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Et si le problème se situait à votre gauche ?

Posté par calebirri le 24 octobre 2010

Durant les manifestations de ces dernières semaines, quelques voix se sont élevées pour réclamer la tenue d’un référendum sur la réforme des retraites. J’aurais bien voulu applaudir à cette idée, et puis je me suis aussitôt ravisé : cette idée ne tenait pas debout.

Et oui, un referendum ne serait d’aucune utilité, car tous savons très bien qu’à la question « voulez-vous faire cesser la réforme des retraites ? », une grande majorité répondrait « oui », massivement. Le gouvernement serait contraint d’y opposer une fin de non recevoir (comme pour le traité européen), ou d’abdiquer ses rêves pour la nation.

Maintenant, si on posait la question au peuple d’une autre manière, par exemple « quelle réforme préférez-vous  ? », il ne fait aucun doute que la réforme UMP l’emporterait largement….faute de combattants.

 

Car il faut bien l’avouer, les propositions de la gauche sur ce sujet sont plus que divisées : elles sont inexistantes. Ce n’est pas que personne n’ait d’idée à ce sujet, mais ces voix-là ne sont pas audibles… parce qu’elles remettent trop de chose en question. Si on accepte le système économique tel qu’il fonctionne actuellement, alors la réforme proposée par le gouvernement est à peu près la seule solution envisageable. Par contre, et pour sortir de cette logique, il faut tout simplement remettre en cause le système dans son ensemble. Pas au sein du pays, ni même de l’Europe, mais du monde entier. C’est ainsi, la mondialisation ayant fait son oeuvre, l’unique alternative à la régression sociale dont sont victimes les pays « riches » est la refonte totale du système global dont nous subissons la Loi, celle du marché.

 

On l’imagine aisément, cette alternative est par trop radicale, et ne peut décemment être suivie sérieusement par un quelconque leader charismatique d’envergure, dont l’objectif est, en plus, de satisfaire à la logique électoraliste fonctionnant justement selon les lois qu’il devrait dénoncer pour se faire élire. La gauche est donc coincée, car à moins que de s’unir dans cette radicalité présentée plus haut, elle n’a rien d’autre à proposer que ce que propose déjà la droite. Elle doit devenir « anti-capitaliste » ou se soumettre à un pouvoir plus cohérent dans ses actions, et qui correspondent à une idéologie.

 

C’est ce manque d’engagement de la classe politique de gauche qui a permis l’émergence de ce pouvoir fort actuellement en place : en acceptant le quinquennat, en votant la réforme de la constitution, en jouant le jeu du système politicien sans comprendre ce qui était en train de se passer. De même que les divisions de la gauche ont permis à Hitler de parvenir au pouvoir malgré une popularité mitigée, la gauche française d’aujourd’hui permet la radicalisation du pouvoir en place, faute d’avoir une idéologie à lui opposer.

 

Le véritable adversaire de ce régime n’est pas la gauche, mais le peuple. Et le véritable adversaire du peuple n’est pas le régime, mais l’absence de la gauche. Même certains politiques de droite ont déjà mis en garde sur ce point, en indiquant que l’absence d’une véritable opposition au parlement nuisait au débat démocratique. Mais le fait est qu’il n’existe pourtant pas qu’une seule idéologie. Sauf qu’elle n’est portée par aucun parti, aucun mouvement de masse, aucun rassemblement susceptible d’atteindre un poids populaire d’importance, d’emmener les foules plus loin.

 

D’ailleurs, le futur échec de la mobilisation actuelle en est l’unique conséquence : le pouvoir a fait tout ce qu’il pouvait pour énerver les foules et provoquer des troubles, mais rien n’y a fait : les dirigeants, qu’ils soient politiques ou syndicaux, se sont heurtés seuls à l’inévitable écueil de ce mouvement, que l’on peut résumer ainsi : « et si on gagnait, que ferions-nous ensuite ? ». Les manifestants, après tant de sacrifices, leurs demandant eux aussi : « et alors, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? »

 

Pas de réponse. Rien .

 

Le point central qui conforte le pouvoir se trouve ici, dans ce « rien » à opposer à ses volontés. Tous focalisés sur les prochaines échéances électorales, tous frileux à l’idée de devoir remettre en cause un système qui leur a permis d’exister, tous soumis aux mêmes logiques établies de longue date par la domination de la finance sur le social.

 

Nous nous sommes tous faits bernés par l’illusion d’une corrélation entre croissance économique et progrès social, et ce n’est que grâce à cette crise que nous en apprenons l’artifice : la propagande médiatique ne suffit plus à nous tromper. Pour lutter efficacement, il n’y a qu’une seule alternative : changer ensemble un système injuste qui ne nous conduira qu’à l’oppression et la misère.

 

il nous faut pour cela reconstruire la gauche autour d’une idéologie qui lui manque, véritablement socialiste, bien qu’elle existe déjà dans l’ombre des rassemblements populaires. les Alain Badiou, les Frédéric Lordon, les Bernard Friot, et même les Paul Jorion et autres Eva Joly doivent se réunir non pas pour définir le futur chef d’une coalition politicienne, mais pour proposer au peuple une autre alternative à ce que propose la droite. Nous avons besoin d’une opposition, il nous faut un programme de gauche. un vrai.

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

6 Réponses à “Et si le problème se situait à votre gauche ?”

  1. Pascal dit :

    Autant qu’un programme reposant sur une idéologie il faut aussi une méthode pour procéder aux nécessaires ajustements entre le programme et le réel à mesure que les difficultés et autres obstacles surviennent au cours non seulement de sa mise en oeuvre, mais déjà lors de sa diffusion dans le public. Les gens n’aiment pas changer leurs habitudes, encore moins lorsque cela signifie un saut dans l’inconnu !

    L’avantage de la droite c’est qu’elle navigue à vue sur le réel quel prend tel quel puisqu’il est favorable à la couche supérieure de sa clientèle !

  2. Henrique dit :

    Il est faux de dire qu’il n’y a pas à gauche de projet alternatif au problème des retraites dans l’optique d’un référendum qui poserait la question. Au centre gauche social-démocrate, il y a le maintien à 60 ans assorti de l’allongement des durées de cotisation, ce qui à 6 mois près revient au même que le projet du gouvernement, et pourrait donc être facilement financé en rabotant le bouclier fiscal. Et il y a le projet de gauche, porté par le PG, le PCF et GU mais qui n’est pas très différent, au delà des formules rhétoriques de ce que dit le NPA : non pas prétendre abolir le capitalisme par un coup de baguette magique révolutionnaire, mais dores et déjà revenir sur toutes les régressions sociales sur les retraites depuis Balladur (37,5 annuités pour tout le monde, 60 ans mini et 65 maxi pour le taux plein) en revenant globalement sur les cadeaux fiscaux faits à l’oligarchie financière depuis 1984, principale cause des problèmes de financement des biens publics comme la retraite ou la sécurité sociale (mais ce n’est pas la seule, le fait d’avoir abandonné aux banques la création de la monnaie sous Pompidou y est aussi pour beaucoup). Et il y a des milliards à récupérer pour rétablir un peu de cohésion sociale en France. Et si un référendum proposait au choix ces trois solutions, il ne serait guère plus difficile au Front de Gauche de réfuter le prétendu réalisme des solutions libérales proposées par l’UMP ou le PS que cela fût le cas pour le référendum sur le TCE.

  3. pol dit :

    Une praxis révolutionnaire ne peut prendre forme qu’à partir des dernières avancées théoriques et pratiques du mouvement révolutionnaire, sinon In girum imus nocte et consumimur igni.
    La réalité cherche aujourd’hui sa théorie. Elle existe, ne demande qu’à se parfaire et s’enraciner dans les luttes, mais elle a été totalement occultée, parce que trop dangereuse.
    C’est le moment de s’approprier et de diffuser les idées de Guy Debord, une lumière dans ces ténèbres.

    http://debord-encore.blogspot.com/

  4. Vital.georges dit :

    « il nous faut pour cela reconstruire la gauche autour d’une idéologie qui lui manque, véritablement socialiste, bien qu’elle existe déjà dans l’ombre des rassemblements populaires. les Alain Badiou, les Frédéric Lordon, les Bernard Friot, et même les Paul Jorion et autres Eva Joly doivent se réunir non pas pour définir le futur chef d’une coalition politicienne, mais pour proposer au peuple une autre alternative à ce que propose la droite. Nous avons besoin d’une opposition, il nous faut un programme de gauche. un vrai »

    Il NOUS faut…..votre propre contradiction est là. Dans le Nous, vous vous excluez???
    Reprocher aux autres de ne rien proposer, de n’avoir aucune perspectives.
    Et s’en remettre à d’autre « Alain Badiou, les Frédéric Lordon, les Bernard Friot, et même les Paul Jorion et autres Eva Joly  » pour proposer ce qu’on est soit même incapable de formuler.
    A tout prendre je préfère le discours d’un Mélenchon au votre.

  5. calebirri dit :

    @ Vital.georges

    bonjour,

    j’ai déjà lancé quelques pistes, mais à vrai dire ma réflexion n’est pas encore aboutie. je n’ai malheureusement ni les compétences ni la capacités pour étudier seul les différentes implications de mes propositions, et c’est bien pour cela que je fais appel à la bonne volonté des autres (y compris monsieur Melenchon), pour réfléchir ensemble. les choses sont complexes et impossibles à envisager seul. d’autant que la teneur de mes propositions est plutôt « radicale », ce qui ne facilité pas les choses.

    vous pouvez y regarder de plus près si vous le souhaitez http://calebirri.unblog.fr/2010/04/25/lexperience-de-la-gratuite/
    …et continuez à écouter monsieur Melenchon, il dit des choses très bien !

  6. vladimir dit :

    Au vu de loi qui a été votée,la conclusion
    innavouable : la retraite par repartition est morte !!

    Aurons nous le courage de comprendre qu’alors c’est la question du pouvoir qui est centrale ….

    Pour des assemblées générales autonomes

    mardi 26 octobre 2010

    par quentin

    http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article410

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