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Et si c’étaient les riches qu’il fallait convaincre ?

Posté par calebirri le 2 juillet 2012

Cela fait des siècles que les hommes cherchent les causes des malheurs qui les oppressent, et seulement deux hypothèses ont résisté pour expliquer pourquoi les inégalités n’ont jamais cessé entre les hommes : l’une consiste à croire que les hommes ne naissent pas égaux et qu’il en existe « naturellement » de « meilleurs » que d’autres. L’autre à croire que c’est le système (capitaliste donc puisqu’il est « universellement adopté« ) qui crée ces inégalités, et ce malgré les postulats défendus par la théorie économique qui évoquent la croyance en une « main invisible ». Mais la science et la philosophie ayant rejeté l’inégalité génétique et montré clairement les raisons sociales et historiques de ces inégalités, nous sommes aujourd’hui directement confrontés, à la lumière de la crise qui nous frappe de plein fouet, à l’injustice du système qui englobe toute notre vie en société : le capitalisme.

Car d’où qu’on parte pour expliquer les inégalités, le responsable de tous nos maux semble justement être ce capitalisme, incapable de réaliser dans la pratique ses promesses théoriques : les riches sont de plus en plus riches, tandis que les pauvres sont de plus en plus… nombreux.

Que faire pour remédier à cela : faut-il tout prendre aux riches ?

Alors que le peuple lui-même ne semble pas le désirer vraiment, incapable qu’il est d’unir ses forces pour résister aux forces gigantesques et incontrôlables de la puissance financière qui est comme douée d’une vie propre, je me demande parfois si le salut des pauvres ne réside pas dans la capacité des riches à résoudre eux-mêmes un problème qui les concerne finalement autant que nous. Car être riche ne signifie pas nécessairement se désintéresser des autres ni vouloir leur misère ou leur oppression. Etre riche, c’est aussi être le jouet d’un système qui impose une règle simple : si ce n’est pas toi qui prend, l’autre prendra à ta place.
Même très riches et complètement déconnectés des réalités, personne (ou très peu) ne croit réellement qu’il est juste et bon que certains êtres meurent de faim tandis qu’eux-mêmes se gavent ; et pour laisser faire il leur faut bien croire ou que ce n’est pas de leur faute, ou qu’ils n’y peuvent rien ; mais pas que c’est bien fait pour eux.

Mais il faut bien se rendre à l’évidence, et accepter les faits tels qu’ils se présentent aujourd’hui clairement à tous : les riches sont bel et bien responsables de cette situation, car ils entretiennent par leurs comportements individuels un système qu’ils savent injuste, et ils doivent savoir qu’ils y peuvent quelque chose. Puisque nous participons tous de près ou de loin à l’exploitation outrancière des ressources de la planète, puisque dans une économie mondialisée ceux qui ont le plus sont nécessairement responsables du manque de ceux qui ont le moins, il faut accepter de regarder la réalité en face : la misère et les violences qu’elle entraîne, l’exploitation des êtres qui s’épuisent à remplir les poches de ceux qui les exploitent est, directement ou indirectement, imputable à ceux-là mêmes qui bénéficient le plus des injustices de ce système.

Car qui peut croire encore qu’un homme en vaut plus qu’un autre, ou en vaut 1000 fois plus (puisqu’on juge la valeur d’un homme à son salaire) ? Qui peut accepter sans vergogne qu’une petite partie de la population du monde empêche la plus grande de se nourrir, de se loger, de se vêtir ou de vivre décemment sans se demander et pourquoi, et ce qu’il peut faire pour changer cela ?

Et si les pauvres participent également à l’entretien de ce système par leur inaction, les riches sont d’autant plus responsables de cette situation qu’ils sont plus riches. Ce n’est pas de leur faute bien sûr, et jusqu’à il n’y a pas si longtemps l’illusion d’une « croissance » pouvait suffire à apaiser les consciences de ceux qui avaient tout. Mais aujourd’hui les riches comme les pauvres savent. L’Etat-Providence initialement institué pour contrebalancer les effets d’un capitalisme dérégulé ne fonctionne pas, pas plus que toutes les institutions censées protéger les plus faibles de la voracité des plus forts. Ils savent que le capitalisme ne peut pas conduire à l’intérêt général car autrement il n’aurait aucune raison d’exister. Et il doivent comprendre eux-aussi qu’ils se sont trompés, que nous nous sommes tous trompés, car en voulant satisfaire nos propres intérêts nous ne faisons qu’entretenir les inégalités.

Maintenant, et plutôt que de demander aux peuples déjà meurtris de faire encore un effort pour venir prendre aux riches ce qui leur a été volé, pourquoi n’expliquerait-on pas aux riches pourquoi ils doivent donner aux pauvres, et pas qu’un peu ? sont-ils si aveugles ou si stupides qu’ils ne puissent comprendre qu’ils sont eux-aussi responsables du bien commun ?

Pas besoin pour eux de faire la charité ni même de favoriser la solidarité sociale, mais simplement de changer leurs habitudes, en cessant de parier implicitement sur la peur du lendemain, et en dépensant tout leur argent afin qu’il retourne dans le circuit économique en entretenant ainsi la croissance tant désirée, les emplois et les investissements nécessaires aux progrès de la société. En refusant d’économiser, en vivant et en faisant vivre ceux à qui manque l’argent lorsqu’il dort dans des dépôts criminels détruisant les perspectives de millions d’êtres humains. Ils y gagneraient autant en humanité que ce qu’ils perdraient en gardant tout pour eux. Car il ne faut pas oublier une chose, très simplement dite par Saint-Exupéry : « nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants ».

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

4 Réponses à “Et si c’étaient les riches qu’il fallait convaincre ?”

  1. J. dit :

    Je partage l’idée de ce texte authentiquement révolutionnaire.
    Mais si les pauvres sont trop faibles pour faire l’effort en plus, ( ce qui arrange bien les affaires des petites sectes politiques qui n’ont pas hésité à se servir des masses dans le passé au nom de la lutte communiste mais surtout pour imposer un capitalisme d’état ^^ ) , si les riches ont trop peur, du manque, et ce à un niveau pathologique, comment procéder? Quelle forme peut prendre la thèse que vous défendez?

    bien à vous.
    J.

  2. G L dit :

    Il y a trois utilisations possibles de l’argent:
    - l’échanger contre de la nourriture, des vêtements, un logement, etc
    - le mettre en réserve sous forme de patrimoine pour en disposer plus tard (en cas de maladie, de grand âge, etc)
    - à partir d’un certain niveau utiliser le patrimoine qu’on détient comme instrument de pouvoir personnel.

    Les limites entre ces utilisations sont floues. Par exemple on attend de ceux qui en dirigent d’autres qu’ils dépensent plus d’argent pour s’habiller que ceux qui sont sous leurs ordres et confirment de cette façon leur autorité (de même que Louis XIV n’a pas fait construire Versailles pour y loger mais que c’était un instrument de son pouvoir) Il me semble clair cependant que quand un des patrons dont les salaires astronomiques défraient la chronique négocie ce salaire ce n’est pas de son niveau de vie qu’il se soucie mais de son pouvoir personnel.

    Rockefeller, Carnegie ou Morgan disposaient d’un grand nombre de domestiques pour leur service direct et il fallait le travail d’un plus grand nombre de personnes encore pour assurer leur train de vie mais c’est essentiellement le pouvoir qu’ils détenaient personnellement que contestaient certains de leurs contemporains.

    Les riches de notre époque « font vivre » un bien moins grand nombre de personnes et il n’y a aucune possibilité qu’ils puissent prendre à leur service direct ou indirect les milliards d’humains qui peuplent la planète. Il n’éprouvent plus d’autre obligation d’utiliser l’énorme pouvoir personnel qu’ils détiennent que celle de le renforcer: les riches n’ont plus besoin d’autant de pauvres que pendant siècles précédents et c’est peut-être ce qui explique qu’il y en ait de plus en plus…

  3. Jinn dit :

    Je ne sais pas s’il est si simple de convaincre les riches de dépenser leur argent afin de le réinjecter dans le circuit économique pour entretenir la croissance tant désirée, les emplois et les investissements nécessaires aux progrès de la société. De même qu’il ne semble pas si facile d’orienter les dépenses des moins aisés afin qu’ils ne contribuent pas à enrichir davantage de multi-nationales. C’est l’éducation du consommateur -riche ou moins aisé- qui orientera le phénomène.

    En tous cas, ce qui est sûre et de plus en plus observé, c’est que de nouvelles façons de financer des projets favorisant le progrès de la société existent, notamment grâce à Internet. Riche ou moins aisé, en fonction de ses moyens, on peut contribuer à financer un projet (artistique, scientifique, de recherche ou autre…) selon l’importance qu’on lui accorde. Cela pourrait « donner envie » aux riches de dépenser leur argent à bon escient !

    • calebirri dit :

      @ Jinn

      Attention, il ne s’agit pas de faire du greenwashing ou de « socialiser » son image en faisant oeuvre de charité, et encore moins de faire du business à la manière de l’investissement « solidaire », mais bien plutôt de « claquer » son argent dans à peu près tout et n’importe quoi, pourvu que l’acheteur y trouve du plaisir (en tout cas plus que celui de regarder les intérêts rapportés par ses placements) et que le travailleur y trouve son compte par les répercussions engendrées par une hausse de la demande. que l’argent ne dorme pas, jamais, mais qu’il serve à tous.

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