Doit-on tricher pour réussir ?

Posté par calebirri le 2 juillet 2013

Dans « La solidarité contre l’individualisme ou le paradoxe éducationnel« , je dénonçais la dichotomie qui existe entre l’individualisme prôné par le système capitaliste et les valeurs enseignées à l’enfant durant son processus éducationnel : il en ressortait que les plus « adaptés » au monde d’aujourd’hui étaient de fait les plus égoïstes, les plus radins, les plus « agressifs ».

Mais cela ne suffit plus, car aujourd’hui on s’aperçoit -à travers les innombrables « affaires » qui occupent les « grands » de ce monde- qu’en réalité le gouffre est encore plus grand que je ne le craignais : non seulement les valeurs enseignées à l’enfant ne suffisent plus à la « réussite » de ces derniers, mais en plus on apprend qu’il faut tout simplement tricher et mentir, voler ou contraindre par la force pour avoir une chance de ressembler à ceux qui « réussissent ». Comme les gangsters de films sont devenus des modèles pour de nombreux spectateurs, les escrocs modernes sont aujourd’hui des exemples pour bon nombre de nos chères petites têtes blondes (et vides).

Car désormais les vrais héros sont des escrocs (pas les petites racailles de cages d’escaliers non, mais bien ceux qui s’exilent à l’étranger pour éviter l’impôt national ou délocalisent au Bangladesh, ceux qui vous pillent vos « données personnelles » pour les revendre à prix d’or, ceux qui demandent à l’Etat 7 milliards comme ils en demanderaient le double ou la moitié, ou même ceux qui deviennent président en mentant « les yeux dans les yeux » de ceux qui les élisent…) qui ne sont jamais pris, ni ne vont jamais ne prison (ou pas longtemps, et pas dans les mêmes conditions que le petit vendeur de cannabis).

Ceux-là réussissent, tandis que ceux qui suivent les règles voient leurs moindres écarts sanctionnés. Etre individualiste ne suffit plus, il faut être un « requin », un « sniper », c’est-à-dire jouer au plus fin avec les règles, faire la guerre « préventive » à son concurrent, ou même outrepasser les règles si l’on est suffisamment protégé - »too big too fail » comme on dit…

Et puis la Loi elle-même (en même temps elle est faite par ceux à qui elle profite) permet quelques aberrations, comme celle dont bénéficie Apple par exemple, qui ne paye pas d’impôts ou si peu grâce à une « faille » juridique (identifiée mais non réglée), ou le fait de risquer une peine financière maximale dérisoire au rapport des sommes gagnées illégalement…

Faut-il tricher pour réussir, voilà la question qui dorénavant se pose à nos jeunes ; et qui explique le désarroi, la schizophrénie dans laquelle ils sont plongés : d’un côté ils ont ingurgité des valeurs obsolètes pendant un bon paquet d’années (amour du prochain, respect des différences, partage, entraide…), et puis de l’autre ils se rendent compte qu’elles ne valent rien « en capitalisme ». Il faut penser à soi d’abord, et merde pour les autres ! Mais même cela ne fonctionne pas : il y a toujours plus pourri que soi ! Les vrais « winners » ce sont ces types qui planquent leur pognon « offshore » ou applaudissent à l’annonce de licenciements massifs ; et peu importe de savoir comment ils l’ont gagné, sur la sueur ou le sang de qui il a été ponctionné.

il y a ceux qui refusent bien sûr, et ceux qui l’acceptent. Les premiers n’arriveront à rien et les seconds, ceux qui vont « au bout des choses », ont eux-seuls une chance de « réussir » : ce sont les nouvelles règles implicites du système. Mais ces règles ont un inconvénient : si tout le monde se met à les suivre, il risque d’y avoir un problème… Ne pourrait-on pas plutôt, un jour, redéfinir ce qu’est une vie réussie ?

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

2 Réponses à “Doit-on tricher pour réussir ?”

  1. babelouest dit :

    Déjà, il s’agit de distinguer deux notions parfaitement antinomique : « réussir sa vie » qui est un cheminement intérieur proche du vrai sens musulman du Djihad, et « réussir dans la vie », une notion soumise à toutes les interprétations, prisée des plus superficiels.

    Réussir sa vie, c’est une chose avec laquelle on ne peut pas tricher. A moins d’être un schizophrène ou un sociopathe.

    Réussir dans la vie ? Tout le monde ne peut pas être le meilleur diplomate, le meilleur boulanger, le plus grand financier…. à la fois. C’est pourquoi cette notion ne veut pas dire grand-chose. A moins qu’il ne s’agisse seulement de devenir riche, donc d’être prêt à écraser moult pieds pour y parvenir. Assez pitoyable, n’est-ce pas ? Cela signifie surtout qu’on est bien vide, pour s’attacher à ce genre de détail.

  2. monde indien dit :

    … ce qu ‘ est une vie réussie -
    D ‘ accord avec toi – Re-mettre à plat les questions basiques me semble incontournable -
    Si NOTRE révolution de 1789 a eu pour base l ‘ abolition des privilèges , elle a lancé aussi la devise de notre pays comme des fusées éclairantes , des feux d ‘ artifices du futur-présent qu ‘ il nous faut tirer encore et encore – sans se laisser impressionner par les mauvais fantômes qui arguent de tel ou tel prétexte pour maintenir le cap sur la folie morbide / du style-du genre : l ‘ échec des révolutions russes aurait démontré l ‘ invalidité d ‘ une égalité de fait – NON ! – Liberté , Egalité , Fraternité ! -
    La fraternité est un désir ET une réalité / parlons m^me d ‘ amour -
    Désir et Amour -
    Bases que tout le monde ne voit , ne vit de la m^me manière – Certaines visions sont totalement incompatibles -

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