Le capitalisme à l’heure du bilan

Posté par calebirri le 7 janvier 2012

Comme chacun sait, des élections présidentielles auront normalement lieu en France en 2012. Je dis « normalement » car comme chacun le sait aussi avec « la crise », celle qu’on nomme désormais  sans l’affubler d’un attribut temporel ou qualificatif, rien n’est jamais certain. En attendant, nombreux sont ceux qui, logiquement, s’imaginent que ces élections sont l’occasion de changer les choses… Mais ils se trompent, car la crise n’est pas économique, mais idéologique : elle ne peut donc pas être réglée par des économistes, qu’ils soient de droite ou de gauche.

 

Il existe bien pourtant deux idéologies qui s’affrontent, mais la démocratie telle qu’elle a été pervertie empêche l’une d’elles d’être représentée : alors que 99 % des peuples du monde devraient être dans la rue pour imposer ensemble leurs volontés de mise en place d’une véritable démocratie, il se trouve toujours une grande majorité qui continue de croire que les élections sont la démocratie, comme si les représentants qu’il élisent défendaient d’autres intérêts que ceux de leur propre classe sociale…

 

Mais la crise est en train de tout bouleverser. Le retournement du capitalisme provoque une prise de conscience qui sape peu à peu la confiance en un système que des dizaines et des dizaines d’années de propagande et de conditionnement avaient réussi à insuffler dans nos cerveaux plastiques. Les injustices du système capitaliste se font plus visibles à mesure que la crise oblige les véritables « maîtres du monde » à se montrer au grand jour, et le bilan mondialisé d’un monde toujours plus connecté apparaît dans toute son affreuse réalité : le capitalisme est incapable de réaliser ses objectifs officiels, à savoir la satisfaction de l’intérêt général par la somme de la satisfaction des intérêts particuliers (la fameuse « main invisible »). Et le bilan est désastreux : un milliard d’individus qui ne mangent pas à leur faim, plusieurs autres milliards qui triment du matin jusqu’au soir pour une retraite passée à l’hospice, un planète en danger, la démocratie perdue, des guerres, des famines et des souffrances, voilà où nous a conduit un système dont on n’osait même pas, il n’y a pas si longtemps, remettre en cause la primauté sur les autres systèmes.

 

La question de la perpétuation du système capitaliste comme modèle de civilisation se trouve ainsi posée de manière prégnante non seulement aux peuples qui souffrent depuis trop longtemps, mais aussi à leurs dirigeants qui risquent de voir leur pouvoir remis en cause (que ce soit par la révolte des peuples ou la dictature des financiers). Et pour y répondre, il va bien falloir revenir à l’idéologie, c’est-à-dire à la problématique de la place de l’homme au sein de la société, ainsi que de sa relation à un écosystème en danger. Les problématiques à résoudre ne sont donc plus d’ordre économique mais bien philosophique, et même si la distinction qui sépare la droite et la gauche institutionnelles n’est plus pertinente, elle existe pourtant dans une réalité détachée des codes imposés par l’illusion démocratique : il y a ceux qui croient que la rareté des ressources a engendré le capitalisme, et ceux qui pensent au contraire que c’est le capitalisme qui a engendré la rareté. C’est sur ce point que s’opposent les deux conceptions qu’on peut avoir du monde, et duquel découlent toutes les autres questions. Les partisans de la première sont les capitalistes, et les seconds sont les [vrais] socialistes.

 

Dans les capitalistes (les plus nombreux encore aujourd’hui) on retrouve ceux qui imaginent que tous n’ont pas les mêmes droits dans la redistribution des richesses (les capitalistes de droite parmi lesquels on trouve les riches et les classes moyennes désireuses de s’élever), et ceux qui veulent croire en un partage « plus » égalitaire de ces ressources limitées (ce sont les capitalistes de gauche, parmi lesquels on trouve les communistes et les écologistes, les décroissants)

Dans les socialistes, on retrouve ceux qui portent l’espoir d’un monde nouveau dans lequel la société serait capable d’augmenter les ressources en fonction des besoins des individus, soit parce que le système capitaliste ne leur permet pas de vivre décemment (les pauvres et les exclus), soit parce qu’ils se sont libérés du conditionnement dont ils étaient victimes (les anti- (et pas alter) mondialistes, les anarchistes et les humanistes) .

 

En établissant la rareté comme étant à l’origine du système capitaliste et en se basant sur l’injustice prétendue de la génétique (il y a des hommes « naturellement » bons et d’autres mauvais, car pour eux l’inné l’emporte sur l’acquis), les vainqueurs de capitalisme ont réussi à justifier leur position tout en imposant aux peuples qu’il exploitent les règles d’un jeu auquel ils espèrent tous gagner, mais auquel tous ne gagneront pas : seuls les plus « rentables » deviendront les nouveaux « élus », c’est-à-dire ceux qui sauront se soumettre pleinement au jeu de la concurrence et de la maximisation du profit individuel. Pour les autres, ils ne conserveront que l’espoir de récupérer un jour les quelques miettes que leur jettera une certaine « main invisible »…

 

Mais si nous admettions nous être trompés, et qu’en réalité ce ne sont ni les ressources qui manquent ni la méchanceté intrinsèque de l’homme qui ont conduit à l’établissement du capitalisme, mais le capitalisme qui a engendré la méchanceté chez l’homme (l’acquis l’emportant sur l’inné) et provoqué l’épuisement des ressources?

 

Après des siècles d’un progrès qu’on nous promet toujours pour demain, la recherche du profit a tout détruit, tout sali, tout perverti. La rentabilité a tué le beau et l’utile, affame les peuples et détruit la planète, le capitalisme a engendré la haine entre les hommes et  va même jusqu’à les considérer comme de simples marchandises , il a annihilié leur volonté et corrompu leur conscience. Voilà tout ce que le capitalisme est capable de nous sortir en guise de bilan, et voilà ce dont le monde prend conscience aujourd’hui…

 

Alors qu’en établissant un autre mode de fonctionnement pour nos sociétés, nous nous apercevrions que l’abondance de la Nature est inépuisable dès qu’elle n’est plus contrainte par la recherche du profit. Car si les énergies fossiles sont en quantité limitée, les énergies propres sont infinies : et tant que le soleil brille ou que nous n’avons pas totalement déréglé le climat, tant qu’on pourra encore semer des graines reproductibles, tant que nous n’aurons pas encore pollué toute l’eau pour nos plantations ou que nous n’exterminerons pas toutes les espèces de la faune et de la flore, alors la vie pourra se reproduire indéfiniment…

 

En nous libérant de l’idéologie capitaliste nous rendrions à nouveau possible l’utilisation de la technologie pour le bien de l’homme au lieu qu’elle serve à son asservissement, nous pourrions alors envisager un monde débarrassé des contraintes du travail pénible, et construire une société non plus fondée sur le profit et la rareté mais sur le partage et l’opulence. Car si la Terre est bien un monde fini, l’univers lui ne l’est pas… enfin il paraît ! mais qu’on en fasse un peu le tour pour vérifier, et nous saurons alors si les capitalistes avaient raison.

 

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

7 Réponses à “Le capitalisme à l’heure du bilan”

  1. Eddie dit :

    Très bonne synthèse de la situation sans issue actuelle. J’aurais préféré un autre mot que le mot socialiste, qui me paraît très galvaudé. Les socialistes actuels, comme les autres, portent surtout l’espoir de se remplir les poches au maximum.
    Actuellement tout est verrouillé pour le peuple, à cause d’innombrable lois votées par les politiciens. Il n’est plus faux de penser que tout est interdit au peuple. Si vous voulez vivre en autarcie en possédant un terrain : interdiction d’y installer une petite maison, caravane…, interdiction d’y cultiver plus d’une certaine surface…Tout a été pensé par les lois pour que vous ne puissiez vivre en autarcie. La raison est que tout individu doit tout payer, doit acheter tout au long de sa vie. Il faut qu’il soit un consommateur. Mais ceux qui vivraient en autarcie seraient en dehors de ce système qui veut que toute personne soit un esclave consommateur lobotomisé. Il faut donc abolir au moins 99% des lois actuelles. Cela ne se ferait par des élections, où des pourris alternent avec des pourris, mais uniquement grâce à une vraie révolution populaire dans les rues.

  2. gauchedecombat dit :

    je partage tes rêves, aimerais voir une place pour ceux ci, mais ne devrions nous pas prendre conscience de notre minorité, et la gérer pour en tirer le maximum de retentissement, pour qu’advienne un monde nouveau ? Aussi, à moins de provoquer volontairement une révolte populaire ce qui risque d’être fort difficile étant donné l’état de somnolence des masses laborieuses, je pense qu’il va falloir attendre encore un peu, en faisant le maximum, chacun à notre niveau pour propager nos idées, et en irradier le morne, pour créer les conditions d’un autre univers, moins basé, effectivement, c’est nécessaire, sur la cupidité, ce que de plus en plus regrettent.

  3. calebirri dit :

    @ Eddie

    le terme « socialiste » n’est pas à interpréter au sens institutionnel du terme : le ps n’est pas socialiste, il n’en possède que le nom. il est à comprendre au sens théorique », c’est-à-dire  » avec le bien être de la société comme objectif », ou « pour l’intérêt général dans le respect de l’intérêt individuel » : au lieu de croire que l’individualisme conduit « par magie » au bien commun, le socialiste croit à la satisfaction de l’intérêt individuel quand la société dans son ensemble est bien traitée. En quelque sorte, le fait de participer au bien commun devient une satisfaction personnelle…

    @ gauchedecombat

    le problème c’est qu’en cherchant à unifier on n’est pas dans le combat, et qu’en combattant on n’est pas dans l’unification. Il nous faut rassembler avant de combattre, et combattre pour rassembler… une révolution qui dit ce qu’elle ne veut plus sans dire ce qu’elle veut est une révolution vouée à l’échec, comme l’est la violence pour imposer la paix. réfléchissons d’abord, sachons ce que nous voulons faire, et la révolution deviendra non seulement inévitable, mais en plus inattaquable.

  4. Eddie dit :

    @ caleb

    Entièrement d’accord sur le sens premier de socialiste venant du mot social. Mais quand je lis les mots socialiste ou socialisme, je les associe tout de suite au parti socialiste, qui je suis d’accord n’a actuellement que le nom de socialiste. Ce serait bien de trouver un autre mot ou un groupe de mot non galvaudés.
    Je ne pense pas qu’une vraie révolution populaire se prépare à l’avance. Dans l’histoire, toutes les soi-disant révolutions populaires ont été déclenchées par l’oligarchie pour sauvegarder leurs intérêts. Ainsi actuellement l’oligarchie est aux abois et pourrait facilement créer une révolte populaire ou une guerre, et détourner l’attention du peuple vers un autre bouc émissaire que eux. Une vraie révolution populaire se ferait suite à un événement soudain, brutal, intense, qui aurait le pouvoir de faire éclater la haine, la colère, les rancoeurs, les ressentiments… refoulés du peuple.
    Je suis un convaincu que voter ne sert plus à rien, ci-après un article qui abonde dans ce sens : http://leveil2011.syl20jonathan.net/?p=8618

  5. calebirri dit :

    @ Eddie

    Justement, l’Histoire nous montre que les soulèvements populaires (qu’ils soient spontanés ou organisés) ont toujours été in fine défavorables aux peuples révoltés eux-mêmes, comme on le constate en regardant l’état de notre monde ou celui de nos « démocraties ».

    Il faut toujours garder en mémoire dans un coin de sa tête la maxime de George Orwell : « on établit pas une dictature pour sauver une révolution, on fait une révolution pour établir une dictature ».

    C’est au peuple lui-même de concevoir et de préparer le système qui suivra la révolution, pour avoir un véritable projet à opposer à ceux qui voudront voler la révolution. De toutes les manières, s’il veut reprendre la souveraineté qui est théoriquement déjà la sienne, le peuple devra prendre ses responsabilités, et se coltiner à la mise en place d’une Assemblée Constituante ( http://calebirri.unblog.fr/2011/02/23/les-solutions-existent-elles-passent-par-la-creation-dune-assemblee-constituante/ )…

  6. Eddie dit :

    @ Caleb

    Cela fait trois à quatre ans que, comme de très nombreuses personnes, je subodore un chaos mondial proche d’une durée de deux à trois ans. Ce chaos mondial devrait être induit par un effondrement économique mondial suivi d’une guerre mondiale, ou l’inverse. Une assemblée constituante serait valable avec une population relativement élevée. Mais, je pense qu’après ces années de chaos, avec guerre nucléaire, la population survivante, surtout européenne, serait très faible. Les survivants se regrouperaient en petites communautés, où les décisions vitales seraient prises par un groupe de sages, ayant toujours en vue les intérêts de la communautés. Mais de nombreuses années plus tard, malheureusement, ces petites communautés devenues très grandes, devraient être de nouveau contrôlées par des oligarchies, comme actuellement. L’histoire bafouillerait car certains hommes sont des prédateurs pour les hommes.

  7. Brigitte dit :

    bonjour,
    Je suis en accord avec vous sauf sur ce point « que la capitalisme a engendré la méchanceté de l’homme » je suis convaincue de l’inverse, que c’est bien le côté noir de l’humain qui a engendré le capitalisme. La haine, l’exploitation, le mépris d’une petite catégorie sociale pour le peuple lobotomisé.

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