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le capitalisme, un retour à l’état de nature ?

Posté par calebirri le 20 février 2011

Dans son « traité du gouvernement civil », Locke commence par faire la distinction entre l’état de nature des hommes et leur état civil, qui par la création d’une société vise à se sortir du premier pour tomber dans le second.

Là où « la loi du Talion » exige naturellement une certaine forme de barbarie (ou d’animalité), les hommes (devenant par cet acte « citoyens ») délèguent volontairement leur pouvoir à des représentants censés l’éviter, afin d’échapper à l’état de guerre précédant l’esclavage. Alors qu’à son époque la démographie et l’abondance des ressources disponibles permettait une propriété ne nuisant pas à celle des autres (d’où une certaine forme de liberté), Locke pensait que l’homme avait la capacité de se séparer de l’état de nature pour entrer dans l’état civil, c’est à dire d’éviter la loi du plus fort pour se soumettre à la justice des lois humaines,sans toutefois rogner sur la nature de l’homme, c’est à dire sa liberté.

 

Malheureusement, il semblerait qu’à l’heure actuelle les choses aient bien changé, car l’opulence et la liberté qui permettaient d’atteindre au gouvernement civil sans renier ce qui fait la nature de l’homme (sa propension à vouloir conserver sa propre existence d’abord, et l’espèce humaine ensuite) a disparu sans lui laisser ni la justice de la société, ni la liberté de sa nature : la société aujourd’hui, c’est le capitalisme. Avec ses guerres, ses famines, ses esclaves.

En effet, l’homme ne désire plus seulement contenter ses besoins par l’appropriation raisonnable des ressources (comme la lionne qui ne tue que ce qui peut la nourrir, elle et les siens), mais se trouve contraint, à l’heure de la rareté et de la société de consommation, d’en vouloir toujours plus, pour ne pas avoir à souffrir d’un manque futur. Les techniques de récoltes, de production, ont aboli la possibilité d’offrir à chacun de quoi remplir ses besoins propres, et du même coup la possibilité d’une propriété juste et raisonnable qui devrait pouvoir être assurée, naturellement, par l’abondance des ressources en accord avec les besoins vitaux des hommes.

 

On voit donc qu’il est devenu difficile d’échapper alors à notre nature prédatrice, et de la même manière que trop de lions dans un trop petit espace en viennent soit à mourir de faim soit à se battre entre eux, les hommes doivent aujourd’hui se battre pour obtenir une part de ce qui est devenu trop peu pour tous. L’état de guerre et l’esclavage sont redevenus inévitables, réduisant ainsi à néant toutes les promesses d’une société censée nous faire sortir de notre condition animale, et ce à l’intérieur même de ce qu’on serait pourtant porté à considérer comme le summum de la civilisation, à savoir le capitalisme.

 

Il n’y a pour s’en faire l’idée qu’à écouter les discours actuels : persuadés que le monde est devenu trop petit pour nous tous, la concurrence et l’individualisme sont devenus les seuls moyens de conservation de l’homme moderne, en le rapprochant sans cesse de l’état de nature « animal » dont le capitalisme devait nous faire (définitivement) sortir. Il n’est pas rare d’entendre employés les mêmes termes pour l’homme et pour l’animal, comme si nous étions semblables, et que toutes les tentatives pour faire de la condition humaine « un peu plus » que sa naturelle animalité étaient vaines, et ce bien que nous nous targuions d’avoir su maîtriser les forces de la nature elle-même, jusqu’à devenir les propres démiurges de ce monde.

 

Qu’en est-il exactement ? Le capitalisme nous a-t-il sorti de notre animalité de nature pour nous offrir le gouvernement civil, ou est-il seulement une reproduction de celle-ci à un niveau « supérieur » (c’est à dire qu’au lieu de nous chasser les uns les autres nous nous battons à coups de « guerre économique ») ? Car en réalité la loi du plus fort n’a pas disparu avec le capitalisme ; elle a juste pris une autre forme, un peu plus subtile mais toute aussi injuste : c’est la loi du plus riche.

A ceci près que l’état de guerre « naturel » ( qui pouvait être évité par celui qui le refusait, en s’installant ailleurs par exemple) devient aujourd’hui permanent, et que la force déployée par le plus fort est hypothétiquement infinie, car celui qui s’est accaparé ressources et technologies dispose d’une puissance inégalée et toujours susceptible d’augmenter. L’abondance dont disposaient les anciens n’existant plus, le capitalisme, qui a été considéré comme le moyen le plus sûr, le plus juste pour partager les richesses de ce monde, ne fait en réalité qu’inscrire un droit « naturel » plus proche de l’animalité la plus barbare que de l’innocence du règne animal.

 

Car l’homme et l’animal sont pourtant bien différents, et ce pour la simple et bonne raison qu’en terme d’innocence, l’homme est le moins bien loti. Ses conceptions du bien et du mal ne l’engagent pas à tuer pour se nourrir, mais à tuer « de peur » d’être tué. A accaparer « de peur » de ne plus rien pouvoir posséder. Le capitalisme, c’est comme mettre trois lionnes dans une cage, avec un bébé gazelle dedans : après s’être copieusement étripées de peur de voir leur part leur échapper, la plus forte se retrouvera rapidement en possession du bébé gazelle, et également de deux cadavres sur le dos. Un véritable gâchis.

Le capitalisme a donc rendu l’homme à son état de nature, mais dans un cadre de rareté qui empêche la société de fonctionner, et le rend « naturellement » hostile aux autres. Ainsi, plutôt que de croire ce système le plus capable de gérer la rareté, ne pourrait-on pas considérer au contraire que c’est justement ce système qui engendre la rareté, afin de remettre l’homme en dehors d’une société qui lui permette de vivre en harmonie, sans chefs, sans guerre et sans famine ?

 

Il pourrait apparaître alors que les ressources de notre planète sont suffisantes pour tous, et que c’est justement la peur du manque qui crée la rareté. Les considérations financières de rentabilité, de productivité poussent à la surconsommation, à la surproduction, et on assiste aujourd’hui à des scandaleux gâchis d’une part, et d’autres non moins scandaleuses famines d’autre part. Il suffirait en réalité de faire cesser les règles du fonctionnement capitaliste pour que, presque « du jour au lendemain », les hommes puissent à nouveau faire société, ensemble, et ressortir de leur animalité actuelle pour redevenir des hommes, avec ce qu’ils ont de différent par rapport à l’animal : une conscience, une histoire, une conception du bien et du mal… et un objectif commun : continuer de faire vivre la formidable aventure de l’être humain, sans qui l’univers n’existerait pas. Ensemble, les uns avec les autres et pas les uns contre les autres.

 

Ce retour « contraint » à l’état de nature ne doit donc pas être vu comme le résultat d’une évolution sociétale, mais d’une régression, et il faudrait considérer le capitalisme non plus comme le moyen de nous sortir de cette nature, mais bien plutôt comme le moyen de nous y faire retourner. Et il deviendrait alors nécessaire aux hommes de reprendre leur destinée en main, car en retournant à l’état de nature ils finiront par perdre ce qui fait leur spécificité, c’est à dire qu’ils redeviendront une espèce animale indifférente des autres espèces, dont l’existence (ou non) importe peu.

Tandis qu’en luttant à nouveau pour créer une nouvelle société capable de leur assurer subsistance, liberté et justice, ils redeviendront des Hommes. Car si le capitalisme a bien été conçu par et pour la société, il ne remplit pas son office, et doit donc être détruit par la société, afin qu’elle reprenne un sens.

Recommençons à tracer une nouvelle voie pour les peuples, nous en avons sinon le droit, au moins le devoir…

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

http://lavoiedespeuples.unblog.fr

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