Le racisme expliqué par le capitalisme ?

Posté par calebirri le 9 avril 2011

L’autre jour, j’ai écris un article concernant le débat sur la laïcité : « Après le débat, on leur dit quoi aux Musulmans ? » . Le titre était attractif, et l’article n’était pas excellent c’est certain. Mais que ce soit sur Agoravox ou sur fdsouche  (un site que je ne connaissais pas), les réactions furent unanimes : aux musulmans il fallait dire « dehors », un point c’est tout. Je sais pourtant qu’à chaque article sur le sujet les lecteurs d’Agoravox se jettent sur leur clavier, et en général pour y écrire des tas de choses qui seraient par ailleurs sans doute condamnables au regard de la Loi. Aurais-je dû alors m’abstenir de poster cet article, ou aurais-je du répondre aux insultes et autres attaques contre les musulmans ? Non, je ne crois pas, cela ne sert à rien : on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif.

 

Aurais-je dû alors censurer les commentaires exagérés ? non, je ne suis pas pour la censure, et j’estime qu’il est bon de voir toutes les « opinions »(peut-on d’ailleurs appeler la haine une opinion ?) s’exprimer, pour qu’au moins tous puissent voir et savoir à quel point sont nombreux les gens aveuglés par la peur d’abord, puis par la haine des « autres », ceux qu’ils ne connaissent pas.

 

On pourrait essayer de les convaincre, comme je l’ai déjà tenté, par un raisonnement compassionnel (ce sont des êtres humains comme nous), par l’Histoire (faut-il toujours qu’elle se répète ?) ou par la simple logique (mettre dehors tous les étrangers ne réglera pas la crise), mais rien n’y fait : apparemment, un grand nombre de personnes croit réellement que les musulmans sont des millions, armés, intelligents, cultivés… et surtout méchants, terrés dans les cages d’escaliers des cités, prêts à tout pour envahir et « coloniser » de pauvres français sans défense, à qui ils voleraient (en plus) les allocations et le travail. Le choc des civilisations existe pour eux, et ils sont en train de le créer par la réalisation de leurs peurs : la haine qu’ils croient venir de « l’autre », ils la rejettent à leur tour sur « les autres », qui eux-mêmes le font à leur tour, pour de bon cette fois.

 

Dans cet article, j’ai pourtant essayé d’être assez provocant dans mes termes, évoquant jusqu’à la torture, l’extermination ou l’esclavage, mais cela n’a semblé faire peur à personne. Sur le site « fdesouche », j’ai même été atterré par le nombre de commentaires, unanimes, pour dire qu’il fallait « nous » mettre tous dehors (m’incluant bien sûr sans s’imaginer un seul instant que le prénom « Caleb » n’est pas d’origine musulmane mais juive – et que le prénom -un pseudo en l’occurrence- n’est pas nécessairement lié à une ascendance religieuse), évoquant même à plusieurs reprises « la valise ou le cercueil ». C’est à croire que certains en sont arrivés à considérer les musulmans comme indignes d’être Français.

 

Face à cet étonnant constat (oui, il y a des gens qui pensent vraiment qu’il faut envoyer les étrangers ailleurs) je me suis interrogé sur le moyen de faire comprendre à ces gens que le racisme est un leurre, et j’ai décidé de le tenter une fois de plus, cette fois-ci d’un point de vue capitaliste,  en validant une fois de plus la théorie selon laquelle ce ne sont pas les hommes qui pervertissent un bon système par une méchanceté qui leur serait inhérente, mais ce système pervers qui rend les hommes mauvais.

Et en partant du racisme comme facteur intégré aux calculs capitalistes de rentabilité, on s’aperçoit que le racisme se tient, comme théorie économique. A partir du moment où nous acceptons la conception capitaliste de la valeur de l’homme, nous acceptons de fait les inégalités entre les hommes comme étant naturelles, et le racisme comme une évidence. Car la valeur « monétaire » qui est attribuée à chaque homme par le système varie selon les pays, et au sein même de chaque pays. Les Français « de souche » , victimes eux-aussi de cette conception, sont sincèrement persuadés qu’ils valent plusieurs Chinois, ou Tunisiens… et ils en sont fiers. C’est que le conditionnement « capitaliste » fonctionne bien, et que la propagande est bien utilisée. Nous sommes tous portés à nous juger selon notre « valeur » financière, et il n’est donc rien d’étonnant à ce qu’à l’étranger également on considère qu’un citoyen Français vaut « X » citoyens d’un autre pays. Cela signifie que pour un pauvre d’un pays pauvre, venir en France le fera devenir, croit-il naïvement, un homme de plus grande valeur, au moins auprès des siens.

En réalité, le raciste et l’étranger sont tous les deux victimes de la même illusion capitaliste, celle qui les incite à croire que la valeur d’un homme se calcule en termes financiers. Le premier voit le second comme un inférieur, et le second considère le premier comme un supérieur (ils se basent tous deux sur le PIB par habitant…) Même les amalgames faits entre musulmans et Arabes montrent bien à quel point les arguments religieux ou raciaux n’ont pas de consistance. Tout ce qui compte est la concurrence que l’idéologie capitaliste a créé entre tous les hommes de tous les pays, et à l’intérieur de chaque pays (il y a des minorités stigmatisées dans tous les pays). Que les étrangers proviennent du Brésil ou de Pologne importe peu aux capitalistes, pas plus que de savoir s’ils sont bouddhistes ou satanistes. Ce qui compte est de savoir combien ils valent : et sans doute parfois un riche noir vaut mieux qu’un pauvre blanc. Car le capitalisme lui, n’est pas raciste, il a juste besoin de pauvres pour fonctionner : ce sont en fait nos gouvernants qui, par le biais idéologique de l’inégalité « naturelle », utilisent cet argument pour orienter la colère du peuple contre d’autres « responsables » qu’eux-mêmes, tout en continuant de s’enrichir en commerçant avec ces dirigeants corrompus.

Et lorsque la crise arrive, les étrangers « qui valent moins » (puisque ils veulent venir ici), ne sont donc plus les bienvenus. C’est de la concurrence en plus. C’est que les gens ne sont que rarement racistes en période de croissance économique : clients potentiels, besoin de main d’oeuvre, marchés en hausse…. tout le monde devient beau et gentil… Mais quand la bourse plonge et que l’Etat est endetté, que le peuple cherche du travail pour se nourrir, alors le racisme reprend le dessus : ce n’est pas la faute du gouvernement qui a fait tomber la croissance, mais celle des étrangers qui nous prennent notre travail, et qui bien sûr veulent nous envahir : et comme « ils » valent moins que « nous », alors il devient normal de les juger moins « utiles ». En considérant les comportements du point de vue capitaliste (selon la « valeur » que le système attribue à l’homme), on accepte implicitement l’inégalité provoquée par les règles de ce système, et on explique aisément la « vieille combine » de tous les gouvernements qui, pour faire passer la faiblesse de leurs réalisations politiques et économiques sur le dos d’une minorité-justement- trop faible pour se défendre, se basent (inconsciemment ?) sur les modes de pensées capitalistes (la rentabilité) pour justifier leur idéologie raciste.

Rien de plus facile en effet que de stigmatiser une minorité, et rien de plus logique que de s’y laisser prendre. Au lieu de se demander pourquoi tant de gens son conduits à vouloir quitter leur pays d’origine, il est plus simple de croire qu’ils sont inférieurs et jaloux, et qu’ils veulent nous « envahir » pour nous « voler ». Au lieu de remettre le système (auquel nous participons tous) en question, nous préférons nous éviter de regarder les véritables coupables de la misère des hommes en s’attaquant à d’autres, plus faibles.

Mais si le capitalisme cessait, aurions-nous encore une raison d’être raciste ?

 

Caleb irri

http://calebirri.unblog.fr

3 Réponses à “Le racisme expliqué par le capitalisme ?”

  1. guillaume dit :

    tu te crois objectif mais tu fais toi meme preuve de racisme, contre le français de souche, peut etre meme sans t’en rendre compte, ce que ne vaux pas mieux que ce que tu denonces. c’est affligeant.

    je te cites : les français de souche s’estiment valoir plusieurs chinois, ect… je suis français de souche, je ne considere pas que la france est à moi, je ne suis pas raciste, j’estime que la terre est à tous les vivants. les hommes sont mes freres. nous sommes la famille humaine

    tu ne dis pas CERTAINS français de souche, mais les français de souche…. c’est un amalgame. en fait tu fais parti complete ,par ces mots du facteur qui divise les peuple, c’est bien dommage. comme quoi…..

  2. zenblabla dit :

    Pour prolonger….

    Un certain FN censuré.

    Cela fait des années et des années que je me noie en discussions avec tous croisés déclarés votant FN, et tous ceux croisés se déclarant prêts à le faire.
    Alors mon témoignage.

    S’il y a bien une constante, c’est que le mot république, ils ne veulent pas le savoir:
    C’est une connaissance sans importance, qui ne souffre pas l’amendement des éducations.
    L’idée de République est une idée ferme, mais vague puisqu’ayant trouvé lointaine origine, elle ne se discute alors pas.
    Un propre jugement des tentés du FN est sensément celui qui prime, et la république n’a rien à voir là dedans.
    La République, d’hypothèse elle maintiendra de l’ordre pour que ce jugement supposé traversant fasse merveilleuse pérennité, ordre, république…

    L’autre constat, c’est la puissance du ressentiment qui les habitent, généralement en regard de la faiblesse de la maîtrise de leurs propres existences, celle que d’autres plus nantis peuvent exprimer pour eux depuis une apparentée autant qu’éloignée position.

    Arrivent alors les considérations des élites et des autres…
    La république est bien loin, mes interlocuteurs sont déjà se considérant à l’extérieur, injustement alors, et depuis là visent l’autre à l’intérieur.
    Systématiquement, il me faut leur demander qui est l’autre…

    L’élite vient en tête, puis l’administratif, puis le système, puis l’étranger. Il y a donc tous les serviteurs, sauf comme serait le dernier, désormais plus rarement dit qu’il fut un temps (mais en paradoxe l’étranger est bien plus exposé désormais par l’élite), il est le plus commode, parce qu’il est le plus facile à voir, encore en paradoxe souvent le plus proche.

    Les choses se compliquent un peu, ensuite:
    -Le motif de l’argent est constant, l’argent comme gâteau, le gâteau dont ils ressentent la minceur des parts.
    -Et puis c’est la logique qui serait incontournable du commerçant qui pointe, lot commun par lequel ne s’envisage que l’éclairage bénéfique du commerce (je me rappelle un temps, du coté de la Présidence, la lancée du motif du « mercantilisme » au cœur de la présentation au peuple de la crise financière, ensuite vite replié autant que celui de la morale…), la certitude que tout, et déjà soi-même, est à vendre, esseulé à se vendre.
    Déclaration longtemps impossible, suivant une certaine république…
    -Ensuite, expliquer qu’une société constituée par beaucoup trop de commerçants, fatalement elle s’appauvrit, ramènerait à la responsabilité des élites!
    Il n’y a pas de possibilité de mise en cause personnelle: nous avons choisi le marché global où nous nous comportons, nous l’avons voulu, des volontés furent avariées, cela marche mal mais ce n’est pas de notre faute, c’est la faute à la faiblesse répandue où l’autre se dissimule…
    Car il suffirait de se sentir comme justifié, alors mal accompagné, dans un sort commun où jamais nous ne pourrions être pris en responsabilité.
    -Ainsi, c’est aux élites à rendre compte du fait qu’ils ne savent pas organiser en monde des bisounours, une pléthore de commerçants.

    Ensuite, hélas, tout se resserre encore:
    La faculté du commerce généralisé, impossible à déboulonner comme règle de connaissance, elle nécessite la concurrence, elle provoque des laissés pour compte. C’est un réservoir légitime, puisqu’il existe, République ou pas…

    Par la force conjuguée des ressentiments, doivent, vont passer à la trappe tous ceux qui suivant la règle de cette connaissance irréfutable, occupe une position meilleure, leur permettent d’alléger leurs abords concurrentiels!
    C’est là, en creux,l’examen politique FN tellement bien entendu.

    Ensuite, ce n’est guère la peine de s’escrimer avec l’indication des valeurs de la connaissance.
    Là, c’est stupéfiant:
    Tout ce qui n’est pas intimement connu, alors vendable, est réfutable, ne vaut rien!
    Un gâteau est un gâteau, une part une part, un gâteau n’est pas une convention…
    La preuve par les écoles-garderie, par les écoles incapables d’apprentissage pour fourniture de valeurs immédiates, par les écoles réservoirs d’impossibles mélanges, par les écoles sans débouchés, par les écoles à compétitions relatives.
    La connaissance, c’est rien, cela fourbit des élites, les élites défaillent, alors on pourra se passer de la connaissance,…au fait, tandis que pointe l’ère du commerce de la connaissance mondialisée, la République c’est quoi?

    Oui, le plus frappant, c’est cette réclame pour la mise à bas de la connaissance, je ne parle même pas de culture.
    Pointe cette volonté de mettre tout le monde en moindre place, pour gage d’égalité, alors où quelconque connaissance étendue ne risquera pas de peser.
    L’hypothèse du partage, plus que répartition, avec la République, s’éloigne….

    Le FN, c’est le parti des commerçants qui veulent une république qui expie, pour eux mais tous les autres, le renoncement à commercer trop difficilement!
    C’est un règlement par le commerce symbolique des êtres!
    A nouveau, ce serait plus facile, l’hypothèse du partage, avec répartition des êtres, revient….

    Alors, les plus simples avouent-ils:
    Oui, nous allons par le nombre les évincer, « mais la faute à qui »?
    Quand on pouvait dénoncer l’autre recevant meilleure part, celui qui distribue mal est maintenant sur la sellette.
    « La faute à qui? » c’est la question crasse en politique du ressentiment!
    Et soit l’élite renouvelée, celle en devenir d’accompagner pour le nombre!

    Au fond, c’est un motif parmi les plus tristement convoqués de revenir à une République inconnue, parce que suffisamment longtemps ignorée.

  3. Luca V. Bagiella dit :

    Bonjour,

    Pour être très bref : avec vous dans le « combat », nous avons réalisé ce site http://bouleuterion.wikidot.com sur lequel nous avons fait un pont avec votre site (voir dans les liens). Dans une idée d’unir les militants, nous pensons qu’il serait bon que vous puissiez faire un lien sur notre site depuis votre site. Merci de participer à cette plateforme.

    « (…)La tâche la plus urgente me paraît être de trouver les moyens matériels, économiques, et surtout organisationnels, d’inciter tous les chercheurs compétents à unir leurs efforts à ceux des responsables militants pour discuter et élaborer collectivement un ensemble d’analyses et de propositions de progrès qui, aujourd’hui, n’existent qu’à l’état virtuel de pensées privées et isolées ou dans des publications marginales, des rapports confidentiels ou des revues ésotériques. […] Seule l’assemblée idéale de tous ceux, chercheurs ou militants, qui ont quelque chose à apporter à l’entreprise commune, pourra construire le formidable édifice collectif digne, pour une fois, du concept galvaudé de projet de société. »

    En me réjouissant d’or et déjà de notre coopération et de nos liens respectifs…
    Mes salutations militantes inspirées,
    Luca V. Bagiella

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