Les Grecs ont perdu… mais les marchés n’ont pas encore gagné

Posté par calebirri le 20 juin 2012

Ce qui devait avoir lieu s’est produit : la Grèce a capitulé. Pas complètement encore, mais presque. Le pays qui se trouvait être le dernier rempart contre l’austérité (on devrait dire contre la baisse de nos conditions de vie) s’est laissé prendre par la peur d’une sortie de l’Euro ( que Syriza ne souhaitait d’ailleurs pas), et son peuple s’est couché face à la propagande éhontée des partisans de la rigueur. A peu de choses près paraît-il, mais qui pourra vérifier de toutes façons ?

Toujours est-il que comme en France, les Grecs ont préféré se soumettre que de se révolter, que de rentrer dans l’inconnu.

Mais aujourd’hui déjà nous savons tous que ce n’est pas suffisant puisque les bourses ne semblent pas totalement rassurées. L’Espagne inquiète, et très rapidement le « cas Grec » risque de s’effacer derrière celui-ci….

C’est que la partie n’est pas terminée : ces derniers jours des voix se font entendre de plus en plus fort pour réclamer le « fédéralisme européen », ou la « gouvernance européenne », ou « l’harmonisation fiscale, économique et politique »… Car le but des marchés n’est pas simplement de faire élire des dirigeants soumis à leurs volontés, mais bien de « légaliser » l’Empire européen que l’Allemagne appelle de ses voeux. Un empire capable d’imposer une politique économique compétitive susceptible de rivaliser avec les grandes puissances économiques mondiales. Et ce n’est que lorsque tous les dirigeants européens engageront leurs signatures au bas d’un texte juridique commun qu’ils seront définitivement rassurés.

En attendant, il faut pour eux continuer d’effrayer les peuples européens, afin que ces derniers permettent par leur adhésion volontaire au projet proposé de se défaire volontairement des régimes démocratiques en place, et puis surtout convaincre les dirigeants en place de se séparer de leurs prérogatives institutionnelles sur le plan national.

C’est la deuxième partie qui commence. Après avoir convaincu les peuples, les marchés doivent désormais convaincre leurs dirigeants, qui eux-mêmes sont poussés par de lourds appareils politiques incontrôlables et sujets aux revirements. Et devenir de simples « vice-rois » ne doit guère les enchanter.

C’est sans doute la raison pour laquelle les tensions sur les emprunts d’Etats se font si fortes actuellement en Espagne, qui ces derniers jours ne semble pas prête à coopérer totalement. Car il faut dire qu’en prêtant à des taux si élevés, les banques menacent directement les dirigeants qui n’ont d’autre choix que de s’exécuter : à partir de maintenant celui qui n’exécutera pas le programme défini par le pouvoir financier se trouvera immédiatement sanctionné.

Le rôle dévolu aux gouvernants nationaux se limitera donc à servir de fusible entre les marchés et le peuple, pour lui imposer de payer sans lui laisser la possibilité de contester.

Et c’est donc avec certitude qu’on peut envisager pour l’Europe, à la suite du traité sur la « règle d’or » qui sera bientôt ratifié, une proposition prochaine, émanant des marchés et défendue par l’Allemagne, d’un texte contraignant juridiquement les Etats à soumettre directement leur souveraineté aux exigences non pas du peuple mais des acteurs de la finance, et auquel certains chefs d’Etats puissants comme monsieur Hollande et sa « croissance » (qui n’est qu’un mot qu’on peut qualifier négativement si on le désire) ne sont pas forcément opposés, mais pressés par leurs peuples de le refuser.

Qui pourra maintenant l’empêcher ? Alors qu’on redoute en France « l’hégémonie » rendue possible par la prise en main de tous les pouvoirs par le PS, c’est en réalité ce dimanche l’hégémonie des marchés sur l’Europe toute entière qui a été hier validée par le peuple Grec ! Et alors que certains « fins analystes » criaient victoire des dimanche, les peuples d’Europe ont perdu avec les Grecs tout espoir d’empêcher ce qui va suivre. Comme nous l’avons fait au soir du 10 juin en France. Que nous reste-t-il à présent ?

La certitude que le changement ne viendra pas des urnes, ce qui retire une option pour l’avenir. Ce sera donc soit la guerre, soit la dictature, soit la révolte populaire.

Malheureusement la violence est inscrite dans chacune de ces options, car en procédant ainsi les marchés entrainent une rancoeur de la part des citoyens envers leurs dirigeants, tandis que les dirigeants sont eux-mêmes contraints par les marchés d’imposer aux peuples des sacrifices qui acculent les citoyens à la misère. Quand quelqu’un vient vous prendre ce que vous avez alors que vous n’êtes pas d’accord, les réactions possibles face à cette agression sont soit de recourir à la justice, soit de se soumettre, soit la violence.

Mais si l’empire est légalisé et le traité signé, ne resteront que la soumission ou la violence. Sauf que ce que les marchés oublient, et c’est là le point crucial qui fonde l’erreur du capitalisme, c’est le facteur « humain », qui n’est pas rationnel dans ses comportements : car à moins qu’il ne se décide volontairement, pour redevenir compétitif, de voir ses conditions de vie se dégrader jusqu’à atteindre celles des « canons » de la concurrence des pays émergents, l’homme poussé à bout finira toujours par se révolter : c’est qu’il est beaucoup plus difficile de renoncer à ce que l’on a acquis que d’acquérir ce qu’on ne possédait pas. Et perdre la liberté après l’avoir connue, cela est difficile à supporter…

Caleb Irri
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Qui peut croire encore aux vertus du capitalisme ?

Posté par calebirri le 15 juin 2012

La période électorale que nous traversons est l’occasion de mettre tout le monde face à ses responsabilités, car la crise oblige les citoyens comme les dirigeants, les pauvres comme les riches, à se résoudre à faire un choix déterminant pour eux-mêmes et pour les autres, pour demain et pour après. C’est donc presque « naturellement » qu’on s’étonnerait d’une abstention qui dépasse les 40 %, alors même que l’occasion de choisir nos dirigeants ne reviendra pas avant cinq ans.

Mais de quoi faut-il s’étonner, si ce n’est justement qu’il y ait plus de 60 % des citoyens qui votent encore, et à plus de 50 % (56,47 % exactement , presque 15 millions) pour ce qu’on appelle « l’UMPS » ?

Car ces deux partis sont quand même ceux qui font la pluie et le beau temps (et surtout la pluie) depuis des décennies, et ils ont clairement fait la preuve sinon de leur incompétence, au moins de leur malhonnêteté : toujours ils ont promis de servir les peuples, et toujours en réalité ils s’en sont servi pour favoriser la petite caste (les « 1%« ) qui s’enrichit sur le dos des pauvres…

Mais c’est cela la loi du capitalisme ! Rien de nouveau sous la pluie… Et les chiffres sont connus de tous : une toute petite majorité possède une grande majorité des richesses du monde, et cela ne va pas en s’arrangeant. Comme l’idéologie que ces partis défendent tous deux l’est également (connue) : c’est la conservation de ce système, à tout prix.

Comment alors, dans ces conditions, les citoyens peuvent-ils encore voter « contre eux-mêmes », à la fois contre leurs propres intérêts et contre l’intérêt général, voilà la question qui se pose. J’ai déjà parlé des classes moyennes qui servent à entretenir le flou à propos des intérêts de classes, mais sans doute pas assez de la propagande qui engendre cette erreur de jugement. Car il est impossible que tant de gens croient encore aux vertus du capitalisme après des siècles et des siècles de guerres, de famines et de misères s’ils ne sont pas au fond d’eux-mêmes convaincus que ce système peut favoriser l’intérêt général, et eux avec…

Pourtant, avec internet et la médiatisation incontrôlée (et pour l’instant heureusement incontrôlable) nous sommes en capacité de voir, de connaître, d’être informés de tous les conflits que ce système génère, comment il fonctionne en vases communicants, comment il est intrinsèquement injuste puisque amoral.

Nous savons que le capitalisme c’est la concurrence, la rareté, la compétitivité, la rentabilité, la rationalisation, le monopole, l’individualisme… Nous savons que le capitalisme détruit la planète et oppose les hommes, nuit à la santé et à l’utilité générale, contraint la science et la recherche, enfin s’oppose à la démocratie.

Mais nous continuons malgré tout de voter pour ces types qui nous disent vouloir perpétuer ce système, le sauver, l’améliorer, jusqu’aux « communistes » et autres « anticapitalistes » dont le programme n’est en réalité qu’économique.

Comment est-ce possible autrement que par un conditionnement généralisé qui pousse les citoyens à préférer la certitude d’un mal qu’il connaissent à l’incertitude d’un bien qu’ils ne connaissent pas ?

Avec le retournement du capitalisme il faudra bien pourtant qu’on se décide et qu’on choisisse, car selon les lois capitalistes qui nous sont si chères l’Europe n’est destinée qu’à la ruine ou à la suppression de la démocratie : pour retrouver la compétitivité, il faudra sacrifier ou nos conditions de vie, ou nos libertés. Sommes-nous vraiment prêts pour cela ?

Il n’y a que deux options pour éviter d’avoir à faire ce choix : la guerre pour voler les richesses des autres et retrouver la croissance, ou la sédition pour tenter de construire un nouveau monde, ensemble. Et ce n’est qu’en prenant conscience de leur véritable situation et de leur place dans le monde que les peuples pourront faire basculer et l’Europe et le monde dans un autre rapport de forces.
Ainsi seulement la logique de leur engagement pourra se conformer à leurs véritables intérêts, qu’ils soient individuels ou collectifs.

Quand allons-nous enfin nous mettre à rechercher un système moins injuste qui soit basé non pas sur ce que nous avons à partager, mais sur ce dont nous avons besoin ? Quand allons-nous cesser de participer à l’exploitation des autres pour satisfaire nos seuls besoins individuels ou même nationaux ?

Il ne faut plus croire qu’en soutenant les banques nous nous soutenons nous-mêmes, ou que cela va s’arranger une fois les mesures d’austérité ayant ramené l’équilibre : nous aurions alors tellement perdu qu’il ne serait pas difficile de voir une amélioration comme une croissance. Ce qui n’est qu’une vue de l’esprit. Ce n’est donc pas des Grecs qu’il faut attendre notre salut ni de nous-mêmes (nous avons échoué), mais d’un grand mouvement international non politisé qui se rassemble et réfléchisse une bonne fois à la seule question qu’il importe désormais de régler : par quoi remplacer le capitalisme ?

Caleb Irri
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Pourquoi la démocratie est l’ennemie des marchés

Posté par calebirri le 11 mai 2012

La passation de pouvoir n’est même pas encore réalisée que déjà les politiques nous annoncent l’effroyable réalité : les véritables élections décisives pour la politique qui sera conduite en France auront en fait lieu en juin, pour les législatives.
En dehors du fait que cela interroge sur l’intérêt des présidentielles, on s’aperçoit qu’en Europe la question des législatives préoccupe beaucoup nos chers financiers, qui par dessus tout affirment vouloir la stabilité politique. Ce qui semble pour l’instant être le cas avec la succession de monsieur Sarkozy par monsieur Hollande, car en France l’élection du nouveau président n’a pas fait -comme promis par la droite- chuter les bourses, et la note française n’a pas encore été dégradée.

Mais même si ce changement ne provoque pas les remous attendus et craints par la droite, il fait quelque peu bouger les lignes en Europe car il risque de retarder un peu les plans de ceux qui voulaient imposer une gouvernance européenne unique dont le programme économique réside essentiellement dans l’austérité. Certains Etats pourraient lui emboîter le pas, d’autant que la partie n’est pas terminée.
Comme il apparaît aujourd’hui, la bataille des législatives, préparée de longue date par les deux camps arrivés en tête au deuxième tour, n’est en réalité rien de moins que le troisième tour des élections : le camp qui détiendra la majorité sera responsable de la politique conduite.

L’incertitude qui règne actuellement quant à la majorité qui ressortira des législatives, comme la situation de blocage que connait la Grèce actuellement, a bien plus d’effet sur les marchés que l’élection d’un président de l’UMP ou du PS. Car les extrêmes gauche ou droite obtiennent un soutien de plus en plus fort de la part des électeurs écoeurés par les partis « traditionnels ». Et c’est peu de dire qu’ils ne sont pas favorables à la politique imposée par Bruxelles. Sauf que l’extrême droite n’a pas les mêmes objectifs que l’extrême gauche : le premier veut sortir de l’Europe sans payer, tandis que le second veut y rester, sans payer non plus.

Mais paradoxalement cette incertitude pourrait leur permettre de réaliser leur objectif, à savoir la prise de contrôle définitive de l’Europe par la suppression pure et simple de la démocratie. Il faut que je m’explique.

La montée des extrêmes en Europe est bien la conséquence de la crise économique : après que les peuples se sont laissés bernés par leurs dirigeants modérés, les marchés sont parvenus à imposer, de manière non démocratique, un changement de politique au sein des pays les plus touchés par la crise pour y mettre fin. Cette crise s’étant aggravée depuis des réformes drastiques et injustes rendues obligatoires, c’est presque naturellement que les extrêmes recueillent les voix des déçus des deux camps… Le risque étant une remise en cause, par l’expression des urnes qui mettrait au pouvoir des ennemis de l’austérité (des vrais), les traités déjà signés par les équipes précédemment au pouvoir. Car si chaque élection est l’occasion pour un pays de renier les engagements pris par ses prédécesseurs, alors la gouvernance européenne que souhaite la Troïka ne sera ni pérenne ni unie.

Il faut donc pour les marchés, afin d’éviter le refus de payer des pays les plus endettés, supprimer purement et simplement ce qu’il leur reste de démocratie, démocratie qui décidément les empêche de faire tranquillement leurs affaires. En Grèce, les marchés mécontents du résultat des urnes préfèrent refaire les élections que de laisser une majorité hostile à l’austérité s’installer au pouvoir. Et c’est donc avec satisfaction qu’ils apprendront qu’une alliance serait conclue entre les deux partis « institutionnels » pour diriger le pays (ce qui implique donc une soumission du parti socialiste grec à l’austérité- prenons en de la graine pour la France).

Car c’est bien en jouant sur la peur des extrêmes que les marchés espèrent réaliser à la fois ce qu’on appellera « l’Union Sacrée » et la fin de la démocratie. En laissant entendre que ces partis empêchent la stabilité et nuisent à la cohésion sociale, ils désirent faire valider comme « démocratiquement » la fin de la démocratie à travers la fin du pluralisme électoral.

Car pour les banques l’enjeu est de taille. Ce que redoute à tout prix les marchés, c’est qu’un gouvernement européen en difficulté refuse de payer, car alors ils ne pourraient rien exiger d’un pays souverain, comme cela s’est déjà produit ailleurs. C’est qu’on oublie de le rappeler trop souvent : il est bel et bien inscrit dans le traité de Lisbonne qu’un pays de la « zone euro » ne peut être exclu de l’Europe. Cela signifie qu’en dehors d’une demande de l’Etat Grec d’en sortir, nul ne peut l’en chasser de force. C’est là tout le danger pour les financiers qui veulent un gouvernement grec susceptible de conduire l’austérité pour continuer à faire des sous, ou capable de demander sa sortie de l’Europe une fois le pays ruiné -ce que seuls les deux plus grands partis ont accepté. Comme pour le rachat d’entreprises en difficulté (et on comprend mieux l’arrivée au pouvoir en Europe des hommes de Goldman-Sachs), les financiers qui imposent l’austérité prennent tout ce qu’ils peuvent, vendent le maximum et licencient, avant de laisser le pays et ses habitants lessivés par ce grand nettoyage.

Car que se passerait-il si la Grèce ou un autre refusait de payer, tout en refusant de sortir de l’Europe ? Ce serait soit la fin de l’euro, soit…celle des banques. Que préféreriez-vous ?

Caleb Irri
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Le retour de l’obscurantisme peut-il sauver les riches ?

Posté par calebirri le 13 mars 2012

Pour expliquer le capitalisme, on le compare souvent à un gâteau qui représenterait la somme des richesses à se partager. Au départ d’une taille qui correspondait à la quantité de monnaie qui le constituait, il s’est agrandi au fur et à mesure des convertibilités successives, de la création monétaire, du crédit… jusqu’à devenir un gigantesque dessert « mondial », par addition de tous les gâteaux « nationaux » : c’est le résultat de la mondialisation.

 

Mais ce gâteau qui grandit sans cesse (c’est ce qu’on appelle la croissance) est à partager entre tous les acteurs qui ont contribué, de près ou de loin, à sa réalisation, selon des règles établies et acceptées sinon par tous, au moins par la majorité. Et toute la science politique se résume à savoir comment : chaque individu a-t-il le droit de prétendre à la même part, et si non comment le justifier ?

Cette question revient à aborder le problème du partage non pas d’un point de vue égalitaire ( les inégalités sont flagrantes) mais de celui de la justice. Est-il juste que certains reçoivent une part plus grande que d’autres, et par extension est-il juste que certains n’aient pas même de quoi se nourrir quand d’autres gaspillent sans vergogne ? Voilà la question qui se pose à chacun de nous, de quelque côté qu’on se trouve autour de la table, et voilà sur quoi devrait théoriquement reposer la distinction entre la droite et la (vraie) gauche (voir ici).

Pour éluder cette question certains tenteront d’évoquer le fait que le gâteau continue de grossir et que fatalement il y a plus à se partager, mais récupérer plus de miettes ne peut décemment être considéré comme une victoire : il reste des milliers d’enfants qui meurent de faim, chaque jour.

La réalité est donc plus forte que la théorie, la main invisible n’existe pas, et tout le monde ou presque, aujourd’hui, est en mesure de s’en apercevoir tout autour de lui. Comment alors justifier que ces inégalités perdurent, et même augmentent ? Le fait d’être à la tête de ceux qui coupent les parts n’est pas une raison suffisante, pas plus que celui d’être à la tête de ceux qui donnent le droit à cette charge. Il y a autre chose de plus fort, de plus puissant que la volonté de quelques uns (voir « tous des lâches » ), et cette autre chose c’est nous, le peuple. Ce peuple qui adhère et qui a fini par croire que certains hommes valent plus que d’autres, et donc que certains autres (parfois soi-même !) en valent moins.

 

Car pour justifier et accepter que certains hommes aient des droits supérieurs à d’autres hommes, pour justifier et accepter qu’un petit nombre d’individus possèdent l’équivalent de millions d’autres, il faut que les inégalités trouvent une explication imparable capable de satisfaire aux conceptions de la justice d’une société : si on considère qu’il est juste que les « meilleurs » reçoivent une plus grosse part (ce qui laisse nécessairement aux autres participants une moins grosse part à se diviser), il faut donc déterminer précisément ce qu’est être « meilleur », et selon quels critères la société définit ce statut (les plus riches, les plus forts, etc…)

 

Cette question aurait dû être réglée depuis la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, mais manifestement les êtres humains ne sont pas tous considérés comme des hommes (et a fortiori comme des citoyens) puisqu’un enfant n’est ni un homme ni un citoyen, un condamné déchu de ses droits reste un homme tout en perdant le statut de citoyen. Mais qu’est-ce qu’un homme alors, et qui « mérite » cette dénomination ? faut-il en exclure les femmes et les jeunes, les enfants ? Les esclaves, les petits, les handicapés, les étrangers, les musulmans ? Si les hommes naissent libres et égaux en droit, comment justifier que la société détruise cette égalité de principe dès la sortie du ventre maternel ?

 

Quand on fait le bilan du capitalisme , il ne fait aucun doute qu’à l’arrivée les principes théoriques s’effondrent : les enfants des classes sociales « favorisées » ont toujours plus de chances de parvenir à se maintenir au sein de cette classe que ceux des classes moins favorisées, et « l’égalité des chances » résonne comme une vaste supercherie.  Rien de nouveau sous le soleil, nous répondra-t-on en évoquant le passé et la « prédestination » divine, la royauté… toujours les puissants se sont réfugiés derrière des arguments « incontestables » pour justifier le partage inégal des richesses : ce n’est pas le riche qui choisit d’être riche mais une sorte de « volonté supérieure » qui favorise comme « naturellement » certains êtres qui, nécessairement, doivent en retour récupérer plus. Comme les gros mangent plus, les meilleurs hommes doivent avoir plus. L’injustice du partage ne serait donc pas la conséquence d’un mauvais système (qu’on peut modifier) mais celle de l’injustice naturelle qui existe entre les hommes.

 

Mais ceux qui tiennent ce discours sont ceux-là mêmes qui ont tout intérêt à le faire croire : en établissant ainsi une cause supérieure indépendante de leur volonté, les bénéficiaires de l’injustice de ce partage défendent leurs privilèges en même temps que leur honneur. Etre « le fils de » pour expliquer sa réussite est moins glorieux que de se croire un don, évidemment génétique, puisqu’il se transmet de père en fils. Ils prétendent et finissent par croire qu’ils sont eux-mêmes meilleurs, et donc qu’ils méritent leur fortune, tandis que ceux qui les jalousent sont moins bons. Pour eux, il est impossible que la raison en soit sociale, car alors la légitimité de leur position leur semblerait (même à eux) intenable : en admettant qu’ils sont favorisés par des règles injustes que les puissants ont mises en place pour conserver leur position dominante, à eux et à leurs enfants, ils admettraient aussi la remise en cause de cette position.

 

Et c’est bien à cela que servait le vieux débat sur l’inné et l’acquis, sur le péché originel ou le caractère intrinsèquement bon ou mauvais de l’homme ; la génétique étant l’argument suprême (scientifique !) pour défendre les injustices…. Sauf que cette illusion est en train de s’effondrer elle-aussi, en même temps que les frontières médiatiques qui, avec l’arrivée d’internet, permettent de montrer au grand jour les mensonges censés les faire accepter.

Car en réalité la génétique n’est rien d’autre qu’un capital (et oui !) que les évènements extérieurs permettent ou non de faire fructifier. Avec l’épigénétique, on découvre que les gènes peuvent (ou non) s’exprimer, et cela dépend du contexte. Cela signifie que le social (l’acquis) prime sur le génétique (l’inné), et surtout que les injustices liées au partage des richesses ne sont pas inéluctables . Et tout le monde peut aujourd’hui s’en rendre compte pour peu qu’il en soit informé. D’ailleurs, il suffirait pour s’en convaincre de supprimer l’héritage, et on verrait alors si les meilleurs sont encore les enfants des riches…

 

Face à l’obsolescence de cet argumentaire et à la diffusion incontrôlable des clefs de lecture du système, il faut désormais que les dominants s’attachent à reconstruire un discours crédible pour justifier leur domination : la science ne suffisant plus à expliquer les inégalités, la religion fait un retour en force dans les esprits, à travers le concept fumeux de civilisation, derrière lequel on peut entrevoir les deux évènements majeurs qui vont arriver : le retour de la fermeture des frontières pour permettre la censure, et un retour vers l’obscurantisme religieux, seul capable de laisser planer le doute quand à une « prédestination » pour expliquer l’injustice du partage des richesses.

 

En réalité la crise est l’excuse sur laquelle s’appuient les puissants pour le rester en imposant LEUR modèle de civilisation, et le choc des civilisations sera la croisade capable de détourner l’attention des peuples vers d’autres responsables des injustices dont ils sont victimes. Et pendant qu’on s’évertue à remettre en place les conditions de cet obscurantisme à travers des débats indignes des valeurs que défendent en théorie nos institutions, les riches continuent de s’enrichir, et les pauvres de s’appauvrir. Combien de temps encore les peuples laisseront-ils l’injustice de ce système perdurer ?

 

Caleb Irri

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Qui sont les 1% qui manquent aux indignés ?

Posté par calebirri le 21 novembre 2011

« Les marchés » par-ci, « les marchés » par-là, les politiques semblent avoir enfin trouvé leur coupable  (ou leur excuse) idéal(e) : les marchés exercent une dictature impitoyable sur les Etats endettés qui contraignent les gouvernants soit à prendre des mesures certes dures mais nécessaires à l’encontre de leurs peuples (qui ont soi-disant vécu trop longtemps au dessus de leurs moyens), soit à laisser la place à d’autres, comme on l’a vu récemment en Grèce ou en Italie.

 

Face à cette alternative (la soumission ou la démission), nos dirigeants se trouvent aujourd’hui confrontés à un dilemme difficile à résoudre : il faudra bien rembourser les dettes, et quelqu’un doit payer pour cela.  Que faire ? Vaut-il mieux prendre beaucoup à quelques riches ou un petit peu à beaucoup de pauvres ? Dans un cas comme dans l’autre nos gouvernants risquent gros, car les élections approchent. Les riches menacent de ne plus investir là où on les taxera trop, et les pauvres menacent de ne pas voter pour ceux qui refusent de faire payer les riches.  A tout prendre il semblerait plus raisonnable de se fier à la force du nombre (les pauvres) qu’à la force du riche, mais c’est oublier un petit détail qui a son importance : la force du nombre ne suffit pas à faire élire nos gouvernants, car une élection ne se gagne pas avec un programme mais avec de l’argent. Et dans un monde où l’argent est roi, c’est toujours le plus riche qui gagne, ou qui choisit qui va gagner. Et c’est bien ce qui se passe aujourd’hui : les riches ne paieront pas, car ceux qui dirigent actuellement l’Europe n’ont pas été élus par les peuples mais désignés par les marchés.

 

Mais au fait c’est quoi les « marchés » ? On parle d’ordinateurs, de fonds de pensions, de banques ou d’assurances, et même les indignés luttent contre cette entité obscure que sont « les marchés »… Mais qui se cache derrière ce terme ? Qui bénéficie, in fine, de tous les bénéfices engrangés par ces marchés, qui profite à la fin, « en vrai », sur son compte en banque, de la spéculation sur les matières premières, de la vente des armes ou de la misère des hommes, quels sont les noms des actionnaires qui récupèrent en fin d’année des sommes extravagantes ?

 

Car derrière les marchés il y a bien des hommes, car derrière tout l’argent qui y transite il y a bien des noms… Et ces noms nous les avons tous, nous les connaissons déjà ! En réalité se trouvent là toutes les plus grandes fortunes de la planète, ce petit 1% qui manque aux indignés… Ceux qui font et défont les Etats ne sont en fait que quelques uns, car ceux  qui font « tourner » les marchés et ceux qui s’opposent à ce qu’on fasse payer les riches pour résoudre la crise sont les mêmes.

 

Regardez un petit peu, si on additionne les fortunes personnelles des 500 plus grosses fortunes de France, on s’aperçoit qu’elles totalisent plus de 281 211 millions d’euros, c’est-à-dire plus de 280 milliards. A elles seules, les 10 plus grosses représentent déjà plus de 45 milliards. Incroyable, non ?
Maintenant, si on additionne les fortunes des quelques 1210 milliardaires que compte la planète, on arrive à plus de 4500 milliards de dollars (sachant que les 67 plus grandes représentent à elles-seules 1366 milliards)… auxquels s’ajoutent 11 millions de millionnaires (même à considérer un million par personne, on peut déjà imaginer qu’ils détiennent plus de 11 000 milliards !)…

Voilà de quoi nous faire une petite idée du nombre de poches dans lesquelles a terminé notre argent : bien moins que le petit pourcent que combattent les indignés… et nous devrions avoir peur d’eux ?

 

Caleb Irri

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La crise n’est pas économique : elle est idéologique

Posté par calebirri le 6 novembre 2011

La crise qui traverse aujourd’hui le monde dans son ensemble ne peut décemment plus être nommée « crise financière » : cela va beaucoup plus loin. C’est une crise systémique, c’est à dire une crise qui remet en cause le système tout entier, à savoir le capitalisme. Car le capitalisme n’est pas un système permanent ou universel, mais une idéologie. C’est le fait de croire que la somme des intérêts individuels favorise l’intérêt général. Ce qui est faux : les chiffres le montrent, et les faits le prouvent.

 

Ce mensonge, ou si l’on préfère cette illusion dont nous avons été victimes, est en train de laisser place à une prise de conscience populaire réaliste : on voit bien que cela ne marche pas. Et c’est pourquoi tous les économistes du monde ne pourront rien y changer. Et c’est pourquoi il est totalement vain d’espérer retrouver qui la croissance, qui l’emploi, qui la rentabilité : le capitalisme a fini par tomber le masque, et se met à montrer au grand jour les effets de son a-moralité.  J’ai déjà tenté d’expliquer ( dès avril 2010) à quel point la situation économique actuelle est inextricable, car tout le monde commence à comprendre qu’en économie, donner à l’un signifie prendre à un autre. Les citoyens ne font plus confiance à ce système, pas plus qu’à leurs agents ; et ils ont bien raison. Car en économie, les deux camps qui s’affrontent actuellement ne jouent la partie que sur un terrain capitaliste, et c’est n’est qu’à l’intérieur de ce système que s’opposent les deux visions qu’on nous propose aujourd’hui, à savoir le protectionnisme ou le libre-échange.  Tandis que le réel donne à voir les limites non pas de l’une ou de l’autre de ces deux options, mais du système lui-même.

 

De là un décalage croissant entre entre ce que veulent les peuples et ce que proposent les dirigeants : car d’une manière ou d’une autre, le capitalisme ne peut satisfaire à l’intérêt général, que ce soit dans un cadre de libre-échange (à l’intérieur duquel les BRICs et les pays « émergents » seront les vainqueurs au détriment des pays dits « développés »), ou dans celui du protectionnisme (à l’intérieur duquel les puissances « historiques » imposeront leur vision d’une nouvelle gouvernance mondiale : un Empire européen allié avec les Etats-Unis, soumis au FMI et peut-être à sa future monnaie -le bancor – capable de contrer la montée en puissance des « émergents »). Mais de quelque côté qu’on le prenne, ce système favorisera toujours les uns au détriment des autres, et c’est CELA que les peuples ne supportent plus.

La question qui se pose désormais à tous, et à laquelle le nouvel « Empire européen » ne doit pas répondre seul, est donc bien celle-là : vaut-il mieux subir le capitalisme ou en sortir ?

Avec comme corollaire la question suivante : après le capitalisme il y a quoi ?

 

Et les réponses à cette question ne sont pas d’ordre économique, mais philosophique. C’est une idéologie qu’il nous reste à construire, avec d’autres questions concernant la vie en société des êtres humains : l’argent est-il nécessaire, qu’est-ce que la démocratie, quels sont les véritables besoins des hommes, etc…?

 

Pendant ce temps nos gouvernants, perdus entre le retournement du capitalisme et leurs désirs de conserver le pouvoir, tentent par tous les moyens d’échapper à cette question cruciale pour l’avenir de l’humanité. Préférant l’injustice d’un système qu’ils connaissent à la mise en place d’une véritable réflexion collective sur les meilleurs moyens de favoriser l’intérêt général, ils s’imaginent pouvoir faire cesser la montée en puissance des Etats émergents en imposant à leurs peuples une cure d’austérité inacceptable, et en refermant les frontières autour de ce nouvel Empire qui n’aura plus rien de démocratique. Prétextant la crise et le besoin de « protection » que les peuples fragilisés désirent bien naturellement, ils profiteront de la naïveté de ces derniers pour mettre en place une sorte de « contre-retournement » qu’ils croient en mesure de sauver leur statut, à travers un retour « discret » au protectionnisme, pour croient-ils reprendre l’avantage.

Mais tous se trompent également, et tous les économistes du monde ne sauront régler le problème ainsi. Car le protectionnisme est en réalité une autre forme de conquête (par la force), et rien n’indique que les pays aujourd’hui puissants soient encore les plus forts demain.

 

Et c’est à ce point  que nous devons relier le référendum avorté en Grèce à notre réflexion : en sortant de la zone euro et en refusant de rembourser la dette, peut-être s’apercevrait-on enfin qu’un pays peut tourner sans l’Europe, et que ce ne sont pas les peuples qui ont besoin des dirigeants pour les sauver de la misère, mais nos dirigeants qui ont besoin des peuples pour sauver « leur » Europe (comme le prouve l’attachement constant du couple franco-allemand à aider la Grèce « malgré elle »), et avec elle leur domination.

 

Une chose est sûre cependant, c’est que les peuples ne gagneront ni à l’une ni à l’autre des deux options économiques. Le niveau de la dette, les cours de la bourse ou la note des agences n’intéressent pas les peuples, car il y aura toujours des maisons à construire, des champs à cultiver, des hôpitaux et des écoles, des routes et des ponts…

Les peuples, eux, n’ont besoin pas besoin des économistes et de tous leurs calculs, mais d’une nouvelle idéologie capable de les faire tous vivre décemment, sans préjuger du lieu où ils sont nés, ni de leurs ascendances sociales. Vivre sans la misère, c’est tout ce que demandent les hommes. Ce que le capitalisme est incapable de leur apporter.

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

Publié dans argent, crise, double coup, la démocratie, mondialisation, politique?, relations internationales | 9 Commentaires »

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