Ce que les économistes ne savent pas

Posté par calebirri le 16 juillet 2012

Dans mon dernier article, j’évoquais mon désir de voir les économistes nous éclairer sur ce qu’il adviendrait de l’Europe (et du monde) une fois le « plan de sauvetage » adopté par les différents gouvernements européens, en regrettant le silence généralisé sur le sujet. On pourrait penser que ce silence est la conséquence d’une incompétence elle-aussi généralisée, et répondre à la question « pourquoi ne nous disent-ils pas tout ? » par « c’est qu’ils n’en savent rien, de ce qui va se passer ensuite ! »… Mais c’est peut-être aller un peu vite en besogne. Car s’il y a bien des choses que les économistes ne savent pas, il y en a d’autres qu’ils savent bien, et qu’ils ne nous disent pas pour autant.

Et ce silence, dont nos gouvernants sont complices puisqu’ils travaillent exclusivement pour le compte de la finance, peut tout aussi bien apparaître comme la volonté de cacher délibérément aux peuples les conséquences de ce qui se trame derrière leurs dos, qui s’ils le découvraient finirait sans doute de les mettre en colère pour de bon.

Car il faut bien que certains sachent. A l’heure où les techniques d’analyses du comportement des foules sont proches de la perfection, où les statistiques et la mathématique sont relayées par des « super-calculateurs » d’une puissance inégalée, à l’heure des sondages en rafales ou de la propagande outrancière, de celle du conditionnement implacable et de la formidable rapidité des communications, il est impossible que les armées d’analystes en tout genre qui pullulent dans des cabinets plus ou moins obscurs n’aient pas une vague idée des conséquences des mesures qu’ils imposent à tous.

Un peu comme dans le cycle de « Fondation » d’Isaac Asimov, notre civilisation est aujourd’hui pratiquement capable de réaliser des prédictions qui n’ont rien à envier à la « psycho-histoire » du professeur Seldon, et il serait presque insultant pour nous de ne pas croire qu’un petit groupe d’experts (a fortiori un grand), plus ou moins secrètement (a fortiori pas secrètement du tout : voir le « NIC« ), sait déjà que le système capitaliste non seulement ne sera pas sauvé, mais qu’en plus il ne doit pas l’être.

Comment pourrait-il en être autrement, puisque cette capacité d’analyse est accessible à tous ?

Il suffit pour s’en faire une idée d’imaginer l’Europe au lendemain de l’adoption du « plan de sauvetage » européen : baisse des salaires et des conditions de vie, restrictions sur les libertés, révoltes, répression, peur, haine, violence, famine, révolution, répression, dictature… Ou quelque chose dans le genre, les mécanismes qui conduisent à la dictature étant connus et théorisés de long temps.

Car la compétitivité ne reviendra pas d’elle-même, et ni les peuples concernés ni les Etats qui les abritent ne souhaitent pour demain devenir les « Chinois » des Brésiliens. Le capitalisme s’étant déjà retourné, la seule solution d’avenir qui reste à ce qu’on appelait encore il y a peu les « grandes puissances » se trouve naturellement de « sortir » du capitalisme plutôt que de le subir; la dictature étant évidemment le régime sinon le plus adapté, au moins le mieux connu.

Seulement, comme pour le « Plan Seldon » du visionnaire Asimov, le « plan » des économistes et de leurs alliés objectifs possède des failles, et il y a certaines choses qu’il leur est impossible de prévoir :

tout d’abord, il faut préciser que les conditions de réussite du « plan » sont d’une part le secret (pour ne pas nuire aux « prévisions »), et d’une autre la non-réalisation d’une inconnue majeure, à savoir l’action d’individus isolés (ou petits groupes d’individus) quasiment incontrôlables et in-intégrables dans des comportements de masse, qui pourraient tout chambouler.

Ensuite, il faut évoquer les manquements à la première condition, car nous sommes de plus en plus nombreux à voir clair dans le jeu de ceux qui ne veulent pas tout nous dire. Que les politiques sont corrompus par la finance (comme pour l’affaire du Libor qui montre au grand jour les accointances entre le monde politique et le monde financier -d’ailleurs l’entretien de Diamond avec ses « amis » du parlement anglais le montre clairement -ainsi que la tranquille assurance de Bercy lorsqu’elle signifie gentiment qu’aucune des banques impliquées dans ce qui devrait faire la une de tous les journaux ne sera inquiétée) et que les riches ne rembourseront pas ce qu’ils ont volé ne fait désormais plus de doute pour de très nombreuses personnes. Nombreux donc sont ceux qui ne font plus confiance ni aux politiques ni aux financiers, et qui ne croient plus aux vertus d’un système qui montre chaque jour son injustice, comme nous le prouve le « cas » récent de Peugeot. L’arrogance de ces « experts » -qui va jusqu’à installer directement ses « pions » à la tête de grands Etats « démocratiques » !- pourrait donc leur nuire à terme, car la connaissance du « plan » par un trop grand nombre d’individus risque d’avoir une influence sur le comportement des masses (une révolution pacifique ?)

Et c’est justement pour éviter la trop grande diffusion de ce « plan » qu’internet est un des enjeux majeurs du futur, comme semblent déjà l’anticiper les dirigeants effrayés par son pouvoir contestataire grandissant, avec ACTA refusé un jour pour être remplacé le lendemain par le CETA , ou par une circulaire du même acabit (aux Etats-Unis cette fois).

Maintenant, que va-t-il réellement se passer ? Le futur et ses malheurs étant à la portée de notre entendement, serons-nous capables de l’empêcher ? Et si non, comment se déroulera la transition ? sera-t-elle violente ou non ? Et quelle sera la réaction des autres puissances ? Quelle résistance sera organisée, et dans quel état se trouvera alors la planète ? Voilà ce que ne savent pas nos chers économistes, et voilà tout ce qu’il nous reste comme marge de manoeuvre.

En attendant de savoir, il reste encore une petite différence entre le réel et le livre « Fondation » : la mise en pratique effective de la psycho-histoire revient à un robot humanoïde capable de télépathie (dans le livre « les Robots« ), ce qui n’a pas dû lui nuire pour ses prévisions, mais ce qui nous laisse un dernier espoir qu’ils se soient trompés… car jusqu’aux dernières nouvelles, les économistes ne possèdent pas encore ce genre de qualité. Et heureusement !

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

4 Réponses à “Ce que les économistes ne savent pas”

  1. zelectron dit :

    C’est pratiquement ça !
    avec ref. SF asimoviennes justes.

  2. Elhj dit :

    Les économistes sont des êtres comme tout autre citoyen, ils ne connaissent que ce qui est observable (le comportement par exemple) ou ce qui est quantifiable (l’achat d’un bien par exemple). Ces sont ces éléments qui leur permettent d’agir et de prévoir – étant donné l’état passé et présent de l’environnement ou ils se trouvent – ! En ce sens, un moindre changement entraine une totale débâcle ! Si vous aspirez un avenir meilleur, communiquer ce que vous désirez par les biais de comportement, comme ça, les prévisions des économistes vous satisferont -en donnant avec exactitude ce que vous attendez -…

    • Jean-Marc dit :

      Et mon cul c’est du poulet? :)

      Les économistes élevés au rang de demi dieux dans une société malade manient une science qui n’est pas une science exacte.

      Ils ne prévoient rien du tout, ce ne sont ni des physiciens ni des chimistes. Sauf quelques intuitifs talentueux, de temps à autre, mais ce n’est plus là de la science économique in fine.

      Il s’agit de les remettre à leur place, celle d’une discipline parmi d’autres, et certainement pas celle qui doit tout dicter comme des sortes d’oracles sur des piédestals!

  3. toto dit :

    Est eu la même opinion en 1997 sur la concentration de données dans les mains d’une minorité, je l’ai écrit en recommandé à un journaliste proche du pouvoir de l’époque.Votre raisonnement rejoins l’analyse du psychiatre Karl Jung qui dans un ouvrage écrit à la fin de sa vie,envisage un changement de paradigme à la suite d’actions d’un seul individu, une singularité,la société actuelle ressemblant à un château de cartes.

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