Pour une réflexion sur le post-capitalisme

Posté par calebirri le 25 juin 2012

Voilà où nous en sommes : l’Europe est confrontée à un choix décisif qu’il faudra bien se résigner à faire. Subir le capitalisme, ou en sortir. Il est évident aujourd’hui que le retournement du capitalisme ne s’arrêtera pas là, et qu’à moins d’entrer en guerre pour sauvegarder « de force » notre position dominante dans le concert des nations ou de renoncer à la démocratie (et ses conditions de vie avantageuses) les peuples d’Europe devront se décider bientôt.

Il semble que pour le moment la peur engendrée par la perspective d’une baisse substantielle non pas du taux de profit (comme le capitalisme le prévoit « naturellement ») mais des conditions de vie des travailleurs donne encore l’illusion à une majorité de citoyens qu’en faisant des « efforts » (des sacrifices)ils seront en mesure de refaire partir la machine économique et de s’en sortir indemnes- ou presque. En espérant réussir un jour ou l’autre à « moraliser » un système qui en est intrinsèquement incapable.

Mais pour les autres, qui sont de plus en plus nombreux, cette illusion est perdue. Ils savent que le capitalisme n’est pas moral, et ne peuvent décemment espérer que telle ou telle mesure soit capable d’améliorer la situation économique. C’est que le capitalisme est un échafaudage complexe, un univers qui comme tout système complexe fait que lorsqu’on touche à un rouage ici ou là, c’est tout le système qui s’en trouvera modifié : on peut décider de supprimer l’héritage, ou d’empêcher l’épargne, de fermer les paradis fiscaux ou d’interdire les paris sur les fluctuations des prix des matières premières, mais c’est toujours créer les conditions d’un bouleversement gigantesque capable de faire basculer « l’équilibre » des pôles ; comme l’a fait la dérégulation du marché dans les années 80, cette mondialisation qui a contribué à la montée des émergents, et qui remet finalement en cause la domination de « l’occident » sur le reste du monde.

Il devient difficile alors dans cette complexité de prévoir les conséquences des mesures décidées, qui comme pour le cas du SMIC en France sont en vérité incalculables : certains annoncent qu’une augmentation de 1% détruirait 50 000 emplois. Pourtant, les mêmes vous disent également qu’avec un plus haut pouvoir d’achat, les salariés consommeront plus, ce qui est créateur d’emplois, et donc de croissance. Alors que la hausse des salaires devrait faire « logiquement » baisser la marge des vendeurs et augmenter le chiffre d’affaire des ventes en retour, d’aucuns sont encore portés à croire qu’en augmentant les salaires c’est l’économie toute entière qu’on soutient. Mais chaque augmentation du salaire, ou du prix des matières premières, est en réalité l’occasion pour les entreprises non pas de baisser leurs marges mais de licencier et de délocaliser (pour combien de temps encore d’ailleurs, puisque même les Chinois deviennent trop cher ?). Car aujourd’hui, une entreprise qui ne fait pas « suffisamment » de marge est considérée comme en danger (en Europe en tout cas), tandis qu’une entreprise qui se prépare à licencier 10 % de ses employés grimpe d’au moins 5% à la bourse.

Qui veut saboter la croissance si ce ne sont ces riches qui refusent de voir leurs marges abaissées ? On veut nous faire croire que sans les riches l’emploi disparaît, mais les pauvres, eux, consomment tout jusqu’au dernier sou, et encore plus ! Le problème ne vient donc pas des pauvres mais des riches, car l’argent qu’ils gagnent sur le dos du travail des pauvres ne retourne pas totalement dans la machine économique : le surplus (qui ne sert à rien d’autre que de fructifier en le prêtant à ces mêmes pauvres auxquels il a échappé par le « vol » de la plus-value) ne sert qu’à enrichir les riches.

Les banques se servent, les riches se servent, et les pauvres ne récupèrent que les miettes : voilà en quoi consiste le capitalisme et sa fameuse main invisible… elle nous fait les poches sans qu’on s’en aperçoive.

Face à ces injustices et à l’impossibilité pratique, concrète, avérée, empiriquement constatée, de faire changer les comportements (à moins que de laver le cerveau des riches ou de les guillotiner- ce à quoi je suis personnellement opposé car il en renaîtra toujours dans un tel système), il va bien falloir qu’en dehors des deux options citées plus haut (la guerre ou/et la dictature) on réfléchisse à « autre chose » que le capitalisme. Et qu’on ne me parle pas des communistes staliniens ou des autres capitalismes déguisés qui n’ont rien à voir avec ce que signifie l’absence de capitalisme, ni de l’anarchie qui serait une absence de règles ou d’Etat. Le capitalisme s’est créé en même temps que la monnaie, et n’a jamais disparu depuis. Toutes les tentatives « communistes », « socialistes », « anarchistes » ou que sais-je encore n’ont jamais cessé de fonctionner à l’intérieur du capitalisme : ce n’était pas du « non-capitalisme » ; pour supprimer le capitalisme il faut supprimer l’argent.

Car le capitalisme est un genre, pas une espèce ; et tant que l’argent existera il y aura le capitalisme, et donc la chrématistique dénoncée en son temps par Aristote.

C’est bien à la fin du capitalisme qu’il faut donc désormais réfléchir et se préparer, pour ne pas rien avoir à opposer à nos dirigeants lorsqu’ils voudront nous imposer soit la fin de la démocratie pour « sauver nos conditions de vie », soit abaisser nos conditions de vie pour sauver la démocratie ». Cette question est bien sûr presque incommensurable, mais pas plus sans doute que celle qui consiste à vouloir rendre le capitalisme moral. D’autant que l’avancement des technologies est tel à présent que certaines utopies d’hier sont êut-être réalisables aujourd’hui (mais nous en reparlerons…).

Quel système pourrait remplacer celui-ci, voilà une question qui sonne comme un défi à l’imagination. Un système capable de faire fonctionner la société de manière moins injuste et moins inégalitaire, une société dans laquelle les hommes qui ont le plus le partagent réellement avec ceux qui ont le moins, sans nuire ni à la planète ni au progrès, sans créer la rareté ni permettre l’obsolescence programmée, sans devoir régulièrement recourir au mensonge ou au conditionnement…

Tout est à repenser, tout est à inventer, il suffit de prendre le monde d’aujourd’hui, et certes de regarder ce qui devient impossible lorsque l’on supprime le mot « argent » de notre vocabulaire, mais aussi ce qui redevient alors possible. C’est un défi immense, qui peut ne pas aboutir il est vrai, mais qui a le mérite de bouleverser toutes nos certitudes et de repousser les limites de notre imagination.

Et puisque le capitalisme n’a pas pu, ne peut et surtout ne pourra pas contribuer à l’intérêt général, au bien commun, un système « non-capitaliste » le pourrait-il ? Et à quoi pourrait-il ressembler ? Que se passe-t-il lorsque l’on part des besoins pour arriver au moyens de les combler, et non pas comme aujourd’hui de partir de ce qu’on a pour déterminer ce qui revient à chacun ?

Plutôt que de laisser nos chers économistes rechercher désespérément un Graal qui n’existe pas, pourquoi ne pas tenter de nous pencher ensemble sur les alternatives qui existent en dehors du capitalisme ? Les hommes vivaient en société avant que l’argent n’ait été inventé, et certaines tribus ancestrales ne connaissent même pas ce mot. Il serait bon de savoir pourquoi.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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Les Grecs ont perdu… mais les marchés n’ont pas encore gagné

Posté par calebirri le 20 juin 2012

Ce qui devait avoir lieu s’est produit : la Grèce a capitulé. Pas complètement encore, mais presque. Le pays qui se trouvait être le dernier rempart contre l’austérité (on devrait dire contre la baisse de nos conditions de vie) s’est laissé prendre par la peur d’une sortie de l’Euro ( que Syriza ne souhaitait d’ailleurs pas), et son peuple s’est couché face à la propagande éhontée des partisans de la rigueur. A peu de choses près paraît-il, mais qui pourra vérifier de toutes façons ?

Toujours est-il que comme en France, les Grecs ont préféré se soumettre que de se révolter, que de rentrer dans l’inconnu.

Mais aujourd’hui déjà nous savons tous que ce n’est pas suffisant puisque les bourses ne semblent pas totalement rassurées. L’Espagne inquiète, et très rapidement le « cas Grec » risque de s’effacer derrière celui-ci….

C’est que la partie n’est pas terminée : ces derniers jours des voix se font entendre de plus en plus fort pour réclamer le « fédéralisme européen », ou la « gouvernance européenne », ou « l’harmonisation fiscale, économique et politique »… Car le but des marchés n’est pas simplement de faire élire des dirigeants soumis à leurs volontés, mais bien de « légaliser » l’Empire européen que l’Allemagne appelle de ses voeux. Un empire capable d’imposer une politique économique compétitive susceptible de rivaliser avec les grandes puissances économiques mondiales. Et ce n’est que lorsque tous les dirigeants européens engageront leurs signatures au bas d’un texte juridique commun qu’ils seront définitivement rassurés.

En attendant, il faut pour eux continuer d’effrayer les peuples européens, afin que ces derniers permettent par leur adhésion volontaire au projet proposé de se défaire volontairement des régimes démocratiques en place, et puis surtout convaincre les dirigeants en place de se séparer de leurs prérogatives institutionnelles sur le plan national.

C’est la deuxième partie qui commence. Après avoir convaincu les peuples, les marchés doivent désormais convaincre leurs dirigeants, qui eux-mêmes sont poussés par de lourds appareils politiques incontrôlables et sujets aux revirements. Et devenir de simples « vice-rois » ne doit guère les enchanter.

C’est sans doute la raison pour laquelle les tensions sur les emprunts d’Etats se font si fortes actuellement en Espagne, qui ces derniers jours ne semble pas prête à coopérer totalement. Car il faut dire qu’en prêtant à des taux si élevés, les banques menacent directement les dirigeants qui n’ont d’autre choix que de s’exécuter : à partir de maintenant celui qui n’exécutera pas le programme défini par le pouvoir financier se trouvera immédiatement sanctionné.

Le rôle dévolu aux gouvernants nationaux se limitera donc à servir de fusible entre les marchés et le peuple, pour lui imposer de payer sans lui laisser la possibilité de contester.

Et c’est donc avec certitude qu’on peut envisager pour l’Europe, à la suite du traité sur la « règle d’or » qui sera bientôt ratifié, une proposition prochaine, émanant des marchés et défendue par l’Allemagne, d’un texte contraignant juridiquement les Etats à soumettre directement leur souveraineté aux exigences non pas du peuple mais des acteurs de la finance, et auquel certains chefs d’Etats puissants comme monsieur Hollande et sa « croissance » (qui n’est qu’un mot qu’on peut qualifier négativement si on le désire) ne sont pas forcément opposés, mais pressés par leurs peuples de le refuser.

Qui pourra maintenant l’empêcher ? Alors qu’on redoute en France « l’hégémonie » rendue possible par la prise en main de tous les pouvoirs par le PS, c’est en réalité ce dimanche l’hégémonie des marchés sur l’Europe toute entière qui a été hier validée par le peuple Grec ! Et alors que certains « fins analystes » criaient victoire des dimanche, les peuples d’Europe ont perdu avec les Grecs tout espoir d’empêcher ce qui va suivre. Comme nous l’avons fait au soir du 10 juin en France. Que nous reste-t-il à présent ?

La certitude que le changement ne viendra pas des urnes, ce qui retire une option pour l’avenir. Ce sera donc soit la guerre, soit la dictature, soit la révolte populaire.

Malheureusement la violence est inscrite dans chacune de ces options, car en procédant ainsi les marchés entrainent une rancoeur de la part des citoyens envers leurs dirigeants, tandis que les dirigeants sont eux-mêmes contraints par les marchés d’imposer aux peuples des sacrifices qui acculent les citoyens à la misère. Quand quelqu’un vient vous prendre ce que vous avez alors que vous n’êtes pas d’accord, les réactions possibles face à cette agression sont soit de recourir à la justice, soit de se soumettre, soit la violence.

Mais si l’empire est légalisé et le traité signé, ne resteront que la soumission ou la violence. Sauf que ce que les marchés oublient, et c’est là le point crucial qui fonde l’erreur du capitalisme, c’est le facteur « humain », qui n’est pas rationnel dans ses comportements : car à moins qu’il ne se décide volontairement, pour redevenir compétitif, de voir ses conditions de vie se dégrader jusqu’à atteindre celles des « canons » de la concurrence des pays émergents, l’homme poussé à bout finira toujours par se révolter : c’est qu’il est beaucoup plus difficile de renoncer à ce que l’on a acquis que d’acquérir ce qu’on ne possédait pas. Et perdre la liberté après l’avoir connue, cela est difficile à supporter…

Caleb Irri
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Qui peut croire encore aux vertus du capitalisme ?

Posté par calebirri le 15 juin 2012

La période électorale que nous traversons est l’occasion de mettre tout le monde face à ses responsabilités, car la crise oblige les citoyens comme les dirigeants, les pauvres comme les riches, à se résoudre à faire un choix déterminant pour eux-mêmes et pour les autres, pour demain et pour après. C’est donc presque « naturellement » qu’on s’étonnerait d’une abstention qui dépasse les 40 %, alors même que l’occasion de choisir nos dirigeants ne reviendra pas avant cinq ans.

Mais de quoi faut-il s’étonner, si ce n’est justement qu’il y ait plus de 60 % des citoyens qui votent encore, et à plus de 50 % (56,47 % exactement , presque 15 millions) pour ce qu’on appelle « l’UMPS » ?

Car ces deux partis sont quand même ceux qui font la pluie et le beau temps (et surtout la pluie) depuis des décennies, et ils ont clairement fait la preuve sinon de leur incompétence, au moins de leur malhonnêteté : toujours ils ont promis de servir les peuples, et toujours en réalité ils s’en sont servi pour favoriser la petite caste (les « 1%« ) qui s’enrichit sur le dos des pauvres…

Mais c’est cela la loi du capitalisme ! Rien de nouveau sous la pluie… Et les chiffres sont connus de tous : une toute petite majorité possède une grande majorité des richesses du monde, et cela ne va pas en s’arrangeant. Comme l’idéologie que ces partis défendent tous deux l’est également (connue) : c’est la conservation de ce système, à tout prix.

Comment alors, dans ces conditions, les citoyens peuvent-ils encore voter « contre eux-mêmes », à la fois contre leurs propres intérêts et contre l’intérêt général, voilà la question qui se pose. J’ai déjà parlé des classes moyennes qui servent à entretenir le flou à propos des intérêts de classes, mais sans doute pas assez de la propagande qui engendre cette erreur de jugement. Car il est impossible que tant de gens croient encore aux vertus du capitalisme après des siècles et des siècles de guerres, de famines et de misères s’ils ne sont pas au fond d’eux-mêmes convaincus que ce système peut favoriser l’intérêt général, et eux avec…

Pourtant, avec internet et la médiatisation incontrôlée (et pour l’instant heureusement incontrôlable) nous sommes en capacité de voir, de connaître, d’être informés de tous les conflits que ce système génère, comment il fonctionne en vases communicants, comment il est intrinsèquement injuste puisque amoral.

Nous savons que le capitalisme c’est la concurrence, la rareté, la compétitivité, la rentabilité, la rationalisation, le monopole, l’individualisme… Nous savons que le capitalisme détruit la planète et oppose les hommes, nuit à la santé et à l’utilité générale, contraint la science et la recherche, enfin s’oppose à la démocratie.

Mais nous continuons malgré tout de voter pour ces types qui nous disent vouloir perpétuer ce système, le sauver, l’améliorer, jusqu’aux « communistes » et autres « anticapitalistes » dont le programme n’est en réalité qu’économique.

Comment est-ce possible autrement que par un conditionnement généralisé qui pousse les citoyens à préférer la certitude d’un mal qu’il connaissent à l’incertitude d’un bien qu’ils ne connaissent pas ?

Avec le retournement du capitalisme il faudra bien pourtant qu’on se décide et qu’on choisisse, car selon les lois capitalistes qui nous sont si chères l’Europe n’est destinée qu’à la ruine ou à la suppression de la démocratie : pour retrouver la compétitivité, il faudra sacrifier ou nos conditions de vie, ou nos libertés. Sommes-nous vraiment prêts pour cela ?

Il n’y a que deux options pour éviter d’avoir à faire ce choix : la guerre pour voler les richesses des autres et retrouver la croissance, ou la sédition pour tenter de construire un nouveau monde, ensemble. Et ce n’est qu’en prenant conscience de leur véritable situation et de leur place dans le monde que les peuples pourront faire basculer et l’Europe et le monde dans un autre rapport de forces.
Ainsi seulement la logique de leur engagement pourra se conformer à leurs véritables intérêts, qu’ils soient individuels ou collectifs.

Quand allons-nous enfin nous mettre à rechercher un système moins injuste qui soit basé non pas sur ce que nous avons à partager, mais sur ce dont nous avons besoin ? Quand allons-nous cesser de participer à l’exploitation des autres pour satisfaire nos seuls besoins individuels ou même nationaux ?

Il ne faut plus croire qu’en soutenant les banques nous nous soutenons nous-mêmes, ou que cela va s’arranger une fois les mesures d’austérité ayant ramené l’équilibre : nous aurions alors tellement perdu qu’il ne serait pas difficile de voir une amélioration comme une croissance. Ce qui n’est qu’une vue de l’esprit. Ce n’est donc pas des Grecs qu’il faut attendre notre salut ni de nous-mêmes (nous avons échoué), mais d’un grand mouvement international non politisé qui se rassemble et réfléchisse une bonne fois à la seule question qu’il importe désormais de régler : par quoi remplacer le capitalisme ?

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

Publié dans argent, crise, la démocratie, La voie des peuples, politique?, un nouveau système | 2 Commentaires »

Législatives : la victoire du PS et la défaite de la gauche

Posté par calebirri le 11 juin 2012

Le premier tour est donc terminé. Les commentateurs reconnaissent assez largement une victoire de la gauche qui s’approche de la majorité absolue à l’Assemblée Nationale, tandis qu’ils soulignent, faussement étonnés, la percée du FN qui se maintient dans des triangulaires tout de même assez nombreuses : 32 en tout.

Les projections en sièges à l’Assemblée estiment donc de 310 à 356 sièges pour la « gauche parlementaire », tandis que la « droite parlementaire en obtiendrait 224 à 261. Avec le Modem de 0 à 3 et le FN de 0 à 2 ; la majorité absolue se trouvant être à 289 sièges.

Regardons maintenant la composition précédente : 359 pour la droite, 26 pour le Modem, et 170 pour la gauche.

Si l’on considère les élections sous l’angle des projections actuelles (et donc non définitives), il est évident de parler d’une victoire de la gauche, encore que l’écart pourrait se resserrer lors du second tour, mais nous n’en sommes pas encore là.

Car pour le moment on peut aussi -et surtout- parler d’une continuité dans le fonctionnement des institutions qui imposent le bipartisme, et qui -depuis la mise en place du quinquennat- accorde presque automatiquement à la majorité présidentielle fraichement élue une autre majorité, à l’Assemblée Nationale. En soulignant la quasi-disparition du modem, l’effondrement du Front de Gauche et la montée du FN.

Mais doit-on s’arrêter là ?

32 triangulaires avec le FN, cela pose question à droite comme à gauche d’un point de vue stratégique d’une part, et d’une autre part d’un point de vue idéologique. Et il apparaît qu’avec l’installation dans le champ politique du FN et le rejet des idées du PS le « front républicain » cher au bipartisme classique vole en éclat, au profit d’une droitisation que certains membres de l’UMP ne nient désormais plus. C’est qu’en s’alliant avec le FN, la droite serait presque en mesure de faire vaciller l’équilibre de l’Assemblée Nationale de son côté.

Car cette hypothèse, qui n’a certainement pas pu échapper aux analyses des différents partis, implique pour chaque camp de ne pas se tromper d’ennemi : le PS engage à conserver le front républicain (même en laissant l’UMP gagner les triangulaires ils conserveront la majorité), le FN maintient tous ses candidats (ce qui met l’UMP au pied du mur quant à son positionnement), et l’UMP se trouve bien embarrassé avec d’un côté une large victoire du PS en cas de refus d’une alliance avec le FN, et d’un autre une alliance gênante qui la contraindrait à faire une place non négligeable au FN à l’Assemblée.

Résultats : pour l’UMP, dans tous les cas une scission entre ceux qui souhaitent l’alliance et ceux qui la refusent (les uns accuseront les autres de l’avoir -ou de ne pas l’avoir- acceptée). Ensuite, et quoi qu’on en dise ou en pense un scandale démocratique si le FN n’obtient pas de siège à l’Assemblée Nationale ; un Front de Gauche qui aura tout perdu dans cette bataille. Un centre moribond, et un mouvement écologiste désintégré…

Il semble pourtant que l’UMP n’ait pas souhaité franchir d’un seul coup et la fin du Front Républicain et l’alliance officielle avec le Front National (voir ici) en laissant pour ainsi dire l’option d’un désistement en faveur du FN à la discrétion des candidats eux-mêmes. Mais il est désormais évident qu’avec les législatives on assiste à un éclaircissement progressif du champ des possibles politiques, avec une droitisation de plus en plus assumée de la « droite parlementaire », et la mainmise du PS sur le pouvoir exécutif et législatif sans l’aide du Front de Gauche ni des écologistes… Quand on pense que l’Assemblée Nationale est censée représenter le peuple…

Au final, cette « victoire » de la gauche n’est sans doute pas celle à laquelle s’attendaient bon nombre de citoyens, et il apparaîtra sans doute bientôt qu’en l’absence d’une opposition véritablement à gauche le curseur idéologique du PS penche lui aussi sur sa droite (ils feront eux-aussi payer le peuple). J’espère maintenant que la soumission des Français au sort qu’on leur prépare n’augure pas de celle des Grecs qui constituent aujourd’hui le dernier rempart à la généralisation de l’austérité et à la mainmise des marchés sur l’Europe. S’ils acceptent eux-aussi, alors l’Europe prendra peut-être bientôt le visage d’un autre empire bien connu, qui s’appelait « Oceania »…

Caleb Irri
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Pourquoi l’Europe n’explosera pas

Posté par calebirri le 9 juin 2012

Visiblement, le « coup de poker » des marchés n’a pas suffit à faire peur à tous les citoyens, car les élections approchent dans de nombreux pays, et les résultats sont encore incertains. Face au dangers que représentent pour les banques la menace d’élections libres et contestataires, les dirigeants européens passent donc à l’étape suivante en menaçant désormais clairement de se passer des pays qui refuseraient le fameux « pacte de stabilité », c’est-à-dire tous ceux qui seraient tentés de faire passer l’extrême gauche au pouvoir dans leur pays.

En proposant explicitement la mise en place d’une Europe « fédérale » aux peuples européens, la chancelière allemande exprime désormais clairement son impatience, et laisse entendre qu’elle laissera tomber tous ceux qui auront refusé de se soumettre à son autorité. Cet empire européen serait donc soumis aux marchés et sa politique économique dirigée vers un seul objectif, le retour de la compétitivité. Sauf que cette dernière exigera de la part des peuples de si grands sacrifices que leurs conditions de vie se détérioreront considérablement car, faut-il le rappeler, nos « concurrents » sont tous moins bien traités que nous…

Ce qui se cache derrière ce discours ferme et menaçant, c’est pourtant bien le constat d’un échec, celui de la propagande menée en Europe pour faire accepter aux peuples l’austérité généralisée. L’Allemagne prend peur, et les marchés aussi. Désormais incertains de faire valider par les urnes le « coup d’Etat » qu’ils préparent de longue date, ils utilisent un discours alarmiste qui consiste à faire croire que l’Europe est au bord de l’éclatement, et qu’il suffirait qu’un ou plusieurs pays refusent d’appliquer les consignes pour que tout explose. Pour eux, il n’est plus temps d’attendre la bonne volonté des Grecs, ou celle des Espagnols ou des Français pour avancer, car à force de tergiversations c’est jusqu’à l’Allemagne elle-même qui sera touchée ; si les banques ne font pas toutes faillite avant.

Mais si l’Europe n’est plus représentée que par l’Allemagne, la France, L’italie ou l’Espagne, à quoi ressemblera-t-elle alors ? Cette histoire ne tient pas debout, tout cela est parfaitement ridicule, car en réalité la destruction de l’Europe est impossible : que pèseraient alors tous les pays qui la composent s’ils se retrouvaient seuls ?

Non, l’Europe n’explosera pas. C’est la gouvernance actuelle qui explosera, et c’est sans doute ça la plus grande peur des dirigeants européens. Ce n’est donc ni la sortie de la Grèce de l’Euro ni même cette destruction -à laquelle ils ne peuvent pas croire- mais bien l’arrivée au pouvoir de groupes politiques qui refusent à la fois de payer et de sortir de l’Europe qui les effraie. D’où cette sortie désespérée de madame Merkel, qui craint de voir la tête de son empire (et peut-être aussi de son pays) lui échapper.

Mais le véritable enjeu de cette bataille, pour les peuples, c’est tout simplement de savoir qui va payer : les riches ou les pauvres ? Les banques ont trop prêté, les gouvernements corrompus ont maquillé les chiffres et favorisé les riches, mais plutôt que de s’asseoir sur les milliards qu’elles ont volé aux peuples, elles préfèrent encore risquer de saborder l’Europe. Tandis que les dirigeants politiques qui les ont si bien servi en échange de leur poste, se voient menacés par des mouvements capables de les mettre tous ou dehors, ou en prison : comment ne pas voir que le chaos dont ils nous menacent est un bluff destiné à faire payer, une fois de plus, les pauvres ?

Maintenant, pourquoi personne ne dit que l’Europe ne s’effondrera pas ? Parce que cela serait un signal implicite envoyé à tous les peuples d’Europe pour qu’ils refusent de payer. Cette histoire d’Europe à deux vitesses (qui existe déjà) fait partie de l’enfumage propagé à quelques jours d’échéances électorales, comme l’exigence de la BCE envers l’Espagne sommée de demander l’aide pour ses banques en urgence (alors que les marchés n’ont pas chuté depuis). En réalité ces communications sont destinées à apeurer la population, pour les inciter à voter « utile » aux élections qui approchent.

La seule chose que nous ayons vraiment à craindre, c’est justement que les partis qui dominent aujourd’hui le pouvoir politique en Europe soient de nouveau réélus, car alors ils appliqueront tous les mesures désirées par les marchés. Tout en s’évertuant à ne plus rendre possibles, à l’avenir, de telles incertitudes quant aux résultats des élections ; un coup à nous les supprimer définitivement.

Mais de quelle Europe voulons-nous, de quel monde rêvons-nous ? Ne voyez-vous pas en Russie ou au Québec les Lois réprimant le droit de manifestation, ne voyez-vous pas les fichiers qui atteignent désormais tous les citoyens, ne voyez-vous pas la misère qui grandit en même temps que la peur et la haine ?

Et surtout ne voyez-vous pas que nous n’avons rien à craindre, que ce sont « eux » qui ont peur, et qu’il ne faudrait qu’un petit rien pour que les riches, ceux qui malgré la crise ont vu leur situation s’améliorer, soient contraints par le peuple à renoncer aux sacrifices qu’ils veulent lui faire subir, tout en subissant eux-mêmes les conséquences de leurs erreurs ?

Le monde ne s’écroulera pas si quelques banques s’effondrent, et même si toutes les banques s’effondrent. La valeur d’un pays ne se mesure pas à la somme qu’il possède mais au peuple qui le compose. Cela peut faire peur un monde d’où les banques auraient disparu. Mais cela arrivera-t-il ?

Non bien sûr, pas tout de suite en tous les cas… C’est pourquoi si les peuples ne paient pas, les banques seront bien obligées de payer… Nous sommes dans un système capitaliste, non ? Et puis un Etat, ça ne peut pas faire faillite ; tandis qu’une banque oui ! Laissons-les se dépatouiller avec ça. Nous le peuple, élisons des gouvernants pour qu’ils respectent notre volonté : nous ne voulons pas payer, nous ne voulons pas sortir de l’Europe, et nous voulons vivre décemment. Qu’ils se débrouillent ensuite pour trouver des solutions, nous les payons assez cher pour cela !

PS : Et pour la gouvernance européenne, madame Merkel attendra…

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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