Des radars embarqués à Edward Snowden, en passant par 1984

Posté par calebirri le 31 octobre 2013

Il y a de plus en plus de radars embarqués, « discrets » ou fixes sur les routes de France… De plus en plus. A tel point d’ailleurs que la mortalité sur les routes a considérablement baissé ces dernières années. Il apparaîtrait que cette baisse soit en grande partie imputable à cette fameuse « peur du gendarme » que connaissent tous les automobilistes réguliers.

Nombreux sont donc ceux qui aujourd’hui s’en réjouissent logiquement, et nombreux aussi sont ceux qui en viennent à déclarer sérieusement leur volonté de ne plus franchir aucune limite : le risque est devenu trop important.

Pourtant, et même si on ne peut que se satisfaire de ces « bons chiffres » (il y a toujours trop de morts sur les routes), il convient de réfléchir un peu sur les conséquences d’une telle évolution, et peut-être même d’oser quelques parallèles qui éclaireront notre titre.

Gouverner c’est prévoir, et je n’ose pas imaginer que nos gouvernants n’aient pas prévu ce qui risque d’arriver : les nouveaux radars embarqués permettent désormais de flasher tout le monde, partout et n’importe quand, et ce de manière discrète (sans flash), ce qui constitue un véritable changement de paradigme dans les comportements des automobilistes, et pourquoi pas à terme quelques transformations sociétales…

Tout d’abord d’un point de vue économique, car même si dans un premier temps les caisses de l’Etat se rempliront vite, rapidement le comportement des automobilistes va se modifier pour s’adapter à ces nouvelles règles, jusqu’à provoquer une baisse des comportements illégaux qui certes fera peut-être reculer encore la mortalité routière, mais qui finira par ne plus faire rentrer suffisamment d’argent (face à l’augmentation des effectifs , au coût des améliorations techniques…) : les automobilistes finiront exsangues ou sans permis, tandis que les agents travaillant à la « prévention routière » finiront par coûter sans rapporter.

Ensuite, il se pourrait bien alors que les excès de vitesse (et les morts qui vont avec) reprennent, à moins que le gouvernement augmente à nouveau les sanctions, ou abaisse les limites de vitesse autorisées (il y a toujours trop de morts), et cela risque de nuire in fine aux constructeurs automobiles (pour ceux qui auront encore leur permis, ou les moyens d’acheter des voitures), car la puissance des voitures vendues deviendra inutile à rechercher, tandis qu’on s’affranchira peut-être de certaines mesures de sécurité qu’on croira devenues elles-aussi obsolètes. Et puis les voitures consommeront moins, les temps de trajet vont s’allonger, les autoroutes se vider…

Enfin, moins il y aura d’accidents moins il y aura de morts, et plus les drames de la route terroriseront l’opinion publique, qui exigera alors plus de sécurité, et in fine – pourquoi pas – un radar embarqué… directement dans sa voiture !

Mais si au lieu de la voiture il s’agissait de tous nos actes quotidiens ? Si toutes nos conversations, nos mails, nos déplacements, nos achats étaient tracés, analysés, surveillés (ou potentiellement surveillés) à chaque instant de notre vie, « pour notre propre bien » ?
Si on nous fixait des limites de lieux, ou d’expression, et que la police, toujours « banalisée », nous mettait à l’amende pour toute conduite « hors des clous », ou nous interrogeait pour le moindre comportement douteux, nous fichait pour nos lectures ou nos idées ?

Car c’est bien notre rapport aux limites posées à notre liberté (même si elle est « mal » exercée) dont il s’agit dans un cas comme dans l’autre (peu importe leur bienfondé). Et il faut bien être conscients qu’à partir du moment où la technologie permet la surveillance de tout et de tous, tout le temps, le monde imaginé par Orwell dans 1984 a toutes les chances de se réaliser.

Et c’est bien ce que l’affaire Snowden nous démontre aujourd’hui : ceux qui ont le pouvoir de rendre la surveillance totale s’en servent inévitablement. et ce qu’il y a de plus terrible dans tout ça, c’est que peu importe que ce soit pour notre bien ou non, nous ne sommes pas consultés, ni même écoutés, encore moins prévenus. Tout cela se passe sans notre consentement. Et ce qu’il y a de pire encore, c’est que nous nous soumettons sans même nous poser la question de notre volonté, et parfois même sans nous en apercevoir. Apparemment l’illusion de la sécurité vaut largement celle de la liberté.

Mais le jour où la « triche » ne sera plus possible, le jour où les limites ne pourront plus être dépassées, d’une part l’économie s’effondrera, et d’une autre les libertés disparaîtront totalement. Il serait bon que nos gouvernants, qui font mine d’être étonnés de cette tendance à laquelle ils participent mais qu’ils n’apprécient guère lorsqu’il s’agit d’eux-mêmes (dans 1984, les « chefs » peuvent éteindre leur télécran), réfléchissent sérieusement au monde qu’ils veulent pour demain.
Et pour nous autres citoyens, nous devrons aussi nous poser ces questions, afin de savoir jusqu’où notre besoin de sécurité doit contraindre notre liberté.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

5 Réponses à “Des radars embarqués à Edward Snowden, en passant par 1984”

  1. monde indien dit :

    Merci une fois de + pour ton texte -

    Quelle est la finalité poursuivie par nos dirigeants ? ( avec notre aval , puisqu ‘ élus / encore que celà ne veuille RIEN dire )

    Plutôt que de croire qu ‘ il s ‘ agisse d ‘ une quelconque bienveillance à notre endroit , je pense plutôt que c ‘ est une façon de maintenir l  » ordre  » : qu ‘ on comprenne ici , éviter la révolte – où donner quelque espoir d ‘ écarter la mort ( soit-disant ?) serait plus + important que de s ‘ occuper du bonheur présent , ici et maintenant – du bonheur de tous -

    Maintenir l ‘ ordre -

    Eviter la révolte -

    C ‘ est bien des tenants du pouvoir dont il s ‘ agit -
    Qui invoquent les espoirs de conjurer la mort plutôt que de s ‘ occuper du bonheur présent de tous – de TOUS –

    … C ‘ est une façon de distraire l ‘ opinion « sociale » pour continuer de satisfaire son besoin individuel de bonheur présent , au détriment des bonheurs individuels de tous ! ( nos immondes dirigeants « socialistes » ne font que chercher leur bonheur individuel , au mépris le + total et extrême du bonheur de TOUS – ( cf – L ‘ Abbé Pierre , comme l ‘ Abbé Grégoire ( 1789 ) , et je ne suis pas croyant , hommage à eux ! et Pierre Rabhi ! ) -

    Au final – ao final , en brésilien – notre nécessité absolue de liberté , notre nécessité absolue de bonheur , ici et maintenant , absolument , ne sont-elles pas 1000 fois + importantes que notre besoin de sécurité qui est et sera toujours ( nous le savons bien ) incertaine – ?

    Bonheur individuel et / et de celà on ne parle pas : bonheurs collectifs -

    En fin , je termine en disant que je regrette d ‘ avoir souvent dénié ton idée ( et pas seulement tienne ) de constituante – Que , si je ne crois pas à l ‘ émergence d ‘ une constitution juste , par le biais d ‘ une quelconque assemblée , pour le moins cette idée reflète-elle celle qu ‘ une constitution doit-elle être approuvée par TOUS – en celà ton idée est-elle « porteuse » – et ceci est

    INCONTOURNABLE -

    M^me ainsi je persiste à dire que je CROIS ( ceci n ‘ est pas prouvable ) que certain-e-s sont FONDAMENTALEMENT OPPOSES ( et conscients ) à cette idée de bonheur collectif – / il faudra en tenir compte dans une constitution -

    Cordialement ,
    mondeindien.jimdo.com

  2. monde indien dit :

    merci de m ‘ avoir prévenu pour ce bizarre spam qui a en effet l ‘ air d  » avoir été redirigé à mon insu vers plusieurs de mes correspondants – désolé -

    • calebirri dit :

      Salut Ninon,

      effectivement on se rapproche peu à peu du télécran orwellien… Si ça continue la télé finira par nous filmer, et puis par nous donner des ordres… techniquement, nous nous en approchons. Effrayant… et révoltant.

  3. Ninon dit :

    Salut calebirri,

    Les automobilistes, ainsi que d’autres, n’auront plus de recours devant la Cour Administrative d’Appel :
    http://www.quechoisir.org/droits-justice/systeme-judiciaire/actualite-justice-des-voies-de-recours-en-moins
    Ils assurent leurs arrières afin que l’argent rentre bien !!

    Pour en revenir à la surveillance, il y a quelque chose qui semble se mettre en place actuellement : le cartable de big brothers !
    http://www.youtube.com/watch?v=DyQooUT9qss

    Si j’en crois ce qui est noté dans ce blog
    http://linuxfr.org/users/micka/journaux/le-cartable-de-big-brother
    le film sorti en 1999 avait été diffusé à une heure tardive et le journaliste avait été viré. J’ai fouillé un peu dans ce blog, ça a l’air sérieux.
    Je suis aussi tombée sur ça : http://www.tableau-noir.net/

    Ce qui est terrible, c’est que les gens sont demandeurs, et qu’ils ne se rendent pas compte dans quoi ils s’enferment. C’est pour tout pareil, il suffit de prendre le problème des médicaments, les gens sont demandeurs pour chaque petit bobo. Ils n’essaient pas de changer leur ligne de conduite. Quant à tous ces gadgets électroniques, j’ai l’impression de voir des adultes se conduire comme des gosses, et des gosses se conduire comme des adultes. Donc les parents n’encadrent plus leurs gamins, ou du moins de moins en moins.
    Tout comme il y a de plus en plus de nourrissons qui sont installés dans leur transat, devant la télévision, avec leur biberon. Les petits perdent la notion de manger, mais font, dès le plus jeune âge, un rapprochement avec « écran/alimentation ».

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