Et si c’était déjà trop tard ?

Posté par calebirri le 7 juin 2013

La bataille qui fait rage actuellement pour savoir qui du FMI, de la BCE ou de l’Union Européenne est le plus coupable est une bataille stérile, car en réalité il est trop tard et les dégâts trop importants : nous ne pouvons déjà plus revenir en arrière.

La preuve en est que même les économistes « autorisés » -les plus courtisés pour leurs analyses- commencent discrètement à déserter les plateaux de télé pour retourner qui à ses études, qui à ses donneurs d’ordres (les banquiers)…
C’est qu’il leur devient difficile de continuer à répéter les mêmes mensonges sans discontinuer, car nous sommes tous aujourd’hui capables de les confronter à la réalité : s’ils disaient vrai, ça se serait vu !

On peut bien désormais allonger la durée des cotisations, baisser les salaires , investir ou licencier c’est tout pareil : les changements qui auraient dus être faits pour sauver le capitalisme sont devenus obsolètes, même pour ceux qui le voulaient vraiment protéger.
La croissance ne repartira pas, car la crise ne va pas s’arrêter miraculeusement, pas plus que nos gouvernants n’écouteront la voix des peuples. Ce système va s’effondrer parce que c’est inévitable, ce qu’aujourd’hui même la science économique – toute éloignée qu’elle est des réalités-, ne peut que confirmer « malgré elle ».

Aujourd’hui nous assistons donc à la prise de conscience collective que « quelque chose » est en train de se produire, sans que toutefois nous n’ayons aucune prise sur ce « quelque chose ». Et pour cause, nos gouvernants, si attachés qu’ils sont au service « de l’Etat », préfèrent continuer de nous faire croire qu’il n’y a pas d’alternative plutôt que de d’admettre le vide idéologique dont ils sont pleins.

La démoralisation générale qui s’ensuit atteint maintenant jusqu’aux plus « alternatifs » de nos économistes (les Jorion, Lordon, Berruyer, Todd, Delamarche, Leclerc…), dont le fatalisme exprime le mieux la réalité : ils savent de quoi ils parlent, et le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne sont pas très optimistes…
En plus donc de tous les mouvements qui périclitent sur le web et ailleurs, il devient évident que les plus lucides sont en même temps les plus inquiets.

Car s’ils s’y entendent pour décrire les mécanismes de la crise, ses causes et ses conséquences économiques ou mêmes sociales, à franchement parler il n’en est pas un qui soit en mesure de proposer une « solution » économique crédible, et pour cause : le modéle ne fonctionnant pas, comment s’appuyer sur celui-ci pour développer des solutions sérieuses ?

Cette situation peut paraître anxiogène, ou même désespérante si l’on considère que même les « meilleurs » sont perdus, mais cela ne devrait pourtant pas :

maintenant que nous savons que le système ne marche pas, et qu’il ne peut plus non plus être sauvé (au moins dans sa manière actuelle), maintenant que nous avons compris que nos gouvernants sont corrompus par la finance à laquelle ils ont fait allégeance, que nous nous rendons compte que nos pires économistes ne sont au mieux que des incompétents tandis que les meilleurs sont totalement démunis, il ne nous reste que deux solutions : subir, ou inventer.

Le suicide collectif n’étant bien sûr pas la réponse attendue (encore que le sacrifice d’un demi-milliard d’individus -ou plus- est certainement « rentable » d’un point de vue économique), il ne nous reste donc qu’à inventer. Et force est de constater qu’il y a là du travail pour tous et encore plus : tout est à repenser, et le champ des possibles n’est limité que par notre propre imagination.

L’intérêt de cette sombre période historique est que s’ouvre dès aujourd’hui une sorte de fenêtre « spatio-temporelle » d’incertitude encore suffisamment favorable à des changements inimaginables il y a ne serait-ce que 15 ou 20 ans : et que de futurs potentiels, de systèmes nouveaux, d’opportunités formidables si nous regardons le côté positif des choses !

Car si on fait l’état des lieux de notre vaste monde, il est tout à fait permis d’envisager pour nos descendants un nouveau modèle de société dans laquelle la technologie ne servira pas le profit individuel mais la satisfaction de l’intérêt général. Ce n’est pas rêver que de croire qu’en supprimant l’argent comme valeur de référence primordiale on puisse développer des médicaments « universels » bien moins rentables que les actuels, ou des énergies gratuites et illimitées, propres et qui ne font rien gagner aux exploitants, des brevets qui seraient partagés pour le bien de tous et pas d’un seul, ou encore une démocratie participative réelle qui, grâce aux usages internet et peut-être même au « Big Data » ne servira pas des intérêts commerciaux mais des besoins humains…

Il n’est peut-être même pas osé de rêver de robots réduisant la pénibilité de certains emplois ou de certaines tâches, ou de supercalculateurs qui, au lieu de « prendre des positions » au millionième de seconde pour la bourse, serviraient à mettre en relation les besoins et les ressources pour ne laisser aucun enfant mourir de faim….

Tout est ouvert devant nous, tous les futurs s’offrent à notre regard… c’est maintenant qu’il faut créer, rêver, inventer. Nous en avons encore le droit, mais c’est en réalité un devoir, car comme disait Antoine de Saint-Exupéry, « nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants ».
Il faut désormais cesser de se préoccuper du champ économique devenu stérile pour semer dès à présent les graines idéologiques qui produiront leurs effets non pas pour nous mais pour nos enfants. Il est peut-être trop tard pour nous, mais pas encore pour eux.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

8 Réponses à “Et si c’était déjà trop tard ?”

  1. monde indien dit :

    Ça fait du bien , ton texte !
    J ‘ explore ( peu ) à peu ton blog ( je lis lentement ! ) et j ‘ y trouve ce fil des bonnes choses ; la gratuité , l ‘ inutilité de l ‘ argent . . .
    Heureux de savoir aussi que tu ne trouves pas de vraies propositions faisables chez nos économistes et politiques chevronnés – je croyais que c ‘ était moi qui ne lisais pas assez ! -
    Il resterait à faire de l ‘ idéologie ?
    Oh là là ! Il s ‘ agit de beaucoup plus beau que çà !!
    Il s ‘ agit simplement de VIVRE -
    Il s ‘ agit de + que de gratuité ou d ‘ échange -
    Il s ‘ agit de DON – Si , si !
    Pas besoin d ‘ être croyant de je ne sais quelle religion , dieu , ou philosophie pour çà -
    C ‘ est seulement la vie qui EST comme CA -
    Je relaterai encore ce récit de Gilles Clément ( jardinier-paysagiste ) qui demandait à un vieux moine thaïlandais de lui parler de sa croyance : il lui répondit que c ‘ était beaucoup trop long ou compliqué , puis se ravisa : attendez , si , il y a une chose que vous devez savoir : il faut que l ‘ autre soit heureux !
    Voilà , ça n ‘ est pas plus compliqué que çà – Reconnaître l ‘ amour infini que nous avons pour TOUT l ‘ univers qui nous donne tout , aussi simplement que l ‘ amour que nous avons pour nos parents , l ‘ amour que nous avons et que nous désirons -
    Ce n ‘ est pas du bla-bla de curé, de bonze ou d ‘ ayatollah – C ‘ est seulement comme çà –
    Enfin il y a aussi le mystère – celui bien sûr de la mort , de la naissance , de la violence ; mais aussi le mystère de dire des petits bouts de tout çà et le bonheur infini de partager tous ces petits bouts -
    Partager des petits bouts – apporter sa contribution aux luttes qui SONT justes -
    Alors le monde n ‘ est pas que pour nos enfants , il EST à nous -
    La Lutcha Continua !!!
    Cordialement , LovE !

    • calebirri dit :

      @ monde indien

      ça fait du bien de lire aussi ton commentaire, car parfois je dois t’avouer que « l’aquoibonnite » me guette : je communiquerai d’ailleurs bientôt à ce propos.

      d’accord avec toi sur le don, bien entendu en dehors de toute religion : la spiritualité, ou philosophie comme on voudra, suffit bien à défendre des conceptions humanistes.

      pour le reste, le dire ne suffit pas ; le faire est presque impossible, et continuer demain comme hier est une erreur grave. on est quand même dans une belle panade.

      • monde indien dit :

        Merci de ta réponse -
        L ‘ aquoibonnisme , oui j ‘ aimerais bien aussi , mais j ‘ y arrive pas – S ‘ en foutre de tout çà , profiter de ce qui existe simplement – certains y arrivent – mais je n ‘ ai pas de regret : mm^me si je sais ce qu ‘ est vivre , que ce n ‘ est pas de la philosophie mais bien de la VIE , mon bonheur est aussi d ‘ apporter mes petits brins de lutte à toute cette lutte commune qui est la nôtre – Quant à la philosophie elle aide à voir un peu plus clair – il faut continuer , aller + loin – Marx était aussi un philosophe , ne l ‘ oublions pas – Cette question du don tourne aussi autour de celle du partage , de la division du travail – Le début de la capitalisation ? – Pourquoi pas ? Alors dans quelles limites ?
        Le Bonheur de tout le reste est indispensable pour comprendre – Indispensable , simplement , il faut être heureux !
        Cordialement

        @fred – Hara Kiri ? Pour moi , on n ‘ est pas tout seuls à savoir l ‘ horreur des choses , ni tout seuls à savoir le beauté des choses – ve faire un pti tour e Amérique du Sud , ça fait vraiment du bien , frère !

        • calebirri dit :

          @ monde indien

          petite précision concernant l’aquabonnisme : ce n’est pas s’en foutre mais dire « à quoi bon ? », sous entendu que continuer ou pas c’est tout pareil, cela ne sert à rien.

          et ce n’est pas pour plonger dans l’autre extrême, le hara kiri qui serait un « perdu pour perdu ».

          • monde indien dit :

            J ‘ avais bien compris / quand je disais « s’en foutre » , ça voulait dire à quoi bon / ou encore , laisser tomber , sans pour autant s ‘ en foutre , parce que ça semblerait trop infaisable – Mais je ne le penserai jamais -
            ( relire « Le chant Général » de Pablo Neruda / « Je vais te dire que je suis sur cette côte où abondent les pierres sauvages , où les mouettes passent en leur ronde blancheur , qui portent les lettres du monde entier à leurs destinataires – Comme elle est bleue la vie quand nous y avons mis l ‘ amour et le combat des mots et que nous sommes sortis dans la rue avec des chants et des fusils – Ils ne peuvent nous vaincre – Peut-être peuvent-ils nous tuer – Ils ne pourront qu ‘ essayer de louer un appartement en face d ‘ où nous habitons pour apprendre à rire et à pleurer comme nous – Et nos chants resplendissent dans nos bouches , fleurs de pourpre , descendent vers le coeur , l ‘ emplissant à nouveau d ‘ une allégresse débordante née des paroles … - »

  2. fred dit :

    A u Japon, dans les temps anciens, quand ils jugeaient que la situation était irrémédiable ils se faisaient Hara Kiri!

  3. vladimir dit :

    La tres fragile Commune en formation d’ Istamboul,ignorée des “politiques” comme des medias :

    Je n’ai jamais vécu en France un mouvement comme celui de Taksim

    de : Arrighi

    lundi 10 juin 2013 – 03h27

    http://bellaciao.org/fr/spip.php?article135894

    Que se passe-t-il à Istanbul ?

    Tarihinde Yayımlandı
    Information Clearing House
    lun., 03 juin 2013 07:24 CDT

    Traduit par Résistance 71

    A mes amis qui vivent en dehors de Turquie:

    http://fr.sott.net/article/15286-Que-se-passet-il-a-Istanbul

  4. Quelq1 dit :

    Je partage la même vision des choses, aussi bien sur l’inutilité de l’argent, que sur l’occasion qui nous est offerte de reconsidérer le monde et de nous émanciper définitivement !
    Par ailleurs je souligne le fait que la plupart des gens ignorent à quel point la technologie à faite des bonds en avant remarquables ces dernières décennies… Nous sommes actuellement théoriquement capable d’automatiser tous les domaines ou l’expertise humaine n’est pas prédominante, comme l’agro-alimentaire, les transports, la construction,… et bien d’autres.
    L’Homme ne trimerait plus par intérêt pécuniaire mais par vocation. Ce qui est à mon sens bien plus agréable et constructif.

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