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Europe : il va bien falloir se décider…

Posté par calebirri le 31 mai 2013

Le gouvernement français a capitulé : en refusant d’encadrer les salaires des grands patrons, en voulant allonger la durée de cotisation des salariés et surtout en votant l’ANI, il a définitivement fermé la porte à la gauche pour confirmer sa soumission ( ou son allégeance ?) au monde de la finance.

Mais si cela peut vous rassurer, il n’y a pas que lui !

En Europe les paradis fiscaux n’ont rien à craindre, car elle s’apprête désormais, en plus des « recommandations » imposant l’austérité, à faire voter une loi autorisant à piocher dans tous les dépôts supérieurs à 100 000 euros (sachant pertinemment que pour les autres il n’y aura pas assez), et puis il y a surtout l’entrée en vigueur de deux règlements européens (le « two pack ») qui vont retirer une grande part de la souveraineté des Nations, laissant ainsi les citoyens dépendants de ce qui sera décidé à Bruxelles. Comment s’étonner ensuite que les extrêmes de tous bords se font de plus en plus crédibles !?

Pourtant nous connaissons la situation : nos politiques sont corrompus par la finance qui a tellement triché qu’elle a mis le système capitaliste en danger. Et à ceux qui se demandent pourquoi nos gouvernants préfèrent écouter les financiers que le peuple qui les a élus, il faut qu’ils sachent qu’en réalité ce sont les financiers qui les ont élu, pas les peuples !

Et c’est bien pour cela que l’Europe est désormais coincée. Je voudrais donc ici faire état des solutions qui restent pour mettre fin à une crise dont elle ne sortira pas, de toutes les manières, indemne. Alternatives dont les conséquences la dépassent mais dont elle détient cependant la responsabilité : car de ses choix dépend bien sûr son propre sort (et de celui des peuples qui la composent), mais aussi le sort qui sera réservé au système capitaliste et à la démocratie au sein des pays dits « développés » (et qu’on risque peut-être bientôt d’appeler « enveloppés », ou « dé-développés » – il faudra bien se résoudre à employer un terme qui convient mieux)…

Mais que le lecteur averti n’hésite pas à proposer les autres options qui ne figureraient pas ici, car l’exhaustivité est une qualité délicate à satisfaire… Je vous donne les miennes :

-faire payer les riches : au delà du fait que cette option est irréalisable (même d’un point de vue économique) et pour les raisons évoquées plus haut (l’alliance tacite du pouvoir financier et du pouvoir politique), il semble clair qu’il n’y a rien a espérer de ce côté là : pour les politiques qui nous dirigent, ce serait comme se tirer une balle dans le pied ! Cette option doit donc être à mon avis (et malheureusement) abandonnée ; il est déjà trop tard.

-faire payer les pauvres : c’est bien entendu la solution la plus crédible, étant entendu que c’est celle adoptée en ce moment partout où la crise sévit. Cette option est celle défendue par la « troïka » et suivie par ce qu’on appelle en France « L’UMPS », qui à terme vise l’unité (autour d’une sorte « d’union sacrée ») pour lutter contre la montée conjointe des extrêmes de gauche et de droite. Sauf que pour retrouver la « compétitivité » il faudra bien s’aligner sur les salaires les plus bas (et les conditions de travail qui vont avec). Cela n’ira pas sans difficulté car il faudra alors se défaire de la démocratie pour empêcher le peuple de se rebeller… une harmonisation européenne à l’intérieur d’une sorte « d’Empire Européen » serait évidemment la bienvenue…

-sortir de l’Europe : bien que cette option fasse de plus en plus recette au sein des peuples de l’Europe, cette idée est majoritairement portée par l’extrême-droite, et ne peut pas être sérieusement envisagée (quand on pense qu’ils veulent se faire élire au parlement européen pour lutter contre l’Europe !). Il faudrait pour ce faire organiser un protectionnisme « français », ce qui est une aberration économique si on considère la capacité « d’auto-suffisance » du pays, car pour se permettre des mesures protectionnistes il faut être capable de les imposer aux autres (économiquement ou militairement), ce qui n’est évidemment pas le cas de la France. Le protectionnisme pourrait éventuellement s’engager sur des bases européennes (avec cette sorte « d’Empire européen », mais il ne semble pas que la France en serait alors le moteur… et le patriotisme tant défendu en prendrait certainement ombrage)… Cette option pourrait tout de même être celle retenue « in fine » par une alliance de la gauche et de la droite dites « modérées », car s’il est difficilement envisageable d’aligner les salaires français sur ceux du Bengladesh, au niveau européen il n’est pas impossible d’utiliser le protectionnisme comme arme économique pour sauvegarder des conditions de vie acceptables.

-refuser de payer la dette : après un audit citoyen de la dette et la confirmation de son illégitimité (pour l’essentiel), l’extrême-gauche propose de mettre les créanciers face à leur logique dans un rapport de force contraignant ; seulement cette option, qu’elle soit décidée au niveau national ou européen, reviendrait à faire « in fine » payer les riches, ce qui est désormais impossible car tout l’argent qu’ils possèdent n’existe pas (voir plus haut), le bankrun suivrait de près, et l’écroulement du capitalisme à sa suite….
Cet écroulement serait bien sûr suivi par « autre chose » qui sera soit autoritaire (Orwell ou Huxley ?, soit un nouveau système non-capitaliste (ce qui est plus difficile à mettre en place surtout que personne ne semble vouloir s’y mettre sérieusement…)

-déréguler la finance et supprimer « l’ingérence » de l’Etat : en laissant faire « réellement » le marché, sans ce qu’on appelle les « distorsions de concurrence » (subventions, niches fiscales, taxes douanières, politiques monétaires avantageuses…), il y a paradoxalement une possibilité de retour à l’équilibre des marchés : ceux qui le doivent passeront par pertes et fracas, des banques feront faillite, l’Europe éclatera peut-être sous le poids des défauts de paiement en chaîne, et puis le retour à la réalité des conditions de vie que, selon les lois capitalistes, nous « méritons ». On le voit là encore, difficile et pour les peuples et pour les dirigeants européens de s’arranger avec cette perspective.

-la guerre :Cette option n’est pas la plus plaisante, mais force est de constater qu’elle est la plus efficace ; nous avons aujourd’hui un tel regain de tensions entre les juifs, les catholiques et les musulmans qu’il ne paraît pas impossible qu’une telle option se réalise… D’autant qu’avec la misère qui augmente la peur avance, remplacée par la colère et puis la haine, presque toujours savamment distillée par un gouvernement aux abois pour fabriquer des boucs-émissaires. La guerre française au Mali est un exemple de colonisation déguisée, en ce sens qu’elle protège ses intérêts financiers, et s’apprête à exploiter durablement les ressources de ces pays qui en sont pleins.

-le bancor : cette option, proposée à Bretton Woods par Keynes (qui n’était pas qu’un affreux libéral!), fut délaissée au profit du dollar comme monnaie de référence sous la pression des Etats-Unis, alors en mesure d’imposer ses vues. Elle permettrait en théorie de créer une monnaie commune mondiale destinée à « remettre à plat » le système capitaliste, et est très bien décrite par monsieur Sarton du Jonchay. J’ai déjà émis quelques réserves au sujet de cette option, car quand bien même cette option serait valable du point de vue de l’intérêt général, il faut convenir « qu’en capitalisme » l’intérêt général n’est pas la valeur la mieux partagée : ce qui signifie que si c’est une bonne idée elle ne sera pas adoptée, et que si elle l’est (adoptée) c’est qu’elle n’est pas si bonne que ça ; sans compter qu’il faudrait pour cela parvenir à mettre tout le monde autour d’une table pour en décider, et l’ambiance actuelle ne semble pas propice aux accords unanimes.

Mais quittes à rêver d’unir autour d’une table tous nos bons dirigeants, il reste une option à laquelle trop peu d’entre nous croient encore : l’union des peuples pour se mettre eux-mêmes autour d’une table pour discuter entre eux du « post-capitalisme » , de la suppression de l’argent, et des nouvelles règles qui nous conviennent mieux, le tout autour d’une sorte de « cerveau collectif » pour penser le futur.
Et bien sûr foutre dehors tous ceux qui nous exploitent et dont le seul objectif est de rendre obsolète cette dernière solution !

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

Une Réponse à “Europe : il va bien falloir se décider…”

  1. babelouest dit :

    Hier soir j’ai mis en ligne <a href="http://bab007-babelouest.blogspot.fr/2013/06/oligarchie-financiere-la-city-de.html"un billet lumineux de Pierre Hillard, assorti d’une vidéo très explicite. Je l’avais découvert chez Jocelyne (Cap2012) qui elle-même l’avait vu chez Anne Wolf… Cela montre clairement que l’Empire Britannique est désormais celui des paradis fiscaux, mis en place délibérément à la sortie de la guerre de 1939-1945. Très clairement ceux qui ont vraiment de l’argent ne paient pas d’impôts, ceux qui n’en ont pas en paient. C’est dans la City que se situe le vrai pouvoir financier, une sorte de super-paradis fiscal qui collecte les fonds des autres y compris US. Comble du cynique, les banques de ce Super-État dans l’État, indépendant, organisent des soupes populaires dans les quartiers défavorisés du Grand Londres : une miette pour dégonfler la pression.

    Organiser des rencontres entre les peuples eux-mêmes, pardessus toutes les structures qui tendent à les confiner au plus bas, c’est une expérience éminemment louable. Le plus difficile sera à la fois de trouver des organisateurs, des interprètes, un lieu commun (je doute qu’Internet suffise), et de collecter suffisamment de fonds pour mettre en place cet évènement international. Pour chaque pays, ou groupe de pays s’ils sont petits, qui pourra être délégué ? On retrouve là les mêmes contraintes qui avaient été soulevées pour la mise en place d’une Constituante.

    Bien entendu, si cette option est la plus judicieuse à mon sens, il n’est pas exclus de la renforcer d’autres propositions. Ainsi le refus de payer la Dette n’est pas à mon sens si dépourvu… de bon sens précisément. Les 99% des fonds qui circulent dans les tuyaux financiers ne sont que du vent, des profits accumulés à partir d’autres profits en cascade, et ne correspondent à rien de concret. Bien entendu, cette mesure est nécessairement assortie d’une autre : la récusation générale de tous les régimes politiques actuels, assujettis aux banques qui les soutiennent comme la corde soutient le pendu.

    Rien ne sera facile. Tout dépendra de la capacité et la volonté de tous les peuples de sortir par le haut de la dictature de l’argent. Ou alors…..
    ….ce sera la guerre….

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