• Accueil
  • > Archives pour novembre 2011

La place des « classes moyennes » dans le mouvement des indignés

Posté par calebirri le 26 novembre 2011

Aux Etats-Unis, les indignés se font appeler les « 99% », soulignant par ce chiffre le ratio qui les oppose aux 1% qui possèdent le pouvoir effectif. Pourtant, et malgré l’optimisme relatif de ce chiffre (en réalité c’est même moins d’un pourcent !), il n’est nul besoin d’être mathématicien pour constater qu’il y a loin entre l’annonce et le résultat : dans la rue se trouve en réalité bien moins même que le petit pourcent contre lequel les 99 autres pourcents sont censés lutter.

 

Comment expliquer ce décalage ? Alors que la démocratie signifie « le gouvernement du peuple par (et pour) le peuple » (ce qui implique traditionnellement la définition au suffrage universel direct d’une majorité), il se trouve qu’en réalité seuls les 1% dirigent effectivement, au nom des 99%, et cela avec leur consentement !

Comment a-t-on pu en arriver là ? Comment, et alors que la majorité de la population subit constamment l’exploitation d’un tout petit nombre, comprendre que le peuple soutienne un candidat qui ne représente pas son intérêt, l’intérêt général ?

 

Il y a plusieurs explications qu’on peut soumettre pour tenter d’éclaircir le phénomène :

 

Tout d’abord, il faut comprendre que ceux qui possèdent l’argent possèdent le pouvoir, et que le plus riche est capable d’acheter et l’intelligence et la force, autant que la bêtise et la faiblesse. Les riches « possèdent » donc tous les postes importants, c’est-à-dire ceux qui leurs permettent de faire élire par plus de 50 % un candidat qui ne fera profiter in fine que les 1% les plus riches, à savoir ceux-là même qui l’ont fait élire. Ils ont la mainmise sur les plus grands médias, les plus grosses industries, les transports, la construction, la communication, l’énergie, les meilleures terres…. Cela représente des centaines de milliers d’emplois, un accès privilégié à la diffusion de la propagande à travers le public comme à travers le privé (tous deux servent en réalité les mêmes intérêts),  et signifie surtout une domination de fait des riches sur les politiques menées par un gouvernement qu’ils contribuent à faire élire.

 

Ensuite, il faut avouer qu’il est plus facile de s’accorder à 1% qu’à 99 % : alors que les évènements se succèdent à une vitesse folle, il est facile d’imaginer que les 99% n’auront toujours pas fini de se mettre d’accord  sur leurs revendications lorsque la crise sera finie ! C’est le danger de la démocratie, et aussi une des faiblesses des indignés. Trouver un consensus capable de rassembler toutes les revendications est presque impossible, alors que se contenter du « vote utile » est beaucoup plus confortable.

 

Enfin, si on considère les résultats d’une élection démocratique comme elle s’est déroulée en France en 2007, il faudrait s’attendre en théorie à l’échec perpétuel du candidat de droite. Mais ce n’est pas le cas. Cela signifie que plus de 40 % des votants « se trompent » en croyant satisfaire leurs propres intérêts. L’abstention est un élément essentiel, mais ne suffit pas à lui seul à expliquer le phénomène. Pas plus que l’absence d’une « gauche véritable », car elle existe mais ne fait pas recette.

 

Il faut donc en chercher ailleurs l’explication principale, et l’illusion des « classes moyennes » est un facteur à étudier. Car derrière ce terme se cache un phénomène intéressant de distorsion du réel, entre l’image qu’on en a et sa réalité. Selon les méthodes, la classe moyenne se situe dans une tranche large qui comprend des revenus situés entre 1200 et 3000 euros, ce qui représente près de…. 90 % de la population ! En affinant les barèmes, l’observatoire des inégalités encadre la classe moyenne entre 1200 et 1840 euros par mois, ce qui représente tout de même encore 40 % de la population active, aux quels s’ajoutent 20 % qui gagnent moins que 1200 euros par mois.

Il serait bien sûr exagéré de faire correspondre le vote de la classe moyenne avec le vote « à droite », mais il est intéressant de s’interroger sur un point : l’inconscient populaire est encore très largement victime d’une sorte « d’image d’épinal » qui contribue toujours (à travers une vision passéiste de la classe moyenne qui s’était développée au cours des « trente glorieuses » et qui flattait l’égo des « parvenus ») à sous-entendre le caractère positif de cette position sociale . Ces hommes et ces femmes, employés de bureau, cadres d’entreprises, fonctionnaires titulaires, se sentent dans les sondages d’opinions appartenir encore à cette classe moyenne, et se réjouissent de ce statut. Victimes de l’image même qu’ils se disent porter, ils finissent par se croire réellement appartenir à une classe « privilégiée », et votent selon ce qu’ils croient être leur intérêt propre. Et puisque chacun sait que la droite favorise plus les riches que la gauche, ils sont en général tentés, séduits par les discours qui leur promettent de « travailler plus pour gagner plus ».

 

Mais en réalité ce sont ces classes dites « moyennes » qui vont subir la crise de plein fouet. Aux pauvres on ne peut plus retirer grand chose, et on ne tapera pas non plus sur les riches…. Qui va payer, si ce n’est ce grand fourre-tout qu’on appelle « classes moyennes » ? En leur faisant croire qu’on va faire payer un peu tout le monde, on s’apprête en fait à les appauvrir eux, ceux qui ont encore quelque chose mais qui sont prêts à tous les sacrifices pour conserver l’illusion de leur statut. Ils feront des heures supplémentaires non payées, se soumettront aux ordres, et en voudront aux pauvres d’être « si bien traités », n’ayant comme unique peur de leur ressembler un jour…

 

Ce qui risque bien de leur arriver s’ils ne se débarrassent pas très vite de leurs illusions. Il faut maintenant qu’ils comprennent que leur véritable place n’est pas aux côtés de 1%, mais des 99 autres. Et surtout qu’ils agissent en conséquence.

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

Publié dans crise, la démocratie, Non classé, politique?, sarko | 7 Commentaires »

Qui sont les 1% qui manquent aux indignés ?

Posté par calebirri le 21 novembre 2011

« Les marchés » par-ci, « les marchés » par-là, les politiques semblent avoir enfin trouvé leur coupable  (ou leur excuse) idéal(e) : les marchés exercent une dictature impitoyable sur les Etats endettés qui contraignent les gouvernants soit à prendre des mesures certes dures mais nécessaires à l’encontre de leurs peuples (qui ont soi-disant vécu trop longtemps au dessus de leurs moyens), soit à laisser la place à d’autres, comme on l’a vu récemment en Grèce ou en Italie.

 

Face à cette alternative (la soumission ou la démission), nos dirigeants se trouvent aujourd’hui confrontés à un dilemme difficile à résoudre : il faudra bien rembourser les dettes, et quelqu’un doit payer pour cela.  Que faire ? Vaut-il mieux prendre beaucoup à quelques riches ou un petit peu à beaucoup de pauvres ? Dans un cas comme dans l’autre nos gouvernants risquent gros, car les élections approchent. Les riches menacent de ne plus investir là où on les taxera trop, et les pauvres menacent de ne pas voter pour ceux qui refusent de faire payer les riches.  A tout prendre il semblerait plus raisonnable de se fier à la force du nombre (les pauvres) qu’à la force du riche, mais c’est oublier un petit détail qui a son importance : la force du nombre ne suffit pas à faire élire nos gouvernants, car une élection ne se gagne pas avec un programme mais avec de l’argent. Et dans un monde où l’argent est roi, c’est toujours le plus riche qui gagne, ou qui choisit qui va gagner. Et c’est bien ce qui se passe aujourd’hui : les riches ne paieront pas, car ceux qui dirigent actuellement l’Europe n’ont pas été élus par les peuples mais désignés par les marchés.

 

Mais au fait c’est quoi les « marchés » ? On parle d’ordinateurs, de fonds de pensions, de banques ou d’assurances, et même les indignés luttent contre cette entité obscure que sont « les marchés »… Mais qui se cache derrière ce terme ? Qui bénéficie, in fine, de tous les bénéfices engrangés par ces marchés, qui profite à la fin, « en vrai », sur son compte en banque, de la spéculation sur les matières premières, de la vente des armes ou de la misère des hommes, quels sont les noms des actionnaires qui récupèrent en fin d’année des sommes extravagantes ?

 

Car derrière les marchés il y a bien des hommes, car derrière tout l’argent qui y transite il y a bien des noms… Et ces noms nous les avons tous, nous les connaissons déjà ! En réalité se trouvent là toutes les plus grandes fortunes de la planète, ce petit 1% qui manque aux indignés… Ceux qui font et défont les Etats ne sont en fait que quelques uns, car ceux  qui font « tourner » les marchés et ceux qui s’opposent à ce qu’on fasse payer les riches pour résoudre la crise sont les mêmes.

 

Regardez un petit peu, si on additionne les fortunes personnelles des 500 plus grosses fortunes de France, on s’aperçoit qu’elles totalisent plus de 281 211 millions d’euros, c’est-à-dire plus de 280 milliards. A elles seules, les 10 plus grosses représentent déjà plus de 45 milliards. Incroyable, non ?
Maintenant, si on additionne les fortunes des quelques 1210 milliardaires que compte la planète, on arrive à plus de 4500 milliards de dollars (sachant que les 67 plus grandes représentent à elles-seules 1366 milliards)… auxquels s’ajoutent 11 millions de millionnaires (même à considérer un million par personne, on peut déjà imaginer qu’ils détiennent plus de 11 000 milliards !)…

Voilà de quoi nous faire une petite idée du nombre de poches dans lesquelles a terminé notre argent : bien moins que le petit pourcent que combattent les indignés… et nous devrions avoir peur d’eux ?

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

Publié dans argent, crise, misère, politique? mensonges, révolution? | 4 Commentaires »

Qui a peur de la faillite ?

Posté par calebirri le 12 novembre 2011

Il n’y a désormais plus aucune hésitation à avoir quant à la politique économique menée par nos dirigeants : elle nous conduit tout droit vers la récession, ou à la faillite ; et le pire est qu’ils le savent !

 

Mais puisque les politiques de rigueur ont toutes été un échec jusqu’à maintenant, et que cette récession pointe son nez jusqu’en France, il convient alors de se demander « pourquoi ? » ils continuent à faire payer le peuple,  surtout contre l’avis du peuple lui-même.

 

A cette question trois réponses sont possibles :

-soit nos gouvernants sont trop stupides pour comprendre la situation, et ils croient réellement que les réformes engagées vont permettre de faire repartir la croissance.

-soit ils ne le sont pas, et c’est plus grave, car cela signifie qu’ils savent pertinemment que la situation va empirer… mais ils ne peuvent pas faire autrement : les marchés sont les plus forts… et ils le regrettent

-Soit ils ont une idée derrière la tête pour reprendre le contrôle des évènements, et il s’agirait de savoir laquelle ; tout en sachant qu’elle passe par une rigueur inévitable qui pèsera d’abord sur les plus fragiles.

 

La première hypothèse est à mon avis exclue, car cela fait des mois que tout le monde sait que les mesures imposées sont injustes et contre-productives, et ne peuvent que conduire soit à la faillite, soit à la révolte.

La deuxième est plus plausible, et revient à admettre la position que je décrivais ailleurs, à savoir la volonté de repartir « à l’intérieur » du système en faisant le dos rond pour trouver une place dans la nouvelle donne géopolitique qui se construit actuellement. En tentant de trouver un équilibre entre baisse des dépenses et la croissance, ils s’acharnent à faire passer la pilule sans trop de dégâts, en espérant que cela suffise à éviter la faillite.

Et la dernière, qui peut s’accorder avec la deuxième si on envisage un alliance tacite entre les pouvoirs politique et financier, implique qu’en frôlant la faillite et en faisant tomber un à un les pays qui ne font pas ce que la nouvelle direction de « l’Empire européen » désire, il sera plus facile de faire accepter aux peuples l’installation d’un « nouvel ordre économique mondial » plus favorable aux puissances « historiques » tout en conservant le pouvoir aux élites en place…

 

Maintenant, il s’agit de comprendre le pourquoi de cette injustice, qui consiste à faire payer les pauvres, alors qu’il serait si facile de faire payer les riches ? Est-il vraiment impossible de faire payer la crise à ceux qui l’ont provoqué ? Il faut envisager là aussi plusieurs hypothèses, car faire un plan de rigueur de cette ampleur à six mois des présidentielles s’apparente à un suicide politique.

-Soit la droite s’imagine revenir au pouvoir en 2012 et il faudra m’expliquer comment.

-Soit la droite imagine que la gauche au pouvoir en 2012 ne fera ni plus ni moins que ce qu’elle fait aujourd’hui, poussée par les mêmes contraintes qu’elle.

-Soit la situation est si désespérée qu’il est impossible d’attendre : l’appétit des financiers se nourrit au quotidien.

 

Quoi qu’il en soit, la faillite guette aujourd’hui la France, et au delà l’Europe toute entière, et c’est bien en jouant sur la peur de cette faillite que nos dirigeants comptent faire passer leurs réformes. Mais faut-il avoir peur de cette faillite, et surtout qui doit avoir peur de celle-ci ?

 

Regardons les choses en face, et mettons-nous à la place du peuple : que lui importe en réalité que la France fasse faillite ou non ? Les pauvres seront toujours aussi pauvres, et les riches toujours aussi riches. Les classes moyennes regretteront, sans doute au début, d’avoir trop longtemps cru se trouver du « bon côté de la barrière », mais ils s’habitueront eux-aussi à leur nouveau statut… Il n’y a que ceux qui ont quelque chose à perdre qui risquent quelque chose en définitive : ils n’avaient qu’à pas élire un gouvernement qui, crise ou pas crise, retire depuis cinq ans tous les acquis obtenus de longtemps pour améliorer le sort des pauvres.

 

Car en réalité le plan de rigueur actuel ne fait que creuser un sillon déjà dessiné par la politique économique récente, et la vie tournera bien comme elle l’a toujours fait : à force de retirer toujours plus à ceux qui n’ont déjà pas grand chose, il arrivera bien une limite infranchissable. Il faudra bien encore des médecins ou des professeurs, des agriculteurs ou des boulangers, des éboueurs ou des maçons, des policiers ou des pompiers, des chanteurs ou des prostituées, des fous ou des fainéants…  et tout ce petit monde finira bien par trouver à manger, même s’il lui faut aller le chercher dans les jardins de l’Elysée…

 

Parce que ce sont nos dirigeants qui ont besoin des pauvres pour fonctionner, et pas l’inverse. Tout leur pouvoir, toutes leurs richesses ne sont que le résultat et de notre exploitation quotidienne, de notre consommation… et  il y a un jour où si les salaires baissent de trop, si les licenciements se font massifs, le gouvernement en place ne sera plus en mesure d’assurer le rôle pour lequel nous l’avons élu : protéger le peuple et ses intérêts.

La faillite ne doit donc pas nous faire peur à nous, mais leur faire peur à eux. Les plus pauvres finiront toujours par se débrouiller, et les plus riches par apprendre à devenir moins riches. Leurs privilèges, leurs bonus, leurs obligations, leurs dividendes et leurs profits n’étant réalisés que sur le dos des salariés, en appauvrissant le peuple ils s’appauvrissent eux-mêmes.

La confusion qui règne actuellement montre bien que même si cette crise leur permet de prendre le contrôle sur l’Europe toute entière, la machine capitaliste s’est emballée sans qu’ils soient en mesure de contrôler ce système qui fonctionne tout seul : la spéculation va trop vite, et les spéculateurs jouent contre eux-mêmes sans qu’ils puissent y échapper. Cela va trop vite, et l’agitation qui règne en haut lieu est le symptôme que la situation les dépasse. C’est bien eux qui doivent donc avoir peur, parce qu’en allant trop loin ils finiront par provoquer ce qu’ils redoutent eux-mêmes pour eux-mêmes : la faillite d’un pays, c’est leur propre faillite, pas celle du peuple.

Car lorsque le peuple a faim, peu lui importe de connaître la note accordée par les agences, son instinct le conduit toujours là où il faut : il n’y a pour cela qu’à se retourner sur le printemps arabe pour savoir comment cela finit…

 

Faillite ou pas faillite, nous n’avons donc plus rien à craindre : comme dit le proverbe, « Si le problème a une solution, ne t’inquiète pas. Mais si le problème n’a pas de solution, alors cela ne sert à rien de t’inquiéter ».

 

La morale vous l’avez : ne pas s’inquiéter. La peur paralyse, tandis que l’espoir motive. Laissons-donc l’inquiétude à nos dirigeants, on les paye bien assez cher pour ça. Le jour où ils comprendront que le peuple finit toujours par se relever, c’est eux qui auront peur.

 

Occupons-nous plutôt de préparer la suite, et prenons-les choses en main, car nous avons du boulot.

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr
 

Publié dans crise, La voie des peuples, misère, révolution?, sarko | 2 Commentaires »

La crise n’est pas économique : elle est idéologique

Posté par calebirri le 6 novembre 2011

La crise qui traverse aujourd’hui le monde dans son ensemble ne peut décemment plus être nommée « crise financière » : cela va beaucoup plus loin. C’est une crise systémique, c’est à dire une crise qui remet en cause le système tout entier, à savoir le capitalisme. Car le capitalisme n’est pas un système permanent ou universel, mais une idéologie. C’est le fait de croire que la somme des intérêts individuels favorise l’intérêt général. Ce qui est faux : les chiffres le montrent, et les faits le prouvent.

 

Ce mensonge, ou si l’on préfère cette illusion dont nous avons été victimes, est en train de laisser place à une prise de conscience populaire réaliste : on voit bien que cela ne marche pas. Et c’est pourquoi tous les économistes du monde ne pourront rien y changer. Et c’est pourquoi il est totalement vain d’espérer retrouver qui la croissance, qui l’emploi, qui la rentabilité : le capitalisme a fini par tomber le masque, et se met à montrer au grand jour les effets de son a-moralité.  J’ai déjà tenté d’expliquer ( dès avril 2010) à quel point la situation économique actuelle est inextricable, car tout le monde commence à comprendre qu’en économie, donner à l’un signifie prendre à un autre. Les citoyens ne font plus confiance à ce système, pas plus qu’à leurs agents ; et ils ont bien raison. Car en économie, les deux camps qui s’affrontent actuellement ne jouent la partie que sur un terrain capitaliste, et c’est n’est qu’à l’intérieur de ce système que s’opposent les deux visions qu’on nous propose aujourd’hui, à savoir le protectionnisme ou le libre-échange.  Tandis que le réel donne à voir les limites non pas de l’une ou de l’autre de ces deux options, mais du système lui-même.

 

De là un décalage croissant entre entre ce que veulent les peuples et ce que proposent les dirigeants : car d’une manière ou d’une autre, le capitalisme ne peut satisfaire à l’intérêt général, que ce soit dans un cadre de libre-échange (à l’intérieur duquel les BRICs et les pays « émergents » seront les vainqueurs au détriment des pays dits « développés »), ou dans celui du protectionnisme (à l’intérieur duquel les puissances « historiques » imposeront leur vision d’une nouvelle gouvernance mondiale : un Empire européen allié avec les Etats-Unis, soumis au FMI et peut-être à sa future monnaie -le bancor – capable de contrer la montée en puissance des « émergents »). Mais de quelque côté qu’on le prenne, ce système favorisera toujours les uns au détriment des autres, et c’est CELA que les peuples ne supportent plus.

La question qui se pose désormais à tous, et à laquelle le nouvel « Empire européen » ne doit pas répondre seul, est donc bien celle-là : vaut-il mieux subir le capitalisme ou en sortir ?

Avec comme corollaire la question suivante : après le capitalisme il y a quoi ?

 

Et les réponses à cette question ne sont pas d’ordre économique, mais philosophique. C’est une idéologie qu’il nous reste à construire, avec d’autres questions concernant la vie en société des êtres humains : l’argent est-il nécessaire, qu’est-ce que la démocratie, quels sont les véritables besoins des hommes, etc…?

 

Pendant ce temps nos gouvernants, perdus entre le retournement du capitalisme et leurs désirs de conserver le pouvoir, tentent par tous les moyens d’échapper à cette question cruciale pour l’avenir de l’humanité. Préférant l’injustice d’un système qu’ils connaissent à la mise en place d’une véritable réflexion collective sur les meilleurs moyens de favoriser l’intérêt général, ils s’imaginent pouvoir faire cesser la montée en puissance des Etats émergents en imposant à leurs peuples une cure d’austérité inacceptable, et en refermant les frontières autour de ce nouvel Empire qui n’aura plus rien de démocratique. Prétextant la crise et le besoin de « protection » que les peuples fragilisés désirent bien naturellement, ils profiteront de la naïveté de ces derniers pour mettre en place une sorte de « contre-retournement » qu’ils croient en mesure de sauver leur statut, à travers un retour « discret » au protectionnisme, pour croient-ils reprendre l’avantage.

Mais tous se trompent également, et tous les économistes du monde ne sauront régler le problème ainsi. Car le protectionnisme est en réalité une autre forme de conquête (par la force), et rien n’indique que les pays aujourd’hui puissants soient encore les plus forts demain.

 

Et c’est à ce point  que nous devons relier le référendum avorté en Grèce à notre réflexion : en sortant de la zone euro et en refusant de rembourser la dette, peut-être s’apercevrait-on enfin qu’un pays peut tourner sans l’Europe, et que ce ne sont pas les peuples qui ont besoin des dirigeants pour les sauver de la misère, mais nos dirigeants qui ont besoin des peuples pour sauver « leur » Europe (comme le prouve l’attachement constant du couple franco-allemand à aider la Grèce « malgré elle »), et avec elle leur domination.

 

Une chose est sûre cependant, c’est que les peuples ne gagneront ni à l’une ni à l’autre des deux options économiques. Le niveau de la dette, les cours de la bourse ou la note des agences n’intéressent pas les peuples, car il y aura toujours des maisons à construire, des champs à cultiver, des hôpitaux et des écoles, des routes et des ponts…

Les peuples, eux, n’ont besoin pas besoin des économistes et de tous leurs calculs, mais d’une nouvelle idéologie capable de les faire tous vivre décemment, sans préjuger du lieu où ils sont nés, ni de leurs ascendances sociales. Vivre sans la misère, c’est tout ce que demandent les hommes. Ce que le capitalisme est incapable de leur apporter.

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

Publié dans argent, crise, double coup, la démocratie, mondialisation, politique?, relations internationales | 9 Commentaires »

De la dérive du système au naufrage de l’Europe

Posté par calebirri le 2 novembre 2011

Quand je réfléchis à la crise, je finis toujours par me mettre en colère : nous savons d’où elle provient, nous savons pourquoi elle est survenue, nous savons comment la résorber… et il ne se passe toujours rien.

 

En effet cette crise provient de l’excès d’appétit des actionnaires, elle était inévitable car le système capitaliste engendre les excès, et pour la résorber il faudrait faire payer les riches. Mais faire payer les riches, n’est-ce pas supprimer la substance même du capitalisme ?

Et un capitalisme sans riches ni pauvres, c’est encore du capitalisme ? Et puis surtout, par quoi le remplacer ?

 

Face à ces questions qu’on croyait pour toujours tombées dans l’oubli, les penseurs d’aujourd’hui semblent incapables de sortir de nouvelles idéologies prometteuses d’espoir, car le système capitaliste les en empêche : les idées anti-capitalistes ne sont pas rentables.

Car ce n’est pas sur nos hommes politiques qu’il faudra compter, pas plus que sur les riches eux-mêmes. La richesse conduisant au pouvoir et le pouvoir conduisant à la richesse, il est bien évident que ceux qui profitent ensemble du système le défendent ensemble. Et à vrai dire ils n’ont pas vraiment d’autres choix. Comment pourraient-ils en effet se mettre à payer maintenant, alors que le peuple se rendrait compte aussitôt de la supercherie dont il est victime depuis si longtemps, de combien on l’exploite sur son travail et à quoi sert l’argent qu’on lui vole ? Si l’on rendait demain le capitalisme véritablement transparent, on s’apercevrait immédiatement de toute l’injustice de ce système, de toute l’inhumanité qu’il engendre, de toute la corruption qu’il provoque. En fermant les paradis fiscaux et en ouvrant les chambres de compensation, tous seraient ébahis par les sommes gigantesques qui transitent pour amasser qui le fruit de ventes d’armes ou de drogues, qui le fruit du travail des hommes ou d’une bonne négociation, qui l’argent de la prostitution ou du terrorisme.

 

Imaginons l’impossible, et qu’on réponde un jour à  cette question : qu’a-t-on fait de votre argent ? De qui l’avez-vous reçu, à qui l’avez-vous donné, et à qui, à quoi a-t-il servi ? …

 

L’argent que vous gagnez à la sueur de votre front, ou même à la sueur d’autres fronts (c’est ça la mondialisation !), et bien cet argent va dans les poches des riches, qui eux-mêmes remplissent des poches plus grandes, et moins nombreuses ! Il transite discrètement de par le monde, fructifiant au gré des aléas législatifs, de niche fiscale en chambre de compensation, se perd dans des rétro-commissions secrètes, finance des guerres ou nourrit la misère, et finit sur un compte bancaire dans un paradis fiscal pour ne même pas faire le bonheur de celui qui le possède. Les très riches s’étant mis d’accord avec les très puissants pour que ceux qui votent les Lois pour les riches s’enrichissent sans faire de vagues, tout s’est toujours très bien passé tant que cela restait discret, et qu’ils n’étaient pas trop nombreux…

 

Mais la crise et les outils de médiatisation ont transformé la donne : la véritable nature du capitalisme apparaît peu à peu au grand jour, car les lois qui protégeaient autrefois les intérêts des dominants se retournent actuellement contre eux, tandis que l’opinion publique prend peu à peu conscience qu’on veut lui faire porter le chapeau. Ne pouvant pas se permettre de laisser s’écrouler le château de cartes sur lequel ils sont assis, les riches refusent maintenant d’admettre que le système qui les a placé ici ne les soutient plus, et s’acharnent à vouloir croire encore à leurs propres mensonges. Ils ne peuvent plus continuer comme avant, mais ne peuvent pas non plus s’arrêter là : faire payer les riches, c’est tout simplement mettre fin à leur domination. Et faire payer les pauvres c’est perdre les élections.

 

L’exemple de la Grèce en est bien la preuve : perdu entre la nécessité de respecter l’illusion démocratique pour être réélu et celle de satisfaire aux exigences des riches qui veulent faire payer le peuple, le premier ministre grec envisage aujourd’hui de se débarrasser du problème en convoquant un référendum. Entrainant la panique sur les marchés, ainsi que les autres chefs d’Etat dans leurs retranchements (jusqu’à leur faire dire publiquement l’irresponsabilité qu’il y a à solliciter l’avis du peuple sur son propre avenir !), le premier ministre grec réalise un joli coup d’échec. Mettant le peuple, les politiques et les financiers face à l’insoluble équation qui les unit dans un système autodestructeur, il leur permet de constater la réalité des faits : le capitalisme est un système injuste et nocif, qui peut détruire en un jour ce qu’il a contribué à construire en plusieurs siècles, la démocratie.

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

Publié dans argent, crise, la démocratie, La voie des peuples, mondialisation, politique?, relations internationales | 1 Commentaire »

 

"Un homme qui crie n'est pa... |
ENDYMION |
le bien être de candresse e... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Mareil Autrement
| Etudiants du lycée Bertran ...
| Bienvenue sur le blog du RC...