Grèce : a y est, les salauds ont gagné (mais pour combien de temps ?)

Posté par calebirri le 15 juillet 2015

Cela a pris un peu plus de temps que prévu mais nous y sommes arrivés : malgré le formidable espoir suscité par le résultat du référendum en Grèce, Tsipras a dû céder aux salauds… comme on pouvait s’en douter,les menaces d’une asphyxie d’un peuple tout entier a eu raison du gouvernement grec.

En étant optimiste on pouvait croire à quelques adoucissements de la position de l’Allemagne, mais en laissant les gouvernants à la manoeuvre il fallait se résigner à faire en sorte que la raison politique prenne le pas sur la raison sociale : les Grecs vont devoir trinquer encore, contre la démocratie. Les Européens vont eux aussi prendre leur part, alors qu’ils croient aujourd’hui avoir « gagné » quelque chose. Même les politiques qui se croient vainqueurs seront malheureusement (pour nous) les perdants de l’Histoire : ils sont ceux qui auront entraîné les peuples de l’Europe dans la misère et peut-être même la guerre… pour garder leurs places, pour ne pas prendre le risque d’un chaos total, pour ne pas assumer la vérité de la situation économique réelle, pour ne pas rester comme le responsable qui a fait sauter l’Europe.

Je dois avouer que même en n’y croyant pas je l’aurais presque souhaitée cette « expulsion » de l’euro. on aurait vu alors comment la Grèce s’en serait sortie après, et surtout ce que les autres pays auraient alors fait.

Moi qui croyais que Varoufakis avait démissionné pour de bonnes raisons, je pense aujourd’hui qu’il a surtout été évincé pour laisser la place à quelqu’un de moins intransigeant que lui.

Les créanciers vont ainsi se réjouir de la défaite grecque, les Grecs vont se tourner vers les extrêmes désireux de sortir (mais pour de mauvaises raisons), et les Européens vont comprendre dans quelques semaines ou quelques mois que leurs propres problèmes seront tôt ou tard réglés « à la manière grecque », c’est-à-dire avec une mise sous tutelle du pays. Le fédéralisme voulu par l’Allemagne et accepté par la France verra le jour lorsque tous les pays en difficulté, un à un, se verront contraints de suivre les recommandations allemandes sous peine de se voir asphyxiés financièrement par les « créanciers » de tous bords.

De l’unité et de la solidarité européennes il ne restera bientôt plus rien. Maintenant il ne reste plus que la France qui puisse un jour sortir l’Europe de cette alliance imposée par l’Allemagne à toute l’Europe, avec les Etats-Unis. Il ne faut bien sûr pas compter sur le gouvernement actuel, ni sur le suivant qui ne sera qu’un gouvernement de remplacement -à moins que le FN réussisse à accéder au pouvoir ; et même dans ce cas il ne paraît pas évident que celui-ci une fois en place se lance dans une sortie de l’Europe.

Pourtant (bon d’accord c’est plus facile à dire quand on n’y est pas) je suis convaincu que la Grèce, après le référendum, avait gagné une manche. Pour quelle raison Tsipras et son équipe n’ont-ils pas tout simplement dit « stop, on ne vous remboursera que ce que l’on peut et les créanciers n’ont qu’à prendre leurs pertes ; de toutes les manières vous ne pouvez pas nous foutre dehors car alors vous ne récupérerez rien du tout » ? Qu’est-ce que les gouvernants européens ont dit ou fait, ou menacer de dire ou faire, pour que l’accord rejeté majoritairement par un peuple (et il fallait le faire quand même !) soit accepté quasiment inchangé quelques jours après ?

Il est probable aussi que Tsipras ait eu peur d’être le responsable historique d’une catastrophe économique et sociale (si on s’apercevait par exemple alors que les banques sont beaucoup plus fragiles qu’elles ne veulent bien l’avouer, et qu’en réalité la croissance ne revient pas ; et surtout qu’il suffirait d’un petit grain de sable dans la machine pour tout faire exploser…), mais alors il n’y a plus rien d’autre à attendre que le choix entre une explosion -avec fracas- de l’Europe le jour où les peuples s’apercevront que le roi est nu, et une Europe autoritaire sous le joug de l’Allemagne, en alliance avec les Etats-Unis.

Le problème est que nos gouvernants savent bien qu’ils vont dans le mur (en nous entraînant avec eux), mais il ne semble pas encore né celui qui aura le courage de dire qu’il faut tout recommencer. Que l’Europe est une belle idée mais qu’elle ne peut pas continuer d’exister ainsi. Personne n’osera dire qu’ils se sont fait attraper dans un engrenage infernal qui les oblige à continuer de mentir pour ne pas effrayer les populations qui, si elles savaient à quel point le niveau des dettes est colossal -et surtout qu’il n’y pas que la Grèce qui est menacée de faillite mais l’Europe toute entière, les Etats-Unis avec- se révolteraient demain. Et qu’à terme personne ne remboursera personne !

Il y a désormais deux choses que les peuples de l’Europe doivent faire : changer de gouvernants par une modification du système électoral ( ce qui nécessite la mise en place d’Assemblées Constituantes), et puis refuser de payer les dettes… sans sortir de l’Europe. Renégocier les traités entre eux et imposer à l’Allemagne soit une sortie soit une soumission. Il faut inverser le rapport de force en Europe. Nous avons besoin de l’Europe cela ne fait aucun doute (enfin pour moi), mais pas à n’importe quelle condition. Quittes à en refaire une, ou pourquoi pas deux Europe, pour faire correctement les choses. Il faut que les peuples se prononcent sur ce qu’ils veulent comme Europe, et aussi avec qui ils veulent la faire.

Maintenant il faudrait que quelques parlements (à défaut des peuples, ce qui aurait été bien sûr la seule « bonne » solution) refusent le nouvel accord ; au moins la Grèce. Si monsieur Tsipras ne veut pas être reconnu responsable de ce qui devra nécessairement arriver, il pourrait devenir le coupable qui a hésité à crever l’abcès avant le chaos dû au gonflement puis à l’éclatement de ce dernier, on ne sait pas quand, le plus tard possible…

En attendant se préparent les fascismes de toutes espèces qui contribueront à putréfier les parties encore saines d’un corps déjà moribond.

Derrière la défaite de la Grèce c’est la situation géopolitique du monde entier qui se trouve ainsi engagée dans une voie qu’il sera difficile de dévier tant les gigantesques forces qui les sous-tendent sont puissantes et aveugles. Nos gouvernants sont certes des salauds, mais également des lâches et des inconscients : ils précipitent le monde dans le chaos, sans que personne ne semble rien pouvoir y changer.

Caleb Irri
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Grèce : NON au Diktat, OUI à l’Europe (mais une autre !)

Posté par calebirri le 6 juillet 2015

Nous avons été nombreux à rêver cet instant : et plus nombreux encore à le craindre… Maintenant nous pouvons dire que nous entrons dans l’inconnu. Bien sûr il y a ceux qui voudront nous faire croire que le résultat du référendum signifie la sortie de la Grèce de l’Europe, mais ils mentent : le peuple grec n’a pas voté pour sortir de l’Euro mais bien pour refuser le diktat de la Troïka. Cela signifie que désormais une « autre Europe » est possible. Lorsque chaque pays de l’Europe mettra à sa tête un homme et une équipe de la trempe de celle de Syriza, alors les peuples pourront enfin exprimer leur véritable volonté : oui nous sommes européens, oui nous voulons l’Europe, mais non nous ne voulons pas celle que nos gouvernants actuels voudraient nous imposer.

J’ai attendu avant d’écrire ce billet, histoire de voir si mon précédent (voir « Non, la Grèce ne fera pas défaut« ) tenait le coup. Et il s’avère qu’en un sens il le tient. Car d’un point de vue strictement légal, il faut attendre encore un peu avant de déclarer que la Grèce est officiellement en défaut de paiement : pour le moment elle n’a seulement pas honoré une échéance, un point c’est tout.

Et avec ce qui vient de se passer aujourd’hui, il apparaît qu’il va devenir difficile pour les « Institutions » de ne pas permettre une négociation plus souple vis à vis d’une Grèce en position de force ; à moins que de prendre clairement le parti de la négation de tous les principes démocratiques. Et il leur sera aussi difficile de nous faire avaler que puisque la Grèce refuse les conditions imposées elle doit sortir. Je crois qu’il est bon de rappeler sans cesse que la sortie imposée de l’Europe n’est pas prévue dans les traités, et que par conséquent il est possible à la fois de dire non à l’austérité tout en restant dans l’Europe.

Ce référendum crée un précédent historique car un gouvernement résolument de gauche (enfin par rapport aux autres qui s’en revendiquent) s’empare enfin de la démocratie pour établir à la face du monde sa souveraineté. Bravo les Grecs, bravo Tsipras ! Et bravo Varoufakis…

Aujourd’hui nous apprenons que le premier ministre des finances grec (Varoufakis donc) annonce sa démission, non pas pour un désaccord avec « son camp » mais pour ne pas « nuire » aux nouvelles négociations qui vont s’ouvrir mardi. Ce sens du sacrifice est tout à son honneur et prouve à quel point un homme politique peut être à la fois un négociateur avisé et un citoyen raisonnable.

Enfin maintenant il va falloir que l’Europe négocie. On parle beaucoup du rôle de la BCE pour décider de la sortie ou non de l’Euro, mais ses décisions, même arbitraires, ne peuvent échapper à ce dilemme : tenter de pourrir la situation en assiégeant la Grèce pour la contraindre à la sortie (avec pertes et fracas pour les banques et autres créanciers), mais alors il faudra assumer ce geste. Ou alors négocier pour ne pas que la Grèce sorte ; et c’est se préparer à voir tous les autres pays européens en difficulté « menacer » d’un référendum à plus ou moins brève échéance.

Comme de toutes les manières l’Europe n’a pas vraiment d’autre choix que de continuer à faire « tourner la machine » (ce que la BCE confirme aujourd’hui), et à moins que de créer un autre « précédent historique » en « foutant dehors » la Grèce et tous ses citoyens (ou éventuellement de fomenter un coup d’état en Grèce), nous pouvons raisonnablement espérer qu’in fine un accord tout aussi raisonnable soit trouvé.

Je ne sais pas si cela se trouvera être une solution pérenne ni une « bonne » solution du point de vue des citoyens qui se verront ainsi les récipiendaires des pertes que les banques ne manqueront pas de faire lors de la petite « ristourne » sur la dette grecque, mais il est possible qu’en définitive la Troïka joue maintenant le jeu du « regardez à cause des Grecs la croissance qui redémarrait enfin s’arrête, et on va devoir vous demander quelques sacrifices supplémentaires »…

Quoi qu’il en soit, cela prouve encore une fois que quand la démocratie est respectée, alors le peuple sait très bien exprimer sa volonté.

Il faut désormais que les Grecs poussent leur avantage et que les autres peuples leur emboîtent le pas. Ce n’est pas d’une ristourne que les Grecs ont besoin, mais d’une annulation pure et simple de leurs dettes. Il faut que les banques prennent leurs pertes et que les autres peuples refusent de payer la facture pour les banques.

Et surtout il nous faut transformer l’Europe de fond en comble. Renvoyer tous ces petits dictateurs en herbe qui se croient nos maîtres alors qu’ils ne sont là que par la force de leurs trahisons (ou soumissions) successives.

Faire en sorte que comme en Espagne ou en Grèce de nouvelles forces politiques, plus démocratiques, fassent leur apparition. Faire en sorte que l’Europe redevienne unie et démocratique. Pour montrer qu’il est possible de faire autrement.

Les deux seules solutions qui restent encore aux capitalistes pour empêcher l’effondrement du château de cartes qu’ils ont mis en place est donc soit de faire payer les peuples européens pour renflouer les caisses en risquant d’augmenter encore dette et chômage, ou bien de se rendre à la raison et d’imposer aux banques d’assumer leurs erreurs, à savoir de prêter à des acteurs insolvables en espérant continuellement jouer sur le « too big too fail » pour se faire renflouer « gratos » sous ce prétexte.

Si le référendum grec n’est qu’une manche dans une guerre des peuples contre les banquiers, alors on peut dire que la Grèce a remporté cette manche. Empêchons maintenant la Grèce de sortir et soutenons le peuple grec pour qu’il soit notre point d’horizon à tous. Et que nos dirigeants comprennent enfin que ce n’est pas au peuple de payer pour les erreurs commises par les riches.

Caleb Irri
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Il ne s’agit pas de valeurs ni de complot mais bien de calcul

Posté par calebirri le 13 mars 2014

Les événements actuels ne laissent pas beaucoup de place au doute : pour de plus en plus de gens, le monde est dirigé par un petit groupe d’individus mûs par une idéologie fondée sur des valeurs qu’ils veulent de gré ou de force imposer aux plus grand nombre pour leur propre satisfaction, à travers un « grand complot mondial ».

Pourtant, il se dégage plusieurs éléments qui entrent en contradiction avec cette vision, pour attrayante qu’elle soit : car il n’y a pas UN complot mais cent, mille ; sauf que l’accumulation de « petits » complots n’en fait pas pour autant un « gros ». Et l’instauration progressive de deux grands « blocs » opposés « idéologiquement » prouve qu’il en existe au moins deux.

Mais si on parle d’idéologie on se doit de parler de « valeurs », et force est de constater que de valeur il n’y a point ; car en réalité les prétendues valeurs auxquelles se réfèrent les « complotistes » de tous bords (puis qu’apparemment il faut choisir) ne sont que de la poudre aux yeux. Il n’y a plus de valeurs car il n’y a plus de morale, plus de « bien » ni de « mal ». La seule valeur qui vaille est la soif du profit, car dans le cadre du système capitaliste ce ne sont pas les hommes qui ont de la valeur mais les objets. L’individualisme n’est en lui-même pas une valeur mais un calcul. Et tous les complots qui visent à la satisfaction de cet individualisme ne sont en réalité que des calculs faits en dehors de toute morale, suivant les principes d’un système auxquels nous sommes tous soumis malgré nous : le capitalisme – qui est je le rappelle amoral, et non pas immoral.

Et de fait, il n’y a qu’à se pencher un peu sur les événements qui font « l’actualité » pour se rendre à l’évidence : Le cas ukrainien en est un symbole évident, pour peu qu’on veuille bien s’attarder un peu sur les motivations de chaque camp en présence : s’il y a d’un côté le complot russe (ou russo-chinois ?), et d’un autre le complot américain (ou américano-européen, symbolisé par le « Grand Marché Transatlantique »), quels sont les objectifs de chacun si ce n’est celui d’obtenir de cette confrontation le maximum de retombées financières ? On voudrait nous faire croire qu’il faut « choisir son camp », mais en réalité derrière l’apparence d’idéologies contraires (j’aimerais bien savoir lesquelles) se cache tout simplement la défense des intérêts financiers, et rien de plus.

Et si le complot explique le moyen utilisé par tel ou tel camp pour dominer l’autre, la finalité n’est pas l’instauration d’une dictature mondiale ou la défense du bien contre le mal mais tout simplement le résultat d’un calcul d’intérêts bien compris de part et d’autre de ce qu’ils doivent faire pour continuer d’engranger des profits.

IL n’y a qu’à voir comment nos politiques provoquent l’islamophobie tout en commerçant avec des régimes islamiques, comment ils défendent officiellement la démocratie tout en préparant secrètement la pire des dictatures : ce n’est pas un complot mais un calcul. En trompant le peuple sur leurs véritables motivations (le profit donc), ils se servent de leurs prétendues valeurs pour se faire élire puis se pressent de les abandonner pour commercer. Mais ne peut-on pas être à la fois contre le gouvernement européen sans refuser l’Europe, contre le gouvernement israélien sans dénigrer les juifs, contre la Russie sans préférer les Etats-Unis, ou contre les Etas Unis sans soutenir la Russie – moi qui croyais qu’être contre la fin d’une dictature ne signifiait pas pour autant le soutien à une nouvelle (et réciproquement) !

Et quand Goldman Sachs triche ou ment pour gagner plus d’argent, il n’y a pas complot mais bien calcul : si l’amende qu’il paiera une fois découvert est moins grande que ce qu’elle a gagné avec des méthodes illégales, ce n’est ni bien ni mal mais simplement rentable. Un point c’est tout. Et même si des gens au bout de la chaîne se retrouvent mourir de faim par milliers. Juste un calcul.
Et c’est ainsi qu’il faut comprendre aussi les manipulations du Libor ou d’autres arnaques du même style : c’est un calcul, pas un complot !

On veut surveiller et contrôler internet plutôt que de le laisser libre car il est plus rentable de tricher secrètement que de prendre le risque de voir les « petits » arrangements étalés au grand jour sur la toile par des Snowden ou des Assange ? Mais s’il fallait un jour se résigner à supprimer internet plutôt que de gagner des milliards avec le « big-data » ils n’hésiteraient pas. Chacun y voit son propre intérêt, ou celui de sa caste, et puis c’est tout.

Après viennent toute une batterie d’économistes plus ou moins éclairés mais qui tous font l’erreur majeure de croire eux-aussi au calcul : il est plus rentable de sortir de l’Euro que d’y rester, il est plus rentable de tuer les vieux que de les soigner, il est plus rentable de spéculer que de financer l’économie… Alors même que l’Histoire toute entière n’est qu’une succession d’erreurs de calculs ! C’est que depuis si longtemps on a oublié que derrière les chiffres il y a des hommes qu’on ne se rend même plus compte de la vanité, voire de la stupidité qu’il y a à vouloir calculer le taux d’intérêt payé pour un crédit automobile dans 15 ans selon que l’on sera sorti ou non de l’Euro ! Alors on préfère la certitude d’un calcul faux à l’incertitude d’un monde incalculable : cette vérité est si difficile à entendre et à envisager qu’on préfère fermer les yeux et nous soumettre à un système inhumain.

Mais si les choses s’expliquent plutôt bien avec le complot, elles s’expliquent simplement mieux (et totalement) par le calcul : il était inévitable que nous en arrivions là, car c’est l’erreur même de ce système. Le système fonctionne de lui-même et entraîne à sa suite tous les drames qui sont la somme des comportements individuels induits par une théorie erronée, absolument amorale et inadaptée à l’être humain. A force de calculer, les hommes qui ont perdu le contact avec la réalité, et oublié que la valeur d’un homme est incalculable, se perdent dans leurs calculs jusqu’à en oublier qu’ils sont des hommes. Fukushima n’est que le résultat d’un calcul, la misère et la guerre aussi. La dictature en est un autre : comme disait Asimov dans « Fondation », « la violence est le dernier refuge de l’incompétence ».

Caleb Irri
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Le chaos qui vient

Posté par calebirri le 9 décembre 2013

J’ai évoqué récemment à quoi pouvait servir le QE (Quantitative Easing), en émettant l’hypothèse d’un chaos lorsque celui-ci cessera d’être massivement utilisé.
Il semble aujourd’hui qu’on puisse faire quelques remarques prospectives à propos des conséquences géopolitiques de la fin de cette « politique » de dévaluation déguisée de la monnaie : avec plus de 1300 milliards de dollars de bons du Trésor américains, les Chinois (comme tant d’autres) sont liés à la valeur de cette monnaie. Cela signifie que si le dollar perdait soudainement de sa valeur, la valeur des bons détenus par la Chine en dollar baisserait d’autant. Sur 1300 milliards, une perte de 10 % signifie 130 milliards de perte. Il n’est qu’à imaginer les répercussions d’un crack boursier sur tous les pays qui possèdent du dollar en grandes quantités pour se faire une idée du chaos qui suivrait.

Mais si la catastrophe financière peut se produire en quelques heures à peine (encore que j’imagine que les bourses seront rapidement fermées au moindre signe de panique qui suivra l’annonce d’un assouplissement trop rapide du QE- et aussi pour éviter le bankrun – tout cela avant de ponctionner directement l’épargne des ménages), il faut comprendre que d’un point de vue géopolitique, les grandes puissances concernées préparent depuis quelques années déjà les réponses stratégiques à apporter lorsque tout s’effondrera. Nous croyons toujours qu’ils ont « un coup de retard », alors qu’en réalité ils ont un coup d’avance.

Et c’est ainsi qu’il faut comprendre les événements qui se jouent aujourd’hui :

-désir de protectionnisme et de nationalisme (montée de l’extrême-droite, sortie de l’Euro; ou de l’Europe)
-montée des tensions religieuses pour faire naître la peur et la méfiance entre les communautés ; et préparer l’opinion publique à de futurs conflits internationaux qui se feront sous prétexte religieux.
-montée des politiques sécuritaires et de surveillance généralisée des populations au nom de la sécurité d’un monde qu’ils contribuent à rendre dangereux (comme avec les drones)
-entraves à la liberté d’expression par le contrôle des médias (surtout internet et sa liberté) et la censure pour éviter les futures révoltes populaires.
-aggravation des politiques de rigueur qui énervent les liens sociaux en permettant une tension extrême dans le monde financier, et qui autorisent les riches à se mettre à l’abri (baisse des prestations sociales, augmentation des bénéfices des grandes entreprises, mise en confrontation et en opposition des différents « régimes » sociaux ou « communautaires »).
-pénalisation des citoyens « alternatifs » et contestataires (Snowden, Manning, Assange, des gars comme le maire de Marinaleda).
-réformes législatives qui visent à légaliser les futurs « sacrifices » qui seront imposés aux citoyens (retraites qui passent à 69 ans en Angleterre !, chômage en hausse avec « obligations » de travail…)
-recherches de débouchés économiques (comme en Afrique avec le Mali ou tout récemment en Centrafrique)
-réarmement généralisé et recherches d’alliances (comme avec l’Ukraine)

Car il faudra bien l’admettre, la situation du monde se trouvera boulversée totalement le jour où les Etats-Unis tomberont.
Les risques de guerre seront alors maximum, d’autant que la puissance des Etats-Unis ne sera alors plus que militaire. Et la rancune de leurs créanciers à la mesure des pertes qu’ils subiront. Et nul doute que la Chine sera la première concernée, elle dont les dépenses militaires ont désormais dépassé celles des Etats-Unis.

En attendant ces sombres heures, nous ne pouvons malheureusement pas faire grand chose. A part tenter de sauvegarder le peu de libertés qu’il nous reste, ou espérer que les choses ne tournent pas trop mal ; et peut-être même envisager de préparer le « monde d’après », celui qui viendra.

Ne serait-ce que pour offrir aux générations suivantes une alternative aux dictatures qui sont si simples et si pratiques à instaurer au regard des efforts qu’exige la mise en place d’une véritable démocratie.

Caleb Irri
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Les guerres ne sont jamais de religion

Posté par calebirri le 2 septembre 2013

Quand on fait le compte, il apparaît qu’en définitive le nombre d’années durant lequel l’Europe s’est trouvée engagée dans des guerres dépasse celui passé en paix. Et à y regarder de plus près, on s’apercevra aussi d’une chose : la plupart ont été conduites au nom de la religion. Cela signifie-t-il pour autant que la religion est cause de tous nos maux ?

Pas si sûr, car en réalité les guerres du passé n’ont toujours eu qu’un seul et même but : l’argent et le pouvoir. Le pouvoir conféré par l’argent, l’argent qui conduit au pouvoir, l’argent qui vient du pouvoir et qui va au pouvoir… Il existe d’ailleurs une relation étrange entre le pouvoir et l’argent : comme une sorte de cercle vicieux (ou vertueux dirons certains), l’un conduit à l’autre qui conduit à l’autre… Jusqu’au délire totalitaire : le désir de « toujours plus » de pouvoir et de richesse est le rêve absolu de tout tyran en devenir.

C’est cet appétit du pouvoir et de la richesse qui conduit nos dirigeants dans leurs actions bien plus que leur morale ou leur idéologie (ils font bien du commerce avec leurs « ennemis »), comme autrefois nos rois ou nos pharaons ne se croyaient pas réellement « de droit divin », pas plus sans doute que nos papes ne se croyaient eux-mêmes portés par la Providence divine : gouverner c’est prévoir – et à ce jour personne ne semble en mesure de certifier avoir été directement dirigé par la main de Dieu (les échecs de nos civilisations successives sont là pour le prouver, et les imputer à Dieu serait faire offense à Sa perfection !).

Non, tous ces hommes ne font que de la politique : car s’ils faisaient de la religion, ils ne rechercheraient ni richesse, ni pouvoir…

Et c’est à force de corruption (pour « arriver » ou pour se faire élire) que nos gouvernants entraînent peu à peu leurs peuples dans la misère et établissent « inconsciemment » les conditions d’une crise financière telle que chaque génération semble devoir en connaître. Pour ne pas que le peuple se retourne contre un gouvernement allié aux riches (pour l’instant…), ils protègent leurs mensonges par d’autres mensonges plus gros, leurs vols par d’autres vols plus grands encore… jusqu’à ce que les caisses soient vides, et le ventre de leurs administrés aussi. C’est à ce moment que la crise survient chaque fois, quand les pauvres finissent par s’apercevoir de la supercherie. Les tensions augmentent d’abord nationalement, par l’intermédiaire de la stigmatisation de quelques minorités sociales (les roms, les musulmans…) qui sont souvent pauvres et mal intégrées car souvent d’origine étrangère. C’est que l’étranger possède pour un gouvernement cet intérêt d’être faiblement représenté, et de coutumes ou de culture différentes, mal connues et par conséquent souvent mal acceptées : il est bien plus facile de rassembler contre « eux », et de leur taper dessus « ensemble ».

Et la religion est bien souvent le point d’accroche par lequel un gouvernement rassemble pêle-mêle ceux qui deviendront bientôt des boucs-émissaires, car elle permet de « ratisser large » ; et tandis que les grandes religions font les grands conflits, les divisions au sein d’une même religion font les guerres civiles.

Dans un état de crise économique, si les gouvernements ne veulent pas voir leur domination affaiblie, ils se doivent de créer les conditions d’un conflit susceptible de les conduire soit au maintien de leur position, soit à rechercher des débouchés économiques « ailleurs »…

Mais le problème d’aujourd’hui, c’est que le monde est si « interconnecté » que la colonisation ou l’invasion ne sont plus aussi simples qu’auparavant : la raréfaction des ressources disponibles et l’état économique de la plupart des « grands » pays obligent aujourd’hui à la prudence car tous sont également intéressés par ces nouveaux « débouchés ». Et le jeu des alliances constitué par une pyramide d’intérêts cumulés rend possible une réaction en chaîne à partir d’une « petite » étincelle, comme la Syrie pourrait en être l’exemple…

On le voit ces derniers temps d’ailleurs : prêts il y a quelques jours à peine à frapper « sans preuve » (quand on sait ce qu’elles valent mais c’est un autre sujet), et surtout sans véritable appui de la part de l’opinion publique (n’a-t-elle pas du mal à digérer le fait qu’on lui refuse toute amélioration de sa condition quand on s’apprête à dépenser des millions pour une guerre dont on ne connaît ni les gentils ni les méchants ?), nos bons soldats de l’ingérence humanitaire (qu’elle soit légitime ou pas) ont rapidement fait marche arrière… auraient-ils reçu quelque menace sérieuse leur intimant de ne pas y aller, ou du moins pas tout de suite ? En tous les cas, il apparaît que les rapports de force ne sont plus aussi favorables aux « occidentaux » qu’ils l’étaient il y a peu… seront-ils contraints de s’y lancer malgré tout, et l’opinion publique se laissera-t-elle encore berner une fois de plus par des prétextes fallacieux tels que la défense des droits de l’homme, la religion et toutes ces autres valeurs sur lesquelles nos gouvernements se sont assis depuis des siècles ?

Pas facile de le savoir aujourd’hui, mais une chose est sûre cependant : internet est la clé, le nœud de toute cette affaire : comme on l’a vu récemment avec les lanceurs d’alerte comme Snowden ou Assange, ou la déclassification « forcée » de certains documents attestant de la duplicité du gouvernement des Etats-Unis, internet est en même temps le moyen de propagande destiné à conduire le peuple vers la guerre et celui capable de l’empêcher par la dénonciation publique les mensonges et les tromperies de nos gouvernants. La fin de l’internet libre signera le début de nos malheurs et celui du retour de la guerre… non pas pour un Dieu ni même pour une idée, mais bien pour le pouvoir et la richesse de quelques uns : ils préfèreront l’injustice, ou le chaos.

Caleb Irri
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Les riches ne paieront pas : ils préfèrent l’injustice, ou le chaos

Posté par calebirri le 10 août 2013

Le titre du « Le Monde week-end » daté du 10 août est : « Europe : la fragilité des banques menace la reprise ». Je n’en reviens pas ! Avec les bénéfices qu’elles se font sur le dos du particulier, les tricheries dont elles profitent et le peu d’impôts qu’elles paient, les erreurs et les mensonges dont elles sont responsables, l’argent qu’elles ont déjà reçu, les difficultés qu’elles font aux emprunteurs et les frais bancaires qu’elles appliquent à ceux qui n’en ont pas les moyens, « Le Monde » nous apprend qu’elles sont « fragiles »… Et que cette fragilité menace la reprise ! Mais quelle reprise ?

C’est quand même un peu fort ! non seulement on veut nous faire croire à la « reprise », mais en plus on nous prépare à aider les banques une nouvelle fois ? Car que veut dire ce titre si ce n’est : « la reprise est là, mais comme les banques (les pauvres petites) sont fragiles, cela menace cette reprise. Si nous aidons les banques à devenir moins fragiles (en leur donnant encore de l’argent, ou des nouveaux droits…), cela signifie donc que rien ne menacera plus la reprise ». Mais de qui se moque-t-on ?

Alors que ce sont justement les banques (et non pas leur fragilité) qui ont conduit à la crise, et que c’est bien elles qui constituent une menace non pas pour la reprise mais bien pour les plus fragiles, on voudrait nous apitoyer sur le sort de ces entreprises dont les pratiques sont sans doute parmi les plus choquantes.

Quelle pitié !

Mais derrière cela il y a une autre information qu’on peut y lire : les gouvernants européens ne lâcheront rien. Plutôt que de se confronter à une réalité qui les dépasse (la prise en compte du retournement capitaliste et l’inévitable aggravation de la crise, le mécontentement populaire ou les tensions internationales), ils continuent à ne pas vouloir (ou ne pas pouvoir, je ne sais lequel est le plus terrible) faire payer les responsables, c’est-à-dire à laisser ceux qui le doivent faire faillite, craignant (peut-être à juste titre) de voir le scénario « château de carte » se réaliser et l’Europe (avec sa prétendue puissance) s’effondrer.

C’est ici que le lien se fait avec l’international, et qu’il nous faut accepter le fait que la balle n’est déjà plus dans notre camp : il n’y aura pas -ni en Europe ni aux Etats-Unis- de « Grand Soir », pas plus que de « réelle démocratie » ou d’Assemblée Constituante. Pas plus qu’en Tunisie ou en Egypte, en Syrie ou en Libye la démocratie ne l’emportera. Pas plus qu’elle ne l’a emporté en Irak ou en Afghanistan : rien de tout cela n’arrivera. Il ne faut pas se leurrer, la situation nous dépasse, et il est sans doute déjà trop tard . Les mécanismes complexes d’une si grosse machine qu’est le monde en marche fonctionnent sans qu’on puisse les arrêter, et seule une vision globale des dynamiques des grands ensembles peut permettre de se faire une idée des événements à venir.

Car puisque les riches refusent de prendre leurs pertes, et que les politiques refusent de voir les Etats « riches » assumer leur véritable (im)puissance au sein d’un monde « retourné », la politique actuelle de planche à billets va continuer jusqu’à entraîner les autres puissances dans un tourbillon qui ne leur laissera que deux choix : la soumission, ou le conflit. Les Etats riches posent donc les règles, en accord avec les financiers (pour l’instant) et aux autres ensuite de faire leur choix. C’est d’eux, les « émergés », que viendra la véritable décision : il se peut qu’ils ne nous plaisent ni l’un ni l’autre mais c’est ainsi : nous avons laissé passer notre chance.

Mais que cela ne nous inquiète pas : car en définitive même si nous croyons toujours vivre une époque « extra-ordinaire », nous ne faisons que répéter les mêmes réflexes d’une génération à l’autre : la crise est en réalité un état permanent, et il est presque « naturel » que sur une vie de 80 années l’Homme connaisse et la guerre et la crise économique ; ce qui me console presque puisque cela signifie que si l’Histoire se répète toujours, cela prouve également que l’homme est en réalité imperméable au conditionnement puisqu’il fait toujours les mêmes erreurs ; et que la vie finit toujours par reprendre le dessus… Alors face à cette nouvelle (à demi) réjouissante, que sont cinq ans de guerre, ou même 10, qui cela peut-il effrayer ? 10 % de votre vie ce n’est pas grand chose après tout, des économistes diraient peut-être même que c’est un bon rapport « bénéfice/risque » !
Et puis c’est du gagnant-gagnant : au pire les morts, les destructions, les productions engendrés par la guerre seront des retraites en moins, des chantiers en plus, de la productivité… De la croissance, enfin ! Et au mieux la perpétuation d’un système injuste dominé par les « Occidentaux » au détriment des pauvres des autres nations moins puissantes… mais ils doivent être habitués, n’est-ce-pas ?

Alors elle est pas belle la vie ? Juste un éternel recommencement…

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

Publié dans argent, chroniques du futur, crise, La voie des peuples, medias, misère, relations internationales | 11 Commentaires »

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