La politique de la corruption

Posté par calebirri le 31 octobre 2012

Imaginez un homme d’une quarantaine d’années, assez bien fait de sa personne, l’air avenant et mû par de grandes et saines ambitions pour son pays. Son plus grand désir étant de servir « l’intérêt général », il se destine à la politique, avec dans le coeur une vision « noble » de ce terme.

Après avoir subi les railleries collégiennes et suivi sans broncher le conditionnement classique pour ce genre de cursus, il serait parvenu -on ne sait par quel miracle- à conserver intacte sa passion pour le bien public, et aurait gravi sans « perdre son âme » les échelons qui conduisent au conseil général ou à la mairie, jusqu’à se présenter aux élections pour le poste convoité de maire dans une ville moyenne. Déjà il apparaît au lecteur que cette configuration a peu de chance de voir le jour, puisque parvenus à ce stade, tous les individus auront déjà à un moment ou à un autre dû se soumettre à des règles en contradiction avec leurs propres valeurs…

Mais admettons la chose et continuons à suivre le parcours de ce « jeune premier » : toujours sans avoir renoncé à ses principes ou à ses objectifs, il a triomphé d’une élection classique avec son lot de bassesses, de promesses démagogiques ou de mensonges éhontées. Il ne s’est fourvoyé dans aucune polémique stérile et s’est fait élire sur sa probité, son intégrité, et puis surtout sur ses idées.

Le voilà donc en poste à la mairie, toujours plus convaincu de sa charge, toujours porté par les mêmes idéaux de justice sociale et de bonne gestion, avec une équipe qui tourne bon gré mal gré au rythme des élections législatives, avec ou sans lui. Décidé à se pencher sur le sort de ses concitoyens, il lui arrive un jour de découvrir certaines « anomalies » concernant l’attribution de marchés publics (par exemple), et se prépare à saisir la justice lorsqu’il reçoit la visite d’un personnage « important », un notable de la ville « qui connaît du monde »… et qui a voté pour lui :

« Monsieur le maire, je sais que ce n’est pas bien, mais ça se passe comme ça depuis toujours, et puis c’est que les charges sont trop lourdes, nous avons du personnel, etc… Ne saisissez pas la justice, il faut éviter le scandale, imaginez un peu, moi qui ai tant fait pour votre élection, mais ne vous inquiétez pas on va tout arranger. »

Bon. Le maire a deux options : soit il se laisse corrompre et laisse étouffer l’affaire, mais il se peut que les sollicitations affluent ensuite ; soit il saisit la justice pour montrer sa valeur… et ne se fait pas que des amis… S’il continue dans cette voie, il ne fait aucun doute que les investissements dans sa ville vont baisser, que les soutiens extérieurs vont se faire moins nombreux, et surtout que sa carrière risque de se voir compromise assez rapidement…

Mais admettons encore que porté par une affaire médiatisée on le couronne ministre (qu’on ne me dise pas que c’est impossible !). Peu importe le ministère, toujours motivé et sûr de ses convictions, il arrive au sein d’une nouvelle équipe, assez nombreuse, avec des conseillers déjà là avant lui, et sans doute aussi après… On lui explique comment les choses se passent, ce qu’on attend de lui, et puis un jour ou un autre vient un dossier « chaud », porté par un homme dont la position ne permet pas qu’on le contrarie :

« Bonjour monsieur le ministre, ce que vous avez fait est très bien et je vous en félicite, mais maintenant vous êtes responsable d’intérêts qui vous dépassent, il ne faudrait pas que votre comportement puisse nuire au bon fonctionnement de l’Etat, et patati et patata… »

Le ministre sait à quoi s’en tenir, tout se passe pour le mieux quand un nouveau personnage lui est présenté :

« Bonjour monsieur le ministre, tout ce que vous avez fait est très bien, et je vous en félicite, mais il y a une ou deux petites choses qu’on ne vous a sûrement pas expliquées… Une grosse affaire se prépare, et il en va de l’intérêt supérieur de la Nation ; certaines pratiques ne sont pas tout-à-fait conformes à la législation en vigueur, mais nous n’avons pas le choix ; vous seriez bien obligé de ne pas vous y opposer ni d’ébruiter l’affaire, vous comprenez, l’intérêt de l’Etat, le bien public, enfin une affaire « gagnant-gagnant »… D’ailleurs, vous pourriez vous-même en tirer avantage, enfin si le coeur vous en dit ; vous seriez bien le premier à refuser ! »

Le ministre se scandalise, menace, mais l’homme en face de lui ne se démonte pas :

« Mais c’est que vous n’avez pas vraiment le choix, monsieur le ministre. Tant pis pour votre commission, si vous n’en voulez pas… Sachez tout de même qu’ici les choses se passent comme ça, que vous le vouliez ou non. Imaginez le scandale si ce genre de choses venaient à se savoir, vous seriez responsable de la dégradation de l’image du gouvernement, et de la patrie toute entière, presque un acte de trahison ! Vous ne voulez donc pas faire carrière, ou profiter du pouvoir qui est désormais le vôtre pour en faire profiter vos concitoyens ? Moi qui vous croyait avoir de l’ambition pour votre pays, vous n’allez tout de même pas compromettre votre réputation pour si peu… D’autant que maintenant que vous savez, vous êtes déjà mouillé jusqu’au cou. »

A cet instant le ministre est déjà corrompu de fait, qu’il le veuille ou non. Car qu’il dénonce ou qu’il reste coi, il est coincé : S’il « balance » l’affaire il risque de se voir rapidement évincé du pouvoir, sans compter le scandale qu’il provoquerait au sein de sa propre famille politique, et s’il se tait il passe d’une complicité « passive » à une complicité « active ».

Il peut toujours démissionner bien sûr, mais dans ce cas là à quoi bon faire de la politique ?

La morale de cette histoire, si l’on en veut une, est que ce ne sont pas les hommes qui changent la politique, mais la politique qui change les hommes.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

9 Réponses à “La politique de la corruption”

  1. Agequodagix dit :

    Si notre ministre idéal « s’est fait élire sur sa probité, son intégrité, et puis surtout sur ses idées » et qu’il ne prend pas le « risque de se voir rapidement évincé du pouvoir, sans compter le scandale qu’il provoquerait au sein de sa propre famille politique » en restant intraitable sur tout ce qui concerne « sa probité, son intégrité, et puis surtout sur ses idées » il gardera sans doute quelque temps encore son emploi de ministre, mais il perdra la confiance de sa base électorale, et ne se fera plus réélire.

    Le problème, c’est que nous ne cherchons habituellement pas à élire quelqu’un sur « sa probité, son intégrité, et puis surtout sur ses idées », mais comme vous le dites vous-même, sur « le lot de bassesses, de promesses démagogiques ou de mensonges éhontées » qu’il nous fournira.

    Et nous n’avons donc que ce que nous méritons !

  2. Abdellatif dit :

    Salut,

    Chez nous (en Islam) et selon la Sharia (loi de Dieu), on ne donne pas le « pouvoir » à celui qui le recherche, mais à ceux qui ont prouvé leur valeur. Ce qui a permis à la Oumma pendant la première partie de son histoire de donner un vrai sens aux mots Justice, Honneur, Morale et aussi ce qui a permis l’expansion des idées de l’Islam dans une grande partie du Monde.

    Vous me direz que la plupart des politiques ne débutent pas tous arrivistes mais soyons honnêtes…pour terminer à la tête d’un parti ou d’un pays voir d’une société privée et avec les règles qui régissent le système démocratique je ne vois que deux solutions :
    - être intensément attiré par le pouvoir (cf Sarkozy pour un exemple récent du parfait « arriviste » prêt à tout…)
    - être soumis au culte de la démocracie, du parti (cf Hollande pour un exemple récent du parfait « fonctionnaire » d’état). La démocratie comme toute religion demande à ses membres (ici les politiques) une parfaite dévotion et un sens du sacrifice

    Il n’est pas étonnant de voir certaines études qui montre le caractère extrêmement nocif du système en vigueur actuellement (démocratie à variante capitaliste) :
    - au niveau sociétal, en favorisant aux postes à responsabilités, les personnes avec des traits pervers voir psychopathologiques profondément inquiétants
    - au niveau environnemental, les exemples ne manquent pas
    - au niveau moral, devons-nous encore trouver des exemples ?

    @++

    • calebirri dit :

      @ Abdellatif

      Si j’entends bien la deuxième partie de votre commentaire j’ai un peu plus de mal à voir où vous voulez en venir dans la première : essayez-vous de dire que les politiques des pays appliquant la sharia sont moins corrompus que les autres ? Pour moi, à partir du moment où il y a pouvoir et argent mêlés il y a corruption, car l’argent corrompt tout. L’argent n’existerait-il pas dans les pays musulmans ?

  3. Abdellatif dit :

    Je ne parle pas des pays musulmans régit par un système démocratique.

    Car il faut faire une pause et définir ce qu’est un pays démocratique, à mes yeux tous les pays du monde du moins ceux qui adhèrent à la charte des Nations Unies, des droits de l’homme et tirent une partie ou toute leur légitimité du pouvoir populaire, peuvent entrer dans cette définition. De même l’aspect légal tiré uniquement de source humaine, souvent inspirées de lois occidentales càd d’un univers laic voir athée entrent également dans cette définition.

    Partant de là, oui tu as raison il n’existe pas de système parfait, mais en Islam on met Dieu (càd sa parole le Quran et l’illustration dans la vie du prophète Muhammad) au centre de la loi , ce qui n’est le cas dans aucun pays musulman actuellement.

    L’argent ou monnaie scripturaire tel que nous les connaissons à notre époque est une chose illicite du point de vue de l’Islam, il suffit de voir les enseignements du cheik Imran Hussein pour ces aspects théoriques.

    L’homme corrompt c’est indiqué dans le Quran, mais le musulman a le devoir de corriger un mal quand il le voit ne serait-ce par la parole, les actes ou à minima par son coeur (en n’y adhérant pas).

    • Agequodagix dit :

      La théorie du droit divin comme justification d’un pouvoir non démocratique par le choix de Dieu, est commun à beaucoup de civilisations. A part quelques personnalités de haut niveau spirituel ou moral, en Islam, comme en Occident (Saint Louis ?), la volonté de Dieu a justifié les guerres, les totalitarismes, et la soumission du peuple aux élites de droit divin. Le pouvoir corrompt l’homme, qu’il soit chrétien ou musulman, que son pouvoir vienne de Dieu ou d’Allah, que la Loi se fonde sur la parole de Dieu exprimée dans le Coran ou dans la Bible.

      • Abdellatif dit :

        Merci pour votre réponse,

        Mais vous comparez deux choses différentes, le pouvoir usurpé du clergé chrétien et la loi de la Sharia, qui est tout de même différent du « droit divin ».

        L’Islam véridique n’a jamais provoqué de guerre injuste, ni la soumission, ni obligé qui que ce soit à accepter les règles islamiques au contraire de la religion chrétienne (fille de la religion polythéiste de Paul de Tarse) et de sa fille athée et laïque (la démocratie).

        Effectivement, le pouvoir corrompt c’est ce que j’énonce dans mes 2 précédents commentaires.

        C’est pour cela que la démocratie comme elle existe actuellement est vouée à l’échec du moins pour la majeure partie de la population qui n’en tire pas directement avantage.

        Dommage que vous n’ayez pas bien lu et que vous soyez si endoctriné.

        • Agequodagix dit :

          Les « endoctrinés » ont le sentiment que « l’Islam véridique » qui « n’a jamais provoqué de guerre injuste, ni la soumission, ni obligé qui que ce soit à accepter les règles islamiques » relève des contes des milles et une nuits.

          Pratiquement tous les potentats de droit divin « véridique » de presque tous les totalitarismes, que ce soient le clergé, ou les seigneurs, princes, rois, empereurs, califes, sultans, ou pharaons, en Egypte, Mésopotamie, Occident, Orient, Japon, Chine, ont presque tous toujours prétendu imposer à leurs peuples des guerres justes et saintes, et des lois justes et divines, inspirées directement par Dieu.

          L’affirmation du contraire, en France, relève des contes de Perrault.

  4. fly dit :

    dans vos liens à droite il y’a Plan c (étienne chouard) c’est un facho ce mec , son site c’est une fenêtre sur l’extrême droite (ses liens avec alain soral , voltaire.net etc….)

    tel est votre pensée double ?

    • calebirri dit :

      @ Fly

      Bonjour

      je publie votre commentaire non pas parce qu’il apporte quelque chose à quoi que ce soit, mais pour éviter que vous me traitiez de censeur ou ce genre de trucs ; je ne publierai pas votre autre commentaire dans lequel vous faites également avancer la discussion par ces mots : « bandes de fafes!! », car ceci est ridicule : monsieur Chouard prône la démocratie avec le tirage au sort d’une Assemblée Constituante, en effet c’est une honte et nous ne sommes pas loin des chemises brunes tout le monde s’en sera aperçu…

      Et si vous lisiez un peu les écrits de ceux que vous insultez, juste pour vous faire une opinion personnelle ?

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