Le FN, l’Europe et la démocratie

Posté par calebirri le 26 octobre 2013

On parle beaucoup du Front National ces derniers temps. Avec les élections cantonales remportées malgré le « front républicain » et les récents sondages, il se pourrait qu’on en discute encore longtemps. Et puis il va y avoir les municipales, et puis aussi les européennes : le FN commence a faire peur. Pas aux électeurs non, puisqu’il n’est plus un parti d’extrême-droite (il paraît d’ailleurs qu’on n’a plus le droit de le qualifier ainsi), mais aux partis dits « de gouvernement ». Car la volonté du FN est claire, comme son objectif : devenir le premier parti de France.

Il faut dire que n’ayant pour ainsi dire pas d’autre programme que l’expulsion des étrangers, le FN a du piquer quelques idées aux autres formations politiques ; et ne pouvant décemment pas piquer celles des partis « de gouvernement », il a fait siennes quelques une de celles de l’extrême-gauche. Avec quelques nuances de taille bien sûr, et qui expliquent son passage de l’extrême-droite nationaliste au « socialisme national ». Car l’extrême-droite lutte elle-aussi, à sa manière, contre le capitalisme : mais en s’appuyant sur le protectionnisme et la Nation, tandis que l’extrême-gauche milite pour la solidarité et la taxation des riches. Mais pour l’un comme pour l’autre, ces deux partis sont contraints de se séparer de l’Europe, à gauche pour une autre Europe, à droite pour la fin de l’Europe.

Car si le FN revendique la sortie de l’Europe pour lutter contre le chômage et les injustices sociales, il apparaît que le FdG demande… la même chose -mais pour une « autre » Europe! Or pour se séparer de l’Euro et se libérer de l’oligarchie européenne, il faut bien sortir de l’Europe. Pourtant, ces deux partis sont bel et bien opposés. Mais tandis que le FN a trouvé le coupable (l’étranger, le musulman, le banquier), le FdG peine à assumer son échec idéologique : il sait que le capitalisme est la source de tous les maux mais ne peut se résoudre à le vouloir détruire, faute d’alternative crédible à lui opposer.

Mais si certains rendent nos gouvernants (qu’ils soient « de gauche » ou « de droite ») responsables de cette confusion (en même temps à force de dire que l’extrême-gauche et l’extrême-droite c’est « la même chose »…) et donc de la montée du FN, je ne les en crois pas coupables : eux-seuls sans doute sont tout-à-fait conscients de l’impasse idéologique dans laquelle les a conduit cette crise, et leur souhait est sans doute de renforcer « l’Empire Européen« .

En réalité les citoyens se retrouvent coincés entre ces deux alternatives : soit ils continuent de faire confiance (pour le moins pire, pas pour le meilleur) aux partis de gouvernements (UMP, PS) et décident d’accepter des sacrifices pour sauver ce qui peut encore l’être (une perpétuation de leur domination économique) en se soumettant à l’Empire Européen, soit ils s’opposent à ce projet en sortant de l’Europe, et ce d’une manière nationale-socialiste avec le FN, retour au Franc et ce qui va avec, ou d’une manière plus incertaine avec l’extrême-gauche et une sixième République qui ferait fuir tous les investisseurs de ce beau pays.

Coincés donc, jusqu’à ce qu’une troisième voie, centrée sur la refondation de la démocratie, soit enfin envisagée. Elle est idéologiquement portée par ce que j’appelle « la vraie gauche » mais sans aller jusqu’au bout de sa maturation, qui consiste à accepter la seule conclusion réaliste suivante : pour éviter à la fois le national socialisme et l’ultra-libéralisme sans tomber dans le néant idéologique et son absence d’alternative crédible, il faudra bien remettre en cause non pas l’immoralité du capitalisme (qui est en réalité une amoralité) mais le capitalisme lui-même, à savoir l’utilisation de l’argent non pas comme moyen de progrès mais comme finalité absolue.

Car en considérant l’argent comme fin nous avons supprimé la notion de progrès pour la remplacer par celle du profit, ce qui a enclenché la décadence de notre civilisation, et les soubresauts qui vont avec.

C’est donc à une transformation majeure qu’il s’agit de réfléchir aujourd’hui, et de reconsidérer ensemble ce que nous nommons démocratie (1% qui décide pour 99%, c’est ça la démocratie ?), le socialisme (le socialisme national est une aberration logique), la Nation (et la souveraineté), savoir qui veut, et avec qui, faire une Europe non pas compétitive mais solidaire. Que chaque peuple s’autodétermine nationalement dans un premier temps (à ce sujet regarder Frédéric Lordon) et comme le permet l’Assemblée Constituante -qu’elle soit tirée au sort ou élue), libéré des contraintes européennes, pour laisser -si le peuple le décide- une ouverture constitutionnelle vers une Europe véritablement socialisante qui n’entrainerait pas de perte de souveraineté ni pour les nations ni pour les peuples. S’ils veulent ensemble ensuite se doter d’un gouvernement commun très bien, mais que ce soit de manière réellement démocratique : une Europe fondée sur le bonheur au lieu du profit.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

2 Réponses à “Le FN, l’Europe et la démocratie”

  1. monde indien dit :

    Y a-t-il une extrême-droite modérée ( ou dédiabolisée ) ?
    Certaines extrêmes droites en Europe sont en partie au pouvoir et ne semblent pas diaboliques -
    Mais qu ‘ adviendrait-il si elles avaient les pleins-pouvoirs ?
    Les références de nombreuses de ces extrême-droites au nazisme , les soutiens de Marine Le Pen à ces individu-e-s , ses amitiés , les affections de son père pour les extrême-droites Italiennes , Chiliennes , pour les négationnismes que l ‘ on sait , ont de quoi nous faire nous poser de sérieuses questions !
    Apparemment ces questions ne semblent pas intéresser grand-monde !
    Les soutiens au FN sont peut-être de cet acabit -
    ( plus concrètement , les manifs anti-mariage-homo font froid dans le dos . Du style catho-intégristes – )
    Qu ‘ on ne s ‘ étonne pas si un jour on se réveille avec un pouvoir politique du style nouveau-Vichy !
    Et pourquoi les médias de grande diffusion ne demandent-ils pas aux FN de clarifier leurs positions quant à ces sujets ?

    Maintenant , qu ‘ en est-il des partis d ‘ extrême-gauche ?

    Le travail de mise-en-distance des abus totalitaires ( le mot est bien pudique ! ) a-t-il été mené à son terme ?

    Les vraies gauches françaises auraient tout à gagner à le faire !

    Enfin , tu recentres , Caleb , l ‘ intérêt principal autour de ce que doit être une vraie démocratie –

    Mais la question est-elle bien , le « pouvoir » du peuple ? / ce pouvoir est si fragile face à ceux qui ne veulent pas le bonheur du peuple – de TOUS !!

    ( les ennemis de ce bonheur pour tous , le méritent-ils ce bonheur ? )

    Alors , face à ces dilemmes posés par les ennemis du bonheur pour tous , comment faire ?

    Personnellement , je ne pense pas que ce sera quelconque assemblée constituante ou pas qui nous le dira , tirée au sort ou pas – Qu ‘ il ne s ‘ agira jamais d ‘ une question de vote ( majoritaire ) – MAIS qu ‘ il s ‘ agit de trouver les TERMES ( les mots ) de ce quoi être la DEMO-PHILIE -

    Démo-philie ??

    Tu termines ton texte en invoquant une Europe « socialisante » -
    Ne s ‘ agirait-il pas + d ‘ une Europe SOCIALISTE ?

    ( on parle parfois d ‘ humanisme / ne s ‘ agit-il pas plutôt d ‘ humanité !! ??)

    Longue vie à l ‘ Abbé Grégoire !! ( 1789 )

    Bien affectueusement à toutes et tous -

    Monde Indien-
    ( mondeindien.jimdo.com )

  2. theuric dit :

    Je laisse un nouveau commentaire, l’affaire est sérieuse.
    Le problème de tous régimes totalitaires c’est le coût exorbitant du contrôle de chacun, seule la Stasi avait cru trouver la panacée en faisant que chacun contrôle chacun, cela n’a pas empêché la D.D.R. de disparaître.
    Ceci dit, si certains partis d’extrêmes droites européens ont pu s’allier avec des partis dit de gouvernement de droite c’est tout simplement parce que la droite européenne, parce que le néolibéralisme est moribond, entre progressivement dans ce qui est la poubelle des idéologies, l’extrême droite par le glissement de gauche à droite des mouvements idéologiques (n’oublions pas que Beaumarchais pourrait être, pour l’époque, considérer comme un bourgeois libéral [économiquement parlant]).
    Également que ces extrêmes droites ne sont pas, idéologiquement, anti-néolibéralisme mais anti-Union-Européenne, nuance, et un néolibéralisme national reste le néolibéralisme, seule l’U.E. sépare encore ces deux tendances politiques que sont droite et extrême droite.
    Paradoxalement nous pouvons donc considérer cette alliance droite-extrême droite comme l’un des signes d’une transformation majeur de notre société et l’effondrement sous peu de l’idéologie même du néolibéralisme(vous allez voir, bientôt, les moins sots de nos commentateurs retourner leur veste).
    En revanche, le danger, pour nous, c’est que cette transformation n’est en rien pensée en amont ce qui ne peut que produire de nombreuses dérives lorsque les tensions sociales européennes ne déversent son trop plein d’énergie.
    Ce dont nous manquons cruellement, dès à présent, ce sont donc d’outils intellectuels nous permettant de comprendre notre modernité.
    En effet, comme lors de la Révolution Française, nous risquons fort de nous retrouver bien trop rapidement dans des situations aux développements rapides et imprévisibles sans pour cela que nous soyons armés pour en comprendre les trames.
    D’autant plus que la majorité des partis politiques, aux dogmes centrés essentiellement sur la seule économie, de gauche à droite, risqueraient bien de disparaître.

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