Le salaire à vie contre le revenu de base

Posté par calebirri le 8 septembre 2014

On parle de plus en plus du revenu de base universel ces derniers temps. Pas si étonnant quand on considère l’état de délabrement de l’économie dans nos contrées en récession, voire en « dé-croissance ». Seulement il nous faut prendre garde aux fausses bonnes idées, quand bien même elles partiraient d’un bon sentiment : ce qui se trouve être le cas avec le revenu universel, ou revenu de base, revenu inconditionnel…

La meilleure preuve en est que cette idée est désormais soutenue conjointement par madame Boutin, la Suisse ou même monsieur Villepin, qui sont pourtant -pour ne citer qu’eux- loin d’être des parangons du socialisme.

Mais on ne peut se satisfaire de cet argument, et rejeter cette idée sous ce seul prétexte. Il faut surtout lui opposer le concept de « salaire à vie » développé par monsieur Bernard Friot, et établir quels sont les rapprochements et les distinctions qu’on peut faire de ces deux propositions qui semblent se rejoindre mais qui sont en réalité très différentes.

Tout d’abord donc, il nous faut revenir à la définition du travail et celle de l’emploi non telle qu’elle a été adoptée par le monde capitaliste mais telle qu’elle doit être traitée : le travail est une activité qui produit de la valeur, qu’elle soit marchande ou non marchande, tandis que l’emploi est une activité qui ne produit pas forcément de valeur mais qui est associée à un revenu. J’emploie le terme revenu à dessein pour le distinguer du salaire : le revenu est ce qui « revient » à l’employé non pas en fonction de son travail mais bien de la qualification de son poste, tandis que le salaire est une somme qui est adressée à un individu non pas pour ce qu’il fait « à son poste » mais pour ce qu’il est, c’est-à-dire un individu plus ou moins qualifié, ayant ou pas certaines compétences reconnues.

Bernard Friot propose non pas un « revenu minimum » qui s’ajoute aux revenus d’un individu mais bien un salaire auquel rien ne vient s’ajouter. Un salaire pour tous, de la majorité à la mort, contenu entre 1500 et 6000 euros par personne, soit un maximum de 12 000 euros pour un couple (ce que touche moins d’un pour cent de la population).

Ce que reproche Bernard Friot au revenu de base, c’est justement de venir « en plus » des autres revenus : car dans ce système il faut supprimer les aides sociales pour le financer, ce dont ceux qu’il appelle « les réformateurs » (les capitalistes qui s’assument ou qui s’ignorent en gros) imaginent déjà profiter pour baisser les salaires (puisqu’on vous dit qu’ils bénéficieront déjà d’un revenu garanti !). La vision de monsieur Friot est bien plus radicale : au lieu de ponctionner sur les revenus des pauvres pour augmenter ceux des riches (qui toucheront le revenu de base « en sus »), il préfère ponctionner sur le profit des riches pour financer la fin de l’emploi et le salaire à vie (sur le modèle des retraites, du chômage ou de la fonction publique), en s’appuyant sur la généralisation de ce qui existe déjà grâce à la sécurité sociale (celle-là justement qui sera rapidement supprimée avec le revenu de base). Il part du principe que sur un PIB de 2 000 milliards d’euros 700 vont à des propriétaire lucratifs (au profit donc) et ils n’en investissent que 400 ; ils se gardent le reste. Il n’y a qu’à « re »prendre ce qui a été pris sur le travail des employés pour l’ajouter au financement du salaire à vie ; sachant qu’il y a déjà environ 12 millions de personnes « payées à vie » en France (cf Bernard Friot).

Mais le salaire à vie n’est qu’une facette de la théorie de monsieur Friot : s’y ajoute la « propriété d’usage » des moyens de production, en opposition à la « propriété lucrative » en cours actuellement. Car comme il le souligne justement, l’investissement est dépendant de la décision des propriétaires lucratifs (c’est quand ils veulent, s’ils le veulent, et combien ils veulent), ce qui explique largement pourquoi il manque 300 milliards à l’investissement : ils préfèrent le placer, ou le garder pour eux. La propriété d’usage implique la maîtrise des investissements par les travailleurs eux-mêmes, supprimant ainsi du circuit décisionnel ceux que monsieur Friot nomme justement les « parasites » : détenteurs d’un capital dont ils ont pour la plupart hérité, ils ne peuvent justifier leurs revenus autrement que par le simple fait de s’être trouvés au bon endroit au bon moment.

Le système proposé par Bernard Friot s’appuie sur la cotisation pour fonctionner. Ce n’est plus sur le salaire qu’on ponctionne un impôt ou une taxe pour financer les investissements ou même les salaires mais sur un pourcentage du PIB. On pourrait croire que cela revient au même mais la démarche intellectuelle est totalement différente, car tous les citoyens ne sont plus alors considérés comme « assistés » par ceux qui ont un « emploi » mais protégés par la collectivité.

Disparaîtraient alors l’impôt, le chômage (puisqu’il n’y aura plus de « marché du travail »), le crédit (le détenteur du capital qui maîtrise le prêt par sa volonté d’investir ou pas) aussi. réglant possible par extension le délicat problème auquel nos sociétés sont aujourd’hui confrontées, à savoir justement le vieillissement de la population et la fin de l’emploi. Nous le savons tous, les robots sont aujourd’hui capables de rendre de nombreux travaux pénibles inutiles, et ce n’est que par calcul économique que l’on préfère conserver les caissières de supermarché plutôt que de les remplacer par des machines : autrement le nombre de chômeurs augmenterait massivement. Avec le salaire à vie, on peut aisément imaginer la fin des métiers pénibles, et oublier le mouvement « décroissant » qui prend lui aussi à l’envers le problème du travail et de l’emploi : car si le « revenu universel » peut suffire à celui qui volontairement se satisfait de peu (attention je ne les blâme pas), il peut aussi contraindre ceux qui veulent « plus » (et on les comprend aussi) à se contenter de « pas assez ». D’autant qu’il me paraît dangereux d’exclure les avancées technologiques du champ des possibilités de parvenir à offrir une solution écologique aux problèmes engendrés par un capitalisme plus soucieux de rentabilité que d’écologie.

Maintenant, comment faire pour parvenir à « imposer » cette idée dans l’opinion publique, si ce n’est en luttant pour la mise en place d’une Assemblée Constituante ? Car il faut être conscient que les oppositions à une telle révolution seront fortes chez les puissants qui possèdent la maîtrise de tous les rouages de l’Etat pour servir leurs propres intérêts. Créer un parti qui proposerait le salaire à vie et la mise en place d’une Assemblée Constituante ? développer cette théorie pour en examiner toutes les conséquences ? Remplacer petit à petit les revenus par un salaire à vie pour de plus en plus de « catégories » de personnes ?

Car il y a une chose qui me pose question, et à laquelle toutes les différentes formes de gouvernement sont sujettes : comment le mode de fonctionnement choisi dans un pays, par un peuple -même le plus démocratique du monde- peut-il fonctionner avec les autres pays si les modes de fonctionnement internes aux Nations sont trop différents les uns des autres ? Il y a la théorie de « la tâche d’huile », ou du buzz, mais au cas où cela ne fonctionnerait pas, comment s’assurer que le mode de fonctionnement préconisé par monsieur Friot puisse constituer une « réussite » dans le cadre d’une opposition de ce qu’on appelle ses « partenaires économiques » actuels ?

A priori il ne semble pas y avoir d’obstacle majeur à un fonctionnement concomitant des deux systèmes mais dans la réalité on peut craindre que les capitalistes feront tout pour empêcher la propagation d’un tel fonctionnement, dans lequel ils ne seraient plus les maîtres. Ce qui nous obligera donc à revoir de fond en comble nos institutions.

Caleb Irri
http://calebirrri.unblog.fr

Quelques liens pour mieux comprendre la pensée de Bernard Friot :
http://www.youtube.com/watch?v=eIkpFxO14kc
http://www.youtube.com/watch?v=kmR3lg8BVB0
http://www.youtube.com/watch?v=8MWQBbLLwg4
http://www.youtube.com/watch?v=hjl4GDbB7CA
http://www.youtube.com/watch?v=JbsOo95gPBA

Voir aussi : De l’Assemblée Constituante à la gratuité… en passant par le salaire à vie

4 Réponses à “Le salaire à vie contre le revenu de base”

  1. E-Gwen dit :

    Bonjour,

    Un revenu à vie pour un système corrompu à mort !

    Notre civilisation est gangrénée jusqu’à la moelle, jusque dans les cerveaux.

    Vivement sa fin, vivement de nouveaux humains.

    Nous nous rencontrerons à nouveau.

    Bises.

    E-Gwen.

  2. betov dit :

    Un revenu à vie, quelque soit sa forme, aura pour résultat immédiat de sauver le capitalisme de son effondrement. Le satanisme marchand continuera. Il faut, au contraire, criminaliser la grande richesse. La répartition suivra d’elle même, puisqu’il faudra bien faire quelque chose de la richesse produite.

    Autre absurdité parfaite, le besoin de financement des entreprises… comme si l’objet de tout travail n’était pas de produire une richesse dont l’agent n’est que le symbole latéral.

    Le financement des entreprises, comme la propriété privé de tout ce qui est collectif doit absolument être supprimé par la criminalisation de la richesse.

  3. tasse de thé dit :

    Banco pour le salaire de vie, le revenu à vie, peu importe son nom. Le principal est qu’on en finisse une fois pour toutes avec cette putain de précarité qui nous rend la vie impossible et qui creuse les sentiments de rancoeur et les antagonismes. Quant à la criminalisation de la richesse et la lutte contre le capitalisme, je crois qu’il vaut mieux voir les choses telles qu’elles sont : si des gens avaient dû se bouger, déjà, pour empêcher le cancer libéral de s’étendre, on en aurait probablement entendu parler. Les théoriciens on les entend beaucoup, les activistes on ne les voit pas. Ce n’est pas à coups de théories qu’on remplit les assiettes et qu’on améliore la vie des plus mal barrés.

    • betov dit :

      S’il n’y a plus d’activistes, c’est qu’il n’existe plus aucune illusion d’action. Pire, si un jour quelque chose bouge, ce sera nécessairement vers l’absurde, justement parce que la théorie sociale fait cruellement défaut.

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