Le temps de la rentabilité est révolu

Posté par calebirri le 25 juillet 2012

La rentabilité est le point central qui occupe toutes les pensées de l’homme inscrit dans le monde capitaliste. Objectif primordial à atteindre le plus rapidement possible, sa poursuite exprime un état de conscience positif qui le pousse à l’action, et qui par cette action provoque la réalisation d’un futur différent de celui qui adviendrait sans cette action. En d’autres termes, la recherche de la rentabilité est le moteur qui fait avancer le monde (qu’on le veuille ou non), et sans elle pour le motiver, l’homme semble aujourd’hui incapable d’agir.

Mais la rentabilité, qui se mesure en termes économiques par des perspectives de recettes supérieures à celle des dépenses, se mesure également en terme de temps (de perspectives) : une action peut être « rentable » pendant un temps donné, ou à partir d’un certain temps. C’est pour exprimer cette relativité de la rentabilité qu’on parle aujourd’hui de court, moyen ou long terme. Car le temps de la rentabilité peut varier, et il n’est pas rare de trouver des exemples de certaines activités rentables sur le court terme mais catastrophiques sur le moyen ou le long terme, et réciproquement.

Ensuite, il faudrait définir à qui cette rentabilité profite : une activité rentable est-elle une activité qui profite à celui qui la crée, à ceux qui y sont associés ou à tous ? Pas facile de répondre, pas facile de le calculer. Et si on y ajoute le facteur temps, il apparaît qu’il devient rapidement impossible de répondre à cette question.

D’autant qu’en définitive la « rentabilité » ne se fonde que sur un sentiment, la confiance. Lorsque les « météorologues de la bourse » nous indiquent quotidiennement la tendance, (la tendance et rien de plus), ils ne font rien d’autre que de nous abrutir d’indices de confiance des ménages, des entreprises ou de je-ne-sais-qui, qui eux-mêmes influent sur les comportements des investisseurs… selon des critères que seule une technique très élaborée permettrait de mettre en équation.

Tout ce qu’on sait pour le moment, c’est que si les investisseurs ont confiance, ils viseront le long terme. Si non, ils sont même capables d’aller jusqu’à parier (et de se faire de l’argent) sur la baisse de la bourse, la faillite d’un Etat ou même sur la fin du capitalisme. Et c’est de cette confiance dont dépendent les investissements qui, mis bout à bout et additionnés les uns aux autres, provoqueront le futur hypothétique auquel ils croient (même si ce futur est un enfer) ; et c’est sans doute pourquoi la crise semble s’auto-alimenter. A force de perte de confiance le crédit (qui n’est rien d’autre que la confiance que les banquiers mettent dans un investisseur qui lui aussi doit avoir confiance en l’avenir) se raréfie et entraîne une sorte de « panne » dans la machine à produire de la liquidité, ainsi qu’à plus long terme la réalisation de ce qu’on appelle l’assèchement du crédit.

Mais si la rentabilité se calcule aisément sur le court terme, plus on avance vers le long terme et plus elle est difficile à envisager. Les risques sont donc plus grand à investir sur le long que sur le court, et le seuil financier en deçà duquel il ne vaut mieux pas lancer une activité n’est aisément appréciable que sur une courte durée. C’est-à-dire qu’une activité rentable mais non utile (ou même dommageable) peut tout-à-fait être réalisée ; tandis qu’à l’inverse une activité utile mais non rentable n’a pas lieu d’être (vous pouvez prendre une minute pour prendre la mesure de tout ce dont l’homme se prive ainsi).

Maintenant, le capitalisme peut-il réfléchir à long terme ?

A cette question il est difficile de répondre. On voit bien que dans un monde où l’individualisme l’emporte sur toutes les autres considérations, le court terme doit l’emporter sur le long terme. Comme « on ne prête qu’aux riches », et que seuls les entreprises ou les individus les plus fortunés sont capables de prendre les risques d’un échec ou d’une rentabilité à long terme (car eux seuls ont la trésorerie nécessaire à couvrir ce genre de paris), on peut dire que d’une certaine manière les riches tiennent le futur de tous entre leurs mains, et que ce futur dépend de la confiance qu’ils en ont eux-mêmes. Et quand la confiance est rompue (c’est ce qui semble être le cas aujourd’hui), les riches cessent d’investir pour protéger (enfin c’est ce qu’ils croient et ce que la rationalité exige) leur avenir, en le mettant ainsi en péril.

C’est qu’il est aujourd’hui devenu quasiment impossible de savoir en lançant une activité si elle sera rentable ou non sur le long terme, et à surtout à qui elle profitera, et de quelle manière. La complexité du monde a rendu impossible ce genre de prévisions sur le long terme, et personne ne sait à l’avance si un investissement sera ou non rentable. Tout ce qu’on peut dire, c’est si il sera utile ou pas : comme on sait depuis des siècles que surproduire sur une terre pour obtenir la « maximisation » du profit engendre l’épuisement de cette terre, et qu’à long terme cette méthode n’est pas viable. Mais on le fait quand même. Car derrière la rentabilité il y a le profit, qui n’est que personnel. Si les investisseurs se sentaient non pas héritiers mais emprunteurs de la planète qui les accueille, alors le collectif l’emporterait sur l’individuel, et peut-être les choses pourraient-elles changer.

Car lorsqu’il devient plus rentable de jouer contre le système que de croire à sa sauvegarde et que le court terme l’emporte sur le long, alors c’est la décadence qui nous guette. Les investissements s’amenuisent, la recherche et développement périclite, l’éducation et la formation se désagrègent, le système de santé s’effondre, l’emploi se raréfie… faute de moyens, faute de rentabilité, et ce malgré les besoins gigantesques qui ne sont pas satisfaits. Tout cela au nom de cette rentabilité à laquelle même ceux qui la recherchent à tout prix ne croient plus. Peut-être parce que ce n’est plus la rentabilité qu’il nous faut aujourd’hui trouver, mais simplement la voie d’une vie meilleure pour tous.

Et cette vie meilleure, ne la pourrions-nous pas trouver en nous séparant, justement, de la rentabilité comme objectif primordial, pour le remplacer par celle de l’utilité ou de l’intérêt général ?

Caleb Irri
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Et si c’étaient les riches qu’il fallait convaincre ?

Posté par calebirri le 2 juillet 2012

Cela fait des siècles que les hommes cherchent les causes des malheurs qui les oppressent, et seulement deux hypothèses ont résisté pour expliquer pourquoi les inégalités n’ont jamais cessé entre les hommes : l’une consiste à croire que les hommes ne naissent pas égaux et qu’il en existe « naturellement » de « meilleurs » que d’autres. L’autre à croire que c’est le système (capitaliste donc puisqu’il est « universellement adopté« ) qui crée ces inégalités, et ce malgré les postulats défendus par la théorie économique qui évoquent la croyance en une « main invisible ». Mais la science et la philosophie ayant rejeté l’inégalité génétique et montré clairement les raisons sociales et historiques de ces inégalités, nous sommes aujourd’hui directement confrontés, à la lumière de la crise qui nous frappe de plein fouet, à l’injustice du système qui englobe toute notre vie en société : le capitalisme.

Car d’où qu’on parte pour expliquer les inégalités, le responsable de tous nos maux semble justement être ce capitalisme, incapable de réaliser dans la pratique ses promesses théoriques : les riches sont de plus en plus riches, tandis que les pauvres sont de plus en plus… nombreux.

Que faire pour remédier à cela : faut-il tout prendre aux riches ?

Alors que le peuple lui-même ne semble pas le désirer vraiment, incapable qu’il est d’unir ses forces pour résister aux forces gigantesques et incontrôlables de la puissance financière qui est comme douée d’une vie propre, je me demande parfois si le salut des pauvres ne réside pas dans la capacité des riches à résoudre eux-mêmes un problème qui les concerne finalement autant que nous. Car être riche ne signifie pas nécessairement se désintéresser des autres ni vouloir leur misère ou leur oppression. Etre riche, c’est aussi être le jouet d’un système qui impose une règle simple : si ce n’est pas toi qui prend, l’autre prendra à ta place.
Même très riches et complètement déconnectés des réalités, personne (ou très peu) ne croit réellement qu’il est juste et bon que certains êtres meurent de faim tandis qu’eux-mêmes se gavent ; et pour laisser faire il leur faut bien croire ou que ce n’est pas de leur faute, ou qu’ils n’y peuvent rien ; mais pas que c’est bien fait pour eux.

Mais il faut bien se rendre à l’évidence, et accepter les faits tels qu’ils se présentent aujourd’hui clairement à tous : les riches sont bel et bien responsables de cette situation, car ils entretiennent par leurs comportements individuels un système qu’ils savent injuste, et ils doivent savoir qu’ils y peuvent quelque chose. Puisque nous participons tous de près ou de loin à l’exploitation outrancière des ressources de la planète, puisque dans une économie mondialisée ceux qui ont le plus sont nécessairement responsables du manque de ceux qui ont le moins, il faut accepter de regarder la réalité en face : la misère et les violences qu’elle entraîne, l’exploitation des êtres qui s’épuisent à remplir les poches de ceux qui les exploitent est, directement ou indirectement, imputable à ceux-là mêmes qui bénéficient le plus des injustices de ce système.

Car qui peut croire encore qu’un homme en vaut plus qu’un autre, ou en vaut 1000 fois plus (puisqu’on juge la valeur d’un homme à son salaire) ? Qui peut accepter sans vergogne qu’une petite partie de la population du monde empêche la plus grande de se nourrir, de se loger, de se vêtir ou de vivre décemment sans se demander et pourquoi, et ce qu’il peut faire pour changer cela ?

Et si les pauvres participent également à l’entretien de ce système par leur inaction, les riches sont d’autant plus responsables de cette situation qu’ils sont plus riches. Ce n’est pas de leur faute bien sûr, et jusqu’à il n’y a pas si longtemps l’illusion d’une « croissance » pouvait suffire à apaiser les consciences de ceux qui avaient tout. Mais aujourd’hui les riches comme les pauvres savent. L’Etat-Providence initialement institué pour contrebalancer les effets d’un capitalisme dérégulé ne fonctionne pas, pas plus que toutes les institutions censées protéger les plus faibles de la voracité des plus forts. Ils savent que le capitalisme ne peut pas conduire à l’intérêt général car autrement il n’aurait aucune raison d’exister. Et il doivent comprendre eux-aussi qu’ils se sont trompés, que nous nous sommes tous trompés, car en voulant satisfaire nos propres intérêts nous ne faisons qu’entretenir les inégalités.

Maintenant, et plutôt que de demander aux peuples déjà meurtris de faire encore un effort pour venir prendre aux riches ce qui leur a été volé, pourquoi n’expliquerait-on pas aux riches pourquoi ils doivent donner aux pauvres, et pas qu’un peu ? sont-ils si aveugles ou si stupides qu’ils ne puissent comprendre qu’ils sont eux-aussi responsables du bien commun ?

Pas besoin pour eux de faire la charité ni même de favoriser la solidarité sociale, mais simplement de changer leurs habitudes, en cessant de parier implicitement sur la peur du lendemain, et en dépensant tout leur argent afin qu’il retourne dans le circuit économique en entretenant ainsi la croissance tant désirée, les emplois et les investissements nécessaires aux progrès de la société. En refusant d’économiser, en vivant et en faisant vivre ceux à qui manque l’argent lorsqu’il dort dans des dépôts criminels détruisant les perspectives de millions d’êtres humains. Ils y gagneraient autant en humanité que ce qu’ils perdraient en gardant tout pour eux. Car il ne faut pas oublier une chose, très simplement dite par Saint-Exupéry : « nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants ».

Caleb Irri
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le capitalisme, un retour à l’état de nature ?

Posté par calebirri le 20 février 2011

Dans son « traité du gouvernement civil », Locke commence par faire la distinction entre l’état de nature des hommes et leur état civil, qui par la création d’une société vise à se sortir du premier pour tomber dans le second.

Là où « la loi du Talion » exige naturellement une certaine forme de barbarie (ou d’animalité), les hommes (devenant par cet acte « citoyens ») délèguent volontairement leur pouvoir à des représentants censés l’éviter, afin d’échapper à l’état de guerre précédant l’esclavage. Alors qu’à son époque la démographie et l’abondance des ressources disponibles permettait une propriété ne nuisant pas à celle des autres (d’où une certaine forme de liberté), Locke pensait que l’homme avait la capacité de se séparer de l’état de nature pour entrer dans l’état civil, c’est à dire d’éviter la loi du plus fort pour se soumettre à la justice des lois humaines,sans toutefois rogner sur la nature de l’homme, c’est à dire sa liberté.

 

Malheureusement, il semblerait qu’à l’heure actuelle les choses aient bien changé, car l’opulence et la liberté qui permettaient d’atteindre au gouvernement civil sans renier ce qui fait la nature de l’homme (sa propension à vouloir conserver sa propre existence d’abord, et l’espèce humaine ensuite) a disparu sans lui laisser ni la justice de la société, ni la liberté de sa nature : la société aujourd’hui, c’est le capitalisme. Avec ses guerres, ses famines, ses esclaves.

En effet, l’homme ne désire plus seulement contenter ses besoins par l’appropriation raisonnable des ressources (comme la lionne qui ne tue que ce qui peut la nourrir, elle et les siens), mais se trouve contraint, à l’heure de la rareté et de la société de consommation, d’en vouloir toujours plus, pour ne pas avoir à souffrir d’un manque futur. Les techniques de récoltes, de production, ont aboli la possibilité d’offrir à chacun de quoi remplir ses besoins propres, et du même coup la possibilité d’une propriété juste et raisonnable qui devrait pouvoir être assurée, naturellement, par l’abondance des ressources en accord avec les besoins vitaux des hommes.

 

On voit donc qu’il est devenu difficile d’échapper alors à notre nature prédatrice, et de la même manière que trop de lions dans un trop petit espace en viennent soit à mourir de faim soit à se battre entre eux, les hommes doivent aujourd’hui se battre pour obtenir une part de ce qui est devenu trop peu pour tous. L’état de guerre et l’esclavage sont redevenus inévitables, réduisant ainsi à néant toutes les promesses d’une société censée nous faire sortir de notre condition animale, et ce à l’intérieur même de ce qu’on serait pourtant porté à considérer comme le summum de la civilisation, à savoir le capitalisme.

 

Il n’y a pour s’en faire l’idée qu’à écouter les discours actuels : persuadés que le monde est devenu trop petit pour nous tous, la concurrence et l’individualisme sont devenus les seuls moyens de conservation de l’homme moderne, en le rapprochant sans cesse de l’état de nature « animal » dont le capitalisme devait nous faire (définitivement) sortir. Il n’est pas rare d’entendre employés les mêmes termes pour l’homme et pour l’animal, comme si nous étions semblables, et que toutes les tentatives pour faire de la condition humaine « un peu plus » que sa naturelle animalité étaient vaines, et ce bien que nous nous targuions d’avoir su maîtriser les forces de la nature elle-même, jusqu’à devenir les propres démiurges de ce monde.

 

Qu’en est-il exactement ? Le capitalisme nous a-t-il sorti de notre animalité de nature pour nous offrir le gouvernement civil, ou est-il seulement une reproduction de celle-ci à un niveau « supérieur » (c’est à dire qu’au lieu de nous chasser les uns les autres nous nous battons à coups de « guerre économique ») ? Car en réalité la loi du plus fort n’a pas disparu avec le capitalisme ; elle a juste pris une autre forme, un peu plus subtile mais toute aussi injuste : c’est la loi du plus riche.

A ceci près que l’état de guerre « naturel » ( qui pouvait être évité par celui qui le refusait, en s’installant ailleurs par exemple) devient aujourd’hui permanent, et que la force déployée par le plus fort est hypothétiquement infinie, car celui qui s’est accaparé ressources et technologies dispose d’une puissance inégalée et toujours susceptible d’augmenter. L’abondance dont disposaient les anciens n’existant plus, le capitalisme, qui a été considéré comme le moyen le plus sûr, le plus juste pour partager les richesses de ce monde, ne fait en réalité qu’inscrire un droit « naturel » plus proche de l’animalité la plus barbare que de l’innocence du règne animal.

 

Car l’homme et l’animal sont pourtant bien différents, et ce pour la simple et bonne raison qu’en terme d’innocence, l’homme est le moins bien loti. Ses conceptions du bien et du mal ne l’engagent pas à tuer pour se nourrir, mais à tuer « de peur » d’être tué. A accaparer « de peur » de ne plus rien pouvoir posséder. Le capitalisme, c’est comme mettre trois lionnes dans une cage, avec un bébé gazelle dedans : après s’être copieusement étripées de peur de voir leur part leur échapper, la plus forte se retrouvera rapidement en possession du bébé gazelle, et également de deux cadavres sur le dos. Un véritable gâchis.

Le capitalisme a donc rendu l’homme à son état de nature, mais dans un cadre de rareté qui empêche la société de fonctionner, et le rend « naturellement » hostile aux autres. Ainsi, plutôt que de croire ce système le plus capable de gérer la rareté, ne pourrait-on pas considérer au contraire que c’est justement ce système qui engendre la rareté, afin de remettre l’homme en dehors d’une société qui lui permette de vivre en harmonie, sans chefs, sans guerre et sans famine ?

 

Il pourrait apparaître alors que les ressources de notre planète sont suffisantes pour tous, et que c’est justement la peur du manque qui crée la rareté. Les considérations financières de rentabilité, de productivité poussent à la surconsommation, à la surproduction, et on assiste aujourd’hui à des scandaleux gâchis d’une part, et d’autres non moins scandaleuses famines d’autre part. Il suffirait en réalité de faire cesser les règles du fonctionnement capitaliste pour que, presque « du jour au lendemain », les hommes puissent à nouveau faire société, ensemble, et ressortir de leur animalité actuelle pour redevenir des hommes, avec ce qu’ils ont de différent par rapport à l’animal : une conscience, une histoire, une conception du bien et du mal… et un objectif commun : continuer de faire vivre la formidable aventure de l’être humain, sans qui l’univers n’existerait pas. Ensemble, les uns avec les autres et pas les uns contre les autres.

 

Ce retour « contraint » à l’état de nature ne doit donc pas être vu comme le résultat d’une évolution sociétale, mais d’une régression, et il faudrait considérer le capitalisme non plus comme le moyen de nous sortir de cette nature, mais bien plutôt comme le moyen de nous y faire retourner. Et il deviendrait alors nécessaire aux hommes de reprendre leur destinée en main, car en retournant à l’état de nature ils finiront par perdre ce qui fait leur spécificité, c’est à dire qu’ils redeviendront une espèce animale indifférente des autres espèces, dont l’existence (ou non) importe peu.

Tandis qu’en luttant à nouveau pour créer une nouvelle société capable de leur assurer subsistance, liberté et justice, ils redeviendront des Hommes. Car si le capitalisme a bien été conçu par et pour la société, il ne remplit pas son office, et doit donc être détruit par la société, afin qu’elle reprenne un sens.

Recommençons à tracer une nouvelle voie pour les peuples, nous en avons sinon le droit, au moins le devoir…

 

Caleb Irri

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La peur des banques

Posté par calebirri le 12 octobre 2010

Au brésil, une grève des agents de la banque dure depuis quatorze jours, pour exiger des augmentations de salaires. 8000 agences sur presque 20000.  Bien sûr, en France aucun média ne relaie cette information, et pour cause : le pays se trouve actuellement entre deux tours, et commence à souffrir d’une pénurie de liquidités. Il n’y a plus d’argent dans les distributeurs, et les chèques ont du mal à être acceptés.

 

En France, quelques voix commencent à s’élever autour du « buzz » de monsieur Cantona, qui réclame non pas la grève des agents de la banque, mais plutôt celle de leurs clients, qui s’ils retiraient en masse leur argent, feraient s’effondrer le système. J’ai moi-même évoqué plusieurs fois cette éventualité, et je suis bien aise d’entendre enfin certains pointer du doigt les principaux responsables de la crise actuelle, les banques. Mais cette idée, si elle est attrayante, ne suffit pas : c’est tout le système financier qu’il faudrait faire s’effondrer, ou au pire remettre à plat. Comme le disait justement monsieur Lordon, « il faut supprimer la bourse« , pour commencer! A mon avis, il faudrait même supprimer l’argent, mais n’allons pas trop vite, souvenons-nous de la théorie du crapaud ébouillanté ; elle fonctionne dans les deux sens.

 

je l’ai déjà dit, la cause principale de l’échec de nos luttes précédentes en est certainement le « coup de retard » systématique que nous entretenons sur les évènements. Comme celui qui mange toujours du pain rassi, pour ne pas « gâcher » : au lieu de se résoudre à jeter le pain de la veille pour en acheter un neuf, il se trouve condamné à toujours acheter son pain le soir, faute de n’avoir pas fini celui de ce matin. Il faut savoir laisser passer un tour, et se rattraper sur le suivant : la partie n’est pas encore finie !

 

Car avec le pétrole comme à la bourse, et contrairement à ce que les lois du marché voudraient nous faire croire, les évènements sont plus le fruit des actions des hommes que de celles des formules mathématiques, et il arrive parfois que  l’humain l’emporte sur les chiffres : nous avons donc notre coup à jouer. Quand les transporteurs décident de bloquer les raffineries, la pénurie se crée d’elle même, par l’intermédiaire de la peur que cette même pénurie provoque. Lorsque une information indique que la bourse s’effondre, la panique qu’elle crée la fait s’effondrer.

 

Cette technique de l’intimidation est le coup d’avance qu’il nous faut prendre à l’égard des banques, et qui permettrait de résoudre le principal problème soulevé par la proposition de monsieur Cantona : si tous les pauvres retiraient d’un coup leur argent…

Mais quel argent ? ils n’ont que des découverts, et c’est bien grâce à ceux-ci que la banque gagne des sous (quand on sait que 40% du chiffre d’affaire des banques est fait sur des services ou des frais de gestion), alors comment faire ?

 

Et bien justement, au lieu de faire sauter les banques comme dans « Fight Club« , si nous faisions peur, mais réellement peur aux banques afin que ce soient les riches qui en viennent à tout retirer ?

 

Imaginons une date, à la date du 19 novembre par exemple. Nous appelons, le 19 octobre, tous les gens déçus de ce gouvernement à réclamer la démission du gouvernement (pourquoi eux ? mais parce qu’ils sont alliés!), sans quoi tous retirerons nos avoirs en banque. Il faut le faire bien sûr, ne serait-ce qu’une petite somme, tous ensemble, comme un happening. Mais l’effet serait bien supérieur du fait même de cette annonce : tous ceux qui ont de l’argent auraient peur, et iraient par sécurité le retirer.

 

Ou encore mieux : le jour dit, tous retireraient ce qu’ils peuvent en liquide, le même jour, à hauteur du maximum du plafond de découvert autorisé. Peut-être vaudrait-il mieux prévoir, d’ailleurs, une date en début de mois, afin que ceux qui se trouvent rapidement en galère puissent participer aussi. Cet argent, il faudra le laisser chez soi, en attendant la réponse du gouvernement : si tous agissons ensemble au même moment, cette espèce de « prise en otage » légale et sans douleur pour le peuple de tous les découverts autorisés débouchera sur la peur des banques, inversant d’un coup le rapport de force. Le mouvement de panique ainsi engendré irait droit au but, c’est à dire  sur tous ceux qui gagnent de l’argent avec nos sous, 24heures sur 24, dans tous les pays du monde, avec nos sous qu’ils ont créé pour nous les prêter, et qu’ils font fructifier pour eux-mêmes. Ils se verraient dans l’incertitude de savoir si les clients retourneraient, un jour, rembourser leurs dettes. Le peuple devra alors conditionner le retour des espèces en banque à la prise en compte de ses exigences, et tenir aussi longtemps qu’elles ne sont pas écoutées…

Ensuite, il suffit d’établir un gouvernement provisoire avec les assemblées, pour les affaires courantes et avec interdiction de voter de nouvelles lois. Mettre en place les Etats Généraux citoyens que tous désirent, former une nouvelle Assemblée Constituante et écrire une nouvelle Constitution, plus juste et plus humaine. La peur aura alors changé de camp, et notre peur des banques se verra remplacée par la peur (de la part) des banques. Il n’y a plus qu’à…

 

Caleb Irri

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Et s’ils voulaient nous affamer ?

Posté par calebirri le 10 octobre 2010

L’agriculture est notre bien le plus précieux. À une époque où les possibilités techniques offrent au monde l’occasion de pouvoir produire suffisamment pour tous, il s’avère qu’en réalité plus d’un milliard d’êtres humains souffrent de la faim. Le monde produit pourtant plus de nourriture qu’il n’en est consommée, et les gâchis sont énormes. L’inégalité entre les nations, puis à l’intérieur de ces nations elles-mêmes, est telle que des « émeutes de la faim » ont  parfois lieu ici ou là. Ces dernières années, le nombre de personnes ne pouvant pas s’offrir trois repas par jour a augmenté, et ce malgré l’apparition de l’industrialisation, de la production intensive et même des OGM.

 

Pendant ce temps, à force de saccager notre sol, de polluer les cours d’eau et de faire fi du respect du à « notre mère Nature », l’homme est en train de rendre inévitable la course à la productivité, pour enrayer les méfaits du passé, en ajoutant aux dégâts produits d’autres encore plus graves.

 

Les produits qu’on nous propose aujourd’hui sont responsables de graves troubles si ce n’est par leur qualité (les industriels ajoutent des produits augmentant le poids au kilo, des colorants en tout genre, des conservateurs dangereux, des goûts artificiels…), au moins dans leurs emballages (aluminium, plastique…) dont nous connaissons encore mal les effets.

 

Bientôt (et cela commence dès aujourd’hui), il y aura des nanoparticules, des OGM partout, sans garantie de contrôle ni même de traçabilité.

 

De plus, des lois scélérates ont permis la spéculation incontrôlée sur les denrées alimentaires, dont se servent allègrement les grand argentiers de la planète, en appauvrissant momentanément une population, en faisant monter les prix en achetant d’énormes stocks, puis en les revendant une fois les prix élevés.

 

Cette manière de faire est inhumaine, bien qu’elle soit tout à fait logique dans le cadre du capitalisme. Mais il faut faire cesser cela, car il se pourrait bien qu’à terme, quelques personnes mal intentionnées utilisent la faim pour contrôler, réguler et contraindre les peuples. D’ailleurs, un certain monsieur Kissinger, bien connu pour ses idées humanistes, a semble-t-il déjà déclaré : « Si vous contrôlez le pétrole, vous contrôlez le pays, mais si vous contrôlez les semences, vous contrôlez l’alimentation. Et celui qui contrôle l’alimentation tient la population en son pouvoir ».

 

évidemment, dirons certains, mais personne ne serait capable de faire une chose pareille ! Vous croyez vraiment ?

 

Regardez ce qui est en train de se passer actuellement. Les OGM sont en train de créer des semences non-reproductives, qui permettent à ceux qui les vendent d’obliger les cultivateurs à en racheter pour chaque récolte, à des tarifs bien évidemment compétitifs. Les champs OGM, qu’on le veuille ou non, sont déjà bel et bien en train de coloniser la planète, et finiront bientôt par anéantir les capacités reproductives naturelles de nos ressources alimentaires. Cela signifie donc qu’à plus ou moins long terme, les cultures deviendront dépendantes de quelques grosses entreprises qui leur vendront leurs semences, sans possibilité de pouvoir recourir au bio ou même au précédent mode de culture.

 

Imaginons maintenant qu’une guerre éclate, et que les ennemis ne puissent plus faire se reproduire leurs récoltes. Même les particuliers, dans leurs jardins, ne sont plus capables de faire pousser quoi que ce soit : c’est la défaite assurée, la capitulation, ou la famine.

 

Bien sûr, on peut accuser cette imagination d’être conspirationniste ou impossible, mais on ne peut pas nier la possibilité technique d’une telle idée.

 

Ensuite, on pourrait évoquer une certaine initiative lancée par les soins de ceux en qui il faudrait avoir une confiance aveugle, ceux qui profitent pleinement d’un système qu’ils auraient tort de vouloir changer : je parle du fameux « coffre-fort anti apocalypse », financé par Bill Gates, Monsanto et Rockfeller (tiens, un ami de Kissinger ?). Une sorte de congélateur géant gardé sous haute sécurité, renfermant un nombre gigantesque de semences « originelles », dans le but officiel de posséder, juste « au cas où », une réserve capable de faire renaître la nature. On peut s’interroger sur les raisons qui poussent ce genre d’individus à imaginer une telle situation, et on peut douter de l’argument selon lequel les apprentis sorciers de Monsanto désirent protéger l’humanité, sachant que c’est bien eux qui sont en train de l’asservir par leurs actions.

 

Certains affirmeront qu’il faudrait qu’ils soient fous pour que nos dirigeants aient intérêt à créer la famine, et ce seront sans doute les mêmes qui défendront l’idée que nous sommes trop nombreux sur cette planète. D’autres diront certainement que les émeutes de la faim font peur à un gouvernement, les mêmes que ceux qui réclament plus de fermeté à l’égard des troubles sociaux.

 

Il faudra bien choisir un jour, et bien réfléchir : soit les hommes qui nous gouvernent veulent notre bien, et alors ils sont incompétents. Soit ils ne le sont pas (incompétents), et alors c’est qu’ils ne désirent pas notre bien. Sachant qu’un affamé ne se révolte que rarement et qu’il ferait n’importe quoi pour qu’on le nourrisse, le meilleur moyen pour un gouvernement de conserver son pouvoir est donc celui d’affamer son peuple, sans qu’il puisse se séparer de la tutelle de son maître, celui qui le nourrit.

 

Toutes les pièces d’un grand puzzle seraient alors en place : un chien ne mord pas la main qui le nourrit

 

Caleb Irri

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Quand l’anti-capitalisme devient rentable…

Posté par calebirri le 9 octobre 2010

Nous vivons vraiment une époque formidable : en moins de trois ans, la lutte (ou l’éveil à cette lutte) contre l’hégémonie du capitalisme a fait de si grands bons que certains idéologues osent à nouveau parler d’un des plus grands sujets de société : le capitalisme.

 

Il faut dire qu’avec la multiplication des « affaires » rendues publiques, de Madoff à Kerviel, en passant par les paradis fiscaux, les parachutes dorées et autres bonus mirobolants, sans oublier madame Bettencourt et monsieur Woerth, le bouclier fiscal ou le renflouement des banques, nous avons de quoi réfléchir au point commun reliant toutes ces affaires les unes aux autres : l’argent.

 

On peut même voir à quel point les journaux, tous bords confondus, et les médias en général, puis les industriels leur emboitant le pas, surfent actuellement sur le sujet, à travers la conjugaison des deux problèmes essentiels de notre monde, c’est à dire l’état de la planète et le partage des richesses : aujourd’hui on nous vend du micro-crédit, de l’éthique, du durable et de l’équitable, du bio et de la décroissance (comme Leclerc qui nous vend le « zéro papier » en se déchargeant de la dépense « publicité papier »).

 

Mais le paradoxe de tout ça, c’est qu’au lieu de faire réfléchir les hommes sur ce que ces notions, leurs imbrications, leurs conséquences et leurs réalisations signifient, cette espèce de mode du « retour moral » anti-capitaliste devient peu à peu un marché comme les autres, c’est à dire axé sur la rentabilité.

 

Et c’est bien là toute la force du capitalisme, qui possède la capacité incroyable d’anéantir toute opposition à son fonctionnement par l’intégration de sa critique dans le système propre où s’effectue cette critique. En d’autres termes, critiquer le capitalisme revient à utiliser le capitalisme pour le dénoncer, ce qui rend cette critique sinon obsolète, au moins sujette à caution.

Ce fonctionnement est une spécificité du capitalisme, et nuit depuis son avènement aux luttes contre son hégémonie, car en définitive celui qui travaille contre en vient inévitablement à le servir, qu’il le veuille ou non. En effet, comment ne pas se soumettre à son pouvoir alors qu’il est tout puissant ? que l’on désire construire un logement, monter une association ou simplement vivre librement, tous les évènements de la vie, même les plus insignifiants, se retrouvent à un moment ou à un autre confrontés à la monnaie, que ce soit par le biais du marché ou celui de l’Etat ( par les impôts, les aides,…)

 

Cette impossibilité de faire sans le capitalisme résout définitivement la fameuse question de savoir s’il vaut mieux combattre le capitalisme de l’intérieur ou à l’extérieur, car en réalité peu importe, ou presque : il n’y a pas (ou plus ?) de « extérieur » au capitalisme.

 

C’est face à ce mur infranchissable que s’arrêtent la plupart des gens, qui finissent par se rendre, bon gré mal gré, à l’évidence de l’échec de la lutte. A moins que de vouloir se désocialiser totalement, voire mourir de faim, il vaut mieux coopérer. Et puisque l’heure est à la contestation sociale, alors vendons de la lutte, du social, et nous nous enrichirons. Lorsque nous serons riches, nous changerons d’avis sur notre lutte, en même temps que ceux qui y ont participé se désolidariseront de cette lutte. Il se sera fait alors une séparation d’intérêts, désormais divergents, qui fera entrer dans le giron capitaliste un adepte de plus. La lutte sera réduite à néant.  Et le capitalisme aura encore gagné.

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

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