Détruire le capitalisme, ou le moraliser ?

Posté par calebirri le 3 novembre 2012

En Grèce, un journaliste a divulgué une liste de quelques 2 000 citoyens Grecs soupçonnés d’évasion fiscale, liste dont font apparemment partie certains ministres : il est actuellement recherché par la police. Voilà l’exemple même de la manière dont fonctionne le système, qui au lieu de féliciter ce journaliste et de punir les coupables, veut punir le journaliste pour sauver les coupables.

Voilà une affaire qui montre au grand jour les incohérences de notre système « démocratique » et qui explique pourquoi la « moralisation » du capitalisme semble impossible : la corruption du politique faisant partie intégrante de ce système, il est désormais devenu quasiment impossible de la faire disparaître sans détruire en même temps le système auquel elle est si étroitement liée.

C’est ce dernier point qu’ont toujours l’air de ne pas comprendre nos bons économistes, incapables de prendre conscience que les problèmes sociaux ne peuvent être résolus par l’économie : ils sont incompatibles. Terrifiés sans doute à l’idée qu’ils puissent s’être si longtemps « faits avoir » par un système qu’ils croyaient de bonne foi créateur de progrès (et qui l’était sans doute d’un certain point de vue), ils n’envisagent pas que l’économie puisse être la responsable des problèmes qu’elle est censée combattre. Que c’est elle qui fait les injustices, et qu’il ne faut pas compter sur elle pour les faire cesser.

Car en économie, le principe qui s’applique en théorie est la concurrence libre et non faussée. Pour vendre des produits ou des services, il faut donc être plus compétitif que son concurrent, c’est-à-dire avoir la capacité de vendre moins cher pour la même chose.

Cette compétitivité s’obtient soit en réduisant les coûts de production, soit la marge bénéficiaire (la plus-value).

Il apparaît qu’à l’heure de la mondialisation, un problème de taille a changé tous les rapports commerciaux entre les Etats : car si tous les actionnaires refusent également de voir baisser leurs marges, les coûts de production en Chine ou en France ne sont pas les mêmes : une dictature sans protection sociale ou si peu, sans retraite décente, sans avantage aucun, dispose évidemment d’une longueur d’avance pour atteindre une meilleure compétitivité.

Et puis les entrepreneurs ont déjà rogné sur tous les coûts de production, justement pour conserver leurs marges, et refusent d’aller plus loin : la seule variable d’ajustement se trouve donc être les salaires et autres charges servant la protection des plus faibles, ce qu’on appelle l’Etat social, censé contrebalancer les effets injustes du système capitaliste.

Le choc de compétitivité ne se fera donc pas sur les marges mais sur les salaires, le temps de travail ou l’âge de départ à la retraite…

Pourtant on pourrait penser qu’en taxant plus fortement les revenus du capital (en abaissant la marge donc), la compétitivité pourrait également faire un bond en avant. Mais le problème est qu’il existe les paradis fiscaux, et que ceux qui possèdent le capital menacent d’aller s’y expatrier pour préserver leur fortune. Ces « patriotes » (qui souvent sont les mêmes que ceux qui craignent que l’étranger vienne « prendre le pain des Français ») sont en réalité prêts à abandonner jusqu’à leur « chère » patrie pour qu’on ne touche pas à leurs profits.

Il faut donc supprimer les paradis fiscaux, diront les économistes les plus indépendants : que les politiques se saisissent de ce problème et agissent en conséquence pour l’intérêt général, celui du peuple qui les a élus.

Mais cela est impossible, répondront les constitutionnalistes, car chacun fait ce qu’il veut dans son pays. Et il y aura toujours un pays qui fera payer moins d’impôts que les autres.

Et puis désormais les hommes politiques ne sont plus tout à fait des citoyens comme les autres : leur propre intérêt se confond plus avec celui des riches plus qu’avec celui du peuple : plus de 13 000 euros par mois pour les députés français, plus de 10 000 euros pour les députés européens, 25 000 pour les commissaires européens, et même plus de 30 000 euros pour le président de la commission européenne… Comment voulez-vous qu’ils votent des lois à l’encontre de ce que le système capitaliste préconise en matière de rationalité, c’est-à-dire leur propre intérêt individuel ?

Il ne fait aucun doute que la corruption des politiques, leur proximité coupable avec les grands acteurs du « privé » et leurs constants allers et retours de l’un à l’autre, font qu’il y a de fortes chances qu’on retrouve dans certains paradis fiscaux les noms de certains hommes politiques forts connus et forts influents, ce qui aurait forcément mauvaise presse, et qui expliquerait pourquoi on préfère arrêter des journalistes faisant acte de salubrité publique.

Il faut donc maintenant que tout le monde se rende compte d’une chose : aujourd’hui nous ne pouvons plus continuer à tergiverser. Soit nous ne faisons rien et il faut nous préparer voir nos conditions de vie se détériorer sérieusement, soit nous décidons d’agir et nous acceptons de rentrer dans l’inconnu. Au bout du premier chemin (celui que nous prenons actuellement) il y a ce que nous avons toujours connu (la dictature ou la guerre pour imposer les nouvelles règles à respecter), au bout du second une page blanche à remplir.

Faut-il à tout prix tenter de moraliser un système qui ne l’est pas, ou vaut-il mieux le détruire pour inventer autre chose ? Ne vaudrait-il mieux pas cesser de penser le monde et les hommes en termes économiques? La tâche est certes ardue, voire impossible peut-être, mais celle de rendre juste un système fondé sur l’injustice ne l’est-elle pas tout autant ?

Il faut tout changer, il faut repartir de zéro, il n’y a pas d’autre alternative. Il nous faut nous mettre à réfléchir d’urgence, monter un collectif de résistance et de réflexion dignes du CNR, absolument et immédiatement. Bougez vous, vous les économistes « dissidents », les analystes, philosophes, syndicalistes, sociologues, indignés, avocats, et tous ceux qui ont encore conservé leur esprit critique, il faut vous regrouper et lutter, appeler à rejoindre la lutte et entamer une réflexion globale avec tous vos semblables des autres pays, car désormais les constatations doivent laisser la place aux propositions.

Voilà les miennes : http://calebirri.unblog.fr/2012/10/06/dabord-la-constituante-et-apres-la-revolution/. Quelles sont les vôtres ?

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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L’épouvantail capitaliste de la surpopulation

Posté par calebirri le 24 octobre 2012

« De toutes les façons, il n’y aura pas assez pour tout le monde… » Voilà ce qu’on entend de plus en plus souvent pour exprimer le futur de notre humanité. Face aux dangers que représente la « surpopulation », la finitude de la Terre et de ses ressources est l’argument ultime pour justifier l’injustifiable. Car derrière ces mots se cache une réalité indicible : « si des gens meurent de faim, c’est normal (les plus prudents rectifieront par logique) »… puisque les ressources ne sont pas infinies, et l’espace disponible non plus!

La population augmentant à un rythme qui s’accélère, nous en sommes réduits à imaginer le pire pour continuer à justifier un système qui utilise des arguments fallacieux plutôt que de le remettre en cause… et surtout à accepter l’inacceptable ; car s’il n’y en a pas pour tout le monde qui fait, et comment fait-on la sélection ? Par la guerre ? Par la famine ? Par l’argent ? Par la surveillance et le contrôle ?

Je m’inscris en faux avec cette vision, et je la réfute catégoriquement. Ce ne sont ni les ressources qui manquent ni la nature qui crée la rareté mais le système capitaliste. Fondé sur le principe que le rare est cher, ce système, que l’on cherche pourtant à sauver à tout prix, est le seul et unique responsable de la surexploitation des ressources, de la pollution des airs, des mers et des sols, du réchauffement climatique et de tous les autres maux qui nous accablent. Il n’y a pas d’écologie possible avec le capitalisme, et c’est pure propagande que de vouloir nous faire croire à l’inéluctabilité de la famine et de la guerre pour nous faire accepter des sacrifices inutiles. Et tant pis pour Malthus, qui était un imposteur : j’en veux pour preuve les 1,5 milliards d’êtres humains qui ne mangent pas à leur faim, aujourd’hui en 2012, alors que les ressources disponibles sont encore bien suffisantes.

Car en réalité le problème ne vient pas de la finitude de la Terre mais bien de l’étroitesse de notre esprit. Et ce n’est qu’en dépassant nos propres limites intellectuelles et imaginatives que nous pourrons ouvrir de plus larges perspectives à notre civilisation : le soleil, le vent, et même l’eau (quoi qu’on en dise il y en a toujours autant- c’est le cycle immuable de la nature- c’est juste qu’elle coûte plus cher à traiter et à distribuer) sont des ressources énergétiques sinon inépuisables, au moins disponibles pour encore quelques milliards d’années. Et puis l’espace ne manque pas non plus : si nous regardons la Terre dans ses trois dimensions il y a la surface des Océans, sous la terre et dans les océans, dans le ciel et dans l’espace ; nous augmentons ainsi nos possibilités de développement de manière incalculable… Et puis si la Terre est finie, l’Univers lui ne l’est pas : le nombre des exoplanètes que nous découvrons augmente chaque jour, et la distance qui nous sépare d’elles se rétrécie en même temps.

Que de perspectives s’ouvrent alors à notre esprit si l’on regarde les choses autrement ! Comme nous pourrions nous passer des OGM à semences non-reproductives qui rendent la famine « rentable », comme nous pourrions éviter les pollutions dues à des énergies fossiles en développant ces autres énergies inépuisables mais non rentables qui nous sont offertes par la Nature, comme il serait moins difficile en définitive de construire une société non fondée sur les ressources mais sur les besoins, non fondée sur la rentabilité mais sur l’utilité… plutôt que de sans cesse vouloir sauver un système qui nous conduit à notre propre perte !

En se détachant de notre conditionnement, nous pouvons élargir nos perspectives jusqu’à rendre possible l’impensable, l’inimaginable : nourrir enfin correctement tous les habitants présents et futurs de notre planète, et ce pendant un bon moment encore.

En établissant un nouveau système non plus basé sur la rentabilité et l’intérêt individuel mais sur le partage et l’utile nous pourrions nous détacher de l’obsolescence programmée, de la surproduction et de la surconsommation. Nous pourrions développer enfin les technologies qui nous permettraient d’entrevoir l’augmentation démographique non plus comme une catastrophe mais comme une chance, celle d’offrir à nos enfants un avenir détaché des contraintes qui nous oppressent aujourd’hui, avec leurs corollaires habituels que sont famines, guerres, surveillance et contrôle sans cesse accrus des corps et des esprits.

En établissant un nouveau système non plus basé sur le travail comme objectif ultime de réalisation personnelle mais comme un simple moyen de satisfaire nos désirs nous pourrions alors sortir de la concurrence acharnée qui nous maintient depuis trop longtemps dans notre animalité, pour ne plus perdre sa vie à la gagner. Car nous ne sommes pas que des animaux, et nous seuls avons la capacité de n’être pas uniquement soumis ni à la raison ni à notre instinct. Nous sommes « incalculables« , et capables de tout. Nous avons conscience du temps et donc de nos descendants, car nous avons l’amour et la passion.

En établissant un nouveau système non plus basé sur les ressources mais sur les besoins à satisfaire, nous aurions suffisamment de travail pour réaliser tous les défis (techniques, technologiques, philosophiques) qui nous attendent si nous voulons être en capacité d’accueillir tous les « suivants » dans de bonnes conditions, et continuer cette formidable aventure qu’est l’humanité. Imaginez donc que l’homme disparaisse : la Terre sera toujours là, l’Univers aussi. Mais qui saura qu’ils existent, et que nous avons existé ?

En réalité tout ne dépend que de nous, et de la société que nous désirons construire ; et ce n’est qu’en détruisant la société capitaliste que nous pourrons échapper à l’apocalypse auquel ses partisans veulent nous conduire.

Caleb Irri
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AC, il nous faut du changement !

Posté par calebirri le 20 octobre 2012

Lorsque l’on évoque le sujet de la révolution, l’image mentale qui lui correspond généralement est celle de 1789, qui fut un bouleversement violent et non préparé, presque spontané, irréfléchi.

A cette révolution je lui préfère la sédition, qui permet d’établir un processus dans lequel la révolution n’est que l’aboutissement logique de sa préparation : pour moi il faut réfléchir « avant » à ce qui sera mis en place « après ». C’est donc presque « naturellement » que j’intitulais mon papier faisant la promotion de l’Assemblée Constituante « D’ABORD la Constituante, et APRÈS la révolution« … Mais cette évidence est apparemment loin d’en être une pour tout le monde.

Pourtant, que ce soit pour 1789 ou la révolution tunisienne de 2010, l’Assemblée Constituante n’a pas répondu à toutes les espérances, et loin s’en faut- on verra bientôt ce que cela donne en Islande. Et si justement ces échecs étaient en réalité dus à l’inversion du processus ?

Car il faut bien parler d’échecs. La crise que nous traversons en est une preuve flagrante, puisque malgré les apparences la démocratie n’existe plus : les politiques ne travaillent pas « pour » le peuple mais pour eux-mêmes… Ce qui en l’occurrence signifie « contre » le peuple ; il n’y a qu’à voir l’injustice des politiques d’austérité, et surtout le résultat de celles-ci : les riches sont de plus en plus riches, quand les pauvres sont de plus en plus pauvres.

On serait tentés d’en accuser les financiers qui, par un lobbying actif et une corruption latente, influent sur les décisions de nos politiques ; mais en définitive ce sont bien les politiques qui prennent les décisions ! Cela signifie que même aux ordres des financiers, les politiques sont les véritables coupables, car ils s’y soumettent plutôt que de se soumettre à la volonté du peuple qui les a élu. Les financiers, eux, sont au moins dans leur rôle : il est « logique » (mais logique ne veut pas dire normal) que les financiers s’occupent de leurs propres intérêts, c’est la règle actuelle. Ce qui ne l’est pas, c’est le non-respect de la volonté du peuple, qui quoiqu’on en dise ne peut désirer son propre appauvrissement. Les politiques devraient être exclusivement au service du peuple, et ce n’est malheureusement pas le cas.

C’est la question des institutions qui se pose alors à nous : comment la Constitution peut-elle être bonne si elle permet de faire le contraire de ce pour quoi elle a été construite ? Et comment est-il possible que le peuple ne puisse pas faire élire un gouvernement qui le serve si la Constitution n’avait pas déjà « dévié » de son objectif principal (le gouvernement du peuple « par » le peuple et POUR le peuple) ?

A partir du moment où les Lois sont faites par des hommes dont l’intérêt premier n’est pas le service du peuple mais celui de ses ennemis, il ne peut en résulter que les incohérences auxquelles nous sommes soumis depuis trop longtemps : cumul des mandats, faiblesse scandaleuse des peines encourues en cas de corruption (quand on pense que la peine maximum pour certains délits est inférieure aux gains réalisés par cette corruption…), conflits d’intérêts latents entre le « privé » et le « public », accointances avec les médias, lenteur coupable de la justice dans les « affaires », niches fiscales, paradis fiscaux…

Que le peuple se révolte est donc juste et nécessaire mais pas suffisant : « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. » (article 16 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/dudh/1789.asp). Il lui faut une Constitution, pour qu’il soit d’une part associé pleinement à sa création, et qu’il sache d’autre part pour quoi il se révolte. Il faut D’ABORD préparer les institutions dont nous avons besoin, et ENSUITE, une fois que nous saurons ce que nous voulons, nous pourrons alors faire la révolution.

C’est pour cette raison que l’Assemblée Constituante doit être un préalable (incontournable) à la révolution : si nous voulons qu’un gouvernement puisse un jour dire « Assez, cela suffit ! Le peuple ne paiera pas la dette car elle est illégitime », il faut bien qu’il puisse arriver au pouvoir. Et pour qu’il ait cette chance il faut que les lois qui organisent les élections soient d’abord modifiées pour permettre aux citoyens de voter ou de désigner ses représentants « POUR » et non pas « CONTRE ». Il faut aussi que le peuple puisse être certain qu’une fois élus, il n’aient aucun intérêt à tromper le peuple qui leur a donné sa confiance, et que les sanctions prévues soient exemplaires. Il faut encore que le peuple puisse lui même prendre les décisions qui le concernent directement.

Et c’est bien le rôle d’une Assemblée Constituante que de déterminer tout cela. Comme dirait « l’autre », « il n’y a pas d’alternative » ! Si nous voulons un jour que les choses changent, il faudra bien en passer par là : réfléchir ensemble à quoi ressembleront nos institutions une fois que la révolution aura mis dehors tous les corrompus qui se partagent depuis trop longtemps les bancs de notre parlement.

Pourquoi ne pas nous y mettre dès maintenant ? Une fois que nous saurons ce que nous voulons, la révolution ne sera plus qu’une formalité !

Caleb Irri
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Forum
Questionnaire en ligne

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Prospectives sur l’avenir : ce qui suivra le TSCG

Posté par calebirri le 3 octobre 2012

Aujourd’hui, à l’heure des cours de la bourse, un journaliste constatait une baisse des cours et analysait celle-ci comme la conséquence de l’absence de demande d’aide officielle de la part de l’Espagne. Les investisseurs seraient « déçus ». Réfléchissons un instant sur ce que cela signifie d’un point de vue économique (pour que la bourse remonte il faudrait donc que l’Espagne s’enfonce un peu plus encore dans la crise!), et regardons ensuite comment ce point de vue éclaire d’un jour nouveau le tableau européen qu’on veut nous imposer : ce n’est pas à la fin de la crise que travaille en réalité l’Europe mais à la formation d’un véritable Empire Européen -comme je l’avais déjà décrit ailleurs.

En réalité la construction européenne n’a jamais été destinée à rassembler les peuples autour d’un projet commun de société, mais simplement à maintenir l’illusion de sa puissance économique auprès des autres grandes puissances de ce monde. Cela fait déjà plusieurs décennies que le retournement du capitalisme a commencé, et ce n’est que par la corruption généralisée des élites qui gouvernent l’Europe qu’Elle a pu se maintenir au niveau des « véritables » grandes puissances. Ce n’est que par la dette, une dette illégitime qu’il lui est désormais impossible de rembourser qu’elle a pu se payer le niveau de vie que nous avons réussi à conserver jusqu’à maintenant.

Aujourd’hui on nous parle du « TSCG », du « MES », de solidarité européenne et de sacrifices inévitables pour retrouver la « compétitivité » (qui nous alignerait sur les niveaux de salaire et de protection sociale des Chinois). Mais l’austérité n’est pas l’objectif visé, en fait elle n’est que le moyen pour parvenir à cet objectif, qui est d’obtenir « légalement » de la part du peuple la formation de facto d’un Empire européen capable de rivaliser à forces égales avec les autres grandes nations du monde, celles qu’on devrait déjà appeler les « émergés » ; tout en dépossédant le peuple de la démocratie comme mode de gouvernance.

Ainsi, ceux qui nous gouvernent aujourd’hui « au nom du peuple » nous imposent par ce traité la création d’un régime non-démocratique au nom de la sauvegarde d’un système qui nous appauvrit, sans que la population ne puisse réagir autrement que par la violence (puisque les solutions « démocratiques » comme le référendum, les grèves et les manifestations n’ont plus de poids). Et ce n’est que « justifié » par cette violence délibérément organisée qu’un pouvoir autoritaire pourra ensuite se mettre légitimement en place et la répression se légaliser.

Car le traité ne réglera pas le problème de la dette, pas plus qu’il ne réduira les profits du monde de la finance. L’essentiel de ce traité n’est pas « l’austérité perpétuelle » (de fait déjà imposée par les marchés), mais bien plutôt la création de facto d’une entité de gouvernance économique européenne non-élue et non-indépendante, qui se sert de la crise pour asservir les peuples sans avoir à leur rendre des comptes une fois tous les quatre ou cinq ans : la stabilité donne confiance aux investisseurs, car les marchés aiment la stabilité politique.

Ce n’est qu’une fois les traités signés et la démocratie enterrée que l’Empire Européen entrera vraiment en action, ce qui lui permettra de discuter à armes égales du sujet qui deviendra alors brûlant dans le monde entier : celui de la monnaie. On nous reparlera alors de la paix, de la solidarité, de la croissance et du bonheur, et surtout du bancor. Ce Bancor que ceux qui se croient de gauche considèrent comme LA solution (car le bancor permettrait actuellement aux pays endettés d’annuler dans les changes une bonne partie de cet « argent qui n’existe pas » ; solution dont les « émergents/émergés » ne veulent pour le moment pas entendre parler), alors qu’il n’est en réalité qu’un autre moyen d’oppression des peuples.

En attendant, la crise entretenue par nos austères dirigeants affaiblira peu à peu les pays émergents qui eux-mêmes seront alors contraints de se résigner (par la force s’il le faut) à accepter cette nouvelle monnaie qui signifiera la fin d’un monde et le commencement d’un autre dans lequel ce ne sont plus les « pays du nord » qui s’affronteront avec « les pays du sud », mais l’application mondialisée d’un régime dans lequel les riches commandent aux pauvres, les forts imposent aux faibles, les maîtres disposent des esclaves.

Le seul point positif dans tout cela, c’est qu’à force de pousser chaque jour un peu plus les peuples à cette révolte qui signera la fin officielle de la démocratie s’ouvrira une sorte de « fenêtre temporelle », à travers laquelle pourront s’engouffrer d’autres courants que celui de la dictature et de l’oppression, comme celui de la révolution citoyenne et de la prise de conscience populaire. Il faudra alors être là, et il faudra être prêts.

Caleb Irri
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Des marchés ou des peuples : qui doit avoir confiance en qui ?

Posté par calebirri le 7 septembre 2012

Tout est une question de confiance. Que ce soit en économie ou en politique, en sport ou dans l’art, la confiance est l’élément auto-réalisateur qui permet la réussite de ce que l’on entreprend.

Ce terme provient de « con » (avec, ensemble) et de « fidere » (se fier, croire). Il signifie plus qu’espérer, il touche au sacré : donner sa confiance est un acte de foi. Par extension, il est à rapprocher de l’assurance, de la hardiesse. Avoir confiance en soi-même induit le comportement qui permet à l’objectif désiré d’être réalisé, et il suffirait de la perdre pour rater l’objectif.

Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer d’un système fondé sur la rationalité de ses acteurs, le capitalisme fonctionne en réalité lui-aussi sur la confiance. Car le crédit est une relation humaine qui met en relation deux individus qui ont besoin l’un de l’autre pour réaliser leur objectif suprême : gagner de l’argent. Il faut donc que l’emprunteur ait confiance en sa propre capacité de remboursement (il s’endette et ne doit pas prendre de retard sur ses échéances, car il s’engage contractuellement). Il faut également que l’emprunteur fasse confiance au prêteur quant à sa capacité à débloquer les fonds, c’est-à-dire à posséder la somme demandée. Et puis surtout que le prêteur donne sa confiance à l’emprunteur pour qu’il puisse à terme recouvrer et la somme prêtée, et les intérêts qui lui servent à faire fonctionner son activité…

Sauf qu’aujourd’hui cela ne fonctionne plus vraiment comme ça : la confiance a été rompue. Aujourd’hui l’emprunteur prend une assurance, le prêteur aussi. Chacun s’assure contre le défaut de l’autre, tout en continuant à prêter et à emprunter. Et puis un jour une rumeur, ou la peur d’une rumeur, enfin la perte de confiance définitive ; et le système risque l’écroulement.

Alors aujourd’hui on nous dit qu’il faut retrouver la confiance. Il faut avoir confiance en ce retour de la confiance. On nous dit qu’il faut avoir confiance en nos dirigeants (enfin ils nous le disent eux…), et puis aussi qu’il faut que les marchés retrouvent confiance, et c’est pour cela qu’il faut accepter l’austérité.

Mais je me pose un question : qui doit avoir confiance en qui ? Doit-on faire confiance aux marchés qui nous volent, aux dirigeants qui nous trompent ou à nous-mêmes qui sommes incapables d’être sinon rationnels, au moins raisonnables…

Ou alors c’est le contraire. Cela fait si longtemps que tous ceux qui nous disent d’avoir confiance en eux nous mentent que je finis par me demander si ce ne sont pas « eux » qui, justement, commencent à douter de la confiance qu’ils ont mise en nous : Jusqu’à quand allons-nous supporter tout ça ?

Car c’est en regardant de cet autre côté qu’on explique le mieux le soudain retour de « la confiance » dans le discours des Européens. Avec le MES (Mécanisme Européen de Stabilité) en ligne de mire, c’est bien de la confiance qu’ils mettent dans notre incapacité à réagir que tout dépend. En annonçant haut et fort que les sacrifices exigés du peuple ne sont pas vains, qu’après la pluie « viendra le beau temps », ils rassurent le peuple avec quelques mesures populaires pour qu’il continue à lui accorder en retour sa confiance… pour mieux l’endormir et faire passer- le plus vite possible (enfin avant qu’on s’aperçoive que « quelques efforts supplémentaires » seront nécessaires d’être fournis par ce même peuple)- ce fameux traité qui condamne l’Europe et ses habitants à l’austérité éternelle.

C’est donc bien au peuple de retrouver la confiance, et en lui-même ! Et mettre à mal celle que nos dirigeants mettent en lui. Car s’il faut avoir confiance en une seule chose, c’est bien dans l’incommensurable cynisme de ceux qui viennent vous chercher pour vous demander de leur accorder votre confiance : ce sont tous des menteurs… Faites moi confiance !

Caleb Irri
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Crise de la dette : le roi est nu

Posté par calebirri le 4 septembre 2012

Lorsqu’on envisage la situation actuelle à travers l’hypothèse d’une gigantesque mystification concernant l’illusion monétaire, la compréhension des événements devient alors subitement plus aisée, d’un point de vue économique et social comme d’un point de vue géopolitique ; en même temps que les conséquences dune telle découverte ouvrent des perspectives qui effraient jusqu’à l’imagination.

Car s’il s’avère que le tas d’or sur lequel les Occidentaux sont assis depuis des décennies n’est que virtuel, alors c’est tout le passé récent de la domination occidentale qui se trouve ainsi remis en cause, en même temps que tout le discours idéologique qui l’accompagne.

Et c’est peut-être bien cela que ceux qui détiennent actuellement le pouvoir ne veulent pas que nous découvrions : ce n’est pas le système capitaliste qui ne fonctionne plus, mais bien la corruption généralisée qui a jusqu’à maintenant empêché son inévitable retournement – ce qu’auraient peut-être du mal à avaler les peuples qui en ont été victimes jusqu’ici.

Car puisque les dettes ne valent que le prix qu’on veut bien leur accorder (ce qui peut être « rien »), et que les Etats ne peuvent pas faire faillite, alors c’est comme si l’argent n’existait tout simplement pas. Et en réalité ce n’est donc qu’artificiellement que la domination occidentale a pu s’exercer sur les autres pays, une domination fondée sur ce « rien ». Une domination que les populations les plus fragiles auraient donc souffert injustement, contrairement à la « logique » du système qui veut que les plus grands pays (a fortiori les moins démocratiques) prennent le dessus, au moins d’un point de vue économique.

En admettant l’hypothèse de la mystification monétaire, il devient clair que si nous sommes parvenus à maintenir jusqu’à maintenant le niveau de vie des Occidentaux à un niveau supérieur à celui des autres grandes puissances, ce n’est dû qu’aux subventions et à la toute puissance diplomatique (ou peut-être faudrait-il dire la toute puissance puissance militaire) des Etats Occidentaux.
Sauf qu’aujourd’hui, avec la crise, ce sont toutes les coutures du manteau européen qui craquent une à une, si bien qu’on commence à voir à travers : la puissance des occidentaux n’est qu’une illusion, et seule la corruption du système a permis que nous nous maintenions à ce niveau aussi longtemps.

Il ne s’agit donc pas d’un problème national ni même européen, mais d’un problème mondial. Car ni les marchés ni les gouvernements ne peuvent se permettre d’attendre que le monde entier découvre l’incroyable réalité, à savoir que « le roi est nu », et que la puissance passée des Occidentaux n’est fondée que sur du vent. Ce serait alors comme reconnaître la responsabilité des « élites » de ce monde dans la misère structurelle des autres populations, en même temps qu’un aveu de culpabilité historique sur plusieurs décennies. Cela démontrerait aussi que le « retard » des pays émergents n’est dû qu’aux mensonges des Occidentaux, et que leur pouvoir n’est que le résultat de notre exploitation commune, qui elle-même ne tient qu’à notre crédulité.

Comment pourraient-ils donc aujourd’hui laisser faire ce retournement, avec les conséquences que l’on vient d’évoquer, et qui les condamnerait à abandonner leur pouvoir et leur puissance ?

Et en même temps, comment pourraient-ils faire payer des riches qui s’apercevraient alors assez rapidement qu’ils n’ont déjà plus rien ?

Ils sont coincés. Et le résultat de tout ça, c’est qu’ils préfèrent faire le pari qu’en menaçant l’Europe d’une explosion ils réussissent à imposer l’Empire Européen et son austérité perpétuelle (la règle d’or budgétaire) sans provoquer la révolution. Mais si les citoyens prenaient conscience que les Etats ne peuvent faire faillite et que les dettes ne valent que le prix qu’on leur accorde, alors leur pari sera perdu… à moins que d’envisager la guerre ; mais dans ce domaine, les Occidentaux sont sans doute encore les plus forts.

Mais nous, les peuples, que voulons-nous ?

-conserver notre niveau de vie intact à tout prix, c’est-à-dire au détriment de celui des peuples des autres pays ?
-accepter la baisse de notre niveau de vie pour permettre aux peuples des autres pays d’améliorer le leur ?
-ou bien prendre enfin nos responsabilités pour refuser et l’un et l’autre, et inventer ensemble une troisième voie qui ne nuise à personne ?

Nous avons peu de temps devant nous, car les événements se précipitent – et nous savons désormais clairement que les élections ne sont pas le moyen approprié pour faire entendre la voix du peuple.

Il nous faut donc nous préparer à un changement de paradigme majeur, historique, tout en résistant à celui qu’on veut nous imposer. Et puis il faut attaquer le système par là où il pèche : l’argent. Car le seul argent qui existe réellement est celui que nous gagnons par notre labeur. Nous en sommes propriétaires. Nous avons le droit de le reprendre, il est à nous.

J’ai parlé il y a quelque temps de « faire chanter les marchés » . Et c’est bien de cela qu’il s’agit.

-Dans un premier temps il faut informer les peuples des heures sombres qui les attendent si nous ne faisons rien pour l’empêcher .
-ensuite, il faut convenir de la nécessité de nous réunir, de nous rassembler pour réfléchir ensemble à cette troisième voie
-organiser , préparer la sédition
-menacer d’un « bankrun » pour obtenir le Référendum d’Initiative Citoyenne, l’audit citoyen de la dette et la mise en place d’une Assemblée Constituante.
-il faut une date appropriée pour interpeller le maximum de citoyens
-un lieu de rencontre virtuel et réel (internet est le média idéal )
-les « indignés » peuvent être la base de réflexion mondiale qui fasse le lien entre toutes les contestations.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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