la gratuité existe déjà… sur internet !

Posté par calebirri le 1 août 2010

Quand je parle de gratuité, nombreux sont les esprits moqueurs qui me rétorquent la puérilité, l’inconscience ou me parlent du troc. Pourtant, la gratuité existe déjà, et est en train de se développer sur un support moderne, et à une vitesse qui prouve combien sont nombreux les gens sensibles à cette notion, « le don gratuit ». Le don gratuit n’est pourtant ni un échange, ni une technique commerciale, ni même une forme de charité religieuse, mais bel et bien l’expression naturelle de milliers d’hommes et de femmes qui reconnaissent du plaisir dans le don, et qui se satisfont de celui-ci.

 

Je ne parle pas ici de bénévolat se payant en retour une bonne conscience, ni de dons effectués avec l’arrière pensée d’un retour ultérieur, mais bien de celui qui existe sur internet, et qui pour beaucoup sonne comme un formidable message d’espoir à l’intention du futur- pour peu que nous réussissions à conserver le contrôle de cet outil.

 

Et oui, contrairement à ce que l’on imagine de prime abord, internet n’est pas qu’une bulle spéculative destinée à remplir les poches de grandes firmes internationales (elle l’est aussi bien sûr), mais également un moyen de partage gratuit et instantané qui fonctionne de mieux en mieux, et qui est même parvenu à effrayer les grandes firmes qui, justement, tentent par leur lobbyisme de freiner cette expansion de la gratuité qui nuit à leurs profits.

 

Il y a plusieurs types de gratuité sur internet, et le plus important (d’un point de vue technique) concerne le secteur des serveurs, dont la part de marché avoisine le tiers (si j’ai bien compris). Tout cela face à Microsoft, n’ayons pas peur de le citer. Cela signifie que des personnes, ici et là, insatisfaites des services fournis par le géant, ont préféré se mettre au travail dans leur coin, sans doute en dehors de leurs horaires de bureau, pour imaginer, concevoir et développer des logiciels libres et gratuits, et les ont mis à disposition du public sans contrepartie.

 

Mais ce n’est pas tout. Tous ceux qui utilisent Firefox, Linux ou open office le font, la plupart du temps, sans même se rendre compte qu’ils bénéficient d’une technologie « open source », c’est à dire gratuite et utilisable à merci. Il se peut bien sûr qu’avec le temps tous ces logiciels rapportent des listings de clientèles à fort potentiel commercial, mais on ne peut tout de même pas jeter la pierre du péché capitaliste aux concepteurs de ces logiciels, qui n’ont fait que rechercher une amélioration des systèmes existants pour les offrir au plus grand nombre…

 

de plus, internet ne se résume pas qu’à des logiciels, et de nombreux services sont offerts aux internautes de tous les pays, par les internautes eux-mêmes, qui utilisent le temps de leurs loisirs pour partager leurs passions, leurs savoirs ou leurs expériences, et tout cela sans la moindre contrepartie.

Il n’y a pour s’en convaincre qu’à regarder les forums d’aide au bricolage, à la mécanique ou à d’autres sujets, sur lesquels les internautes partagent sans même sembler se poser la question du retour, juste pour aider. Vous avez une question sur l’informatique, la médecine ou la langue française ? Aussitôt votre demande postée sur le web, presque aussitôt des réponses, des liens et des explications vous seront fournies par un individu qui, de chez lui, vous donnera de son temps, sans rien réclamer en échange : il sait que, si le besoin s’en fait sentir, il pourra ailleurs trouver lui aussi une réponse à ses questions, et se contente de ce simple fait.

 

Vous avez un problème d’orthographe, de traduction, une définition vous échappe, vous avez loupé une émission, vous voulez connaître le programme d’un événement, là aussi des milliers d’informations gratuites et participatives vous seront accessibles gratuitement, presque sans effort, et sans avoir besoin de sortir votre numéro de carte bancaire.

 

Et puis il y a aussi les sites participatifs et bénévoles, les veilleurs de l’info, les testeurs en tous genres, les hackers qui proposent musique, films et logiciels craqués… toute une communauté dont certains ont parfois même pris le risque de basculer dans l’illégalité, et qui n’hésitent pas à user de leur technique ou de leur compétence pour vous apporter ce que vous recherchez. Comme cela, pour le plaisir de partager, souvent anonymement, et nous donner ainsi accès à une sorte d’opulence que la technologie est capable de nous offrir, et ce en dépit des efforts faits par le système pour rendre tout ceci monnayable.

 

Contrairement à ce que certains pensent, ce phénomène n’est cependant pas le fruit du temps libre laissé à disposition de ceux qui ont les moyens de se dégager du temps grâce à des salaires conséquents, mais plutôt un résultat obtenu en dépit du blocage systémique exprimé par le fameux dicton « le temps c’est de l’argent ». Car le seul obstacle à l’extension de cette gratuité est justement ce manque de temps, qui empêche le plus grand nombre de participer, et d’étendre ce mouvement.

Sans cette contrainte, il se pourrait qu’on s’aperçoive rapidement que cette forme de partage est susceptible de pouvoir être mise en place partout et de manière beaucoup plus large, c’est à dire dans bien d’autres domaines que celui d’internet. Le nombre croissant de personnes désireuses de partager, ajouté à celui encore plus nombreux des déçus du système actuel pourrait permettre, s’ils s’en donnaient les moyens, d’éclairer d’une autre manière les relations entre les hommes. Il faudrait pour cela que, de la même manière dont s’organisent les développeurs de l’open source, soient créées des structures collaboratives et gratuites qui élargissent les possibilités de ce phénomène au stade pratique, afin de montrer qu’il est possible de fonctionner sans échange, sans système de valeur physique.

 

ce système pourrait s’établir dans une communauté entière,  un peu comme cela a été mis en place à Marinaleda. Bien sûr, cela ne pourrait pas fonctionner en rompant d’un seul coup les liens avec « le monde extérieur », mais il faut savoir que plus ce genre de communauté sera important et développé, et moins les secteurs encore liés à l’argent ont de chance de se trouver nombreux.

La gratuité est une alternative à ne pas négliger, car elle fonctionne déjà, et les hommes la plébiscitent inconsciemment, car en réalité elle correspond à leurs aspirations les plus secrètes. Il faut juste leur laisser la possibilité d‘en faire l’expérience, et il ne fait aucun doute qu’elle satisfera à leurs attentes, car elle seule permet de faire se réconcilier le désir des hommes avec sa réalisation.

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

4 Réponses à “la gratuité existe déjà… sur internet !”

  1. Jean-marc dit :

    Bonjour cher Caleb, alors, finalement, avez vous trouvé un  »angle d’attaque » (un projet quoi, aussi minime soit il) pour que vos réflexions souvent intéressantes trouvent un terrain d’expression pragmatique?

  2. Ludo dit :

    Bonjour Caleb
    Rien n’est gratuit, ton abonnement internet se paye et les serveurs du net dévorent les ressources de la planète et font pousser les centrales nucléaires.

    Ta voiture électrique ou les panneaux solaires polluent dramatiquement à leur fabrication…

    La décroissance n’est pas une fausse route mais une route obligatoire que seuls les fanatiques du toujours plus défendent. Un écran plat est-il essentiel à ta vie? Se nourrir sainement l’est bien plus !!!

    La décroissance est un mauvais terme et tous ceux qui ont créer cette philosophie te le diront mais celui-ci résume bien le fait que tu as des désirs fabriqués par une publicité agressive qui ne te rendront pas plus heureux une fois assouvis, alors que le temps de vivre, le partage en famille de choses simples, te sera bien plus profitable.

    Contre les OGM, contre la malbouffe, contre l’augmentation du budget militaire en pleine crise économique, contre la dépréciation du service public,
    Pour plus de bien commun, plus de solidarité, d’écologie et de raison, enlève ce voile devant tes yeux et combat, milite pour une réelle europe.

    Ludo

  3. Aurelien dit :

    Bonjour,

    Dans ce monde où le profit et l’exploitation sont toujours plus mises en avant, le principe de gratuité a été perverti très profondément dans nos esprits, et il va être bien difficile de corriger tout ça. Facebook et Google sont gratuits, et pourtant, ce sont les plus formidables boîtes à frics jamais inventées – cherchez l’erreur. On notera aussi que leur fond de commerce, bien que gratuit, n’est pas du tout open source, et encore moins libre – au contraire. La gratuité est devenue le cheval de Troie au service du contrôle et de l’enfermement.

    C’est pourquoi dans la communauté on martèle qu’il ne faut pas mélanger libre et gratuit. C’est en fait très différent, bien que la confusion soit immense. Car quand on parle de logiciel libre, on veut bien souvent parler de logiciel gratuit… C’est à dire qu’on retrouve ce même comportement d’enfant gâté qui veut toujours plus sans jamais rien donner en retour. Combien ont déjà fait un don aux auteurs ? Ou simplement envoyé un mail d’encouragement ?

    Elles sont bien loin les motivations éthiques. Le succès du logiciel libre c’est avant tout le succès du logiciel gratuit. Quel paradoxe : ce sont les plus grosses boites à fric qui financent le libre (les trois que vous citez!!), alors que le public, le petit peuple, se contrefiche royalement de sa liberté (dans son ensemble). Dans une société qui tend vers l’économie du gratuit, Internet a juste un train d’avance.

    Pour en revenir au lien entre Internet et le logiciel libre, je vous recommande chaudement la désormais célèbre conférence de Benjamin Bayart « Internet libre, ou Minitel 2.0 ? »:
    http://www.fdn.fr/Internet-libre-ou-Minitel-2.html

    Cette conférence (et les autres) est un document incontournable pour mieux comprendre les enjeux des batailles en cours actuellement sur Internet. La menace est réelle, et elle est en train de prendre racine.

  4. Le Père Peinard dit :

    Gratuit l’internet ?
    La Preuve :

    Métamorphose de l’écriture : la longue route du stylo au mulot
    par Christian Durand

    Le papier à lettres est dans le tiroir. Le poser sur la table, l’ouvrir, glisser le guide-lignes sous le feuillet légèrement craquant. Lisser la feuille de papier. Picotements sous les doigts. Odeur de maïs grillé. Le stylo est sur le bureau. Le prendre, l’ouvrir, nettoyer la plume (plaquée or). Emotion.

    11h15 – L’ordinateur portable est dans sa housse. L’en sortir, le brancher, connecter la clé usb de la souris sans fil, brancher et connecter l’imprimante. Allumer l’ordinateur. Bruits divers. Clignotements. Odeur de plastique. Bip bip.

    Sur la feuille, noter la date et le lieu en haut à droite.
    Chère amie…

    11h25 – Au milieu de l’écran, un cartouche Veuillez patienter. Signal sonore. Curseur immobile, témoin rouge sur la souris, changer la pile, trouver l’ouverture et le sens. Témoin vert. Logo de l’ordinateur. Bienvenue. Web ou messagerie. Connecter. Citron est maintenant connecté. Vitesse 2,4 mégabits/s. Vous avez 25 nouveaux messages et 45 indésirables.

    Chère amie, j’ai bien reçu ta carte postale de la Martinique. Quelle agréable surprise. Plus personne n’écrit de cartes postales. Il faut l’acheter, l’affranchir, la poster. Je n’ai pas reconnu ton écriture. Je crois que c’est la première fois que je la vois. Elle est ronde et dansante. Comme toi.

    11h33 – Le Navigateur Citron est en cours d’ouverture. Une fenêtre s’ouvre brutalement : WooBrowser.exe a rencontré un problème et doit fermer. Nous vous prions de nous excuser pour le désagrément causé. Si vous étiez en train d’effectuer un travail, il peut avoir été perdu. Veuillez signaler ce problème à MacroHard. Nous avons créé un rapport d’erreur qui sera traité confidentiellement et anonymement. Cliquer ici (en bleu souligné).
    Impossible envoyer message, messagerie déconnectée. Fermer. Ne pas envoyer.

    Je participe à un atelier d’écriture pour les Journées de la littérature, de la jeunesse et de l’écrit. C’est une initiative du Foyer Rural de Saint Bertrand de C. dans les Pyrénées. Le thème de l’année est Métamorphoses. J’ai envie de comparer l’écriture « à la main » et l’utilisation d’une messagerie d’ordinateur.

    11h48 – Re… connection. Grosse fenêtre SpamFighter. Votre essai gratuit de 30 jours vient d’expirer (ça fait deux ans que je reçois ce message tous les jours). Acheter maintenant ou plus tard. Accepter Refuser les termes du contrat. Vous pouvez continuer à travailler pendant l’installation. Installation terminée. Configurez tous les jours à 0h00.
    Un ou plusieurs Réseaux sans-fil détectés. Connectez-vous. Connexion impossible.

    Les textes seront publiés et lus pendant une rencontre à l’automne, au pied des Pyré bip bip.
    Ah merde, l’ordinateur vient de se bloquer, de « boguer » on dit, je crois. Plein de témoins clignotent. Je vais enregistrer et fermer. J’espère que je n’ai pas perdu tout mon travail.
    Non, super, je continue…

    Midi – Cartouche en bas à droite : modifications de la base de données, Oui, Non, Toutes ?
    Citron est maintenant connecté. Connection à Messagerie. SpamFighter bis – c’est un service anti-spam – messages publicitaires non désirés, on dit aussi « pourriel ».
    Ils arrivent par centaines dés qu’on a eu le malheur de consulter une pub ou d’acheter en ligne.

    C’est une initiative très sympathique qui réunit des centaines de personnes, autour d’ateliers, d’expositions, de débats, de musique, de bonne bouffe. Les textes sont ensuite publiés « en ligne » sur le site http://www.jlje.org avec tous les textes des années précédentes et des photos de la fête. Génial.

    12h12 – Vous êtes actuellement connecté à internet. Voulez-vous conserver la connection actuelle pour l’identité suivante Oui Non Merde
    Dans le but de libérer de l’espace, GlouGlouExpress peut comprimer vos messages.
    Cette opération peut prendre quelques minutes Oui Non Ok Annuler.

    Voilà, je vais imprimer ce texte pour te l’envoyer par la Poste.

    12h25 – Enregistrer sous. Menu Fichier. Imprimer. Choisir l’imprimante. Attention la cartouche 15 est presque vide. Préférence. Aperçu avant impression. Imprimer maintenant. Bip bip. Ronronnement. Cliquetis. Clignotement. Craquement. Bourdonnement. Bip bip. Claquement. Long silence. Puis l’imprimante crache la feuille dans un sifflement rageur.

    Bien pliée, la lettre est glissée dans l’enveloppe. Coller le rabat. Adresse et affranchissement.
    La boite à lettres est jaune. Le clapet retombe avec un bruit sec. Le Bar de la Poste est ouvert.

    L’ordinateur coûte un millier d’euros, démodé en deux ans, l’abonnement Citron une trentaine d’euros par mois, la cartouche d’encre 25 euros, l’imprimante une centaine. Chaque mail imprimé revient à une dizaine d’euros, amortissements compris. Sans compter les emmerdes…

    Le bloc de papier à lettre coûte une dizaine d’euros, le stylo une vingtaine, l’enveloppe 30 centimes, quelle arnaque, le timbre 53 centimes. L’opération a pris une demi-heure, postage compris. La lettre arrive le lendemain. Prix de revient de la lettre manuscrite : environ un euro. Pastis : 1,50 euros. Boire ou écrire, il faut choisir.

    Où est donc passé mon stylo ?
    Christian

    La suite dans les carnets de Route du Père Peinard
    Sur http://www.collectifinvisible.info

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