Ce qui manque aux indignés

Posté par calebirri le 19 octobre 2011

Ce samedi 15 octobre s’est déroulée la « journée planétaire des indignés« . Sans appel ni de la part des syndicats ni de celle des partis politiques, elle fut organisée dans plus de 85 pays, et plus de 1000 villes à travers le monde, réunissant tout de même au total plusieurs centaines de milliers de personnes réclamant une « véritable démocratie ». Cette mobilisation, assez unique en son genre, ne peut pourtant pas être considérée comme une victoire, car elle n’a malheureusement pas atteint ses objectifs : les 99 % d’indignés que doit compter le monde n’étaient pas encore au rendez-vous, et loin s’en faut.

Pour comprendre les raisons de ce « demi-échec » (ou cette demi-victoire, c’est comme on voudra), il faut admettre que ce mouvement comporte des lacunes, et ce tant au niveau de ses revendications que de ses structures.

 

Mais tout d’abord, il faut avouer que le mouvement des « indignés » souffre d’un manque certain de médiatisation : bien que relayée sur internet et quelque peu médiatisé dans les journaux « papier » ou à la radio, la télévision n’en a pour sa part quasiment pas fait état dans ses journaux…

Ce défaut de médiatisation peut s’expliquer de deux manières : soit ce mouvement est délibérément occulté par les médias « au service du pouvoir » pour ne pas qu’il prenne de l’ampleur, soit il n’est tout simplement pas assez « crédible » pour faire peur au gouvernement ou intéresser les médias « populaires » (la télévision).

 

Car qu’on le veuille ou non , la médiatisation semble être le facteur essentiel de réussite (ou d’échec) de ce genre de mouvements, et ce malgré l’apparente contradiction de ce système (une fois la médiatisation obtenue, le mouvement s’amplifiera de lui-même,  mais pour arriver à cette médiatisation le mouvement devra tout d’abord être déjà assez large…) (voir http://calebirri.unblog.fr/2010/10/05/le-nombre-et-la-force-pour-une-internationale-du-web/).

Pour tenter de choisir entre ces deux alternatives, il convient de se rappeler le fameux « bankrun » (voir http://calebirri.unblog.fr/2010/12/04/bankrun-2010-ou-le-symbole-du-dysfonctionnement-capitaliste/) qui avait fait réagir jusqu’à madame Lagarde, et qui tendrait à prouver que les médias sont moins soumis au contrôle des politiques qu’à celui des financiers : en effet, si le mouvement venait à être plus crédible, peut-être serait-il alors plus largement médiatisé.

Ces considérations une fois établies, il convient tout de même de s’interroger sur ce manque de « crédibilité » : les revendications portées par les indignés sont sans doute audibles par une population ayant soif de changements dans les politiques économiques et sociales conduites en Europe ou aux Etats-Unis, mais elles ne peuvent permettre à tous de s’engager derrière le flou qu’elles entretiennent. En réclamant des changements pour une « véritable » démocratie, les indignés ne font que contester sans proposer : parvenus à prendre conscience de l’injustice engendrée par le système capitaliste, ils n’ont en réalité aucune idée précise des moyens de la réduire. Et établir un diagnostic n’est pas guérir le malade.

 

Si on se réfère aux revendications émises, le changement de politique ne peut constituer ni une base suffisante pour unir et fédérer les mécontentements, ni véritablement inquiéter un pouvoir qui se bat déjà pour conserver la main. Il leur faudrait donc tout d’abord se mettre d’accord, ensemble, sur les réponses que les indignés voudraient voir adoptées par les gouvernements contestés pour aller les réclamer publiquement : car plus de justice, plus d’emplois, plus de partage des richesses ou plus de démocratie, cela ne signifie rien de bien concret pour développer la mobilisation.

 

Ensuite, la structure même de ces mouvements ne saurait être suffisante pour appuyer ces faibles revendications. Peu structurées (ça se construit peu à peu il est vrai) et mal organisées, les mobilisations avec occupation de places publiques sur un temps long sont à peu près improductives d’un point de vue stratégique, car elles permettent au gouvernement non seulement de satisfaire l’illusion démocratique (que les indignés dénoncent par ailleurs), mais aussi de s’autoriser à terme le recours à la force en cas de « trouble à l’ordre public ». On l’a vu à l’occasion de cette journée du 15 octobre, la mise en exergue des violences de casseurs isolés est utilisée à la fois pour décrédibiliser le mouvement et pour l’affaiblir : une fois le mouvement installé en nombre sur une surface limitée, il devient alors facile pour un gouvernement de le pousser à la faute en lui opposant une pression policière constante, jusqu’à pouvoir ensuite revendiquer l’expulsion par la force, avec dispersion sur des places plus petites et moins visibles où le mouvement périclitera sans doute, à l’abri des regards journalistiques lassés par la durée du mouvement.

 

Ce mouvement, on le voit bien, ne dispose donc pas encore des qualités nécessaires au développement de ses mobilisations, car il souffre d’une part d’un manque de médiatisation du à sa crédibilité, ainsi que d’un manque d’organisation de ses structures d’une autre part…

Et c’est bien pour pallier à ces manques que « Un RIC pour une AC » a été lancé ! En proposant à la fois une revendication claire et fédératrice, la mise en place d’une Assemblée Constituante, et l’organisation d’un mouvement unitaire fondé non pas sur la manifestation mais sur l’engagement « ponctuel » (en un lieu, en une fois), le « RIC pour une AC » se propose de préparer en amont une « révolution démocratique » qui doit s’effectuer autour d’une sorte de  « Référendum d’Initiative Citoyenne » auto-réalisateur…

 

Une fois les objectifs de ce mouvement clairement définis, une fois le rassemblement effectué autour de ces objectifs clairs et concrets, la médiatisation de ce dernier ne tardera pas : en un seul jour et en une fois nous pourrons réclamer tout, car en réalité le pouvoir nous appartient déjà… de le prendre ou pas.

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

7 Réponses à “Ce qui manque aux indignés”

  1. Jean-Marc dit :

    Vous faites fausse route Caleb!

    Car c’est aux quémandeurs de RIC ou AC qu’il manque quelque chose : l’air du temps.

    Je vous soupçonne d’être vieilli… Quel âge avez vous?

  2. Ju² dit :

    Je ne suis pas totalement d’accord sur l’analyse.

    Je ne polémiquerai pas sur la structuration insuffisante (le mouvement est spontané…).

    Sur l’absence de moyens proposés, je rappellerai simplement que si nos sociétés se structurent c’est précisément pour ce que la grande masse de la population ne peut, à plat, définir le comment faire, et à peine le mettre en oeuvre (mais sans cohérence globale).

    Quant-à l’absence de revendications claires, ou leur faiblesse, je m’inscrit en faux. Même à Paris où le mouvement était particulièrement balbutiant (les pauvres privilégien le joindre les deux bouts, la classe moyenne pas encore consciente de son déclassement etles bobos encore trop rassasiés), les revendications exprimées étaient très claires et cohérentes : retour à une raison sociale pour une meilleure répartition des richesses, en maîtrisant cette classe financiarisée dont les velléités d’accaparation et de mise au joug détruisent à la fois le bonheur collectif et l’environnement. Lois financières de 73 (Pompidou-Giscard) et piège de la dette, traité de Lisbonne, libre-circulation des capitaux, dumping environnemental… tout y était bien, et clair.

    Comment mettre en oeuvre ? Avant que d’exiger ça de la masse des 99%, comme un maître hégélien du haut de sa chaire, il faudrait se poser la question de savoir pourquoi ceux qui sont sensés représenter leurs revendications précisément n’en ont cure. Mettre en visibilité par la rue n’est-il pas un bon début qui, peut-être, sonnera le tocsin et fera boule de neige ?

    En conclusion, il y a de fortes chances que je sois là au prochain rassemblement, ne serait-ce que pour grossir les rangs et sentir cette proximité populaire que nous avons perdus dans notre société hygiéniste individualisante…
    Car nous mêmes qui proposons ce mécanisme du RIC pour une AC (qui n’est que l’outil – que forgera-t-on avec ?), peinons à le faire connaitre et admettre : pourquoi ne pas en parler aux assemblées générales populaires qui se tiennent lors de ces rassemblements ?

  3. calebirri dit :

    @ Jean-Marc

    Pour l’air du temps, m’est avis que ce soit du côté des révolutions arabes comme du côté européen, cette question de l’Assemblée Constituante surgira bien à un moment ou un autre… La seule « erreur » des Tunisiens a justement été de faire la révolution sans préparer en amont cette mise en place, et a aujourd’hui un mal fou à rendre cette Assemblée Constituante valable…

    quand à mon âge, il importe peu… on a l’âge de ses idées, non ? Et pour certains elles sont trop jeunes, pour d’autres trop vieilles… à vous de voir !

    @ Ju²

    Justement, ce caractère spontané ne peut être qu’une force de lancement. Et structuré ne veut pas dire ni affilié, ni soumis à un quelconque parti ou syndicat… Il se trouve un seuil critique au delà duquel le rapport « nombre/surface » ne peut aller sans s’organiser.

    Même si toutes les revendications sont solides ou valables, la multiplicité de celles-ci engendrent parmi la population (les soutiens potentiels de ce mouvement) une confusion qui nuit à la pertinence du message. La revendication « Assemblée Constituante » permet de les rassembler toutes, et est compréhensible à la fois par les « élites » (nul doute que le terme même d’ »Assemblée Constituante » éveille chez eux de vagues rapprochements historiques) et par le peuple, qui ne peut que se retrouver dans cette formulation.

    Et enfin, il FAUT en parler lors des assemblées générales populaires, car tout est à construire…

  4. Jean-Marc dit :

    Certes certes jeune homme ;-)

    Mais n’oubliez pas qu’en parallèle de choses qui manqueraient aux indignés comme vous dites,

    il y a une chose absolument fondamentale à faire si on veut protéger les indignés ou une AC des faux démocrates et de leurs projets ultraidéologisés :
    les protéger de bon nombre d’anticapitalistes un peu trop simplistes ou des  »gauches qu’elles sont vraies », par exemple…

  5. ultra-indigné dit :

    Un fait indiscutable : le même « mouvement » suscite des manif monstres en Espagne depuis mai et rien en France par exemple. Si on commençait par tenter d’expliquer cette différence de façon rationnelle ? (@ Caleb : c’est une évidence… à croire que les indignés ne veulent pas aboutir, juste se défouler, gesticuler, s’exhiber sous prétexte de ‘réveil des consciences’ sans rien proposer au nom d’une démocratie réelle dont ils semblent ignorer le sens ? ces incohérences sont suspectes…)

  6. Ana Sailland dit :

    Qu’il participe ou pas, et s’il ne participe pas encore moins, nul n’est habilité à dire ce que sont les indignés, ni ceux qu’ils veulent, ni ceux qu’ils font, ni leur futur.
    Pourquoi ?
    Parck : Il y a autant de courants que de villes où les indignés se rassemblent.
    J’ose même dire qu’il y a autant de courants que de participants !!!

    Mais voilà : ça s’écoute, ça parle, ça débat, ça propose, ça agit, ça se dispute, ça échange des pizzas, ça fait la fête, et de tout ceci émerge un cœur commun, un être, qui comme tout être est lui même incapable de dire qui il est. c’est comme ça et tant mieux : le mystère de soi éblouit l’aventure.

    Du mouvement Brownien des mots et des gestes, naît une cohérence, établie en conscience bien qu’impossible à cerner.
    Le désaccord est un vrai plaisir car on sait qu’il va nous faire évoluer. Et ça c’est nouveau, révolutionnaire …

    Il faut juste vivre le mouvement. Y participer, en y mettant son cœur et sa foi. C’est plus renseignant que de pratiquer la quadrisection longitudinale capillaire.

    Et il en sortira de la pensée et de l’acte, c’est certain.
    Pensée et acte qui pourraient bien boule-verser l’ambiance . même sans structure .
    La structure …, vous savez, ce machin aliénant des spontanéités auquel se raccrochent désespérément ceux qui n’ont pas compris la liberté.
    Qu’un espace de pensée libre s’ouvre, et voici qu’ils ont le vertige, réclament des frontières …
    Qu’ils changent ! Et alors ils comprendront la pensée complexe d’égrégore libre.

    Je vous le dis en vérité, un jour on va assister à une mascarade d’experts sur C dans l’air qui vont s’astiquer mutuellement leurs egos boursoufflés sans jamais avoir trempé un seul neurone dans l’espoir du désordre consenti.

    Bises au futur

    Ana Sailland, des indignés d’Annecy

    Contact : ana.public arobase live . fr

  7. Fab dit :

    Bonjour Ana,

    « J’ose même dire qu’il y a autant de courants que de participants !!! »

    « Les revendications des indignés, des 99%, les nôtres, sont multiples. Quasiment autant que d’indignés si l’on prend le temps. » :

    http://imagine-que-c-est-un-reve.over-blog.com/article-cassandre-sur-le-blog-de-paul-jorion-86906382.html

    Ça va péter.

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