25 février 2012

Pour définir une dictature, il existe un critère « objectif » qui n’est contesté par (presque) personne : celui du parti unique. La démocratie étant elle-même (et à tort, dirons certains) définie par le pluralisme des opinions qu’elle est censée garantir, elle permet au peuple, par le biais d’élections libres et non truquées, de se choisir des représentants ayant différentes opinions mais qui fonctionnent ensemble à travers un dialogue constructif dans l’intérêt général. Des contre-pouvoirs sont également institutionnalisés pour éviter les abus de pouvoir, qui sont de nature législative, exécutive ou  judiciaire, et auxquels s’ajoute la presse.

 

Même si la confiscation de ces quatre pouvoirs par le gouvernement actuel fait dire à certains, en référence à la déclaration des droits de l’homme et du citoyen (article 16 : « Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée n’a point de Constitution »), que la démocratie n’existe pas en France, ce pays dispose pourtant de nombreux partis, et la campagne électorale qui a commencé compte une multitude de candidats. Comment pourrait-on alors douter du caractère démocratique de notre pays puisque, à chaque élection présidentielle et même aux législatives, le peuple peut se choisir d’autres représentants lors de ces scrutins ?

 

Tout d’abord il convient de rappeler que le président de la République française est désormais élu pour cinq ans, tout comme les députés. La récente modification de la Constitution qui a remplacé le septennat par le quinquennat interdit de fait les cohabitations, car les élections législatives interviennent quelques semaines seulement après les élections présidentielles, ce qui accorde presque automatiquement au nouveau gouvernement la majorité à l’Assemblée Nationale, c’est-à dire quasiment les pleins pouvoirs, pour peu que le sénat ne change pas de camp.

 

Ensuite, l’élection présidentielle accorde à tous les partis la possibilité de présenter un candidat, pour peu qu’il ait les quelques qualités indispensables pour y prétendre, plus quelques 500 signatures de soutien de la part des maires de France (sur 37 000 communes) : cela laisse théoriquement de la marge pour de nombreux prétendants, mais la concomitance  et la proximité des deux scrutins (de nombreux maires sont députés et la plupart sont « encartés » dans un parti) met une pression supplémentaire sur les stratégies électorales : certains candidats affirment que les appareils de parti les empêchent d’obtenir les signatures nécessaires à leur validation.

Et puis il y a  le financement des partis, dont seuls ceux qui font plus de 5% aux élections sont remboursés de leurs frais de campagne, ce qui avec l’impossibilité de recourir à des investisseurs privés limite le nombre des petits candidats. Si on ajoute à cela les fraudes « légalisées » qui autorisent la création d’une multitude de petits partis capables de servir les finances des grands partis, le champ des possibilités se restreint encore un peu plus pour assurer le multipartisme.

 

Et enfin le mode de scrutin à deux tours, qui met les deux plus grands partis toujours en tête au deuxième tour (sauf cas exceptionnel), crée un précédent psychologique qui conduit les citoyens à laisser de côté leur « premier choix » pour se rabattre sur une sorte de « tactique » mathématique qui, par auto-réalisation, anticipe la présence des deux favoris au deuxième tour. C’est là qu’intervient la notion de « vote utile ». Partant du principe que de toutes les manières seuls les deux plus « gros » candidats arriveront à se qualifier au deuxième tour, on s’aperçoit qu’en guise de pluralisme le dialogue politique s’organise en réalité autour d’un bipartisme qui, si l’on y regarde de près, ressemble fort aux deux faces d’une même médaille, et ce à tel point que l’on emploie désormais le terme « UMPS » pour les désigner tous deux ensemble.

 

En définitive, la seule opposition qu’on peut trouver entre l’UMP et le PS n’est pas une différence idéologique (tous deux sont des libéraux) mais une différence d’intensité (le PS est moins « à droite » que l’UMP). Et la confusion qui règne chez les électeurs réside non pas dans les programmes des candidats (lorsque monsieur Sarkozy aura un programme, on s’apercevra qu’il est assez semblable à celui de monsieur Hollande), mais dans l’inconscient collectif qui se fait abuser par l’appellation historique du parti (anciennement) à tendance socialiste.

 

Pour le reste, les deux grands partis qui exercent ENSEMBLE le pouvoir depuis plus de trente ans défendent ENSEMBLE les mêmes intérêts, ceux de la classe sociale qui les nourrit, à savoir les 1% capables d’imposer leur volonté et qui leur permettent de continuer à toucher leurs émoluments sans trop de peine, pour peu qu’ils fassent ce qu’on leur demande : c’est un peu « arrangez-vous comme vous voulez entre vous, tant que vous votez ce qu’on vous dit de voter, personne ne viendra vous embêter ».

Après ça qu’on vienne encore me dire qu’il faut aller voter, ou pire encore qu’il faut voter « utile »… Mais c’est quoi le vote utile, et utile pour qui d’ailleurs ? A tous ceux qui se donnent une bonne conscience de citoyen en se soumettant au « non-choix » de l’UMPS  je voudrais leur dire qu’ils se trompent, car la démocratie n’existe déjà plus : le pouvoir n’appartient pas au peuple mais à un seul et même parti unique divisé en deux, qui s’arrangent entre eux pour s’arroger des privilèges éhontés, et qui font semblant de se battre pour donner le change à ceux qui croient remplir leur devoir en allant voter pour l’un ou l’autre des deux candidats d’un même parti. Comme cette histoire qu’on raconte à propos de la guerre de sécession durant laquelle un des frères Rothschild finançait le nord pendant qu’un autre finançait le sud : le résultat était que l’argent, comme chez nous les bulletins de vote, allait dans les mêmes poches.  Le vote utile n’est qu’un leurre offert en pâture aux citoyens pour les empêcher de choisir tout en leur donnant l’illusion de le faire.

Le vote utile est le mépris du citoyen, en même temps que la preuve flagrante du caractère anti-démocratique de notre système électoral. Il n’y a pas d’alternance possible, pas de renouveau idéologique envisageable, pas de pluralisme réel, pas d’opinions divergentes audibles. Le bipartisme c’est le parti unique ; et le vote utile une arnaque.

 

Caleb Irri

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La crise n’est pas économique : elle est idéologique

Posté par calebirri le 6 novembre 2011

La crise qui traverse aujourd’hui le monde dans son ensemble ne peut décemment plus être nommée « crise financière » : cela va beaucoup plus loin. C’est une crise systémique, c’est à dire une crise qui remet en cause le système tout entier, à savoir le capitalisme. Car le capitalisme n’est pas un système permanent ou universel, mais une idéologie. C’est le fait de croire que la somme des intérêts individuels favorise l’intérêt général. Ce qui est faux : les chiffres le montrent, et les faits le prouvent.

 

Ce mensonge, ou si l’on préfère cette illusion dont nous avons été victimes, est en train de laisser place à une prise de conscience populaire réaliste : on voit bien que cela ne marche pas. Et c’est pourquoi tous les économistes du monde ne pourront rien y changer. Et c’est pourquoi il est totalement vain d’espérer retrouver qui la croissance, qui l’emploi, qui la rentabilité : le capitalisme a fini par tomber le masque, et se met à montrer au grand jour les effets de son a-moralité.  J’ai déjà tenté d’expliquer ( dès avril 2010) à quel point la situation économique actuelle est inextricable, car tout le monde commence à comprendre qu’en économie, donner à l’un signifie prendre à un autre. Les citoyens ne font plus confiance à ce système, pas plus qu’à leurs agents ; et ils ont bien raison. Car en économie, les deux camps qui s’affrontent actuellement ne jouent la partie que sur un terrain capitaliste, et c’est n’est qu’à l’intérieur de ce système que s’opposent les deux visions qu’on nous propose aujourd’hui, à savoir le protectionnisme ou le libre-échange.  Tandis que le réel donne à voir les limites non pas de l’une ou de l’autre de ces deux options, mais du système lui-même.

 

De là un décalage croissant entre entre ce que veulent les peuples et ce que proposent les dirigeants : car d’une manière ou d’une autre, le capitalisme ne peut satisfaire à l’intérêt général, que ce soit dans un cadre de libre-échange (à l’intérieur duquel les BRICs et les pays « émergents » seront les vainqueurs au détriment des pays dits « développés »), ou dans celui du protectionnisme (à l’intérieur duquel les puissances « historiques » imposeront leur vision d’une nouvelle gouvernance mondiale : un Empire européen allié avec les Etats-Unis, soumis au FMI et peut-être à sa future monnaie -le bancor – capable de contrer la montée en puissance des « émergents »). Mais de quelque côté qu’on le prenne, ce système favorisera toujours les uns au détriment des autres, et c’est CELA que les peuples ne supportent plus.

La question qui se pose désormais à tous, et à laquelle le nouvel « Empire européen » ne doit pas répondre seul, est donc bien celle-là : vaut-il mieux subir le capitalisme ou en sortir ?

Avec comme corollaire la question suivante : après le capitalisme il y a quoi ?

 

Et les réponses à cette question ne sont pas d’ordre économique, mais philosophique. C’est une idéologie qu’il nous reste à construire, avec d’autres questions concernant la vie en société des êtres humains : l’argent est-il nécessaire, qu’est-ce que la démocratie, quels sont les véritables besoins des hommes, etc…?

 

Pendant ce temps nos gouvernants, perdus entre le retournement du capitalisme et leurs désirs de conserver le pouvoir, tentent par tous les moyens d’échapper à cette question cruciale pour l’avenir de l’humanité. Préférant l’injustice d’un système qu’ils connaissent à la mise en place d’une véritable réflexion collective sur les meilleurs moyens de favoriser l’intérêt général, ils s’imaginent pouvoir faire cesser la montée en puissance des Etats émergents en imposant à leurs peuples une cure d’austérité inacceptable, et en refermant les frontières autour de ce nouvel Empire qui n’aura plus rien de démocratique. Prétextant la crise et le besoin de « protection » que les peuples fragilisés désirent bien naturellement, ils profiteront de la naïveté de ces derniers pour mettre en place une sorte de « contre-retournement » qu’ils croient en mesure de sauver leur statut, à travers un retour « discret » au protectionnisme, pour croient-ils reprendre l’avantage.

Mais tous se trompent également, et tous les économistes du monde ne sauront régler le problème ainsi. Car le protectionnisme est en réalité une autre forme de conquête (par la force), et rien n’indique que les pays aujourd’hui puissants soient encore les plus forts demain.

 

Et c’est à ce point  que nous devons relier le référendum avorté en Grèce à notre réflexion : en sortant de la zone euro et en refusant de rembourser la dette, peut-être s’apercevrait-on enfin qu’un pays peut tourner sans l’Europe, et que ce ne sont pas les peuples qui ont besoin des dirigeants pour les sauver de la misère, mais nos dirigeants qui ont besoin des peuples pour sauver « leur » Europe (comme le prouve l’attachement constant du couple franco-allemand à aider la Grèce « malgré elle »), et avec elle leur domination.

 

Une chose est sûre cependant, c’est que les peuples ne gagneront ni à l’une ni à l’autre des deux options économiques. Le niveau de la dette, les cours de la bourse ou la note des agences n’intéressent pas les peuples, car il y aura toujours des maisons à construire, des champs à cultiver, des hôpitaux et des écoles, des routes et des ponts…

Les peuples, eux, n’ont besoin pas besoin des économistes et de tous leurs calculs, mais d’une nouvelle idéologie capable de les faire tous vivre décemment, sans préjuger du lieu où ils sont nés, ni de leurs ascendances sociales. Vivre sans la misère, c’est tout ce que demandent les hommes. Ce que le capitalisme est incapable de leur apporter.

 

Caleb Irri

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Le retour de la morale peut-il faire tomber le gouvernement ?

Posté par calebirri le 3 septembre 2011

Il paraît qu’on veut faire revenir la morale à l’école : il était temps ! Il est tout à fait formidable qu’on s’aperçoive enfin du nombre de générations perdues avec sa disparition : ces mêmes politiques qui en ont tellement manqué lorsqu’ils étaient petits, voilà une bonne chose qu’ils soient encore capables de le reconnaître.

 

Imaginez donc ! C’est en réalité une vraie révolution à laquelle nous assistons avec ce retour aux cours de morale : faisant amende honorable, nos bons gouvernants renoncent apparemment à offrir à nos enfants une éducation comparable à celle qui a été la leur, c’est-à-dire une éducation sans morale ; permettant ainsi de faire cesser les conséquences désastreuses liées aux incroyables manquements dont ils ont été eux-mêmes victimes jusqu’à maintenant. Voilà peut-être même de quoi expliquer la crise financière, les guerres qui ont essaimé les dernières décennies, les mensonges auxquels nous avons eu droit, la corruption généralisée qui a gangrené toutes nos élites…. C’est parce que les cours de morale avaient disparu dans la scolarité de nos chères têtes blondes devenues grandes, soumises uniquement à la dictature de la rentabilité et faisant fi des principes philosophiques les plus élémentaires que notre monde est devenu ce qu’il est aujourd’hui.

 

Car après tout la morale est une notion philosophique qui implique une distinction entre le « bien » et le « mal » permettant de différencier les actions moralement satisfaisantes de celles moralement condamnables : c’est la justice qui est en jeu derrière la morale, et on voit bien où cela nous a mené : recevoir des dictateurs pour récupérer ensuite leur pétrole par la force, promettre « travailler plus pour gagner plus » et relever ensuite l’âge de départ à la retraite, laisser les Africains mourir de faim pendant qu’on sauvait les banques, c’est cela la politique sans la morale. Avec des cours de morale à l’école, ces comportements n’auraient pas pu être admis : « ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse », « ne vole pas ton prochain », « ne mens pas », tout cela c’est de la morale, et on ne peut que se satisfaire de voir les choses s’améliorer.

 

Mais ne blâmons pas trop vite nos dirigeants, ce n’est pas leur faute après tout : c’est bien l’idée de tous ces « gauchistes » de soixante-huitards attardés d’avoir voulu supprimer tout cela, et regardez maintenant où nous en sommes ! On imagine quelle peine doivent ressentir aujourd’hui les Luc Chatel et autres misérables victimes de l’éducation nationale de gauche… Mais aussi quelle force de caractère pour oser s’élever contre ces mauvaises habitudes ! … l’idéologie et le conditionnement vont pouvoir cesser enfin, et c’est toute la planète qui bénéficiera sans doute de ces formidables avancées : quand nos petits écoliers deviendront grands, ils auront cette fois été nourris à la morale dès le plus jeune âge, ce qui permet d’envisager le futur avec sérénité.

 

Cela dit, ces cours de morale à l’école sont peut-être dangereux pour les dirigeants actuels eux-mêmes, et je les mets alors en garde : car s’ils veulent continuer à régner sans partage sur le monde de demain, il se pourrait bien que cette foutue morale leur revienne par derrière la tête comme un boomerang. Car les moralistes étaient des philosophes qui pour la plupart prêchaient l’amour et le partage, l’égalité et la liberté.

Et si le capitalisme se fout pas mal de la morale, la morale ne se moquera pas du capitalisme : elle le combattra certainement.

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

Publié dans double coup, la pensée du jour, philo, politique? | 8 Commentaires »

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