Crise de l’Europe : et si la sédition, c’était la solution ?

Posté par calebirri le 31 mai 2012

Sédition : ce mot n’est plus guère utilisé aujourd’hui, car à ce qu’il paraît sa définition a évolué avec le temps, comme nous le fait savoir le dictionnaire en ligne « Larousse ». En effet, le dictionnaire fait la distinction entre « autrefois » et « aujourd’hui », en validant un glissement sémantique assez révélateur :

« -Autrefois, soulèvement concerté et préparé contre l’autorité établie. (Il s’agissait d’un crime contre la sûreté de l’État.)
– Aujourd’hui, attentat, complot, mouvement insurrectionnel. »

De la même manière qu’on considérait pendant la guerre les résistants comme des terroristes, le fait de se soulever contre l’ordre établi est désormais considéré (par cet ordre établi) comme un acte terroriste.

Mais que faire lorsque l’autorité établie l’est injustement ?

C’est à cette question que doivent aujourd’hui répondre les citoyens européens. Car avec la crise la véritable nature de cette autorité a été révélée : les marchés financiers sont les véritables dirigeants de l’Europe. Et pour lutter contre ce pouvoir illégitime puisque non-élu les peuples européens n’ont d’autre choix que de se rassembler en « un » peuple européen, d’organiser et de préparer, de manière concertée, un soulèvement capable de renverser une autorité qui nous oppresse ; autrement dit de recourir à la sédition.

Car en réalité c’est bien cela que craignent les marchés, et qui explique le « coup de poker » qu’ils tentent en ce moment : la contestation de leur pouvoir s’organise et les peuples d’Europe sont aujourd’hui en mesure de reprendre la main sur le pouvoir financier, à travers l’émergence d’une nouvelle force politique, qu’on pourrait regrouper sous le terme « indignés ». N’étant pas en mesure d’expulser un Etat de l’Europe sans son consentement et ne pouvant contraindre le peuple à payer que par la menace de cette expulsion, les marchés espèrent donc faire élire les partis soumis à l’autorité qu’ils détiennent encore et empêcher par tous les moyens l’arrivée au pouvoir d’un parti qui participerait de cette sédition.

Pour faire perdre leur pari aux marchés, il suffirait donc que les peuples prennent simplement conscience du fait que la Grèce ne sortira pas de l’Europe, pour la simple et bonne raison que personne n’y a intérêt : ni les marchés (on vient de le voir avec l’Espagne) qui d’un point de vue capitaliste désirent une Europe à gouvernance économique unique débarrassée de la démocratie, ni les peuples qui par l’éclatement de l’Europe se verraient perdre le peu de pouvoir qu’ils ne détiennent que collectivement.

Car si la Grèce sortait demain, c’est après-demain l’Espagne qui suivrait, et ainsi de suite. Fin de l’Europe. Fin de l’histoire.
Si maintenant la Grèce ne sort pas mais que les dirigeants font payer le peuple, alors tout les autres paieront aussi… et l’on se débrouillera bien ensuite pour faire tomber la liberté et la démocratie, si dangereuses pour ceux qui veulent imposer leurs volontés de domination.
Mais si la Grèce ne sort ni ne paye, alors aucun autre pays ne sortira ni ne paiera.

Que se passera-t-il alors ?
Cela, nul ne le sait et personne ne semble pour le moment vouloir réfléchir à cette hypothèse. Elle est pourtant la plus sensée. Faire payer les riches, supprimer les privilèges, et surtout organiser la suite. Car l’ennemi de la Grèce est le même que celui de l’Espagne ou de la France, et ce n’est pas en renversant un pion à l’ennemi qu’il reculera ses autres pièces. Ce qu’il faut c’est rendre, sous l’impulsion des peuples, au pouvoir politique l’ascendant sur le pouvoir financier .

C’est bien cette « troisième voie » qui se trouve être l’enjeu principal de ce pari. En faisant comme si elle n’existait pas, les marchés prouvent à quel point elle bluffe dans la bataille qui oppose les peuples à la finance, et qu’il nous suffit de ne pas nous y laisser prendre pour qu’ils se retirent.

Car qui donc a réfléchi à cette question autrement qu’en disant que si la Grèce ne paye pas et ne sort pas, c’est le chaos?
Et qui fait, et comment sont faits les calculs qui disent que la sortie de la Grèce couterait 500 à 1 000 milliards d’euros ? Quelle est la part qui reviendrait au privé et au public, aux riches banquiers et aux pauvres du peuple ? L’audit citoyen de la dette serait déjà un bon point de départ pour se faire une idée. Mais c’est dans tous les Etats d’Europe qu’il faudrait regarder de plus près.

Car en définitive il semblerait bien que dans ce cas de figure, rien ni personne ne pourrait s’opposer à la volonté de peuples unis et conscients de leurs droits.

On nous dit que si on taxe trop les riches ils vont partir. Mais ne l’ont-ils pas déjà fait ? Les plus grosses fortunes, les plus grosses entreprises ne paient-elles pas déjà leurs impôts (quand elles en payent) ailleurs dans les paradis fiscaux ? Quand on pense qu’environ 600 milliards manquent déjà à la France, qu’en est-il ailleurs ?

On nous dit que les licenciements et les délocalisations vont faire s’effondrer toute l’Europe. Mais n’est-elle pas déjà en train de se désagréger ? Et les grandes entreprises ne délocalisent-elles pas déjà depuis des décennies ? Faudrait-il devenir moins exigeants que les Chinois pour espérer voir nos entreprises revenir s’installer chez nous ?

Peut-être d’un point de vue capitaliste vaut-il mieux accepter la puissance des forces de la finance et se résigner à voir nos salaires et nos droits diminuer à concurrence de ceux des pays les plus pauvres et les plus autoritaires pour redevenir compétitifs, mais est-cela que nous voulons vraiment ?

Peut-être pourrions-nous plutôt tenter autre chose, cette « troisième voie » qui ouvrirait d’autres perspectives que celles qu’on veut nous imposer !

1- rassembler les forces contestataires pour qu’elles fassent front commun.
2- refuser de payer et de sortir de l’Europe, par les urnes si possible, tout en montrant notre attachement à l’Europe.
3- organiser un audit de la dette par pays d’abord, dans toute l’Europe ensuite.
4- faire payer qui doit, et faire tomber les paradis fiscaux.
5- interdire la spéculation sur les matières premières.
6- mettre en place des Assemblées Constituantes permettant aux peuples de se doter de nouvelles institutions.
7- réfléchir ensemble à de nouvelles règles régissant les échanges et favorisant le partage tout en protégeant notre planète.
8- faire valider tout cela par des référendums.
9- mettre dehors à la fois les financiers et leurs complices dans les gouvernements.
10- instaurer pour l’Europe une nouvelle démocratie.

Et si la sédition, c’était la solution ?

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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Grèce : le coup de poker des marchés

Posté par calebirri le 25 mai 2012

La partie qui se joue actuellement en Europe est digne de figurer dans les annales du poker, et le coup de la Grèce semble être la carte-maîtresse qui donnera au « vainqueur » d’après ce grand coup de bluff un sérieux avantage pour la suite du jeu. En effet avec la rumeur concernant les travaux de l’Eurogroupe sur une sortie possible de la Grèce de la Zone Euro et la tenue d’une réunion « informelle » des dirigeants européens, les marchés espèrent à travers ce « coup de poker » faire « se coucher » son adversaire, la démocratie.

Car il ne s’agit pas seulement de la Grèce. Après ce coup, s’ils le gagnent, ils montreront clairement au reste de l’Europe (ainsi qu’à leurs dirigeants) que le choix des urnes n’a de valeur que s’il correspond à leurs attentes, et que par conséquent il est possible de contraindre un pays soi-disant souverain à accepter des directives que le peuple refuse pourtant. Et les marchés ont tout misé sur la Grèce, « tapis ».

Cela signifie aussi qu’ils risquent gros. En exigeant de la part du peuple grec des sacrifices qui, s’il les refuse, est menacé de se faire « sortir de l’Euro » (alors qu’aucune loi ne le contraint, il faut que cela se sache !), les marchés parient en réalité sur les résultats des législatives grecques ; en espérant que cette menace suffise à dissuader les citoyens grecs de se choisir des dirigeants rétifs.

Mais pour le moment rien n’est certain. Sauf que si les Grecs se couchent, alors il est fort possible que tous les autres se couchent à sa suite. Et les marchés comptent bien jouer sur la peur du chaos qu’engendrerait une Grèce qui refuserait et de payer et de sortir pour lui faire perdre l’envie de se choisir une « autre » Europe.

Pourtant, s’ils veulent éviter de laisser les banquiers trop exposés dans l’embarras, les marchés se doivent de conserver l’Europe unie. S’ils veulent imposer à ses peuples une cure d’austérité drastique et supprimer les élections libres pour les remplacer par un gouvernement économique autoritaire directement choisi par le monde de la finance, ils n’ont aucun intérêt à laisser sortir leurs débiteurs hors des frontières qu’ils contrôlent. Ils ne le feront donc pas…

Et si du coup les Grecs ne se couchaient pas ? Et si les élections législatives en Grèce étaient l’occasion de montrer à tous que l’austérité n’est pas une fatalité, que aux marchés qu’ils ne peuvent pas tout ? Et si en France nous soutenions également (et le même jour !) cette idée non pas de la fin de l’Europe mais d’une autre Europe ?

La plupart des Européens se sentent européens, et ne veulent tout simplement ni austérité ni ingérence extérieure, ni fermeture ni compromission, ni injustice ni corruption. Cette dette n’est pas la notre. Que les véritables responsables se ruinent s’ils le doivent mais nous ne paierons pas pour eux. Ils ont plus à perdre que nous d’ailleurs. Austérité et dictature ou effondrement de la bourse et liberté, qu’avons-nous peur de voir les financiers ruinés ? Il faudra bien un jour prendre le risque de détruire ce monde de la finance si l’on veut en construire un moins injuste… Pourquoi ne pas le faire maintenant, alors qu’il est encore temps ?

Que les Grecs et les Français refusent un peu de se soumettre à ce bluff grossier, et alors nous pourrons enfin retourner les autres cartes, voir le jeu de chacun. Que l’on voit un peu qui, de la finance ou du peuple, à le plus besoin de l’autre pour prospérer…

Le moment est historique, et les élections qui arrivent sont cruciales : nous avons le devoir de montrer aux autres peuples, aux Espagnols, aux Italiens, aux Portugais et à tous les autres, qu’une autre voie est possible. Et alors nous pourrons peut-être enfin rebattre les cartes. Ensemble. En Europe. Sans la dictature des marchés financiers. Tapis.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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Assemblée Constituante : nous avons déjà tout (ou presque)

Posté par calebirri le 20 mai 2012

Voilà. Les présidentielles sont passées, les législatives arrivent… et la crise est toujours là. Elle sera encore là quelque soient les résultats du prochain scrutin d’ailleurs, en Grèce et en France, en Espagne ou en Italie. Qu’en conclure : que la partie est définitivement perdue, qu’il faut abandonner tout espoir de changement de notre condition tout en laissant, durant encore les cinq années qui viennent, nos gouvernants se moquer de nous ?

Non.

Car au delà des élections -qu’elles soient présidentielles ou législatives et qu’elles se passent en France ou ailleurs- il y a le peuple qui, même contraint par l’illusion démocratique, est le souverain qui seul décidera de la voie qu’il veut suivre. Et toute cette mascarade des élections une fois terminée s’ouvrira une fenêtre médiatique plus que favorable à l’émergence de nouvelles initiatives, en réaction justement à la déception qui suivra le dépouillement des bulletins de vote. Inévitablement la mise en place de l’Assemblée Constituante s’imposera alors dans les esprits comme le seul et unique moyen pacifique de parvenir au changement que les urnes n’ont pas permis d’obtenir.

Car comme je l’ai dit ailleurs, la révolution ne doit pas attendre qu’on l’autorise pour se réaliser : elle doit se préparer « en dehors » du cadre institutionnel « dévié » et créer sa propre légitimité, par un soutien massif du peuple qui refuse les sacrifices que le pouvoir veut lui imposer. C’est un non-sens que de vouloir attendre de la part d’un pouvoir qu’il nous autorise à le détruire. Si les citoyens veulent une Assemblée Constituante, ils doivent la créer sans ceux qui y sont naturellement opposés.

Cette idée d’Assemblée Constituante est l’objectif autour duquel il s’agit maintenant de fédérer toutes les forces qui luttent à la fois contre la « droite » et la « gauche », et pour ce faire il n’y a pas besoin du soutien des politiques.

Beaucoup objecteront que c’est une utopie, un rêve inaccessible, mais pourtant nous avons déjà tous les outils nécessaires à sa réalisation effective… Hors mis peut-être celui que je vous propose aujourd’hui de construire avec moi :

-La juste colère du peuple avec les indignés qui se rassemblent peu à peu, au fur et à mesure de l’injustice des mesures prises pour « sortir » de la crise. Même l’exercice de la démocratie ne suffit plus.

-des « têtes d’affiche » capables de soutenir, de relayer et de développer cette idée, car désormais elle n’est plus considérée comme inutile.

-de nombreux sites traitant du sujet et défendant la mise en place de cette Assemblée.

-la possibilité concrète de la réaliser à travers la légitimité que lui procurerait le RIC (Référendum d’initiative citoyenne).

-des outils d’explication de l’illégitimité de la dette ainsi que des solutions qui peuvent être envisagées (audit citoyen, MIRAC).

-des « centres de réflexion » comme ceux d’Etienne Chouard ou le forum du « groupe de travail pour une Assemblée Constituante ».

-des relais locaux physiques (les repaires de « Là-bas si j’y suis », les comités locaux de l’audit citoyen, ceux des indignés), des relais « virtuels » sur internet.

 

Le seul outil qui manque à cette toile qui se tisse peu à peu se trouvant être la diffusion et le rassemblement qui seuls permettront la légitimité, je propose ici de nous unir tous derrière un même projet, « Pour une Constituante » ; à nous ensuite de construire ensemble la représentativité. Car vouloir une Assemblée Constituante n’est pas rédiger la Constitution ; elle doit être le fruit des travaux de l’Assemblée Constituante, et ici nous ne parlerons pas de ce qui doit se trouver dedans. La première étape consiste à établir les conditions de fonctionnement de cette Assemblée, conditions qui soient susceptibles de permettre à la représentativité des idées du peuple. C’est pourquoi je propose à tous les sites, mouvements, associations, initiatives concernés par ce projet ou qui y adhèrent de venir se signaler sur un nouveau site créé à cet effet, et dont le fonctionnement vous sera expliqué à l’adresse suivante : http://constituante.unblog.fr. L’idée d’une Assemblée Constituante doit faire son chemin parmi le peuple, et devenir une force capable de réaliser par elle-même les changements qu’elle désire. Afin de les obtenir, le peuple doit comprendre que ce n’est pas sur les ruines de notre démocratie que se construit l’avenir du pays mais sur de nouveaux projets, de nouvelles idées. Nous devons y réfléchir ensemble, et être volontaires pour ça.

 

Nous ne viendrons pas vous chercher par la main, c’est à vous de diffuser cette initiative pour qu’elle se développe. Venez vous associer au grand rassemblement pour une Assemblée Constituante, car c’est ici que se construira la révolution citoyenne que nous attendons depuis si longtemps.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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Pourquoi la démocratie est l’ennemie des marchés

Posté par calebirri le 11 mai 2012

La passation de pouvoir n’est même pas encore réalisée que déjà les politiques nous annoncent l’effroyable réalité : les véritables élections décisives pour la politique qui sera conduite en France auront en fait lieu en juin, pour les législatives.
En dehors du fait que cela interroge sur l’intérêt des présidentielles, on s’aperçoit qu’en Europe la question des législatives préoccupe beaucoup nos chers financiers, qui par dessus tout affirment vouloir la stabilité politique. Ce qui semble pour l’instant être le cas avec la succession de monsieur Sarkozy par monsieur Hollande, car en France l’élection du nouveau président n’a pas fait -comme promis par la droite- chuter les bourses, et la note française n’a pas encore été dégradée.

Mais même si ce changement ne provoque pas les remous attendus et craints par la droite, il fait quelque peu bouger les lignes en Europe car il risque de retarder un peu les plans de ceux qui voulaient imposer une gouvernance européenne unique dont le programme économique réside essentiellement dans l’austérité. Certains Etats pourraient lui emboîter le pas, d’autant que la partie n’est pas terminée.
Comme il apparaît aujourd’hui, la bataille des législatives, préparée de longue date par les deux camps arrivés en tête au deuxième tour, n’est en réalité rien de moins que le troisième tour des élections : le camp qui détiendra la majorité sera responsable de la politique conduite.

L’incertitude qui règne actuellement quant à la majorité qui ressortira des législatives, comme la situation de blocage que connait la Grèce actuellement, a bien plus d’effet sur les marchés que l’élection d’un président de l’UMP ou du PS. Car les extrêmes gauche ou droite obtiennent un soutien de plus en plus fort de la part des électeurs écoeurés par les partis « traditionnels ». Et c’est peu de dire qu’ils ne sont pas favorables à la politique imposée par Bruxelles. Sauf que l’extrême droite n’a pas les mêmes objectifs que l’extrême gauche : le premier veut sortir de l’Europe sans payer, tandis que le second veut y rester, sans payer non plus.

Mais paradoxalement cette incertitude pourrait leur permettre de réaliser leur objectif, à savoir la prise de contrôle définitive de l’Europe par la suppression pure et simple de la démocratie. Il faut que je m’explique.

La montée des extrêmes en Europe est bien la conséquence de la crise économique : après que les peuples se sont laissés bernés par leurs dirigeants modérés, les marchés sont parvenus à imposer, de manière non démocratique, un changement de politique au sein des pays les plus touchés par la crise pour y mettre fin. Cette crise s’étant aggravée depuis des réformes drastiques et injustes rendues obligatoires, c’est presque naturellement que les extrêmes recueillent les voix des déçus des deux camps… Le risque étant une remise en cause, par l’expression des urnes qui mettrait au pouvoir des ennemis de l’austérité (des vrais), les traités déjà signés par les équipes précédemment au pouvoir. Car si chaque élection est l’occasion pour un pays de renier les engagements pris par ses prédécesseurs, alors la gouvernance européenne que souhaite la Troïka ne sera ni pérenne ni unie.

Il faut donc pour les marchés, afin d’éviter le refus de payer des pays les plus endettés, supprimer purement et simplement ce qu’il leur reste de démocratie, démocratie qui décidément les empêche de faire tranquillement leurs affaires. En Grèce, les marchés mécontents du résultat des urnes préfèrent refaire les élections que de laisser une majorité hostile à l’austérité s’installer au pouvoir. Et c’est donc avec satisfaction qu’ils apprendront qu’une alliance serait conclue entre les deux partis « institutionnels » pour diriger le pays (ce qui implique donc une soumission du parti socialiste grec à l’austérité- prenons en de la graine pour la France).

Car c’est bien en jouant sur la peur des extrêmes que les marchés espèrent réaliser à la fois ce qu’on appellera « l’Union Sacrée » et la fin de la démocratie. En laissant entendre que ces partis empêchent la stabilité et nuisent à la cohésion sociale, ils désirent faire valider comme « démocratiquement » la fin de la démocratie à travers la fin du pluralisme électoral.

Car pour les banques l’enjeu est de taille. Ce que redoute à tout prix les marchés, c’est qu’un gouvernement européen en difficulté refuse de payer, car alors ils ne pourraient rien exiger d’un pays souverain, comme cela s’est déjà produit ailleurs. C’est qu’on oublie de le rappeler trop souvent : il est bel et bien inscrit dans le traité de Lisbonne qu’un pays de la « zone euro » ne peut être exclu de l’Europe. Cela signifie qu’en dehors d’une demande de l’Etat Grec d’en sortir, nul ne peut l’en chasser de force. C’est là tout le danger pour les financiers qui veulent un gouvernement grec susceptible de conduire l’austérité pour continuer à faire des sous, ou capable de demander sa sortie de l’Europe une fois le pays ruiné -ce que seuls les deux plus grands partis ont accepté. Comme pour le rachat d’entreprises en difficulté (et on comprend mieux l’arrivée au pouvoir en Europe des hommes de Goldman-Sachs), les financiers qui imposent l’austérité prennent tout ce qu’ils peuvent, vendent le maximum et licencient, avant de laisser le pays et ses habitants lessivés par ce grand nettoyage.

Car que se passerait-il si la Grèce ou un autre refusait de payer, tout en refusant de sortir de l’Europe ? Ce serait soit la fin de l’euro, soit…celle des banques. Que préféreriez-vous ?

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

Publié dans argent, crise, la démocratie, politique? mensonges | 7 Commentaires »

Jusqu’où iront-ils pour sauver les paradis fiscaux ?

Posté par calebirri le 9 mai 2012

Dans une émission de « là-bas si j’y suis » (http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2450), Daniel Mermet s’entretenait avec l’auteur d’un livre intitulé « les 600 milliards qui manquent à la France », Antoine Peillon. Cet ouvrage décrit comment les riches de ce pays (qu’ils soient particuliers ou entreprises) sont encouragés (par les commerciaux des banques installées dans des paradis fiscaux) à pratiquer l’évasion fiscale qui leur permet de payer moins (ou pas) d’impôts. Ces sommes, qui auraient dues être taxées en France et investies sur le territoire, représentent en gros selon l’auteur quelques 600 milliards d’euros, ou de 30 à 40 milliards d’euros par an.

Ce scandale des paradis fiscaux, que nombreux dénoncent tout haut sans jamais rien y changer, pourrait permettre de penser qu’en récupérant ces sommes la situation financière de notre pays s’améliorerait considérablement (songez un peu 30 ou 40 milliards par an, tout ce qu’on peut faire avec !), et c’est avec une certaine naïveté toute humaine que certains imaginent déjà le PS (Parti SOCIALISTE) prendre le parti de faire cesser cette fraude immense plutôt que de s’acharner sur les fraudeurs du RSA (calculez un peu combien il faut de fraudeurs pour arriver à 30 milliards…)…

Mais c’est sans compter la deuxième partie de l’explication de cette gigantesque arnaque : car tout en sachant que les pauvres sont déjà exsangues et que les riches cachent leur argent dans des paradis fiscaux (ils savent très bien qui et combien, et où), nos gouvernants semblent tout de même préférer -contre toute logique économique- taxer les pauvres que de faire payer les riches… Et tout cela malgré que les pauvres sont bien plus nombreux que les riches, et que le système électoral fonctionne encore selon le principe « un homme une voix ».

Comment peuvent-ils donc faire à la fois ce choix qu’on pourrait dire politiquement « suicidaire » (faire payer peu beaucoup de pauvres plutôt que de faire payer beaucoup peu de riches) et se faire élire quand même par ce peuple dont ils ne servent pourtant pas les intérêts ?

C’est que les choses ne sont pas simples. Bien que conscients du fait que les riches qu’ils protègent sont effectivement responsables de la misère des pauvres qui les élisent, ils sont contraints pour se faire élire de rechercher le soutien des riches en promettant le leur aux pauvres… Car si le peuple a (encore) le pouvoir d’élire le chef de l’Etat, les riches possèdent celui de le lui conserver. Aujourd’hui propriétaires d’empires commerciaux colossaux, les Français les plus riches du pays qui possèdent l’énergie, le transport, la santé, le commerce, le BTP, et surtout les médias sont en même temps les responsables de la majeure partie de l’évasion fiscale dont souffre le budget national. Mais sans leur soutien (y compris dans le financement des campagnes à ce qu’il semblerait…), un candidat hostile (pour de vrai) à leurs agissements ne saurait gouverner, si par malheur il arrivait au pouvoir.

Mais ce cas de figure n’a que très peu de chances de se produire (ce que nous constatons aujourd’hui en France avec nos deux présidents hier ennemis et aujourd’hui « main dans la main »), car d’une part les riches trouveront toujours un candidat corruptible pour les défendre, et d’une autre le système électoral tel qu’il fonctionne empêche à peu près certainement un tel candidat d’accéder au deuxième tour (voir vote utile). Ainsi il devient pratiquement impossible au peuple de se révolter contre un gouvernement qu’il croit avoir élu démocratiquement (puisqu’on lui dit qu’il l’a choisi librement). Et de plus, le fait que le statut pénal du chef de l’Etat semble prévoir a priori dans la Constitution que les actes commis par lui durant sont mandat bénéficient d’une immunité totale est à souligner : c’est une anticipation de la corruption de ces derniers une fois élus. Avec comme corollaire l’impossibilité pour le peuple de se repentir de son choix autrement qu’en attendant 5 longues années supplémentaires de sacrifices…

L’essentiel pour les hommes politiques se résume donc non pas à tenir les promesses qu’ils font au peuple mais simplement de faire en sorte qu’il ne s’aperçoive pas tout de suite qu’on l’a trompé, pour ne pas qu’il se révolte. Pourquoi croyez-vous donc que, d’habitude si prompts à se jeter sur les moindres rumeurs de malversations financières, les ennemis de Nicolas Sarkozy aient été si discrets sur le soupçon (lourdement étayé pourtant) de financement illégal de sa campagne en 2007 ?

Personne dans ce petit monde corrompu n’a intérêt à ce que ces choses-là se sachent, car cela remettrait en cause non seulement les élections de 2007 et la légitimité de son président, mais aussi et sûrement toute la vie politique de droite comme de gauche depuis des décennies…

Mais on ne sait jamais. Les nouvelles technologies de l’information troublent aujourd’hui un peu le jeu monopolistique de leurs médias surpuissants, car elles permettent de transmettre l’information presque sans contrôle, et à une vitesse folle. Maintenant, et grâce à ce genre de révélations qui permettent de mieux comprendre les liens qui unissent la politique et l’argent, les gouvernants vont devoir tomber les masques et faire un choix, car autrement bientôt les Denis Robert et autres Antoine Peillon vont se multiplier jusqu’à faire s’effondrer leur forteresse qui se fissure déjà : il leur faudra supprimer un jour soit les paradis fiscaux, soit… la démocratie !

Car la démocratie, même imparfaite, peut devenir un ennemi dangereux dont il faut se méfier, ou qu’il faudra peut-être éliminer. Imaginez un instant qu’on en arrive un jour à établir publiquement la corruption de nos élites à travers les paradis fiscaux, qu’on s’aperçoive que les chambres de compensation sont le lieu de blanchiment de tous les trafics et de tous les crimes, imaginez que les citoyens se rendent compte que s’ils ne réussissent pas à boucler leurs fins de mois ce n’est pas parce qu’ils sont les victimes de l’immigration ou des fraudeurs à la petite semaine mais parce que tout un système de corruption s’est développé de manière scandaleuse et injuste, sur des sommes colossales, avec la complicité des gouvernants élus par eux et sur le dos des plus faibles et des plus nombreux dont ils font partie. Imaginez un instant qu’on s’aperçoive qu’en France comme ailleurs ceux qui se plaignent d’être trop taxés sont en réalité ceux-là mêmes qui ne payent pas leurs impôts dans leur pays, et que non contents de retirer aux citoyens les fruits de leur labeur ils exigent en plus des peuples qu’ils remboursent une dette dont ils ne sont, en définitive, pas responsables…

Que ferait alors le peuple ? N’exigerait-il pas la fin des paradis fiscaux ?

Mais cela est impossible voyons, car la fin des paradis fiscaux ferait s’écrouler tout le système capitaliste dans son ensemble. Le monde entier sombrerait dans le chaos, il faudrait tout reprendre à zéro… Et si la société ne sait pas vivre sans l’argent, elle sait très bien comment se passer… de la démocratie !

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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