Covid-19 : un révélateur pour penser l’effondrement ?

16 avril 2020

Non classé

Au début de l’épidémie, il y a eu un débat sur le fait de savoir s’il valait mieux un confinement total mais court pour éviter la propagation du virus, ou bien faire le pari de « l’immunité collective » afin non pas d’enrayer la maladie à court terme mais à plus long… Seulement face à la vague de malades et à l’engorgement des hôpitaux tout le monde s’est finalement rangé à l’option du confinement, et sans doute est-ce le bon choix… en tous les cas pour nos pays riches.

Car il faut être conscient d’une chose : le confinement est une pratique moyenâgeuse réservée aux riches des pays riches.

Aujourd’hui les chiffres tombent et même s’ils sont terribles – ils le sont- personne ne peut dire s’ils auraient-ils été bien pires sans le confinement ? Sachant que la maladie touche surtout certaines parties de la population, peut-on assurer que les victimes du Covid-19 n’auraient pas été touchées à plus ou moins court terme par un problème de santé équivalent, de toutes les manières ?

Ensuite, un des problèmes posés par la stratégie adoptée aujourd’hui est que même si elle a pour but d’éviter l’engorgement des urgences, elle est en train de créer une situation sanitaire et sociale dramatiques dont les conséquences à moyen et long terme vont être catastrophiques pour peut-être encore plus de gens que si on n’avait rien fait, en atteignant des populations qui n’auraient autrement été sans doute que très faiblement affectées par la maladie. Il faut se rendre compte qu’à l’évidence économiquement cette crise va foutre par terre un grand nombre d’entreprises (les plus petites et les plus fragiles) et donc autant de familles qui seront au chômage, au RSA ou à presque rien (travail intérimaire, stages, travail au noir ou au gris…), sans compter que les mesures qui suivront sur le droit du travail, le salaire, les impôts, les 35 heures, etc…, finiront d’appauvrir les plus fragiles d’entre nous. On aura entre temps sacrifié ceux qu’on appelle aujourd’hui « des héros » (les Gilets Jaunes en gros -transporteurs, infirmières, caissiers, employés Amazon, petits artisans,etc…) pour le confort de ceux qui ont les moyens de rester confinés, et dont les boîtes se font payer le chômage partiel par l’Etat qui le refacturera à n’en pas douter à ceux-là mêmes qui n’en bénéficient pas.

De plus, le nombre de malades et de morts aura été augmenté du fait des tergiversations gouvernementales et surtout du manque de masques, de tests, de lits et de personnel soignant : nous payons aujourd’hui les 40 années de politiques austéritaires précédentes.

Alors on a confiné, mais avec comme conséquence une possible deuxième vague toute aussi terrible que la première puisque l’immunité collective est apparemment très faible. En Chine elle semble arriver, et c’est ce que l’Histoire des épidémies nous apprend. Faudra-t-il se confiner encore dans quelques mois ?

Ne serait-il pas enfin temps de nous interroger sur notre manière d’envisager le monde et ce qu’on appelle notre « modèle de civilisation » ? Ne devrions-nous pas nous interroger sur la fin de vie et la manière dont nous traitons nos vieux dans nos pays riches ?

Au lieu de se demander comment vivre le plus longtemps possible, ne devrions-nous pas apprendre à vivre bien pour mourir mieux ? Au lieu de perdre sa vie à la gagner, ne vaudrait-il pas mieux apprendre à vivre moins mais vivre mieux ?

Pour préparer le monde de demain il faudrait plutôt arrêter de penser selon les principes d’hier : cela est très difficile à admettre et sans doute nombreux seront ceux qui s’opposeront à cette manière de voir mais je pense maintenant qu’il faut que l’Humanité assume ses échecs et son impuissance face aux forces de la Nature : il y aura des morts, beaucoup, beaucoup trop, et tout le monde ou presque sera touché de près ou de loin par la maladie. Mais après la vie reprendra comme elle l’a toujours fait. Notre plus grande erreur de riches n’est-elle pas de se croire plus forts que la Nature ?

L’Humanité ne peut pas se cacher derrière sa peur à attendre que cela se passe alors que cela ne passera pas : après le Covid-19 il y en aura un autre ou bien la canicule, et puis la pollution, et puis d’autres catastrophes encore comme la montée des eaux ou le manque d’eau potable et tout un tas d’autres horreurs. L’effondrement arrive et le Covid-19 devrait nous servir de révélateur, car nous ne sommes pas prêts. Philosophiquement, techniquement, politiquement, socialement, nous ne sommes pas aptes à affronter les dangers qui nous menacent collectivement.

comment font-ils dans les pays les plus pauvres ?

Dans les pays les plus pauvres, c’est très triste et très dur à entendre (et aussi à dire) mais ils se démerdent, ils n’ont pas le choix : ceux qui doivent mourir meurent mais les autres ne restent pas sur place à regarder les premiers mourir. Les questions de confinement sont des questions de riches : dans de nombreux pays la misère, la maladie et la guerre font de tels ravages qu’ils savent la vraie valeur de la vie, celle que nous avons fini par oublier : ils vivent contraints au salaire journalier et ne peuvent se permettre de ne pas sortir travailler, sous peine non pas de coronavirus mais de mort de faim, pour eux ou leurs enfants, et avec certitude. En fait pour beaucoup ils connaissent déjà les conditions d’existence d’après l’effondrement, et ils s’y adaptent par la force des choses : dans certains pays l’espérance de vie en bonne santé est bien inférieure à la nôtre, celle des riches qui ont les moyens de se confiner quand les pauvres sont sacrifiés.

Alors il faudra peut-être se résigner et accepter que l’espérance de vie à plus de 80 ans c’est fini. Il y a moins d’obèses en Afrique, et la moitié de la population a moins de 20 ans. Il faudra comprendre aussi que les Ehpads ne sont pas une solution civilisée de faire mourir nos vieux. Il faudra redécouvrir que la vie est fragile et que si les plus pauvres font plus d’enfants c’est parce que beaucoup meurent. Et que le fait de vivre depuis tant de temps avec Ebola, la faim et la guerre, cela relativise sans doute un peu les perspectives (et ça pourrait aussi aider certains à comprendre pourquoi tant de jeunes quittent leur pays d’origine et risquent leur vie pour aller en Europe). Dans bien des endroits du monde la philosophie de vie est bien différente de la nôtre, et nous qui méprisons tous ceux qui ne font pas comme nous depuis si longtemps nous allons peut-être mieux comprendre notre erreur. Que l’on trouve un médicament qui fonctionne ou pas ne changera pas cette problématique, il ne faut pas se réfugier derrière son petit doigt.

Car le monde de demain ce sont des catastrophes en chaîne, comme le montrent les incendies à Tchernobyl, la crise économique et les troubles sociaux qui vont suivre. La fin de l’Europe, et la guerre qui se profilera pour seulement survivre (à ce propos, regardez la très bonne série d’anticipation « L’effondrement ») finiront sans doute de convaincre ceux qui ne jurent que par le retour à la situation d’avant.

On verra bien aussi qu’on ne peut pas confiner une population qui a faim. Alors sans doute que les riches essaieront de se mettre à l’abri pendant que les pauvres crèvent de maladie ou de faim mais l’avantage des dictatures qui n’osent pas dire leur nom, c’est qu’elles n’ont souvent pas les moyens de leurs ambitions, et de ce fait sont tout de même contraintes à un minimum de sobriété dans le discours et même dans leurs actes.

Alors pour nous le peuple le choix ne va pas être compliqué : soit on sauve l’espérance de vie des riches et abaissons celles des autres, ceux qui travaillent, après avoir définitivement été transformés en esclaves ou chair à canons, soit on arrête les conneries et même si on fait tout ce qu’on peut pour sauver le maximum et de malades, en fabriquant tous nos masques et en respectant le maximum les mesures barrières pour le bien de tous, nous décidons de reprendre notre vie de libertés, avec ce qu’elle contient de risques et d’incertitudes. En faisant en sorte que tous les partisans du monde d’avant laissent la place à ceux du monde de demain, pour lesquels la lutte pour une alternative communiste sera à la hauteur des défis qui nous attendent.

Nous ne pouvons pas nous empêcher de vivre pour ne pas mourir, cela n’est pas humain.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

2 Réponses à “Covid-19 : un révélateur pour penser l’effondrement ?”

  1. Philou Dit :

    D’accord sur le fait que la mortalité résulte des politiques de casse des services publics, mais au sujet du confinement, les pays les plus confinés ne sont pas ceux qui s’en sortent le mieux.

    La distanciation sociale est plus efficace qu’un confinement strict, confiner les gens à l’intérieur c’est non seulement une ligne maginot, mais cela apporte plus de problèmes : violences, dépression, maladies cardio vasculaires, déficiences immunitaires que cela n’en résout, il faut laisser la population pouvoir sortir du moment que les distances sont respectées, en Suède, au Japon et aux Pays Bas, il n’y a pas de confinement et la mortalité y est inférieure à celle de la France.

    https://coronavirus.politologue.com/coronavirus-pays-bas.NL

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  2. JUST Dit :

    je ne sais pas d’où vos sortez « ces chiffres sont terribles »…
    Il n’y a jamais rien eu de terrible dans cette fausse pandémie, sinon la panique qui a été déclenchée par des politiciens corrompus..Il n’y a jamais eu plus de morts que d’habitude, peut être même que la panique en a provoqués quelqu’uns qui auraient pu survivre encore quelques mois de plus…a priori pas davantage.
    Il y a toujours eu des épidémies..certaines ont été provoquées par des apprentis sorciers – fausse grippe espagnole après des campagnes de vaccinations intensives (sauf en Grèce qui les avait refusées)…Les président Fort et Busch avaient déjà utilisé les mêmes stratagèmes pendant leur campagne électorale..Bref…nous sommes tous mortels, avoir peur, c’est l’outil principal de tous ceux qui veulent les pouvoirs, çà commence à l’école primaire et çà dure toute la vie dans les institutions religieuses et laïques…et les humains en général sont des cons de se laisser conduire comme des troupeaux de moutons : « connais toi toi-même » a dit quelqu’un de connu depuis des siècles..voilà par où il faut commencer pour reconstruire une vraie éducation de la liberté individuelle et collective…

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