• Accueil
  • > argent
  • > Il ne s’agit pas de valeurs ni de complot mais bien de calcul

Il ne s’agit pas de valeurs ni de complot mais bien de calcul

Posté par calebirri le 13 mars 2014

Les événements actuels ne laissent pas beaucoup de place au doute : pour de plus en plus de gens, le monde est dirigé par un petit groupe d’individus mûs par une idéologie fondée sur des valeurs qu’ils veulent de gré ou de force imposer aux plus grand nombre pour leur propre satisfaction, à travers un « grand complot mondial ».

Pourtant, il se dégage plusieurs éléments qui entrent en contradiction avec cette vision, pour attrayante qu’elle soit : car il n’y a pas UN complot mais cent, mille ; sauf que l’accumulation de « petits » complots n’en fait pas pour autant un « gros ». Et l’instauration progressive de deux grands « blocs » opposés « idéologiquement » prouve qu’il en existe au moins deux.

Mais si on parle d’idéologie on se doit de parler de « valeurs », et force est de constater que de valeur il n’y a point ; car en réalité les prétendues valeurs auxquelles se réfèrent les « complotistes » de tous bords (puis qu’apparemment il faut choisir) ne sont que de la poudre aux yeux. Il n’y a plus de valeurs car il n’y a plus de morale, plus de « bien » ni de « mal ». La seule valeur qui vaille est la soif du profit, car dans le cadre du système capitaliste ce ne sont pas les hommes qui ont de la valeur mais les objets. L’individualisme n’est en lui-même pas une valeur mais un calcul. Et tous les complots qui visent à la satisfaction de cet individualisme ne sont en réalité que des calculs faits en dehors de toute morale, suivant les principes d’un système auxquels nous sommes tous soumis malgré nous : le capitalisme – qui est je le rappelle amoral, et non pas immoral.

Et de fait, il n’y a qu’à se pencher un peu sur les événements qui font « l’actualité » pour se rendre à l’évidence : Le cas ukrainien en est un symbole évident, pour peu qu’on veuille bien s’attarder un peu sur les motivations de chaque camp en présence : s’il y a d’un côté le complot russe (ou russo-chinois ?), et d’un autre le complot américain (ou américano-européen, symbolisé par le « Grand Marché Transatlantique »), quels sont les objectifs de chacun si ce n’est celui d’obtenir de cette confrontation le maximum de retombées financières ? On voudrait nous faire croire qu’il faut « choisir son camp », mais en réalité derrière l’apparence d’idéologies contraires (j’aimerais bien savoir lesquelles) se cache tout simplement la défense des intérêts financiers, et rien de plus.

Et si le complot explique le moyen utilisé par tel ou tel camp pour dominer l’autre, la finalité n’est pas l’instauration d’une dictature mondiale ou la défense du bien contre le mal mais tout simplement le résultat d’un calcul d’intérêts bien compris de part et d’autre de ce qu’ils doivent faire pour continuer d’engranger des profits.

IL n’y a qu’à voir comment nos politiques provoquent l’islamophobie tout en commerçant avec des régimes islamiques, comment ils défendent officiellement la démocratie tout en préparant secrètement la pire des dictatures : ce n’est pas un complot mais un calcul. En trompant le peuple sur leurs véritables motivations (le profit donc), ils se servent de leurs prétendues valeurs pour se faire élire puis se pressent de les abandonner pour commercer. Mais ne peut-on pas être à la fois contre le gouvernement européen sans refuser l’Europe, contre le gouvernement israélien sans dénigrer les juifs, contre la Russie sans préférer les Etats-Unis, ou contre les Etas Unis sans soutenir la Russie – moi qui croyais qu’être contre la fin d’une dictature ne signifiait pas pour autant le soutien à une nouvelle (et réciproquement) !

Et quand Goldman Sachs triche ou ment pour gagner plus d’argent, il n’y a pas complot mais bien calcul : si l’amende qu’il paiera une fois découvert est moins grande que ce qu’elle a gagné avec des méthodes illégales, ce n’est ni bien ni mal mais simplement rentable. Un point c’est tout. Et même si des gens au bout de la chaîne se retrouvent mourir de faim par milliers. Juste un calcul.
Et c’est ainsi qu’il faut comprendre aussi les manipulations du Libor ou d’autres arnaques du même style : c’est un calcul, pas un complot !

On veut surveiller et contrôler internet plutôt que de le laisser libre car il est plus rentable de tricher secrètement que de prendre le risque de voir les « petits » arrangements étalés au grand jour sur la toile par des Snowden ou des Assange ? Mais s’il fallait un jour se résigner à supprimer internet plutôt que de gagner des milliards avec le « big-data » ils n’hésiteraient pas. Chacun y voit son propre intérêt, ou celui de sa caste, et puis c’est tout.

Après viennent toute une batterie d’économistes plus ou moins éclairés mais qui tous font l’erreur majeure de croire eux-aussi au calcul : il est plus rentable de sortir de l’Euro que d’y rester, il est plus rentable de tuer les vieux que de les soigner, il est plus rentable de spéculer que de financer l’économie… Alors même que l’Histoire toute entière n’est qu’une succession d’erreurs de calculs ! C’est que depuis si longtemps on a oublié que derrière les chiffres il y a des hommes qu’on ne se rend même plus compte de la vanité, voire de la stupidité qu’il y a à vouloir calculer le taux d’intérêt payé pour un crédit automobile dans 15 ans selon que l’on sera sorti ou non de l’Euro ! Alors on préfère la certitude d’un calcul faux à l’incertitude d’un monde incalculable : cette vérité est si difficile à entendre et à envisager qu’on préfère fermer les yeux et nous soumettre à un système inhumain.

Mais si les choses s’expliquent plutôt bien avec le complot, elles s’expliquent simplement mieux (et totalement) par le calcul : il était inévitable que nous en arrivions là, car c’est l’erreur même de ce système. Le système fonctionne de lui-même et entraîne à sa suite tous les drames qui sont la somme des comportements individuels induits par une théorie erronée, absolument amorale et inadaptée à l’être humain. A force de calculer, les hommes qui ont perdu le contact avec la réalité, et oublié que la valeur d’un homme est incalculable, se perdent dans leurs calculs jusqu’à en oublier qu’ils sont des hommes. Fukushima n’est que le résultat d’un calcul, la misère et la guerre aussi. La dictature en est un autre : comme disait Asimov dans « Fondation », « la violence est le dernier refuge de l’incompétence ».

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

6 Réponses à “Il ne s’agit pas de valeurs ni de complot mais bien de calcul”

  1. Paul Volfoni dit :

    Le terme de calcul me paraît juste et permet de ne pas parler de complot.
    Très bonne idée. Maintenant les électeurs mordent à chaque fois à l’hameçon.
    Je n’ai plus confiance : les politiques comme les journalistes nous abreuvent d’informations secondaires afin de nous désinformer.

  2. betov dit :

    Tu vas finir par inventer le fil à couper le beurre, Caleb. :)

    L’intéressant, dans le foutoir ambiant, serait de deviner « qui » fait le calcul plus absurde.

    Si j’ai correctement analysé l’affaire des deux missiles tirés sur la Syrie, les US se sont pris une énorme branlée et ne sont plus en mesure de faire quoique ce soit. L’opération « anti-Poutine » ne serait alors que du grand guignol. Et comme ni les Russes ni les Chinois n’ont d’intérêt à humilier les Bourricains, ils les laissent agiter leurs fumerolles.

    Le but réel de l’opération « anti-Poutine » est très probablement d’affaiblir l’UE encore un peu plus, avant la signature du traité transatlantique. (Manquerait plus que ce traité soit signé et que ce soit l’UE qui pilote les EU. :))

    Je plaisante car je pense que tout cela arrive trop tard. L’effondrement du capitalisme devrait se produire bien avant que les complots mondialistes arrivent à termes. Cet effondrement devrait se produire très bientôt avec l’arrivée les robots multi-potents qui, de par leurs prix et par leurs capacités, vont très avantageusement remplacer l’animal humain, dans tous les domaines. Même du point de vue de l’intelligence pure et de l’inventivité, ces robots vont très nettement dépasser les facultés humaines. Il sera aussi ridicule de penser pouvoir se comparer qu’il le serait, de nos jours, à un terrassier de faire la compétition avec une pelleteuse. Ces robots communiqueront évidemment entre-eux, disposant ainsi de la totalité des connaissances et compétences. Ils inventerons des choses dont nous n’avons pas même idée et que nous ne comprendrons pas.

    Une seule fonction ne sera jamais couverte par les robots : consommer. Ne restera plus aux riches que la solution de payer les gens pour qu’ils puissent consommer ce que les robots produiront, comme c’est déjà prévu par les partisans du Revenu Inconditionnel Universel… et ce sera la fin assurée de l’humanité… si elle survit jusque là.

    • calebirri dit :

      @ betov

      intéressant que tu rejoignes ainsi mes réflexions sur la fin du travail, les robots et le revenu de base :

      tout d’abord sur la singularité technologique j’ai commis un papier à ce sujet : http://calebirri.unblog.fr/2011/12/12/de-la-crise-a-la-singularite-technologique-en-passant-par-azimov/

      ensuite sur la fin du travail : http://calebirri.unblog.fr/2013/05/08/nous-vaincrons-le-travail-vive-le-chomage/

      et enfin sur le revenu de base : j’ai regardé beaucoup d’émissions sur le sujet, et il se trouve qu’il y a quelque chose d’intéressant dans le revenu de base ; je prépare un truc là-dessus. Non pas en tant que « revenu de base » (je lui préfère à tout prendre le concept de « salaire à vie » comme le conçoit Bernard Friot)qui partage avec celui de la gratuité de nombreuses problématiques). Le revenu de base est comme le dit monsieur Friot une « roue de secours du capitalisme », car il fonctionne en plein « dans le système » ; j’y reviendrai avec les liens et tout.

      à suivre donc

      • betov dit :

        Friot a un don très particulier pour me faire sortir de mes gonds. C’est par des hommes comme lui que l’humanité sera détruite, par pure stupidité.

        Qu’on le nomme « salaire à vie » ou « revenu de base », toute prestation qui se mettrait en place ***AVANT*** d’avoir criminalisé la richesse désamorcera définitivement la possibilité de pouvoir lutter contre l’excès de richesse. Donc, de façon purement mécanique ce sera la fin. Les gens seront réduits à l’état d’animaux domestiques des riches. Cela ne peut finir que dans l’atroce.

        La seule possibilité est de commencer par le début. Comme on l’a fait sans aucun problème pour l’excès de vitesse automobile. Il faut absolument interdire aux riches d’exister. L’excès de richesse produit beaucoup beaucoup beaucoup plus de morts par an que l’excès de vitesse automobile.

        Malheureusement pour nous, le crime de richesse est inscrit en toutes lettres dans la déclaration générale des droits de l’homme (Art 2) comme un droit « imprescriptible » encore renforcé par l’article 17.

        L’instauration d’un revenu de base aura pour conséquence directe de ne plus jamais pouvoir criminaliser la richesse.

        • calebirri dit :

          @ betov

          Pardon mais Bernard Friot se fonde sur un écart de richesse de 1 à 4 ou 1 à 6 je ne sais plus. Mais le problème n’est pas vraiment là, et je ne suis pas d’accord sur tout avec Bernard Friot ; je suis d’accord sur le fait que le salaire à vie n’est ni une panacée ni le préalable à la démocratie, mais il peut constituer une « étape » sous certaines conditions, notamment celle de venir chronologiquement APRES le référendum sur une nouvelle Constitution écrite pas une Assemblée Constituante préalablement créée. Une étape vers la destruction totale et définitive du capitalisme et de l’argent.

          C’est cette Assemblée Constituante qui pourrait proposer la criminalisation de la richesse dans un des articles d’une nouvelle Constitution ; nous pourrions alors contourner l’obstacle auquel tu fais référence.

          • betov dit :

            Tout à fait. Sauf que, à la vitesse à laquelle il semble bien que l’auto-invalidation du capitalisme arrive, je ne vois pas comment nous pourrions avoir le temps de mettre en place une constituante. Par la méthode « Chouard » des « gentils virus », dans trois siècles nous y serions encore. Par la méthode violente, il n’y a aucun espoir. Par le vote ou le non-vote non plus.

            Je suis très pessimiste. Tout va suivre son cour naturel. Selon la pente de la facilité, vers le pire.

            Je n’ai pas pu retrouver le brouillon de constitution de Chouard, mais j’avais noté, au sujet des disparités, que, lui aussi, prévoyait de rendre illégal… la pauvreté (!!!???). L’exact inverse de ce qu’il est impératif de faire. Ce qui montre clairement qu’il n’y a plus aucun espoir. Venant de la part de celui qui a dit que le tirage au sort permettait de retirer le pouvoir politique des mains des riches … un tel aveuglement est vraiment un comble.

Laisser un commentaire

 

"Un homme qui crie n'est pa... |
ENDYMION |
le bien être de candresse e... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Mareil Autrement
| Etudiants du lycée Bertran ...
| Bienvenue sur le blog du RC...