plaidoyer pour une gestion intelligente des commentaires

Posté par calebirri le 22 février 2017

Internet a permis au « courrier des lecteurs » d’antan de se faire lire partout, tout le temps et sur tous les sujets. Ainsi que d’être envoyé de n’importe où, n’importe quand et sur n’importe quel sujet. Par n’importe qui. Dans l’anonymat le plus complet -ou presque.

Face à cette possibilité offerte à tous (ou presque), il y a ceux qui attendent deséspéremment derrière leur clavier qu’on leur réponde, et ceux dont le nombre de commentaires reçus explose jusqu’à ce qu’il devienne presque inhumain de pouvoir « physiquement » suivre ce flux sans fin.

Il y a ceux qui écrivent beaucoup ou très peu, très long ou très court, aggressifs ou dithyrambiques. Il y a ceux qui ont le temps, ceux qui font des fautes tout le temps, et puis aussi ceux qui répondent à tout, ceux qui vous attendent au tournant… le spectre des échanges sur internet et si immense que la gestion des commentaires est un casse-tête infini : la modération (ou la censure pour certains) est un art délicat auquel chaque internaute est confronté en tant que lecteur bien sûr, mais aussi et surtout en tant que commentateur, et enfin auteur.

Car s’il est aisé de crier à la censure quand son commentaire ne passe pas en ligne, il l’est beaucoup moins de savoir réagir en tant qu’auteur, surtout lorsque le nombre de commentaires et/ou le sujet abordé entraînent des dérapages ou des difficultés de suivi.

Il ya bien sûr ceux qui modèrent (ou font modérer) et ceux qui ne modèrent pas, ceux qui laissent tout passer,ou rien.

Car il n’y a pas 36 solutions :

si l’on ferme les commentaires, on est certain de ne pas être gêné par les commentaires ; mais on prend le risque de ne pas susciter l’attrait pour ses écrits.
Si on laisse ouverts les commentaires sans aucun contrôle, alors le problème est de deux types : -soit on risque de laisser passer des commentaires condamnables sur son site, soit on prend celui (si le site marche) d’être noyé sous le flux ininterrompu des commentaires et de ne plus parvenir à suivre (pour le lecteur qui arrive en plein milieu d’une discussion commencée deux jours auparavant).

Il faut se rendre compte que le caractère participatif d’internet atteint un stade critique dans son développement, et qu’il faut désormais passer à un autre stade dans la gestion des commentaires. Car si l’internet est un outil de communication formidable, nous sommes aujourd’hui incapables de l’utiliser correctement. Pour le moment c’est l’anarchie la plus complète : chaque site se démmerde comme il peut. Il y a ceux qui modèrent a priori ou a posteriori, suivant ou non une charte de bonne conduite. Il y a ceux qui ouvrent les commentaires jusqu’à 100, ou une fois de temps en temps. Ceux qui font appel à des modérateurs, rémunérés ou non, ceux qui replient certains commentaires ou ceux qui font un classement, ceux qui vous identifient et ceux qui bloquent certaines « IP ». On a même vu récemment une « grève des commentaires » pour montrer à quel point cet espace de liberté est important. Ou certains sites publier certains commentaires particulièrement détestables « pour montrer » ce à quoi les modérateurs sont confrontés quotidiennement. Sans compter ceux qui décident de les interdire purement et simplement.

A tout ce fatras s’ajoutent les trolls et les monomaniaques, ceux qui scrutent les fautes d’orthographe et ceux qui discutent sans fin, les double ou triple pseudos avec parfois des ordinateurs différents, sans oublier les « faux commentaires » de spams, les paranos et autres emmerdeurs.

Il arrive donc régulièrement que l’on se retrouve sur un site fréquenté avec l’impression qu’on ne sortira pas d’ici avant deux jours si on veut suivre une discussion quelque peu poussée. Ou bien au contraire que la discussion n’ira jamais bien loin. Il doit pourtant bien y avoir un moyen de rendre cet espace intéressant et constructif, viable et accessible au plus grand nombre… ? Nous qui parlons sans cesse de démocratie participative et directe, nous ne sommes même pas capables la plupart du temps (il n’y a qu’à jeter un coup d’oeil sur l’état des « discussions » qui suivent en général les articles de certains sites « grand public » pour constater le ridicule de la situation) non pas de trouver un accord entre nous, mais tout simplement d’avoir une discussion constructive à plus de deux ou trois.

A quoi nous sert toute notre technologie, à quoi servent tous ces algorythmes ?

Etre capables d’échanger collectiement sur un sujet donné, sans s’insulter ni se moquer, est un pré-requis pour parvenir à un consensus qui ne soit pas systématiquement rendu impossible par le brouillage des débats. De là à aboutir à des prises de décisions collectives il y a un bon bout de chemin à faire… Et pourquoi ne pas commencer par réfléchir ensemble à une meilleure manière de gérer les commentaires ?

Faut-il préserver l’anonymat, fermer ou limiter le nombre, la longueur, faut-il noter les commentaires, que faire des trolls, censurer ou non, comment suivre les conversations, supprimer les doublons, les insultes, par moyen humain ou informatique, il y a tout un tas de questions qui devraient être posées et débattues avant de formuler des propositions plus concrêtes.

Je propose qu’on démarre ici, sur Agoravox, qui est une véritable aubaine puisque ce site rassemble à peu près tous les travers des commentateurs mais traite in fine plutôt bien ce problème . Si des membres de l’équipe étaient intéressés pour partager avec nous leur avis, ils sont les bienvenus. D’autant que si cela les intéressait vraiment, nous pourrions peut-être même envisager la mise en place d’un questionnaire sur le sujet. Si certains sont intéressés qu’ils me contactent !

Ensuite nous pourrions faire des tests mais c’est l’idée, en gros…

Qu’en pensez-vous ? N’hésitez pas à commenter…

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

PS : je vous laisse ci-dessous, en vrac et pour exemple, quelques unes des questions auxquelles on pourrait répondre :

1. Faut-il ouvrir les commentaires ou non ?

Si non on arrête là, si oui :

2. Si oui, faut-il les ouvrir tout le temps, à tous et pour tous les sujets ?

On peut imaginer les ouvrir « un certain temps », jusqu’à un certain nombre de commentaires, ou seulement à ceux qui sont inscrits. Aussi bien que pour certains sujets, et selon certaines conditions (charte, nombre de commentaires limités, un certain ratio de votes « pour » et de votes « contre » ?, identité révélée…)

3. Quelles infos peuvent être demandées :

-un identifiant (nom ou pseudo), une adresse mail valide, un numéro de sécu, un statut particulier (« au dessus » de « lecteur ») après avoir validé certaines conditions ?

se pose la question des pseudos, des multi-identités et des IP cachées.

4. Comment cadrer les commentaires :

en nombre de commentaires autorisés, en nombre de mots ou de caractères, les fautes d’orthographe, les insultes, les trolls ?

5. Peut-on noter les commentaires et comment ?

Par + et -, par profil, par pertincence ? Et comment dans un grand nombre de commentaires repérer ceux qui sont intéressants, ceux qui font doublon, les bonnes et les mauvaises blagues, les trolls? Doit-on laisser parler tout le monde, doit on censurer certaines paroles si elles ne sont pas insultantes mais quand même aggressives, ou nazies ou islamistes ?

comment différencier l’opinion de la propagande ou du prosélytisme ?

6. Faut-il une charte ?

Une charte nationale, une charte définie par blog ou site, et qui la rédige et qui décide ?

7. La modération

Faut-il modérer tout le temps, jamais, parfois ?

Qui modère qui ? les responsables du site ou les commentateurs, des modérateurs physiques, rémunérés, ou des logiciels automatiques ?

Modérer a priori ou a posteriori ?

doit-on justifier et expliquer sa modération ?

8. les trolls ou « flameurs »

comment les repérer, les empêcher de nuire ? Les censurer ou leur répondre, et jusqu’à quel point ?
Comment et selon quels critères doit s’effectuer cette modération/censure ?Qu’est-ce qui peut permettre de les différencier ? La loi ? La charte ? un logiciel ? En fonction d’un certain nombre de votes ?

Laisser le commentaire mais l’assortir d’une réponse estampillée « attention suspiçion de troll » ?
Repérer les IP et faire la chasse ?

Feriez-vous plus confinace à un algorythme ou à un humain pour ce boulot ?

Que penser de la modération collective, et quelle forme pourrait-elle prendre ?

Si vous avez des propositions de questions je suis preneur, je vais m’y mettre si personne ne s’y lance mais si il y en a de motivés je suis aussi preneur !

4 Réponses à “plaidoyer pour une gestion intelligente des commentaires”

  1. PolAarhus dit :

    Bonsoir

    Votre article paru sur Agoravox traite d’un sujet sur lequel j’avais l’habitude de commenter, jusqu’à ma décision récente de demander la suppression de mon compte.

    Agoravox joue pour moi un rôle que les journeaux, même électroniques, ont abandonné (ou pour lequel ils ne sont pas adaptés,) à savoir attirer mon attention hors de mes préoccupations habituelles, m’inciter à voir les évènements selon le point de vue d’un autre.

    Je doute que vous obteniez un commentaire d’une personne ayant un accès administrateur à Avox. Toutes les demandes que j’ai pu faire qui ressemblent à la vôtre sont tombées dans le vide.

    Ce silence est fort désagréable, mais nous faisons avec. C’est facile pour moi désormais, qui ne suis que lecteur.

    Votre questionnaire est pertinent, les commentaires qui vous ont été faits aussi. Je n’ai pas vu proposée une possibilité technique de filtrage des posts qui ne fasse pas intervenir la modération : elle consisterait à permettre à chaque participant de créer des filtres de lecture. Ainsi, j’aurais un filtre pour quand je suis pressé, d’où ne sortirait que les articles sur certains thèmes et les posts de mes commentateurs favoris, un autre filtre plus large pour quand j’ai du temps à consacrer à ma curiosité, et évidemment la possibilité d’avoir accès à tout comme actuellement.

    Personnellement, je privilégie le mode pseudo. J’accepterais même de créer des pseudos complémentaires (bien que je ne l’aie jamais fait,) par exemple pour me mettre dans la peau de mes parents qui son décédés. Se pose la question de la responsabilité de ce qu’on dit. Vous allez peut-être me trouver excessif, mais c’est quelque chose qui devrait relever du service public. Seul un service assermenté et offrant des garanties de secret ayant la possibilité de faire la correspondance pseudo/état-civil. On pourrait demander la suppression d’un pseudo sans conséquence judiciaire pour la personne.

    Je ne vais pas creuser ce sujet maintenant. A l’adresse électronique que je viens de vous donner, la même que j’utilisais pour Avox, on trouve mon nom (que je vous demande de garder pour vous.) La question n’est pas urgente mais sérieuse.

    Bonne soirée

  2. PolAarhus dit :

    Juste une précision technique à mon commentaire un peu fourre-tout de cette nuit.

    La place des filtres que je suggère serait sur le poste de consultation du lecteur. Le forum proposerait un menu « créez vos filtres », déclenchant un processus à l’issu duquel un petit programme réalisant le filtrage serait téléchargé sur ce poste de consultation.

    Ceci dit, des commentateurs ont fait très justement remarquer qu’un forum est destiné à des échanges entre humains. Particulièrement ceux qui sont allergiques au prêt à penser…

  3. PolAarhus dit :

    Encore une chose qui ne m’apparaît pas sur le fil Agoravox, et c’est étonnant de la part de gens préoccupés de politique.

    Nous savons commenter à longueur de pages les inconvénients des GAFA, les failles type 1984 qu’elles ouvrent (inconsciemment pour le Google des premiers temps.) Par contre, quand il s’agit de proposer (ce que vous faites,) plus personne. Si on ne fait pas partie des gens fascinés par l’émergence d’une entité nouvelle qui serait en incubation dans les recherches pompeusement dénommées IA, alors il faut se poser vos questions, et même d’autres.

  4. hervepasgrave dit :

    Bonsoir,
    Effectivement c’est problématique.Mais je pense aussi que les commentaires n’arrivent pas innocemment. Pour l’instant je dirais qu’il n’y a pas le feu, car sur internet c’est l’immédiateté qui est le plus important.Alors ,le hic! vient surtout des professionnels,ils sont nombreux et savent très bien noyer les choses par empilement, écrasement et détournement de propos.S’il fallait être une bonne plume pour dire et écrire des choses intelligentes cela se saurait !
    Beaucoup d’attaques sur les médias,mais internet en est devenu un majeur.Croyez vous que cela soit
    du fait des lecteurs ? Dans tous les cas se plaindre est surtout vouloir faire taire des idées aussi mal exprimées qu’elles soient, surtout gênantes .Cela me fait penser que l’autre jour je regardais par hasard une émission tv « les grosses gueules  » et que le journaliste faisait comprendre que l’on ne pouvait pas laisser se présenter n’importe qui aux élections présidentielles?. Qu’il fallait être qualifié.Et la loi ! ils s’en tapent le coquillard.Et oui! internet se transforme comme les autres médias en puissance sans partage. Avant de chercher des coupables ou ils ne sont pas ,il faudrait peut-être rester lucide.Quand je dis lucide honnête sur le sujet.Diviser pour mieux régner ou le contraire ? Je crains qu’internet est déjà mort avant d’avoir existé.alors utilisons le ,mais vraiment de manière réaliste. Je le dis des fois « c’est jeter une bouteille à la mer.Il faut bien rêver,non? « 

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