dette publique : à qui appartient l’Etat ?

Posté par calebirri le 1 août 2009

A l’origine de la banque, il y avait des types qui proposaient de prêter de l’argent en échange d’un bien d’une valeur convenue, et lorsque l’emprunteur avait remboursé (avec un intérêt), le prêteur rendait la marchandise déposé en caution.

Ensuite, les banquiers ont proposé aux individus d’épargner, c’est à dire de déposer leurs sous en un lieu sûr et leur rapportant un intérêt. Partant du principe que tous n’iraient pas rechercher leurs sous en même temps, le banquier pouvait ainsi se permettre de faire crédit à des nécessiteux, à un taux d’intérêt supérieur à celui de l’épargnant, la commission allant dans la poche du banquier.

De ce principe découlent toutes les autres formes de prêts assurés par les banques : les banques peuvent désormais prêter à d’autres banques, et même à des banques étrangères. L’État peut emprunter à la banque, et aussi (en quelque sorte) à lui-même, par le biais « d’emprunts d’État » contractés auprès de la population.

Peu à peu, les banques privées furent en mesure de posséder un État, tellement les besoins de ce dernier (essentiellement guerriers) devenaient importants. Car la banque agit avec un État comme avec un individu : quand la banque lui prête de l’argent pour acheter une maison et qu’il ne peut pas rembourser, alors la maison appartient à la banque.
Pour remédier à ce danger, et aussi permettre à une banque de pouvoir prêter en plus grande quantité, furent créées peu à peu de grandes banques centrales d’Etat, dont le contrôle étatique permettait la plus grande confiance aux différents acteurs. Les banques privées peuvent à la fois lui prêter et lui emprunter sans grand risque, car les liquidités sont en quelque sorte garanties au dernier degré par les citoyens (hausse des impôts, emprunt d’Etat ou planche à billets) qui payeront la facture.en dernier lieu.

En autorisant le crédit à outrance, les banques privées ont de leur côté réussi à engranger des dividendes faramineux, mais ont déstabilisé les marchés, qui n’avaient plus rien à voir avec la réalité. A la première chute d’une banque qui ne parvenait plus à se faire rembourser, les épargnants ont pris peur et commencèrent à retirer leur épargne. Pour ne pas que tout s’effondre, les gouvernements ont eu intérêt à paniquer les populations pour permettre le renflouement des banques privées, et ainsi reculer l’échéance de la catastrophe inévitable.

Mais les banques privées ne prêtent que peu car la crise est profonde. L’État qui ,Lui ,a prêté aux banques hypothéquant leur pouvoir sur les épargnants, espèrent que les banques ne réussiront pas à rembourser, car elles pourraient ainsi terminer dans le giron de l’État.  l’État, lui, garantit aux banques ce que les citoyens hypothèquent à l’État, c’est à dire leur force de travail…et peut-être même celle de leurs enfants.

Mais au bout du compte, lorsque l’on constate les prévisions du FMI sur le taux d’endettement de la France pour 2014, on s’aperçoit qu’il dépasse les 100%.  Cela signifie-t-il que « quelqu’un » possède l’Etat français, puisque la totalité de sa valeur est empruntée, et peut ne pas être remboursée ?

Que peut-il se passer si le prêteur réclame le remboursement ? la guerre si le prêteur est un autre État, mais si c’est un « privé » ?

Ce privé, quand bien même il y a des banques, c’est toujours à l’arrivée le citoyen, celui-là même qui épargne, consomme, emprunte et se vend. Et la réalité, c’est que l’État n’est pas propriétaire de lui-même, pas plus que les banques ne possèdent les États. Ce sont les citoyens qui sont propriétaires des États, et il faudrait qu’ils finissent par réclamer leur dû.
caleb irri

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le riche, le pauvre et le sage

Posté par calebirri le 31 juillet 2009

On divise souvent le monde entre deux catégories qui s’opposent, à savoir les riches et les pauvres… en oubliant systématiquement une troisième catégorie formée par ce qu’on pourrait appeler les sages. Tous trois à la recherche du bonheur, les deux premiers sont les seuls à ne pas pouvoir l’atteindre, et ce pour les raisons qui vont suivre

Tout d’abord, il faut dire que le riche comme le pauvre imagine trouver ce bonheur par l’intermédiaire de la possession matérielle, autrement dit par l’accumulation de richesses.

Que ce soit de naissance ou par accumulation, le riche se rend compte peu à peu que la satisfaction de ses besoins n’est jamais réellement atteinte, et qu’il ne parvient jamais à au bonheur auquel il prétend. Il s’illusionne sur l’espoir que l’accumulation de ses richesses n’est donc pas suffisant, et veut croire à tout prix qu’une richesse infinie est le comble du bonheur, en confondant la notion du bonheur avec celle du plaisir.

Seul le possesseur de richesses infinies peut entrevoir la futilité des biens matériels, car il s’apercevra au bout de sa quête qu’il n’est pas plus heureux avec tout qu’avec peu. D’ailleurs, il n’est pas rare que les très riches semblent parfois un peu fous, ou totalement dépressifs : c’est qu’ils sont arrivés à un tel niveau de possession que soit l’argent a fini de les dégouter, soit que ce qu’ils sont devenus dégoutés d’eux-mêmes, ayant senti mais pas encore compris leur erreur.

Les pauvres, eux, sont également en recherche d’accumulation de richesses, mais leur potentiel de réussite est faible (hérédité sociale, volonté non accomplie, endormissement des consciences…). pour eux, le bonheur est à portée de main, car les chemin est long et les avancées nombreuses. Chaque marche escaladée dans la possession matérielle est un semblant de bonheur,  et la fin du chemin est si loin qu’ils y peuvent encore rêver longtemps. Pour eux, l’illusion du bonheur est bonheur, car ils n’envisagent même pas le fait que la possession de tout signe l’échec de leur rêve. La dépression les touche beaucoup moins, car le temps passé à la recherche (ou à l’attente) du bonheur est autant de temps en moins passé à réfléchir à ce qu’est le bonheur.

D’ailleurs, il est probable qu’en fin de vie, plus nombreux doivent être les pauvres s’estimant avoir une une vie heureuse, car les riches sont plus proches de la conscience de l’échec de leur rêve de bonheur (et ce malgré la réussite de leur accumulation), ce qui remet en question tout leur chemin. Celui qui meurt en croyant que la fin du chemin est un paradis sera plus proche du bonheur que celui qui est allé au bout du chemin, et n’y a pas rencontré ce paradis tant désiré.

 

Bien entendu, il existe tout de même des riches heureux, et des pauvres conscients de leur bonheur. Ceux-là sont les vrais sages, car ils sont à la fois conscients que le bonheur n’est ni dans la possession ni dans son absence, mais dans le chemin. Que ce soit au bout du chemin pour les riches, ou avant de le parcourir pour les pauvres, certains ont compris que véritable bonheur n’est pas dans l’image de soi mais en soi, et méprisent donc l’argent. pour eux, les riches comme les pauvres sont dans l’erreur car ils finissent par devenir l’image qu’ils donnent, au lieu de savoir qui ils sont pour ensuite en restituer l’image.

Les sages n’ont ni le désir d’aller chercher le paradis, ni de l’espérer, ils savent qu’il est ici et maintenant, pour peu qu’on regarde en soi au lieu de regarder partout à la fois.

Etre riche ou pauvre, c’est pour les malheureux. Etre heureux, c’est pour les sages.

 

caleb irri

 

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la rationalisation de l’individu ou comment rendre l’homme calculable

Posté par calebirri le 12 juillet 2009

Pour que le capitalisme fonctionne, les théoriciens économiques se sont attachés à un paradigme aujourd’hui couramment accepté, la rationalisation de l’individu. Partants du principe que l’homme est capable de faire les meilleurs choix pour lui-même, les économistes ont considéré que les comportements humains se devaient d’être rationnels,  et ont intégré à cette donnée la notion de calcul, la raison devenant le résultat d’un désir mis en confrontation avec les possibilités de réalisation de ce désir, en termes financiers. Ainsi fut établi le concept de « consommateur rationnel », unité de mesure rendant possible le fonctionnement de théories économiques mathématiques à l’intérieur desquelles l’ensemble des êtres humains est censée pouvoir rentrer.

Mais puisque l’homme n’avait pas une valeur mathématique intrinsèque, il fallait qu’à tout prix il devienne calculable, et ce dans le but avoué de pouvoir le comprendre, et aussi de le contrôler, pour pouvoir diriger non seulement ses actes individuels, mais aussi les comportements de masses qui ne sont considérées que comme une somme d’individus.

L’idée de ne juger l’homme que sous l’angle du consommateur pourrait être vu par certains  comme une simplification outrancière de son humanité (voire même sa négation), mais il est apparemment accepté par la majorité que la valeur d’un homme ne se résume aujourd’hui qu’à un capital financier (ce que l’on possède). Niant ainsi toutes les autres composantes de l’être humain, le tour de force des théories économiques est d’avoir réussi à faire rentrer de force les hommes dans des cases mathématiques, en leur supposant une raison qu’ils n’ont pas naturellement, mais qui leur est peu à peu inculquée au cours de leur socialisation.

Mais qu’en est-il réellement de « l’homo oeconomicus » que le capitalisme a engendré ? la raison et la rationalité économique sont-elles différentes, et l’homme est-il véritablement calculable ?

Avant de répondre à ces questions, il faudrait pouvoir déterminer ce que représentent ces notions : car si la rationalité économique est le fait de faire un choix économique « éclairé », la raison doit-elle nécessairement pousser à la recherche de la nationalité ? pour qu’il soit en mesure d’exister, l’homo oeconomicus doit avoir au préalable accepté la morale économique comme raison supérieure, ce qui est le résultat d’un conditionnement éducatif et social programmé.

Car en réalité les théories économiques préexistent à l’arrivée de cet être rationnel. Elles fonctionnent dans la théorie, mais pas dans la pratique, parce qu’elles ne correspondent  pas au comportement naturel de l’être humain. Ainsi, et pour ne pas avoir à rechercher des améliorations à ces théories (prendre en compte la complexité de tous les êtres humains est chose impossible), les grands penseurs de notre monde ont  trouvé plus simple de transformer l’homme que d’essayer de le comprendre. Il fallait qu’à tout prix l’homme devienne un chiffre, une unité de mesure, et finisse par faire correspondre ses comportements au modèle désiré.

En transformant ainsi la morale et en redéfinissant la raison comme rationalité individuelle, le capitalisme a réussi le formidable tour de force de réduire le champ des comportements humains en réduisant ses volontés à la consommation, ou tout au moins à l’unique satisfaction de ses besoins matériels, et bien sûr personnels.

Cette évolution majeure de l’individu qu’est l’homo oeconomicus permet ainsi à la fois de détacher l’homme des préoccupations spirituelles et humanistes qu’il pourrait vouloir en l’intégrant de force dans la « machine » capitaliste (moins un individu possède, moins il est valorisé par la société), et également de rejeter dans la misère et l’opprobre ceux qui refusent de correspondre au modèle proposé (celui qui refuse les comportements consuméristes n’est même plus dans la société).

Pourtant, l’homo oeconomicus ne vivra pas éternellement, car l’homme n’est en vérité ni calculable ni raisonnable, et encore moins rationnel. Il est un être passionné qui ne réfléchit qu’avec son coeur, et ce malgré tous les conditionnements possibles. C’est pour cette raison qu’aucune théorie économique ne fonctionne ni ne fonctionnera jamais. L’homme est à la fois capable d’égoïsme et de générosité, capable de détruire sa planète tout en triant ses déchets, capable de faire la guerre tout en souhaitant la paix.

Nos bons gouvernants ont tous désirés un jour un monde parfait où les comportements humains seraient à la fois prévisibles et raisonnables, sans se rendre compte que ceux qui ont créé le « consommateur rationnel » n’en étaient pas eux-mêmes, et que ce monde qu’ils croient idéal n’auraient plus besoin d’eux, ni de leur pouvoir. Au lieu de ne chercher qu’à contrôler des hommes qu’ils ne connaissent pas, ils feraient mieux d’apprendre à les connaître : ainsi seulement ils n’auraient plus le désir de les contrôler.

 

 

caleb irri

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l’écologie comme moyen d’asservissement ?

Posté par calebirri le 1 juillet 2009

Ca fait un petit bout de temps que la question me taraude… tant de bruit autour de l’écologie, la croissance verte, le développement durable… et même le « green business ». C’est  à croire que les politiques et les industriels ont enfin compris l’urgence de sauver notre planète. De formidables défis à relever, des investissements et de la recherche, cela a de quoi motiver les consommateurs !

et aussi les industriels, toujours prompts à se mouvoir dès qu’il s’agit des affaires : vendre un même produit emballé dans du carton à la place du plastique est désormais plus rentable… et en même temps plus écologique!

De grandes campagnes de publicité accompagnent le lancement des nouveaux modèles « écolos », et le terme « bio » est dans toutes les bouches. EDF nous vend son expertise pour leur acheter moins d’électricité, Total finance quelques plantations ou quelques associations de sauvegarde de l’environnement pour embellir son image, et les marques surfent allègrement sur la vague verte en sponsorisant des films ou en fabriquant des sacs en papier recyclé.

Bien entendu, les politiques ne sont pas en reste, et mettent à contribution la société pour « faire changer les comportements ». incitation au tri sélectif, « bonus/malus », Grenelle de l’environnement et conférences sur le climat, instauration prochaine du « pollueur-payeur ».

Tout cela semble en effet aller dans le bon sens, mais mon esprit retors me pousse toujours à voir le mal partout, et à me demander enfin : mais quel est le sens de tout ça ?

Pas de voiture, pas d’emballages, pas de conservateurs, pas de produits chimiques… se laver en coupant l’eau, se chauffer au bois, cultiver son potager, s’éclairer à la bougie ; s’isoler de chanvre et construire en bois, se déplacer à cheval… N’est-ce pas là une conception étonnante du progrès ?

Que ce soit clair entre nous, je ne vois pour ma part dans l’énumération précédente aucun inconvénient insurmontable, mais je doute seulement de la volonté d’adhésion à une telle vision de la part des puissants de cette planète. Puissants qui, par leurs activités et leur influence sont ceux-là mêmes qui polluent le plus, et qui y gagnent des milliards.

Comme le faisait justement remarquer un spécialiste (de quoi au juste je ne m’en souviens plus) sur France-info (ou peut-être une autre radio ?), les principes de « pollueur-payeur » ou de taxe sur les produits polluants ne sont pas si positifs qu’il y paraît. Car ceux qui polluent le plus se trouvant être ceux-là mêmes qui sont les plus riches, ils monnaieront leur droit à polluer, ou finiront par faire retomber la note sur les classes sociales défavorisées, qui elles n’auront les moyens ni de se payer du « bio », ni de payer les taxes sur les produits polluants qu’ils achètent.

Et ce qui m’intrigue par dessus tout, c’est la faculté qu’ont nos gouvernants à se faire les relais d’une sorte de « déconsommation », sur le plan individuel et dans un soucis de préservation de la planète. C’est comme si peu à peu on voulait nous habituer à l’annonce de lendemains sombres où nous serons contraints de réapprendre à vivre chichement. Avec les épidémies qu’on nous fait craindre, la crise économique qu’on nous annonce longue et le réarmement qui s’amplifie, tout laisse à penser que si ce n’est pas par choix que nous nous éclairerons à la bougie demain, il faudra s’y habituer de force.

Comme aussi ces tristes et maladifs mannequins décharnés qui rappellent certaines horreurs du passé, il se pourrait que nos enfants ne grandissent qu’avec ce genre de modèles, auxquels peu à peu nous finissons nous-mêmes par nous habituer.

Ainsi, et par l’entremise d’une idéologie positive de retour au « naturel », il est sans doute plus logique que nos gouvernants préfèrent toujours leur pouvoir et leur argent à notre bien, et ce en dépit de notre volonté, bien plus facilement malléable que le climat.

 

caleb irri

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la surproduction, une aubaine?

Posté par calebirri le 15 juin 2009

La surproduction est une plaie pour le capitalisme. Malheureusement pour lui (et pour les peuples aussi), elle est inévitable. Comme je le lisais dans un excellent article de Louis Gill (bien qu’assez difficile d’approche-surtout pour un amateur comme moi), la volonté de profits toujours plus grands favorise la recherche de technologies toujours plus productives, et nuit ainsi à l’emploi salarié. Mais la plus-value (la marge) faite sur un salarié est toujours rentable que sur une machine. Et il s’ensuit que la tendance à la baisse du profit, implacable, finit par provoquer les crises comme celle que nous vivons actuellement. Il ne faut pas oublier que la concurrence est le résultat de la loi sur l’offre et la demande. Et les prix sont fixés selon ce rapport. Les machines permettent de vendre plus, à moins cher, et ainsi de remporter des marchés. Mais le profit étant le but ultime du capitaliste (et non pas comme on pourrait le penser la satisfaction des besoins), certains ont pensé que créer l’offre suffirait à engendrer la demande, en espérant que les prix du produit vendu continue malgré tout à monter. Mais le capitalisme n’aime pas la surproduction.

De fait, la crise d’aujourd’hui semble être le résultat d’une surproduction induite par les facilités de crédit proposées par les spéculateurs. La demande étant artificiellement provoquée (ou la « surconsommation » ?), il s’en ait suivi une surproduction incapable de trouver des acheteurs (solvables en tous cas).

Car il faut faire une différence entre la demande telle qu’elle existe potentiellement (la volonté d’accession aux produits, commune à l’ensemble des êtres humains), et la demande telle qu’elle existe réellement, sur le marché (c’est à dire solvable, capable d’être satisfaite concrètement). Il faut aussi se rappeler que les lois qui régissent les échanges entre les êtres sont basées sur la rareté, et non pas sur l’oppulence, comme on serait en droit de le souhaiter.
En effet, quand les anciens imaginaient le futur, ils rêvaient d’un monde d’abondance où tout serait accessible à tous. Aujourd’hui, ce rêve est rendu possible par la technique, mais pose de sérieux problèmes au système qui domine le monde. Car il s’agit de savoir comment faire correspondre la nécessité d’employer un maximum d’individus au plus bas prix possible en même temps que de leur vendre les produits qu’ils créent à un prix supérieur au coût de leur travail. Et cela tout prenant en compte les avancées technologiques qui tendent d’une part à faire augmenter la productivité, et d’une autre à rendre le travail obsolète.

C’est sans doute pour éviter ce problème que des crises semblent survenir à intervalles plus ou moins réguliers. Mais plutôt que de se pencher sur les nouvelles possibilités qu’engendre le progrès technique, les pouvoirs politique et financier préfèrent encore une « bonne guerre » que la remise en cause de leurs privilèges et de leurs pouvoirs.

Cette situation pourrait perdurer indéfiniment si un autre facteur n’intervenait pas, de façon de plus en plus prégnante, et qui inévitablement fera cesser l’existence du capitalisme comme nos aînés l’avaient conçu. La course aux profits étant corrélée à la fois à la course technique  et à la baisse du coût du travail(et ce en dépit de toute morale ou de toute règle éthique-même écrite), le capitalisme entraîne la surexploitation des ressources de la planète sur laquelle nous vivons. Et à moins que de trouver une autre planète exploitable à loisir, le capitalisme va devoir cesser d’exister, pour que l’homme continue lui aussi d’exister. Les gouvernements et les financiers, qui ont des intérêts communs,  sont donc alliés pour sortir ensemble du capitalisme, tout prenant soin de protéger leur condition :  toutes les lois restreignant les libertés sociales sont adjointes de lois sécuritaires, afin de ne plus permettre, lorsque le moment sera venu, la moindre contestation face à sa condition subie. Mais pour les peuples désireux de liberté, pourquoi la surproduction serait-elle néfaste ?Imaginons un instant le changement de paradigme. Au lieu de considérer que la rareté est une valeur, ne pouvons nous pas accepter que l’abondance lui soit supérieure ?
Comment est-il possible d’accepter qu’avec les moyens techniques dont dispose l’humanité, il existe encore des millions d’individus privés du strict minimum ?

Le problème n’est pas l’environnement, car la surexploitation des ressources n’est pas la conséquence d’une plus juste répartition de celles-ci mais l’accaparement des ressources par une minorité dont l’unique objet est le profit.
Notre planète est tout à fait capable non seulement de nous nourrir tous, et plus encore, et aussi de nous loger tous.

Pourquoi ne pas profiter de la crise pour un changement de système ?

Que les ouvriers, les employés de tous bords continuent de produire, et plus ils produiront plus les prix baisseront. Qu’ils produisent tant que les prix s’effondrent, et ne rapportent plus rien à personne.

Que les produits soient donnés à qui les veut, et que les licenciés du monde de la finance prennent part à un nouvel engagement, qui ne lui nuirait pas. Il y a besoin de bras, et de têtes à n’en plus savoir que faire : l’énergie propre, la construction, le recyclage, les transports, la voirie, l’hygiène, les pays pauvres, la faim….

Bien sûr tout cela nécessite une organisation complètement nouvelle, et pose des défis fantastiques non seulement à l’imagination, mais aussi à la réalisation. Mais face à ce que nous préparent les puissants, n’est-ce pas là une raison suffisante pour y réfléchir ?

Et puis pour faire accepter ce changement de paradigme, c’est toute l’éducation qu’il faut revoir, et aussi la conception de l’homme, et celle de son bien le plus cher : le bonheur.

L’homme ne doit plus considérer la réussite comme une accumulation de biens (utiles ou futiles), mais comme la satisfaction de ses besoins. A partir du moment où tous peuvent tout avoir, combien y en aurait-il pour vouloir trop ? Il faut que les hommes apprennent leurs différences, et n’essayent plus de ne faire que correspondre à un standard de réussite illusoire. Que les métiers soient choisis en fonction de leur intérêt intrinsèque et non plus de leur intérêt financier. Il faut que les hommes sachent que tout est acquis, et non inné, afin qu’ils comprennent que seule leur volonté peut les conduire à la réussite de soi.

Cette approche peut sembler succincte et approximative, et bien sûr de nombreuses difficultés, voire impossibilités semblent très vite sauter aux yeux. Mais cette réflexion n’a pour unique but que de renverser un cadre de pensée établi, où l’existence de la misère des uns serait absolument indispensable à la richesse des autres. Si les hommes sont capables de tant et tant d’ingéniosité pour oppresser leur prochain, créer des armes et perpétuer un système si complexe et si éloigné de l’aspiration de la majorité des êtres humains, il ne fait aucun doute qu’ils parviennent à établir un autre mode de pensée, d’échange et de production, sans forcément pour cela devoir nuire expressément à leur prochain.
 

caleb irri

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peut-on supprimer l’argent ?

Posté par calebirri le 27 mai 2009

Aristote dénonçait en son temps (vers 384-322 avant J.C.) ce qu’il appelait « la chrématistique ». ce terme n’est pas très courant, et il « décrit la pratique visant à l’accumulation de moyens d’acquisition en général, plus particulièrement de celui qui accumule la monnaie pour elle-même et non en vue d’une fin autre que son plaisir personnel » (Wikipedia).

 

Cette notion s’oppose pour Aristote à l’économie (étymologiquement la règle qui régit la maison, la communauté), indispensable pour réaliser les échanges nécessaires à la vie en société. L’activité qui consiste à accumuler de l’argent pour lui-même est considérée comme déshumanisante, en ce sens qu’ elle nuit à la vie en communauté des animaux politiques que nous sommes.

On voit bien à quel point le problème n’est pas nouveau. Il semble bien que le capitalisme existât (sous une autre appellation) dès l’apparition de la monnaie. Ce qu’il faut  également souligner, c’est le caractère nuisible de la pratique chrématistique déjà entrevu par Aristote. L’homme fait pour vivre en société ne participe pas au bien commun lorsque ses pratiques sont égoïstes.

Si cela peut sembler logique à première vue, il faut  tout de même rappeler sur quel paradigme est fondée notre économie : l’intérêt de chacun profitant à tous, la « main invisible ». on serait en droit de s’interroger sur la crédibilité d’une théorie se basant sur l’invisibilité de son mécanisme, mais les subtilités de cette théorie ne s’arrêtent pas là. Le terme « économie », qui selon Aristote est l’utilisation « positive » de l’argent (puisqu’elle profite au bien-être de la communauté) devient lorsqu’on change le paradigme fondamental le contraire de « l’économie » d’Aristote (puisque ce paradigme préconise l’accumulation de richesses pour sa satisfaction personnelle). Mais si l’on considère que cette même théorie soutient que la somme des intérêts individuels concoure au bénéfice de tous, alors ce terme « économie » devient acceptable.

C’est sur ce renversement de paradigme que s’établit le capitalisme dans son acception d’aujourd’hui. par une subtile transformation des idées que représentent un mot, l’économie communautaire d’Aristote est devenue l’économie individualiste.

 

Faut-il donc pour  se débarrasser de la chrématistique éduquer les populations au bien commun, en espérant que les dérives individualistes se résorbent, ou supprimer l’argent pour pratiquer les échanges autrement ?

je vois déjà les réponses arriver en masse, les uns arguant que le capitalisme est le moins pire des systèmes, les autres qu’on a bien vu ce que donnait le communisme. sans compter d’autres encore qui se tiennent les côtes en évoquant le troc.C’est généralement à ce niveau de pensée que s’arrête le débat sur la monnaie.

Pourtant, les solutions pour parvenir à un monde « meilleur » (c’est à dire un monde où la chrématistique n’existe pas) existent sans doute, pour peu qu’on débride son imagination et qu’on aille un peu plus loin dans la réflexion.

 

L’une de ces solutions consiste à établir une gouvernance internationale autoritaire qui réalise au niveau mondial un collectivisme d’Etat, avec contrôle total des agissements des populations, ce qui rendrait rapidement obsolète l’utilisation de la monnaie. Chacun pourrait, suivant sa condition sociale, accéder ou pas à certains lieux, certains produits, certains services.

Une autre possibilité serait de parvenir à un conditionnement éducatif et social si abouti que le luxe et l’excès seraient considérés comme moralement inconcevables. Cette humanité parfaite n’existe évidemment pas, mais si elle était créée il ne fait aucun doute que le capitalisme s’effondrerait de lui-même, pour laisser place à une sorte d’  « autogestion » éclairée et stagnante, comme un retour au paradis originel. Le conditionnement philosophique de ce monde idéal serait proche des sociétés primitives, où une vie dans laquelle on serait vêtu d’un pagne en cultivant une petite parcelle suffirait à chacun… on peut toujours rêver.

La dernière hypothèse serait la suppression de la monnaie au profit du « don gratuit », une pratique qui rappelle la religion mais qui n’est en réalité que l’aspiration profonde des êtres humains. Le don gratuit est un acte généreux qui se différencie de l’échange par son absence d’obligation de retour.  Il implique la mise en place d’un système différent basé sur l’opulence et non plus sur la rareté. L’avantage d’un tel système est grand, car il permettrait à la fois de satisfaire aux besoins essentiels de tous, et cela sans nuire à autrui.

Les suppressions des emplois liés à l’argent pourraient libérer l’homme de la contrainte du temps de travail, en lui en accordant plus pour la recherche de nouvelles méthodes, de nouvelles techniques favorisant l’amélioration des conditions de vie. Car ce système ne remet pas en cause le progrès technique : les défis qui attendent l’humanité sont gigantesques, et l’abondance en est un qui réclame beaucoup d’intelligences et de savoirs-faire.

 

Seulement voilà : il semblerait bien que la première hypothèse soit celle retenue. Face à l’immensité des dégâts engendrés par des siècles d’individualisme centré sur les valeurs de concurrence et de rareté, la tâche consistant à envisager le partage et l’opulence peut paraître irréalisable. Alors, au lieu de s’acharner à comprendre pourquoi le capitalisme  fabrique de la misère, l’homme fait semblant de croire que c’est le capitalisme qui la supprimera. Ainsi il peut continuer ses agissements égoïstes, sans avoir à se retourner sur ses propres erreurs. ni entrevoir les conséquences de celles-ci.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

voir http://calebirri.unblog.fr/2010/04/25/lexperience-de-la-gratuite/

et http://calebirri.unblog.fr/2010/03/18/et-si-la-gratuite-cetait-possible/

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