Macron et l’engrenage autoritaire

1 avril 2023

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Avec l’arrivée de La France Insoumise en 2017 et la perte de la majorité absolue en 2022 -et aussi grâce à ce que Darmanin appelle la « bordélisation » des débats qui suscite l’intérêt- il apparaît que l’Assemblée Nationale se trouve ainsi mise sur le devant de la scène publique, loin de l’entre-soi qui régnait jusque-là. Imaginez des gens vraiment du peuple, parfois mal habillés, sans cravate, parlant vrai et ne se laissant pas démonter face à « l’élite » qui règne sans partage -et depuis si longtemps- sur ce qu’on appelle encore Représentation Nationale (mais qui jusqu’alors ne représentait que les intérêts de la classe sociale dont 90% des députés sont issus)… le choc !

Sauf que ces nouveaux venus ne sont pas des imbéciles ni des ignorants, et ils contestent, proposent, utilisent et jouent avec les règles du jeu des Institutions, poussent la 5ème dans ses retranchements, jusqu’à en démontrer les limites, jusqu’à aujourd’hui où on ne peut que constater son obsolescence, puisqu’il apparait clairement que plus de 70% de la population Française ne veut pas de cette réforme des retraites, que les Députés n’ont pas voté ce texte, et que seule l’utilisation légale mais non légitime du 49.3 permet au gvt de revendiquer la victoire représentative… contre la rue, contre le Peuple et sa Souveraineté. Rendez-vous compte, la Représentation ne représente plus !
D’ailleurs, si le Conseil Constitutionnel valide cette loi, il enterrera non pas seulement le gouvernement Macron mais bien toute la 5ème République, en actant que le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple n’existe pas en France.

Ce qui se passe dans notre pays depuis l’utilisation du 49.3 est grave : nous assistons clairement à la mise en place d’un régime de gouvernement cochant toutes les cases de ce qu’on appelle communément un Etat Policier.

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C’est cette rupture entre les représentants et les représentéés qui crée la situation de conflit : Macron légal mais non légitime n’a que 3 choix : perséverer dans l’erreur au risque d’instaurer une guerre civile ou la dictature, se soumettre ou se démettre (ce qui en l’occurence revient ici un peu au même vu où nous en sommes arrivés). Du coup ça fait 2 choix. Sauf si on ajoute la sortie par le haut d’un référendum, mais alors Macron devrait partir aussi.
Mais comme le problème de Macron c’est l’orgueil de Macron il préferera sans doute dissoudre le peuple que de concéder la moindre erreur. Il suit désormais la pente logique sur laquelle glisse tous les Narcisse ayant du pouvoir qui sont mis face à leur propre échec : le déni, puis la colère et enfin la fureur. C’est ainsi qu’on met le doigt dans l’engrenage autoritaire, qui ne peut qu’aboutir à la violence.

N’ayant par suffisance (et grâce à l’obstruction de LFI sans laquelle la Loi passait) même pas prévu que la Réforme devrait passer par 49.3, ils n’avaient pas anticipé non plus les conséquences de cet imprévu ; ni Macron celles de sa provocation du 13H, en décalage complet avec la situation, qui manifestement leur a échappée.

Il faut souligner à cette occasion le très mauvais travail des renseignements et de tous les thermomètres et autres McKinsey, dont on se demande à quoi servent leurs émoluments car même encore aujourd’hui ils n’ont pas compris, pas pris la mesure de la colère qui règne ici. Quand les gens sont sortis spontanément le soir du 49.3, les Forces de l’Ordre ont été débordées, et se sont cru avec les Gilets jaunes ou dans les banlieues et ont fait ce pourquoi elles sont payées : suivre les ordres des chefs, qui leurs disent de dissuader les manifestants de recommencer. Sauf que la répression qui s’est abattue sur les manifestants a été filmée et diffusée largement.

Obligés de justifier ces violences, ils ont peu à peu réussi à mettre en place les éléments de langage qu’utilisent tous les régimes pris en faute et qui au lieu de l’admettre s’enfoncent dans l’autoritarisme comme on s’enfonce dans une guerre : ils le justifient par la volonté supposée de leurs adversaires de vouloir faire pire qu’eux.

Comme avec le covid ou l’Ukraine (ça doit être LA technique de McKinsey), petit à petit des mots sont lancés, qui peu à peu installent l’idée d’une binarité qui permet d’une part d’empêcher la nuance, et d’une autre qui oblige à un choix : tous ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous.
Dorénavant il y a les gentils et les méchants. Vous êtes gentil vous ?

Tout est donc fait pour d’une part justifier les violences policères par la criminalisation des manifestants, et d’une autre en en faisant porter la responsabilité à LFI-Goldstein-Melenchon, qui finalement avec la Nupes est le seul parti qui aura défendu la majorité (70%) -et donc la légitimité- du peuple Souverain (dans la théorie démocratique)

Puisque la légitimité des urnes n’est pas et que Macron refuse de céder ou même de faire un référendum ou un nouveau vote à l’Assemblée Nationale, il ne lui reste plus que la force.

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Son objectif est donc désormais, comme tous les dictateurs en devenir, de casser la contestation. D’abord en faisant peur aux gens pour qu’ils cessent de manifester (on dira que ça s’essouffle pour démobiliser les autres), puis en faisant croire que les manifestants sont instrumentalisés par LFI, avec les raccourcis habituels LFI/Manifestants Anti-Républicains/casseurs Ultra-gauche/tueurs de flics, pour arriver enfin à l’amalgame opposant politique = terroriste.

Avec des terroristes il n’existe pas de violences policères. Des terroristes qui meurent c’est pas si grave, n’est-ce pas ?

Comme à chaque fois, et n’en déplaise aux « va vivre en Corée du Nord », il ne faut pas attendre que soit écrit « Dictature » aux frontons des mairies pour se réveiller : quand un pouvoir tente de faire passer ses opposants politiques pour des terroristes et les partis politiques qui les soutiennent d’anti-démocrates et anti-républicains voulant la destruction de l’Etat, on est déjà sur une piste suffisamment claire pour être dénoncée, comme le font déjà, et de plus en plus, d’organes internationaux, jusqu’aux USA et l’Iran (quelle belle ironie) qui demandent de respecter le droit de manifester pacifiquement.

Il est d’ailleurs assez cocasse de constater à quel point les philosophes, grands intellectuels et autres analystes politiques, en général si prompts à dénoncer les autoritarismes étrangers ou à dénoncer les exactions des Forces de l’Ordre lorsqu’elles ne peuvent les engager, sont finalement assez à l’aise avec les arguments du pouvoir en place, le tout sans sembler se rendre compte qu’ils reprennent à leur compte exactement les éléments de langage qu’ils contestent lorsqu’ils sont proférés par exemple par Poutine ou les dirigeants Iraniens… La rue est une foule, les terroristes veulent détruire l’Etat et notre République, ils sont influencés par l’extrême-gauche ou même l’étranger, etc…

Pourtant, s’il apparaît une chose qui ne peut être contestée, c’est que la violence dans et autour des manifestations ne servent pas la cause de ceux qui manifestent, et qu’au contraire elle est utile à ceux qui veulent briser le soutien de l’opinion publique. Il aparait aussi qu’accuser le parti qui soutient le plus les manifestations de vouloir des violences qui cassent le soutien de la contestation est une stupidité logique, tandis que l’arrivée des Black-blocks dans les manifestations fait plutôt d’eux des alliés (au moins objectifs) du pouvoir plus que de la lutte sociale.

Il faudra aussi dire que les Violences Policières sont plus graves que celles des manifestants car la police doit être exemplaire si elle veut être respectée et non crainte. A quoi cela servirait-il de dénoncer la violence des délinquants si c’est pour se comporter comme eux ? Dire aussi que la police est au service du peuple et pas du pouvoir. Et que ceux qui nient ces violences policières font du mal à la police dont l’image se dégrade, car les faits sont là devant nos yeux. Ils ne participent qu’à faire monter la haine envers le pouvoir.

Lorsque le pouvoir arrive au stade où l’alternative est « j’ai été élu donc tu la fermes et si tu l’ouvres je te fais cogner, et puis de toutes les manières je dirai que tu voulais détruire la démocratie et personne n’ira vérifier puisque c’est moi qui décide », c’est qu’il est déjà allé trop loin. Lorsque le Droit de manifester ou de faire grève est limité, lorsque les journalistes sont menacés ou empêchés, lorsque les opposants sont poursuivis, nassés, arrêtés préventivement, que des armes de guerre sont utilisés contre eux, alors nous ne sommes pas en démocratie.

Dans une démocratie tu as des droits : tu fais les choses que tu décides, car il n’y a de devoirs que ceux qu’on se donne à soi-même. Tu peux manifester et si tu abuses alors tu seras jugé
Dans une Dictature, tes droits appartiennent au Pouvoir : tu ne peux pas aller manifester car c’est interdit. rappelez-vous « les devoirs passent avant les droits » pendant le Covid, tout était déjà là. Celui qui possède le pouvoir sur tes droits est ton maître, et tu es donc son esclave.

Maintenant que doit faire le peuple ? Attendre sagement 4 ans d’arrogance, de mépris et de provocations, en plus des lois toujours injustes pour les plus fragiles, dans la peur qu’un post facebook vous envoie en garde à vue, pour vous dissuader de vouloir recommencer, et faire croire que tout le monde respecte le président alors qu’il le craint ? Quelqu’un a-t-il prévenu Macron que 1984 n’était pas un manuel ?

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Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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