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Peur sur les plages et propagande réussie

Posté par calebirri le 26 juillet 2016

Hier on m’a montré un SMS : l’auteur de celui-ci faisait savoir qu’il avait appris, par une « amie dont l’ex-mari est policier », qu’une menace sérieuse d’attentat terroriste pesait sur la plage où mon interlocuteur devait se rendre, lui enjoignant d’éviter les endroits où sont regroupés de nombreuses personnes… La belle affaire !

il suffit pourtant de taper sur google « menace terroriste plages » pour tomber sur quelques dizaines d’articles plus ou moins récents répertoriant allègrement les divers moyens qu’auraient des terroristes pour réaliser un carnage sur les plages -qu’elles se situent au nord, au sud ou à l’ouest de notre bel hexagone. Facile, sur les plages il y a toujours du monde (enfin quand il fait beau !). Comme sur les marchés d’ailleurs, et puis aussi les bars, les feux d’artifices et de multiples autres endroits…. Et puis que ce soit en avion, avec une mitraillette ou une grenade, il est évident qu’à n’importe quel moment, dans n’importe quel endroit, un fou (qu’il soit d’Allah ou non, car en ce moment on dirait que chaque personne qui en a assez de la vie semble vouloir se revendiquer de l’organisation Etat Islamique pour donner plus de poids à la perte de sa misérable existence) est susceptible de faire des massacres.

Mais un SMS personnel comme celui que cette personne a reçu fait tout de même réfléchir (sans compter les actualités en Allemagne, au Japon ou encore aujourd’hui dans une église, ni bien sûr les centaines de morts en Syrie, en Irak et ailleurs) : qu’on soit parano d’origine ou pas ne change rien, on regarde après cela chaque personne autour de soi comme un ennemi potentiel, surtout s’il correspond aux critères de ce qu’on s’attend être un « terroriste » en puissance. Il suffit qu’un camion frigorifique passe au loin ou que des sirènes de pompiers se fassent entendre pour nous mettre en alerte.

On se dit alors qu’il vaut peut-être mieux ne pas aller à la plage. Mais au supermarché ? Et au manège, au bar, aux animations offertes par la municipalité ? Alors on reste chez soi et on attend ?

C’est bien comme cela d’ailleurs que fonctionnne l’organisation Etat Islamique. C’est le symbole de leur « victoire » sur les « Occidentaux » : d’une part puisque la peur s’insère jusqu’au fin fond de la France, et d’une autre part un aperçu de la manière dont la dictature islamiste s’installe dans les territoires qu’ils conquièrent. En général ce n’est pas l’adhésion aux valeurs de la « Charia » qui les motivent à se soumettre mais la peur des représailles qui les conduit à se cloîtrer chez eux, à mettre leurs burqas ou à se rendre à la mosquée comme de « bons musulmans ».

Pourtant, le développement de ce genre de rumeurs « d’attaques imminentes » est en réalité explicable assez aisément : chaque policier reçoit des alertes et des conseils de sécurité de la part de son commissariat, et à l’occasion de l’attentat de Nice il apparaît que toutes les plages de France, surtout les plus fréquentées, sont des cibles particulièrement surveillées : la menace sur les plages paraît grande et la vigilance doit suivre, logiquement. Par conséquent, il devient évident que chaque policier en poste est mis en alerte sur sa propre localité, et c’est tout aussi logiquement qu’il prévient ses proches dans chaque localité concernée, qui eux-mêmes relaient le message et ainsi de suite ; merci les réseaux sociaux.
Ainsi chacun croit détenir une information particulièrement fiable et localisée, pour ainsi dire « personnalisée » pour lui-même et ses proches, alors que cela provient d’une alerte nationale. Inconsciemment il transmet la rumeur en même temps que la peur, celle-là même qui engendre la haine et la violence en retour, comme le désirent ceux qui utilisent cette haine et cette violence à l’encontre de leurs « ennemis » occidentaux.

Oui il peut y avoir un attentat à tout moment. Partout. Mais pas partout en même temps !

Enfin quoi, ils sont si nombreux les types qui veulent « tirer dans l’tas » ? combien sont-ils, armés jusqu’aux dents, prêts à se jeter sur nos femmes et nos enfants au mépris sinon de toute humanité, au moins de celui de toute raison pratique ?

Mais si la police possède assez d’éléments pour dire qu’un ou plusieurs types se préparaient à tel ou tel endroit pour perpétrer un tel massacre, cela ne signifie-t-il pas qu’ils en ont suffisamment pour agir en conséquence et arrêter les suspects ?

Alors qu’une polémique touche le gouvernement (ou la mairie de Nice ?) à propos de la sécurité en place au moment de l’attaque du camion, il faut nous méfier de la récupération qui est à l’oeuvre parmi nos fins analystes politiques, à quelques mois des élections présidentielles : le fait que la sécurité n’ait pas été assurée correctement peut faire question, mais le fait que les politiques tentent de trafiquer les faits pour des raisons électoralistes de « primaires à la présidentielle » (des gens meurent bon sang !) est proprement scandaleux. En jouant ainsi le jeu de la division que par ailleurs ils dénoncent publiquement, ils ajoutent à la suspiçion et donc à la peur provoquée dans la population pour leurs propres intérêts électoraux.

C’est comme les vidéos de surveillance dont les « bandes » doivent être détruites pour on ne sait quelle obscure raison. Est-ce comme cela que les gouvernants comptent rassurer les peuples, ou profitent-ils de ces ignobles événements pour faire leur beurre électoral sur fond de propagande nauséabonde (comme le fait Nicolas Sarkozy de manière éhontée) ? Franchement quand je lis des témoignages comme celui de la femme ayant perdu sa mère (musulmane) à Nice et à qui l’on dit que ça en fait « un de moins », je me désole de voir à quel point la haine qui se développe contre les musulmans dépasse les bornes de la simple islamophobie. Moi-même, que je considère modestement comme largement tolérant, j’en viens parfois à me dire, à la suite de drames tels que celui qui a eu lieu à Nice, qu’il faut faire quelque chose contre cette religion, avant de me reprendre aussitôt pour me secouer l’esprit : si des êtres humains arrivent à perdre suffisamment de leur humanité pour perpétrer de tels actes, c’est qu’il y a quelque chose de pourri dans le système qui les a conduit, ou au moins qui les a laissé tomber entre les mains de ces gourous sans foi ni loi qui les ont embriguadé… La religion n’y est pour rien, car jamais il n’y sera commandé de massacrer des femmes et des enfants. Quand on pense que si ces jeunes avaient rencontré, dans leur parcours misérable, l’abbé Pierre ou un de ceux-là, peut-être auraient-ils pu devenir quelqu’un d’autre ?

La véritable question est donc celle-là : pourquoi n’y a-t-il plus d’abbés Pierre ? N’ont-ils plus rien à offrir en réponse à ces vendeurs de haine et de mort ? Comment se fait-il que tant de jeunes « occidentaux » (et oui, pour la plupart ils sont « bien de chez nous », nés en France et éduqués par l’Etat Français), puissent en venir à préférer la mort et la violence que l’amour et la vie ? Pourquoi n’y a-t-il pas dans nos banlieues des hommes capables, disposés devant ces mosquées qui prêchent la haine, pour apporter un autre discours, un espoir de vie s’opposant à ce discours de haine qui leur est servi ? Où est l’Etat dans ces banlieues ? que fait-il, qu’a-t-il fait pour empêcher nos jeunes de sombrer dans la délinquance d’abord, puis dans le terrorisme ensuite ?

Au lieu de payer des militaires en armes sur les plages ou dans les gares et qui font peur (ou qui fascinent) tous les enfants qui les croisent, pourquoi ne paierait-on pas des types heureusement sortis de la merde dans laquelle on les a mis pour éviter que demain ou après demain d’autres les arment et les conditionnent à devenir les ennemis de ceux qui n’ont pas voulu les protéger, quand ils en avaient encore l’occasion ? La réponse à la haine et la violence n’est pas la haine et la violence. Quand je vois qu’au lendemain du massacre de Nice la réponse la plus immédiate de l’Etat Français a été de bombarder une ville en Syrie (et des civils en plus d’après ce qu’on dit), comment dire que l’argent destiné à la sécurité des Français est habilement dépensé ?

Le terrorisme n’est pas un problème religieux mais un problème politique, et c’est une solution politique qui y mettra fin. Ce n’est pas par la destruction de la démocratie et la guerre que nous parviendrons à empêcher nos jeunes en perdition de devenir des terroristes mais en leur offrant l’espoir qu’ils seront respectés ici pour ce qu’ils sont, quoiqu’ils pensent et d’où qu’ils viennent, en accord avec les principes pourtant affichés sur tous les frontons de nos mairies : liberté, égalité, fraternité.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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Double-langage et double-pensée

Posté par calebirri le 20 juillet 2016

“Connaître et ne pas connaître. En pleine conscience et avec une absolue bonne foi, émettre des mensonges soigneusement agencés. Retenir simultanément deux opinions qui s’annulent alors qu’on les sait contradictoires et croire à toutes deux. Employer la logique contre la logique. Répudier la morale alors qu’on se réclame d’elle. Croire en même temps que la démocratie est impossible et que le Parti est gardien de la démocratie. Oublier tout ce qu’il est nécessaire d’oublier, puis le rappeler à sa mémoire quand on en a besoin, pour l’oublier plus rapidement encore. Surtout, appliquer le même processus au processus lui-même. Là était l’ultime subtilité. Persuader consciemment l’inconscient, puis devenir ensuite inconscient de l’acte d’hypnose que l’on vient de perpétrer”.

Le concept de « double-pensée » est le concept fondateur de la pensée d’Orwell, car le seul lien qui peut exister entre le corps et l’esprit est le langage. Ce fait est essentiel à l’humanité : l’Homme est le seul à être capable à la fois d’exprimer sa pensée et d’interpréter celle des autres Hommes autrement que par des signaux « émotionnels » ou « basiques ». A travers le langage -et seulement par son intermédiaire- la complexité des êtres humains est rendue intelligible par d’autres êtres humains.

Mais le langage est aussi une arme. Une arme destinée à faire accepter au peuple la propagande gouvernementale. On a longtemps cru que la double-pensée permettait au peuple de ne pas voir le mensonge que constitue le double-langage mais en réalité ça n’est souvent même pas nécessaire : pour lui les slogans du Parti sont à prendre au pied de la lettre : la guerre c’est « vraiment » la paix, l’ignorance c’est « vraiment » la force, la liberté c’est « vraiment » l’esclavage. Et comme ils veulent la paix, la force et refusent l’esclavage ils acceptent donc « tout naturellement » de faire la guerre, de rester ignorants, et de laisser tomber la liberté.

En réalité la double-pensée est destinée à ceux qui ont du pouvoir, ou tout au moins une position agissante, active au sein du « Système », dans le Parti : ils participent, de gré ou de force, au mensonge général. Et sans la double-pensée il leur serait impossible de continuer. Nos hommes politiques savent que ce qu’ils font -ou commandent de faire- est mal. Et ils ont besoin de la double-pensée pour ne pas se jeter sous un train dans l’instant. Comme les « grands patrons » du capitalisme -ou les fondamentalistes religieux d’ailleurs. Et alors qu’ils se servent du double-langage pour conditionner l’esprit de leurs « exécutants », ils utilisent la double-pensée pour eux-mêmes afin de justifier leurs actes.

Si pour les exécutants le fait d’appeler un plan de licenciement un « plan de sauvegarde de l’emploi », une guerre une « opération de maintien de la paix » ou un acte terroriste un acte « voulu par Dieu » suffit à leur ôter toute mauvaise conscience, ceux qui sont aux commandes ne peuvent pas se satisfaire de ce double-langage. Il faut qu’ils réussissent à se persuader « vraiment » que ce qu’ils font est bien. Pas tout de suite, pas demain, et pas pour tout le monde bien sûr. Mais un jour qui pour la Nation, qui pour Dieu ou qui pour soi-même, un jour… Obligés de s’inventer une idéologie malsaine autour de cette soi-disant imparable logique (ou morale ?) qui voudrait que nous sommes trop nombreux, qu’il n’y en a pas assez pour tout le monde, ou que certains vaudraient plus que d’autres… tant qu’on en sauve 51 on peut en laisser mourir 49, non ? 51/49, la démocratie, l’intérêt général… tu parles !

C’est par ce genre d’artifices que les décideurs tentent d’atteindre leur propre inconscient : comme le conducteur apprend à son esprit à réagir au quart de seconde en utilisant de manière désynchronisée les pieds et les mains, les hommes de pouvoir apprennent au leur à se satisfaire des arguments idéologiques fallacieux tels que l’intérêt général ou la volonté divine. Ils doivent « persuader consciemment l’inconscient, puis devenir inconscients de l’acte d’hypnose qu’ils viennent de perpétrer », dit Orwell. C’est en se répétant que ce qu’ils font est bien, en entendant les autres le répéter à leur tour et en tentant d’oublier que cela est faux qu’ils parviennent à résister à la pression immense créée entre le conscient et l’inconscient.

Il ne leur faut pas regarder le chemin, seulement l’objectif. Pour le « pourquoi », trop compliqué : cela signifierait expliquer l’inexplicable, à savoir démonter tout le mécanisme de protection de la double-pensée pour se retrouver nu face à la réalité : ils défendent un système qui ne rend les gens ni plus heureux ni plus riches, ni meilleurs. Alors qu’il est mal de tuer, qu’il est mal d’exploiter son prochain, qu’il est mal de mentir, de tricher ou de voler…un point c’est tout.

Tandis que s’ils arrivent à se persuader que les hommes qu’ils exploitent ou envoient à la mort sont des êtres « inférieurs », ou « moins que des hommes », alors les éliminer constitue-t-il toujours une violation des droits humains ?

C’est que les mots que l’on emploie ont par leur évocation une influence sur notre esprit, et ils ont le pouvoir sinon d’apaiser la conscience, au moins de la tromper momentanément. Et même parfois d’atteindre l’inconscient ?

C’est de cette tension, née de cet affrontement entre le conscient qu’on force et l’inconscient qui se défend, que naissent chez certains décideurs des comportements extrêmes comme nous le rapportent parfois les médias. Les « deux minutes de la haine » de 1984 symbolisent à la fois l’expression de la violence, de la haine des décideurs et la preuve que cette tension a besoin d’un exutoire, ne serait-ce que pour ne pas craquer complètement. Ils doivent pour continuer de vivre l’extérioriser d’une manière ou d’une autre. L’oubli n’existe pas, le temps ne peut rien pour eux. Ils savent. Tenter d’éviter le retour sur soi, à vie, chacun peut l’expérimenter pour soi-même : cela ne fonctionne pas. Ces hommes qui nous dirigent sont des hommes perdus pour l’humanité. Pour éviter les questions les plus intelligents deviennent fous, tandis que les plus soumis se transforment en exécutants. A force d’auto-persuasion ils ont fini par croire qu’ils participaient au bien commun, et on peut alors tenter de leur pardonner. Aux autres non.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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