Grèce : c’est maintenant que tout commence (ou pas)

Posté par calebirri le 28 janvier 2015

Les menaces n’y ont rien fait. Le QE (la planche à billets) promis par la BCE non plus. Les Grecs ont voté pour Syriza, et personne n’a réussi à empêcher cela ; c’est déjà quelque chose ! Un grand jour donc pour les Grecs, et aussi sans doute une grande responsabilité pour ce pays, dont le chef du parti désormais majoritaire en Grèce se doit d’être conscient. Car c’est désormais de sa volonté que dépend l’espoir des Grecs bien sûr, mais aussi (et surtout, ai-je envie de dire) celui de ce que j’appelle « l’Europe des peuples ». Cela me fait mal de constater qu’il a fallu que les Grecs soient acculés à ne plus rien avoir à perdre pour défier ainsi l’Europe des financiers, et j’espère que les autres peuples de l’Europe n’attendront pas d’en arriver là pour agir. Mais à partir de maintenant il faudra être à la hauteur. Prouver à tous qu’il existe bel et bien deux « Europe » distinctes l’une de l’autre : celle autoritaire de la Troïka, et celle démocratique des peuples désirant non pas détruire l’Europe mais en reconstruire un autre.

Quand on y réfléchit, les arguments dont dispose la Grèce pour négocier sont très solides : ils se résument à cette maxime, empruntée à je-ne-sais-pas-qui : « quand vous devez 1000 euros à votre banque vous avez un problème avec celle-ci ; mais quand vous lui devez un milliard, c’est elle qui a un problème avec vous ». De plus, nous savons tous ce qu’il en coûterait à l’Europe de faire sortir la Grèce, quand bien même elle le déciderait de son propre chef : la fin de l’Europe à plus ou moins court terme. Alors que ce que désire l’Europe de la finance est une sorte de grand Etat fédéral, économiquement ultralibéral. La seule chose qui compte pour la Troïka est donc que la Grèce reste en Europe, ne serait-ce que pour ne pas effrayer les autres. Et qu’elle fasse au moins semblant de payer ; on négociera en façade non pas pour plaire aux Grecs mais bien pour gagner du temps… Celui pour le QE de se mettre en place et de dissoudre les dettes des Etats en faisant baisser la valeur de la monnaie ? Ou celui de faire nationaliser les dettes de chaque Etat par lui-même (voir cet article d’Olivier Berruyer) afin de pouvoir à terme exclure les « mauvais élèves » sans trop de dégâts pour les financiers ?

Dans les jours et les semaines qui suivent on va tenter de vous faire croire que Syriza est un parti d’extrême-gauche dangereux ou irresponsable (ou un « pisse-froid » capable de s’allier à la droite indépendantiste), et que son gouvernement met en péril l’équilibre de toute l’Europe. Car ce n’est pas aux Grecs qu’on voudra faire peur, mais à nous. On vous prouvera par de savants calculs combien tout cela vous coûtera, et on essaiera de vous convaincre qu’après tout la Grèce n’est qu’une égoïste qui ne pense qu’à elle, après tout ce que nous avons fait pour l’aider… Et puis on tentera de l’étouffer économiquement, après avoir bien pris le soin d’empêcher les créanciers privés d’y perdre quoi que ce soit : avec son « nouveau plan », la BCE fera racheter les dettes grecques par la banque centrale grecque (privée elle-aussi), et quand chacun en aura fait de même chacun chez soi (en nationalisant les dettes privées -c’est-à-dire en faisant payer la facture aux citoyens), alors on expliquera que puisque la Grèce ne veut pas payer, elle n’a qu’à sortir de l’Europe (on ne va tout de même pas l’envahir !). Mais s’agit-il du sort de la Grèce ou de l’Europe toute entière ? les enjeux ne dépassent-ils pas de beaucoup le simple « cas grec » ?

Alors voilà : maintenant nous devons être sourds aux menaces de madame Lagarde et de la Bundesbank dont les idées représentent le passé, mais pas à cette idée que se font des millions d’Européens de la solidarité, ou même de l’Europe. Nous pouvons avoir tout. Il ne s’agit pas de choisir entre « fromage ou dessert », l’Europe et l’austérité ou la faillite sans l’Europe. Nous voyons bien quels espoirs suscitent cette élection, partout ailleurs en Europe, et combien les financiers tremblent devant un effet « boule de neige » démocratique dans lequel la dette pourrait ne pas être payée…

Il ne s’agit pas de soutenir sans réserve le nouveau gouvernement grec du simple fait qu’il a fait des promesses (on sait trop bien ce que valent les promesses des politiques), mais bien de soutenir le peuple grec dans sa métamorphose, en restant bien sûr très vigilants quant aux réalisations effectives du gouvernement Syriza. Aider à montrer comment les mesures imposées par la Troïka sont responsables de l’augmentation de la dette grecque, dans quelle mesure la dette qu’on lui inflige est illégitime, de combien les banques et les riches se sont enrichis de cette manière, et surtout de quelle manière le nombre de pauvres et de suicides a augmenté grâce à l’aide de la Troïka … Et puis aussi de faire comprendre qu’il suffirait, comme ce fut le cas en Equateur, de menacer de ne pas payer la dette pour que celle-ci fonde comme neige au soleil. A un moment ou à un autre il faudra bien que ceux qui ont pris des risques payent, ou s’assoient sur leurs créances . Le QE décidé par la BCE est d’une certaine façon un moyen de la dissoudre, car en réalité le principe est toujours le même : les riches ont besoin des pauvres car c’est sur eux qu’ils tirent leur richesse. Ils savent que le jour où la Grèce sortira de l’Europe ils seront contraints d’abandonner leurs créances, et surtout que les autres risqueraient alors de faire la même chose. En réalité, si tous les Etats endettés pouvaient renier leur dette en même temps et décider de refaire une « autre » Europe demain (en fait tous les pays européens sauf l’Allemagne), le problème serait réglé en un instant ; sauf pour l’Allemagne bien sûr !

C’est qu’il n’y a pas que la Grèce qu’il faut sauver, car nous sommes tous confrontés à ce qui va suivre, et c’est à nous tous -l’Europe des peuples- de trouver une solution qui puisse satisfaire au plus grand nombre sans tomber dans un chaos qui nous ramènera loin en arrière, comme certains semblent « presque » le désirer. Et la partie est loin d’être gagnée.
Pour être totalement honnête j’ai bien peur que les analyses de Frédéric Lordon s’avèrent exactes, même si je veux croire que nous avons, nous les peuples européens désireux de continuer l’aventure européenne mais d’une autre manière, le pouvoir de contribuer à soutenir et motiver le nouveau pouvoir grec à faire ce qu’il a dit, et même l’engager à aller plus loin : car selon qu’il échoue ou qu’il réussisse, il deviendra soit un exemple à suivre, soit un repoussoir vers l’extrême-droite qui attend son heure. Bien sûr le rôle de la Troïka n’est pas à minimiser, mais en l’état actuel des choses c’est bien la Grèce qui a la main. Elle pourrait d’ailleurs pousser son avantage et déclarer la fin de la dette, et enjoindre les autres pays de le faire : les banquiers en seraient alors pour leur compte, et si cela était fait rapidement personne n’y pourrait rien. C’est toute l’illusion financière qui s’effondrerait d’un coup. Remplacé par un chaos auquel ni les peuples ni leurs ennemis ne sont préparés (même si les seconds ont quelques coups d’avance sur ce front). Car pour l’heure les nouvelles lois « anti-terroristes » destinées à supprimer la liberté d’expression ne sont pas encore votées, pas plus que la loi Macron dont l’objectif est de casser le droit du travail, et encore moins ce fameux QE créé pour permettre de nationaliser les dettes. En face, l’idée d’une Assemblée Constituante n’en finit pas de ne pas se diffuser, de même que le concept de « salaire à vie » dont on ne parle jamais… et cela pour ne parler que de la France… Il faudra sûrement attendre que les choses empirent pour que tout prenne forme, mais je dois avouer que je ne sais plus trop quoi espérer…

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

3 Réponses à “Grèce : c’est maintenant que tout commence (ou pas)”

  1. monde indien dit :

     » Car ce n’est pas aux Grecs qu’on voudra faire peur, mais à nous. ….. On vous
    prouvera par de savants calculs combien tout cela vous coûtera …..  »

    J ‘ ai lu quelque part – car je suis le pire de tous les ignorants – que lorsque les crédits furent inventés ( époque Renaissance , d ‘ après ce qu ‘ on dit ) ( par les premiers banquiers de l ‘ époque – juifs [ d ' après ce qu ' on dit ] – ) l ‘ église tenta de s ‘ opposer à ce qui pourrait être pervers , à savoir que l ‘ on ne devrait pas percevoir d ‘ intérêts sur des biens prêtés –

    ( En effet , si on prête , c ‘ est qu ‘ on a trop .
    Et si l ‘ on a besoin de se faire prêter , c ‘ est qu ‘ on est dans la difficulté – qu ‘ il n ‘est nul besoin d ‘ y ajouter des  » intérêts  » – )

    (  » intérêts  » , le mot en dit long ….. )

    Ce qu ‘ il nous en coûtera des grecs : des intérêts –

    N ‘ oublions pas que ce qui leur coûtera – à nos soeurs et frères grèc-que-s , sera
    toujours pire que pour nous : eux , elles , paieront les intérêts plein-pot !

    Pour qui ?

    Pour des riches – banquiers , actionnaires , spéculateurs , traiders .. qui sont déjà à bloc de fric !

    Ne nous laissons pas faire – aidons nos soeurs et frères gre-que-c-s – et nous
    nous aiderons nous-m^mes aussi –

    Nous avons à faire des choses 1000 fois + belles que toutes ces horreurs , mais il
    nous faut nous en occuper pour que vienne le temps des belles choses –

    Courage !

  2. monde indien dit :

     » ….. mais je dois avouer que je ne sais plus trop quoi espérer… ….  »
    Espérer veut dire attendre –
    Il n ‘ y a sans doute rien attendre de cette horreur qui semble bien générale !
    ( voilà pourquoi je dis qu ‘ il n ‘ y a rien attendre de cette sorte de démocratie – qui n ‘ en est pas – )
    Mais espérer veut aussi dire  » désirer  » –
    Là , nous savons bien toutes et tous ce que nous voulons – Nous savons avec qui cela est possible – ou pas –
    Cette lutte serait-elle une lutte mortelle ??
    C ‘ est peut-être un peu effrayant à dire , mais c ‘ est peut-être ça !!!!! –
    Choisissez-vous le camps de l ‘ Amour ????

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