caissières contre caisses automatiques: un paradoxe capitaliste

Posté par calebirri le 13 janvier 2010

Il y a quelques jours était diffusée une émission sur les caisses automatiques, destinées à terme à remplacer les caissières de supermarché. Deux camps s’affrontaient alors, l’un pour prétendre que cette évolution allait permettre une satisfaction plus grande du client (rapidité), et l’autre que ce système automatisé allait mettre à la porte un grand nombre de travailleurs déjà mis à rude épreuve (au nom de la rentabilité). Je ne reviendrais pas sur les prétextes fallacieux destinés à défendre l’emploi de ses malheureuses (le sourire des caissières, la relation humaine qui disparaîtra), mais plutôt sur la rentabilité que permettra ce remplacement de l’homme par la machine… encore qu’on peut se demander, comme l’a fait l’animatrice, si le fait de faire soi-même le travail de la caissière (transformée dans le meilleur des cas en agent de sécurité au contrôle de la caisse automatique) vaut vraiment le coup de se séparer de ces esclaves modernes.

Réfléchissons bien à ce problème, qui symbolise parfaitement une des contradictions majeures du capitalisme : la rentabilité fera toujours préférer la machine à l’homme dans toutes les tâches difficiles et répétitives. Mais les emplois sont menacés par ces machines, qui leurs enlèvent peu à peu leur gagne-pain. Pourtant, ces travaux sont difficiles, souvent rébarbatifs et épuisants, autant physiquement que moralement. Si dans un monde en progrès nous devrions nous satisfaire du remplacement de ces pénibles travaux par les machines, la plupart des gens « de gauche » se voient dans l’obligation de défendre l’asservissement de ces personnels, au nom de leur pouvoir d’achat.

Ce serait à se tordre de rire si la situation n’était pas réellement ubuesque. Car ceux-là mêmes qui défendent la dignité humaine, qui critiquent la pénibilité des conditions de travail, sont en même temps ceux qui se voient contraints de protéger ces mêmes emplois qui nuisent à la santé et la dignité des personnes. Et ceux qui ne jugent que par la rentabilité se disent en mesure de faire cesser une exploitation physique et mentale dont ils ne font pourtant pour la plupart aucun cas.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

En théorie nous devrions tous nous réjouir de la suppression de tous les travaux pénibles et rébarbatifs.  En théorie cette suppression devrait permettre soit plus de loisirs, soit la création d’emplois plus attrayants. Mais en pratique cette suppression engendre chômage et précarité, désocialisation et tout ce qui s’en suit… le tout en terme de « coût économique » à supporter pour la collectivité.

On s’aperçoit en définitive qu’une fois de plus, le secteur privé (la grande distribution) va réussir à faire travailler gratuitement les consommateurs, tout en augmentant ses marges (car il ne faut pas croire que les prix baisseront) et en faisant de grandes économies sur le facteur travail. De l’autre côté, l’Etat ne sera bien sûr pas en mesure de proposer autre chose à tous ces nouveaux exclus, qui bénéficieront d’une aide sociale payée par la collectivité, et à qui on reprochera sans doute ensuite de coûter cher.

Ce phénomène n’est bien sûr pas nouveau, et de nombreux emplois tels que les pompistes ou autres poinçonneurs ont disparu du fait même de l’automatisation. l’informatisation va elle aussi à terme mettre un bon nombre d’employés à la porte, comme elle a conduit de nombreux agriculteurs à déserter les campagnes.

Que faire alors ? leur faire creuser des trous pour les reboucher ensuite, afin de pouvoir justifier leur salaire, ou considérer que le système arrive à un terme où le progrès technique devrait être en mesure de nous libérer d’une contrainte  dont tant de nos anciens auraient rêvé : le travail.

Mais le capitalisme ne fonctionne pas comme ça : là où le bon sens ferait qu’en travaillant tous un peu moins nous pourrions faire travailler tout le monde, ici on préfère parfois se passer d’une technologie utile pour ne pas avoir à créer du chômage, facteur de trouble social  (encore que le trouble social soit parfois utile au capitalisme du point de vue répressif, ce qui permet de faire travailler également police et justice).

On le voit bien, c’est donc un problème de vision globale de la société que le problème des caisses automatiques met en exergue, et de la définition de ce qu’on nomme « la valeur travail ».
Si pour certains, le travail consiste en la pratique d’une activité intéressante et bien rémunérée, il est pour la plupart une contrainte dont ils voudraient bien se passer ; sans compter le salaire qui ne suffit parfois même pas à faire oublier les heures de labeur.

En dehors des quelques privilégiés qui, pour moi, ne travaillent pas (au sens étymologique du terme, c’est une souffrance), mais réalisent leur passion, l’Etat se devrait d’être le pourvoyeur de tous les travailleurs, en leur offrant soit le moyen de se reconvertir dans une activité plus attrayante ou utile socialement (éducation, santé, services publics dont nous avons tant besoin), et faire en sorte que son objectif soit de libérer, à terme, le maximum de personnes des contraintes afférentes à des travaux pénibles. En poussant même un peu plus loin, il serait presque plus logique d’accorder un meilleur salaire à celui qui fait ce genre de travail qu’à celui qui se plaît dans son activité. D’une part on gagnerait en candidats à ce genre de postes, et d’une autre on comblerait ainsi le manque de mains d’oeuvre dans certains métiers difficiles pour lesquels aucune machine ne pourra venir les remplacer.

Ensuite, il serait également possible d’envisager la création d’autres métiers fort intéressants, métiers d’innovation et de recherche qui auraient pour but de remplacer peu à peu tous les travaux inintéressants et nuisibles à notre santé physique et mentale.

Au lieu de se demander s’il coûtera plus cher de supprimer les caissières que de les laisser en poste, nous ferions mieux de nous interroger sur la manière de faire cesser l’exploitation de l’homme pour la recherche du profit, car en supprimant le « travail » nous supprimerions  une injustice, et réglerions un paradoxe.

 

Caleb Irri

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Ecologie et capitalisme : Nicolas hulot, le dindon de la farce ?

Posté par calebirri le 6 octobre 2009

J’ai entendu deux fois Nicolas Hulot s’exprimer ces deux derniers jours ; une fois sur France-info, l’autre sur France-inter. Ce brave homme, que j’estime par ailleurs en tant qu’homme de convictions et activiste dévoué à la cause écologique, tentait d’expliquer comment son activité était complémentaire (et non supplémentaire) au débat politique concernant le climat.

Evoquant les mesures prises par la France et celles qu’il faudrait prendre dans le monde entier, Nicolas Hulot défendait les taxes (en acceptant toutefois son cadre économique), tout en se disant favorable à une forme de décroissance dans certains domaines (comme l’utilisation du pétrole par exemple). Il se disait également favorable à l’obligation de fixer des limites, en appuyant sur le rôle de la puissance publique comme garante de celles-ci (en renforçant la démocratie), en faisant référence aux enfants dont le besoin de limites est incontestable…. et en omettant la réalité du parent qui, loin d’être démocratique, doit pour fixer et faire respecter des limites être le dépositaire de l’autorité suprême et incontestable.

Ensuite et sur France-inter, un auditeur sans doute mal intentionné lui fit une question sur la contradiction de se faire financer ses activités par de grosses multinationales (dont on sait les vertus…), en proclamant grâce à celles-ci un discours opposé à la consommation de masse. C’est très intelligemment que Nicolas Hulot répliqua par la différence entre le mécénat et le sponsoring, qui pour son cas (le mécénat apparemment) ne l’engageait à rien en retour. C’est sans doute sans le vouloir qu’il se prit à citer le nom du principal à plusieurs reprises, mais les auditeurs auront bien compris : il s’agissait d’EDF. Mais il ne faut pas oublier les autres : Ibis hotel, L’Oréal, TF1…pour ne citer que les fondateurs (voir son site).

Après l’écoute de ces deux émissions, je me suis replongé dans une réflexion concernant cet éminent personnage : peut-il être à ce point naïf qu’il croie réellement que les mécénats d’EDF ou de L’Oréal soient le résultat d’une transformation morale non axées exclusivement sur la recherche du profit à travers une bonne image, comme lui permettent de le faire d’autres acteurs de la vie publique ? ou n’a-t-il pas, de bonne foi, compris que la société capitaliste ne peut absolument se satisfaire d’une quelconque décroissance, de limites ou de valeurs morales ?

Vu comment fonctionne le capitalisme et ce que requiert la sauvegarde de la planète, un homme de terrain comme lui devrait avoir observé cette vérité : c’est le capitalisme qui a détruit la planète, et il n’y a pratiquement aucune chance pour qu’il soit possible d’en être autrement. Nicolas hulot est sans doute très déçu du monde comme il va, mais il devrait comprendre que les limites ne pourront jamais être inculqués par un Etat réellement démocratique, que la démocratie est à l’opposée du capitalisme, et que le capitalisme est inévitablement contre l’écologie.

Car l’innovation technologique est la cause d’une pollution systématique, en même temps que l’outil principal du capitalisme : pour vendre encore et toujours il faut parvenir à l’obsolescence continuelle d’un produit, remplacé par une innovation, et la suppression pure et simple du produit précédent.pour que l’on ne soit ni en mesure de le réparer, ni même de le conserver. En bref, qu’on en achète un nouveau : c’est le principe même de la consommation de masse, qui est une consommation jetable, et donc obligatoirement polluante.

Mais les multinationales ne sont pas les seuls partenaires de cette fondation ; plusieurs organisations institutionnelles comme le ministère de la santé, ou celui de l’éducation nationale, subventionnent également cette fondation. Cela signifie-t-il que le gouvernement se trouve acquis aux convictions de Nicolas Hulot ? Ou bien se trouve-t-il être le dindon de la farce,  ses « partenaires » l’utilisant  sans vergogne dans le but de vendre du « vert » grâce à son image?

Pour ma part, je doute fortement que les activités de VRP de notre président (comme son voyage au Kazakhstan avec GDF-suez, Areva, Alstom, EADS…), soient exactement en accord avec les idées écologiques et sociales que monsieur Hulot défend. et je doute plus fortement encore que ces partenaires soient assez stupides pour se tirer une balle dans l’un des pieds du capitalisme : tous sont de gros pollueurs, et des adeptes de la consommation de masse…

Alors quand les deux fonctionnent ensemble (multinationales et gouvernement), et cela au sein même de sa propre fondation, que peut-il réellement en espérer ? s’il ne comprend pas que le combat pour la planète doit s’effectuer au travers du combat contre le capitalisme, alors il ne peut pas être totalement écologiste, car il se trompe d’ennemi : ce n’est pas l’homme qui est la cause des malheurs de la terre, mais le système qui est la cause du malheur des hommes.

caleb irri

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la rationalisation de l’individu ou comment rendre l’homme calculable

Posté par calebirri le 12 juillet 2009

Pour que le capitalisme fonctionne, les théoriciens économiques se sont attachés à un paradigme aujourd’hui couramment accepté, la rationalisation de l’individu. Partants du principe que l’homme est capable de faire les meilleurs choix pour lui-même, les économistes ont considéré que les comportements humains se devaient d’être rationnels,  et ont intégré à cette donnée la notion de calcul, la raison devenant le résultat d’un désir mis en confrontation avec les possibilités de réalisation de ce désir, en termes financiers. Ainsi fut établi le concept de « consommateur rationnel », unité de mesure rendant possible le fonctionnement de théories économiques mathématiques à l’intérieur desquelles l’ensemble des êtres humains est censée pouvoir rentrer.

Mais puisque l’homme n’avait pas une valeur mathématique intrinsèque, il fallait qu’à tout prix il devienne calculable, et ce dans le but avoué de pouvoir le comprendre, et aussi de le contrôler, pour pouvoir diriger non seulement ses actes individuels, mais aussi les comportements de masses qui ne sont considérées que comme une somme d’individus.

L’idée de ne juger l’homme que sous l’angle du consommateur pourrait être vu par certains  comme une simplification outrancière de son humanité (voire même sa négation), mais il est apparemment accepté par la majorité que la valeur d’un homme ne se résume aujourd’hui qu’à un capital financier (ce que l’on possède). Niant ainsi toutes les autres composantes de l’être humain, le tour de force des théories économiques est d’avoir réussi à faire rentrer de force les hommes dans des cases mathématiques, en leur supposant une raison qu’ils n’ont pas naturellement, mais qui leur est peu à peu inculquée au cours de leur socialisation.

Mais qu’en est-il réellement de « l’homo oeconomicus » que le capitalisme a engendré ? la raison et la rationalité économique sont-elles différentes, et l’homme est-il véritablement calculable ?

Avant de répondre à ces questions, il faudrait pouvoir déterminer ce que représentent ces notions : car si la rationalité économique est le fait de faire un choix économique « éclairé », la raison doit-elle nécessairement pousser à la recherche de la nationalité ? pour qu’il soit en mesure d’exister, l’homo oeconomicus doit avoir au préalable accepté la morale économique comme raison supérieure, ce qui est le résultat d’un conditionnement éducatif et social programmé.

Car en réalité les théories économiques préexistent à l’arrivée de cet être rationnel. Elles fonctionnent dans la théorie, mais pas dans la pratique, parce qu’elles ne correspondent  pas au comportement naturel de l’être humain. Ainsi, et pour ne pas avoir à rechercher des améliorations à ces théories (prendre en compte la complexité de tous les êtres humains est chose impossible), les grands penseurs de notre monde ont  trouvé plus simple de transformer l’homme que d’essayer de le comprendre. Il fallait qu’à tout prix l’homme devienne un chiffre, une unité de mesure, et finisse par faire correspondre ses comportements au modèle désiré.

En transformant ainsi la morale et en redéfinissant la raison comme rationalité individuelle, le capitalisme a réussi le formidable tour de force de réduire le champ des comportements humains en réduisant ses volontés à la consommation, ou tout au moins à l’unique satisfaction de ses besoins matériels, et bien sûr personnels.

Cette évolution majeure de l’individu qu’est l’homo oeconomicus permet ainsi à la fois de détacher l’homme des préoccupations spirituelles et humanistes qu’il pourrait vouloir en l’intégrant de force dans la « machine » capitaliste (moins un individu possède, moins il est valorisé par la société), et également de rejeter dans la misère et l’opprobre ceux qui refusent de correspondre au modèle proposé (celui qui refuse les comportements consuméristes n’est même plus dans la société).

Pourtant, l’homo oeconomicus ne vivra pas éternellement, car l’homme n’est en vérité ni calculable ni raisonnable, et encore moins rationnel. Il est un être passionné qui ne réfléchit qu’avec son coeur, et ce malgré tous les conditionnements possibles. C’est pour cette raison qu’aucune théorie économique ne fonctionne ni ne fonctionnera jamais. L’homme est à la fois capable d’égoïsme et de générosité, capable de détruire sa planète tout en triant ses déchets, capable de faire la guerre tout en souhaitant la paix.

Nos bons gouvernants ont tous désirés un jour un monde parfait où les comportements humains seraient à la fois prévisibles et raisonnables, sans se rendre compte que ceux qui ont créé le « consommateur rationnel » n’en étaient pas eux-mêmes, et que ce monde qu’ils croient idéal n’auraient plus besoin d’eux, ni de leur pouvoir. Au lieu de ne chercher qu’à contrôler des hommes qu’ils ne connaissent pas, ils feraient mieux d’apprendre à les connaître : ainsi seulement ils n’auraient plus le désir de les contrôler.

 

 

caleb irri

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l’écologie comme moyen d’asservissement ?

Posté par calebirri le 1 juillet 2009

Ca fait un petit bout de temps que la question me taraude… tant de bruit autour de l’écologie, la croissance verte, le développement durable… et même le « green business ». C’est  à croire que les politiques et les industriels ont enfin compris l’urgence de sauver notre planète. De formidables défis à relever, des investissements et de la recherche, cela a de quoi motiver les consommateurs !

et aussi les industriels, toujours prompts à se mouvoir dès qu’il s’agit des affaires : vendre un même produit emballé dans du carton à la place du plastique est désormais plus rentable… et en même temps plus écologique!

De grandes campagnes de publicité accompagnent le lancement des nouveaux modèles « écolos », et le terme « bio » est dans toutes les bouches. EDF nous vend son expertise pour leur acheter moins d’électricité, Total finance quelques plantations ou quelques associations de sauvegarde de l’environnement pour embellir son image, et les marques surfent allègrement sur la vague verte en sponsorisant des films ou en fabriquant des sacs en papier recyclé.

Bien entendu, les politiques ne sont pas en reste, et mettent à contribution la société pour « faire changer les comportements ». incitation au tri sélectif, « bonus/malus », Grenelle de l’environnement et conférences sur le climat, instauration prochaine du « pollueur-payeur ».

Tout cela semble en effet aller dans le bon sens, mais mon esprit retors me pousse toujours à voir le mal partout, et à me demander enfin : mais quel est le sens de tout ça ?

Pas de voiture, pas d’emballages, pas de conservateurs, pas de produits chimiques… se laver en coupant l’eau, se chauffer au bois, cultiver son potager, s’éclairer à la bougie ; s’isoler de chanvre et construire en bois, se déplacer à cheval… N’est-ce pas là une conception étonnante du progrès ?

Que ce soit clair entre nous, je ne vois pour ma part dans l’énumération précédente aucun inconvénient insurmontable, mais je doute seulement de la volonté d’adhésion à une telle vision de la part des puissants de cette planète. Puissants qui, par leurs activités et leur influence sont ceux-là mêmes qui polluent le plus, et qui y gagnent des milliards.

Comme le faisait justement remarquer un spécialiste (de quoi au juste je ne m’en souviens plus) sur France-info (ou peut-être une autre radio ?), les principes de « pollueur-payeur » ou de taxe sur les produits polluants ne sont pas si positifs qu’il y paraît. Car ceux qui polluent le plus se trouvant être ceux-là mêmes qui sont les plus riches, ils monnaieront leur droit à polluer, ou finiront par faire retomber la note sur les classes sociales défavorisées, qui elles n’auront les moyens ni de se payer du « bio », ni de payer les taxes sur les produits polluants qu’ils achètent.

Et ce qui m’intrigue par dessus tout, c’est la faculté qu’ont nos gouvernants à se faire les relais d’une sorte de « déconsommation », sur le plan individuel et dans un soucis de préservation de la planète. C’est comme si peu à peu on voulait nous habituer à l’annonce de lendemains sombres où nous serons contraints de réapprendre à vivre chichement. Avec les épidémies qu’on nous fait craindre, la crise économique qu’on nous annonce longue et le réarmement qui s’amplifie, tout laisse à penser que si ce n’est pas par choix que nous nous éclairerons à la bougie demain, il faudra s’y habituer de force.

Comme aussi ces tristes et maladifs mannequins décharnés qui rappellent certaines horreurs du passé, il se pourrait que nos enfants ne grandissent qu’avec ce genre de modèles, auxquels peu à peu nous finissons nous-mêmes par nous habituer.

Ainsi, et par l’entremise d’une idéologie positive de retour au « naturel », il est sans doute plus logique que nos gouvernants préfèrent toujours leur pouvoir et leur argent à notre bien, et ce en dépit de notre volonté, bien plus facilement malléable que le climat.

 

caleb irri

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la surproduction, une aubaine?

Posté par calebirri le 15 juin 2009

La surproduction est une plaie pour le capitalisme. Malheureusement pour lui (et pour les peuples aussi), elle est inévitable. Comme je le lisais dans un excellent article de Louis Gill (bien qu’assez difficile d’approche-surtout pour un amateur comme moi), la volonté de profits toujours plus grands favorise la recherche de technologies toujours plus productives, et nuit ainsi à l’emploi salarié. Mais la plus-value (la marge) faite sur un salarié est toujours rentable que sur une machine. Et il s’ensuit que la tendance à la baisse du profit, implacable, finit par provoquer les crises comme celle que nous vivons actuellement. Il ne faut pas oublier que la concurrence est le résultat de la loi sur l’offre et la demande. Et les prix sont fixés selon ce rapport. Les machines permettent de vendre plus, à moins cher, et ainsi de remporter des marchés. Mais le profit étant le but ultime du capitaliste (et non pas comme on pourrait le penser la satisfaction des besoins), certains ont pensé que créer l’offre suffirait à engendrer la demande, en espérant que les prix du produit vendu continue malgré tout à monter. Mais le capitalisme n’aime pas la surproduction.

De fait, la crise d’aujourd’hui semble être le résultat d’une surproduction induite par les facilités de crédit proposées par les spéculateurs. La demande étant artificiellement provoquée (ou la « surconsommation » ?), il s’en ait suivi une surproduction incapable de trouver des acheteurs (solvables en tous cas).

Car il faut faire une différence entre la demande telle qu’elle existe potentiellement (la volonté d’accession aux produits, commune à l’ensemble des êtres humains), et la demande telle qu’elle existe réellement, sur le marché (c’est à dire solvable, capable d’être satisfaite concrètement). Il faut aussi se rappeler que les lois qui régissent les échanges entre les êtres sont basées sur la rareté, et non pas sur l’oppulence, comme on serait en droit de le souhaiter.
En effet, quand les anciens imaginaient le futur, ils rêvaient d’un monde d’abondance où tout serait accessible à tous. Aujourd’hui, ce rêve est rendu possible par la technique, mais pose de sérieux problèmes au système qui domine le monde. Car il s’agit de savoir comment faire correspondre la nécessité d’employer un maximum d’individus au plus bas prix possible en même temps que de leur vendre les produits qu’ils créent à un prix supérieur au coût de leur travail. Et cela tout prenant en compte les avancées technologiques qui tendent d’une part à faire augmenter la productivité, et d’une autre à rendre le travail obsolète.

C’est sans doute pour éviter ce problème que des crises semblent survenir à intervalles plus ou moins réguliers. Mais plutôt que de se pencher sur les nouvelles possibilités qu’engendre le progrès technique, les pouvoirs politique et financier préfèrent encore une « bonne guerre » que la remise en cause de leurs privilèges et de leurs pouvoirs.

Cette situation pourrait perdurer indéfiniment si un autre facteur n’intervenait pas, de façon de plus en plus prégnante, et qui inévitablement fera cesser l’existence du capitalisme comme nos aînés l’avaient conçu. La course aux profits étant corrélée à la fois à la course technique  et à la baisse du coût du travail(et ce en dépit de toute morale ou de toute règle éthique-même écrite), le capitalisme entraîne la surexploitation des ressources de la planète sur laquelle nous vivons. Et à moins que de trouver une autre planète exploitable à loisir, le capitalisme va devoir cesser d’exister, pour que l’homme continue lui aussi d’exister. Les gouvernements et les financiers, qui ont des intérêts communs,  sont donc alliés pour sortir ensemble du capitalisme, tout prenant soin de protéger leur condition :  toutes les lois restreignant les libertés sociales sont adjointes de lois sécuritaires, afin de ne plus permettre, lorsque le moment sera venu, la moindre contestation face à sa condition subie. Mais pour les peuples désireux de liberté, pourquoi la surproduction serait-elle néfaste ?Imaginons un instant le changement de paradigme. Au lieu de considérer que la rareté est une valeur, ne pouvons nous pas accepter que l’abondance lui soit supérieure ?
Comment est-il possible d’accepter qu’avec les moyens techniques dont dispose l’humanité, il existe encore des millions d’individus privés du strict minimum ?

Le problème n’est pas l’environnement, car la surexploitation des ressources n’est pas la conséquence d’une plus juste répartition de celles-ci mais l’accaparement des ressources par une minorité dont l’unique objet est le profit.
Notre planète est tout à fait capable non seulement de nous nourrir tous, et plus encore, et aussi de nous loger tous.

Pourquoi ne pas profiter de la crise pour un changement de système ?

Que les ouvriers, les employés de tous bords continuent de produire, et plus ils produiront plus les prix baisseront. Qu’ils produisent tant que les prix s’effondrent, et ne rapportent plus rien à personne.

Que les produits soient donnés à qui les veut, et que les licenciés du monde de la finance prennent part à un nouvel engagement, qui ne lui nuirait pas. Il y a besoin de bras, et de têtes à n’en plus savoir que faire : l’énergie propre, la construction, le recyclage, les transports, la voirie, l’hygiène, les pays pauvres, la faim….

Bien sûr tout cela nécessite une organisation complètement nouvelle, et pose des défis fantastiques non seulement à l’imagination, mais aussi à la réalisation. Mais face à ce que nous préparent les puissants, n’est-ce pas là une raison suffisante pour y réfléchir ?

Et puis pour faire accepter ce changement de paradigme, c’est toute l’éducation qu’il faut revoir, et aussi la conception de l’homme, et celle de son bien le plus cher : le bonheur.

L’homme ne doit plus considérer la réussite comme une accumulation de biens (utiles ou futiles), mais comme la satisfaction de ses besoins. A partir du moment où tous peuvent tout avoir, combien y en aurait-il pour vouloir trop ? Il faut que les hommes apprennent leurs différences, et n’essayent plus de ne faire que correspondre à un standard de réussite illusoire. Que les métiers soient choisis en fonction de leur intérêt intrinsèque et non plus de leur intérêt financier. Il faut que les hommes sachent que tout est acquis, et non inné, afin qu’ils comprennent que seule leur volonté peut les conduire à la réussite de soi.

Cette approche peut sembler succincte et approximative, et bien sûr de nombreuses difficultés, voire impossibilités semblent très vite sauter aux yeux. Mais cette réflexion n’a pour unique but que de renverser un cadre de pensée établi, où l’existence de la misère des uns serait absolument indispensable à la richesse des autres. Si les hommes sont capables de tant et tant d’ingéniosité pour oppresser leur prochain, créer des armes et perpétuer un système si complexe et si éloigné de l’aspiration de la majorité des êtres humains, il ne fait aucun doute qu’ils parviennent à établir un autre mode de pensée, d’échange et de production, sans forcément pour cela devoir nuire expressément à leur prochain.
 

caleb irri

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l’argent ne fait pas le bonheur, il l’empêche

Posté par calebirri le 2 avril 2009

Je termine en ce moment la lecture des « propos sur le bonheur », du célèbre philosophe Alain. Il s’y trouve de nombreux textes intéressants, qui répètent largement une vérité indiscutable : le bonheur est possible à une condition incontestable : le vouloir vraiment.

 

Ce constat n’est pas nouveau, et se trouve dans la lignée de nombreux philosophes qui, depuis les premiers âges, s’épuisent à essayer d’aider les hommes à accéder à ce qui devrait être leur unique objectif, à savoir le bonheur. Pourtant, il ne fait aucun doute que cet objectif n’est atteint que par très peu, comme le prouvent les besoins croissants de psychologues, psychiatres et autres médecins de l’âme. Surtout dans nos contrées dites développées. Confirmant ainsi la sainte maxime « l’argent ne fait pas le bonheur ». Mais j’irai même plus loin, en ajoutant que non seulement il ne le fait pas, mais surtout qu’il l’empêche.

 

En effet il y a lieu de se poser la question. En ces temps de crise il semble que le capitalisme ne soit plus en mesure de satisfaire au bonheur des hommes, et ce à tel point que les chantres de « la main invisible » se font moins diserts sur le sujet. Se trouvant contraints de revenir aux fondamentaux, il n’est plus question aujourd’hui de croissance et d’investissements, mais de morale et de confiance.

On s’aperçoit également que les cours de bourse, que certains calculent et que d’autres prédisent, ne sont en réalité dépendants que d’un seul facteur déterminant, justement cette confiance que les gouvernements ont bien du mal à faire revenir.

 

On pourrait donc légitimement se demander si, à l’heure où les économistes ont montré leurs limites, on ne devrait pas les remplacer par des philosophes, qui eux sont en mesure d’apporter des réponses concrètes non appuyées sur un système qui fait défaut.

Car il est effectivement étonnant de constater combien l’absence de philosophes dans le paysage médiatique est criante, alors même qu’ils sont des centaines à s’évertuer, et ce depuis les âges les plus reculés, de faire prendre conscience aux hommes que le bonheur est quelque chose qui se décide, et non pas qui s’achète. Je dis « étonnant » car dans ma naïveté première, je m’interrogeais sur le fait que les clefs existent dans la recherche du bonheur, et que si tous lisaient Alain, ou un autre des philosophes traitant des mêmes sujets (ils traitent tous, à leur manière, du bonheur de l’être humain), le monde serait bien différent de celui d’aujourd’hui.

 

Alors pourquoi les hommes sont-ils si malheureux ? N’ont-ils pas accès à ces philosophes édités en poche ? N’ont-ils pas la capacité de comprendre les pensées des philosophes, qui se sont pourtant exprimés de tant et tant de manières différentes dans le but de toucher un public nombreux ?

Ou bien les censure-t-on en voulant faire croire qu’ils sont obscurs, difficiles à appréhender et déconnectés du monde réel ?

Car c’est bien au monde réel qu’ils s’accrochent pourtant, et leur message pourrait bien, s’il était porté sur le devant de la scène médiatique, être en mesure de transformer ce monde réel qui a perdu ses repères. Ce message exprime depuis toujours la même chose, et c’est peut-être là l’explication majeure de l’absence de philosophie dans la politique : l’homme est capable de trouver en lui-même le bonheur, sans avoir besoin de critères matérialistes ou sociaux extérieurs pour se juger. Pas besoin de posséder tout, de consommer trop ou de rêves de pouvoir, de force ou de richesse. Le bonheur n’est pas à l’extérieur mais à l’intérieur de nous, et cette vérité si elle était sue et comprise, ferait s’écrouler tout le système de désirs consuméristes, et avec eux les puissances qui les créent, et les élites qui les soutiennent.

On comprendrait ainsi que ce n’est pas l’argent qui nous apportera la richesse intérieure, mais qu’on peut se satisfaire de l’essentiel sans frustration, et sans déception.  Pas besoin de posséder trop, juste d’être en mesure de posséder le nécessaire. Imaginez le renversement de paradigme que la philosophie peut entrainer : tout le capitalisme, basé sur ces fondations du « toujours plus », mis en confrontation avec le « juste ce qu’il faut » pour être heureux. Le premier ne ferait pas le poids, et c’est toutes les élites qui se verraient renversées.

Ainsi on comprend mieux pourquoi, malgré la foule de philosophes exprimant sensiblement les mêmes idées depuis des siècles, on ne répercute pas leurs paroles au grand public. On comprend mieux pourquoi les heures de philosophie à l’école sont toujours un peu plus courtes, et aussi pourquoi on forme le moins possibles les hommes à la compréhension de ces idées : elles sont dangereuses pour l’ordre établi.

 

Car on s’apercevrait ainsi que non seulement l’argent ne fait pas le bonheur, mais qu’en plus il empêche de le trouver.

 

caleb irri

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