les bourses remontent… et ça vous rassure ?

Posté par calebirri le 10 mai 2010

Aujourd’hui, toutes les bourses ont fait un bon exceptionnel en une seule séance, suite au plan de sauvegarde engagé par les Européens. Tout le monde s’en félicite, et il n’est pas un homme (même de gauche) pour entamer cet optimisme : il fallait le faire. Tout au plus entendons-nous quelques voix pour critiquer le retard de cette mise en oeuvre, qui coûtera quelques centaines de milliards tout au plus… une paille donc, surtout quand ce sont les contribuables (et leurs enfants) qui paieront la facture !

Alors donc, comme cela, en deux temps trois mouvements,  et pendant que les citoyens inquiets oubliaient l’Europe et son anniversaire, les acteurs économiques et politiques étaient, eux, tout à cet accord « historique » marquant le renouveau de l’Europe politique sur la scène internationale… et surtout au retour de la confiance sur les marchés boursiers. Tout semble s’être arrangé d’un coup de baguette magique, les dettes ont pour ainsi dire disparu. Puisqu’on vous dit que la bourse remonte. Ouf ! se disent ce lundi les citoyens tous ensemble, sûrs d’être protégés dorénavant : l’Europe est sauvée, et nous avec !

En un week-end donc, nos gouvernants viennent de signer l’arrêt de mort de toutes les avancées sociales obtenues (souvent dans le sang) par nos aînés, et ont réussi ce tour de force incroyable, en plus, de se faire applaudir par les peuples que l’on a sacrifié à cette occasion.  Plus de 700 milliards d’aides promises aux Etats en faillite, ce n’est pas une petite somme pourtant. Cela signifie que si ces sommes venaient à être débloquées (ce qui bien sûr arrivera), nous pouvons dire adieu à nos misérables retraites, à l’emploi, aux salaires. Rassurez-vous, les gros salaires et les émoluments de nos dirigeants ne seront pas (ou très peu) impactés par ces mesures, et en quelques jours d’euphorie les banques et autres organismes financiers auront le temps de faire (encore) une belle culbute. Sur notre dos bien sûr.

Car il faut bien regarder à qui profite ce regain de confiance engendré par ce plan d’aide (qui suffirait à peine à couvrir les dettes de l’Espagne si elle venait à ne plus pouvoir rembourser) : aux banques essentiellement, celles-là mêmes qui sont responsables de la crise, que l’on a sauvé une fois, qui se sont tout de même octroyé des beaux bonus malgré la crise, et qui s’en remettent un petit coup aujourd’hui, à l’occasion de la remontée boursière.
Mais il ne faut quand même pas oublier que quand les bourses montent, ce ne sont ni des emplois créés, ni l’effacement des dettes en souffrance, et encore moins une bonne nouvelle pour le peuple. C’est tout simplement le signe que les spéculateurs et autres intervenants sur les marchés (ceux qui exploitent le peuple) gagnent de l’argent : pas de quoi se réjouir pour le commun des mortels. Comme lorsqu’une entreprise licencie ou fait un plan social, il n’est pas rare de voir son cours de bourse augmenter : cela signifie que cette entreprise « dégraisse », et promet donc un taux de rentabilité plus élevé.

Si l’on suit le raisonnement que j’évoquais dans un précédent article, on peut très bien imaginer ce qui va suivre : quelques jours d’euphorie, puis une stabilisation des marchés, histoire de se remplir les poches bien comme il faut, suivi d’une stabilisation et d’une descente en pente douce d’abord, pour ensuite un défaut de paiement généralisé. Le G20 approchant et la France étant à ce moment aux commandes, le plan d’aide déjà rentré en jeu ou menaçant de le faire permettra aux gouvernants européens de faire subir aux peuples une cure drastique de leur niveau de vie… tous unis contre la crise! Mais les conditions de déblocage de ce prêt sont particulièrement difficiles, et ne concernent pas que les retraites. En réalité c’est une véritable mise sous tutelle des populations concernées que prévoit ce plan. Que l’argent soit emprunté ou non, il faut quand même bien se rendre compte qu’il va bien falloir le trouver. Comme avec un ménage surendetté, les sanctions qui conditionnent l’octroi de « facilités de trésorerie » sont rudes : l’organisme prêteur impose des taux d’intérêt exorbitants, une mainmise sur la gestion des affaires courantes du ménage, l’obligation de rendre des comptes réguliers… avec comme objectif dernier de laisser végéter ainsi pour qu’il continue à payer, rien que les intérêts… Et face à la débandade générale qui attend l’Europe, ses peuples ainsi dépouillés n’auront pour seul recours que de supplier une aide de la part de leurs dirigeants, qui trouveront par miracle une solution adéquate : une monnaie unique internationale commune permettant de se libérer ainsi de toutes les dettes… ils nous en feront la promesse.

Les peuples applaudiront de nouveau, les bourses remonteront une nouvelle fois, et notre sort sera bel et bien scellé : appauvris, sans recours et sans aide, nous tomberont définitivement sous dépendance, la condition pour fermer les yeux sur les dettes. Comme pour un ménage : s’il ne peut vraiment plus rembourser, on finit par le laisser tranquillement sous surveillance, après avoir détruit sa vie. Ceux qui voudront se révolter favoriseront la répression qui justifiera la mise en place non seulement de mesures coercitives renforcées, mais aussi (et en plus du nouvel ordre économique mondial) un nouvel ordre mondial tout court.

Ainsi, pris entre le marteau et l’enclume, il ne nous restera plus qu’à nous soumettre aux volontés supérieures nous imposant de nous serrer la ceinture, et à nous taire… pour notre propre bien ! Car le fait est que nous comprendrons alors bien mieux ces réformes dont l’objectif échappait à beaucoup, et aussi pourquoi elles étaient si concentrées en nombre et en temps : c’est qu’il y avait beaucoup de travail à faire pour nous concocter ce petit bijou de révolution. Et avant qu’elle ne se réalise, il fallait que tous les moyens de contestation soient bien verrouillés par la Loi.

 

Après cela, nous pourront toujours pleurer, ou dire que nous ne savions pas. Pour ma part, je pleure déjà : les bourses qui remontent, ça ne me rassure vraiment pas !

 

Caleb Irri

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Publié dans argent, crise, la démocratie, misère, révolution?, surveillance | 6 Commentaires »

le bancor à l’assaut du capitalisme

Posté par calebirri le 6 mai 2010

Toute cette histoire est vraiment bien montée : en pleine crise du capitalisme, et alors que tous nos dirigeants s’évertuent à faire comme s’ils n’y pouvaient rien, ressurgit par la petite porte- de la part même de ceux qui devraient y être farouchement opposés -une vieille idée en son temps défendue par un homme  que le capitalisme était loin d’effrayer.  Cette idée, c’est le bancor, qui n’est rien moins qu’une proposition de monsieur Keynes datant des années 40 , et remise au goût du jour presque subrepticement, comme une sorte de « dissidence  économique » qu’il faut chuchoter d’abord, pour ne pas trop effrayer nos dirigeants.

Pourtant, cette idée fait son chemin, semble-t-il, parmi ces mêmes dirigeants qu’elle est censée effrayer. Certains seront tentés d’y voir la juste récompense de leur constance à la proposer, et d’autres applaudiront face à ce qui leur paraîtra comme un sain retour de conscience politique de la part de nos économistes chevronnés (ceux qui nous ont conduit à la crise). Cette situation serait risible si les soi-disants « dissidents  économiques » en faveur de ce bancor ne commettaient pas cette monumentale erreur « de bonne foi », trompés qu’ils sont par un pouvoir qui les dépasse, et qui se joue d’eux. Car en effet, si l’on suit l’évolution de cette crise depuis son commencement, on s’aperçoit que nos dirigeants (qu’ils soient politiques ou financiers) ne s’y seraient pas pris autrement s’ils avaient voulu en arriver là. Sauf que bien entendu, cette fumeuse proposition ne serait jamais passée alors… tandis que, le dos au mur, même les opposants à la politique de nos gouvernants s’y rangent d’eux-mêmes, voire la plébiscitent.

Mais avant d’aller plus loin, il faut quand même s’arrêter un instant sur ce bancor : une chambre de compensation géante (comme Clearstream mais en mondial), et une monnaie internationale rattachant à elle toutes les autres devises.

Cette proposition est donc la possibilité de réaliser le rêve absolu de nos élites : une gouvernance mondiale, conservant la mainmise sur toutes les activités économiques des pays y étant affiliés, avec une transparence au moins égale à celle pratiquée par Clearstream, et (dernier point non négligeable) de se débarrasser d’un seul coup de toutes les dettes contractées. Et tout cela bien sûr après avoir extorqué (et légalisé) tous les reculs économiques et sociaux exigés des peuples pendant la crise.

Prenons la gouvernance mondiale tout d’abord.  Nous le savons assez bien aujourd’hui, celui qui contrôle la monnaie contrôle et les hommes, et les choses. En établissant une monnaie-référence commune à tous (comme l’or d’abord et le dollar ensuite), celui qui possédera le pouvoir de contrôler son émission (et sa parité) aura aussi celui de s’offrir la possibilité de juger des importations et des exportations, des politiques intérieures nationales, des productions, des salaires, tout cela à travers les puissants moyens de pression permis par cet organisme. Comme on l’imagine, les participants à l’établissement d’une telle monnaie seront sous la coupe des Etats-Unis, qui conserveront, et étendront ainsi leur hégémonie sur les autres nations.

Ensuite, et à propos de la chambre de compensation, il apparaît qu’elle est le moyen le plus sûr de favoriser l’opacité des échanges ( seules les entrées et sorties sont publiées), ainsi que de surveiller tous les échanges réalisés de part le monde (toutes les transactions passeront en un même lieu). Toute activité suspecte sera ostensiblement tracée, et permettra à ceux qui dirigent cet organisme non pas de faire cesser le terrorisme (ils ne sont pas si bêtes), mais de surveiller les comportements futurs qui pourraient, voudraient nuire au nouvel ordre établi.

Enfin, il serait aisé, à cette occasion, de résoudre le problème majeur engendré par les paradoxes du capitalisme : la relation sino-américaine. En mettant en place ce bancor, les liens de dépendance mutuelle qu’entretiennent les Etats-Unis et la Chine (ainsi que les tensions qu’ils provoquent) pourraient  forts bien être dénoués. Que ce soit pour une alliance ou pour un affrontement, les centaines de milliards de dollars en jeu entre ces deux pays pourraient rapidement s’évaporer à travers cette fameuse chambre de compensation, ou se noyer dans la nouvelle monnaie…

Parmi les partisans de la mise en oeuvre de ce bancor, ceux qui croient en une véritable opportunité de changement positif, imaginent déjà les améliorations à apporter à ce système, sans se rendre compte qu’elles n’auront jamais la moindre chance d’être adoptées : elles seront alors bien inutiles. Car en établissant la gouvernance économique mondiale, nos dirigeants s’apprêtent non pas à rétablir un capitalisme plus « moralisé » ni plus stable, mais tout simplement à créer les conditions d’une prise de pouvoir totale sur toutes les populations dépendantes de cette alliance économique et politique. Une fois ces conditions réunies (la soumission des peuples, le traçage continu de leurs moindres faits et gestes, le pouvoir d’un très petit nombre d’individus sur un territoire immense), la monnaie deviendra bien vite inutile. Quand l’oppression sera telle que travailler ne sera plus un droit mais un devoir, quand nous ne pourrons aller et venir que sur autorisation, quand notre consentement ne sera plus demandé, alors l’argent aura disparu.

Alors défendre le capitalisme ou le faire mourir, voilà le seul choix qui nous est proposé ? mais ces deux possibilités conduisent au même point, la concentration des pouvoirs en un très petit nombre de mains, et l’asservissement des peuples. Beaucoup se demandent pourquoi il n’y a pas d’autres choix ? La réponse est pourtant simple : c’est parce qu’au lieu de décider nous-mêmes, nous préférons attendre qu’on nous propose… c’est moins fatiguant, non ?
 

Caleb Irri

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un numéro pour sortir de l’anonymat

Posté par calebirri le 3 mai 2010

L’Histoire est la mémoire commune des hommes. Qu’elle soit vraie ou fausse, elle est certes le résultat des actions d’hommes et de femmes illustres, mais avant tout le fruit de celles des masses anonymes qui l’ont construite jour après jour, vie après vie. Qu’elle soit utilisée, déformée, inventée ou occultée, elle continue de s’écrire, et ceux qui la font ne sont pas toujours ceux que l’on retient. Mais on en retient toujours. Avoir son nom inscrit dans l’Histoire est pour certains un honneur, pour d’autres une gloire, et pour d’autres encore un objectif à atteindre. Certains même sont prêts à tout pour y inscrire leur nom, pendant que d’autres y entrent pour ainsi dire « malgré eux ». Et les uns comme les autres deviennent peu à peu des héros, puis des saints, puis des icônes, et enfin des mythes… avant d’être défaits. C’est là le lot commun à tous. Mais cette vérité là ne fait plus peur aujourd’hui. Ce qui fait peur, c’est de rester anonyme. A l’heure de l’individualisme, de l’hyper-communication, de la perte des espérances, chacun cherche à « empreinter » le cours de l’Histoire, afin de s’assurer la seule éternité à laquelle il croit désormais : le présent. Pour un quart d’heure de gloire à la télévision, les hommes sont aujourd’hui prêts à perdre jusqu’à leur identité, car ils ont peur d’être oubliés. De plus en plus paniqués à l’idée d’être anéantis par le temps qui passe, ils n’ont plus d’autre espoir que celui d’être « reconnu » au présent ; à défaut de rentrer dans l’histoire, ou de prétendre à un paradis ultérieur.

Face à la perte des espérances divines, provoquée par le progrès de la science et la montée d’une autre forme de religion (le capitalisme est une religion qui promet le paradis terrestre), il a été très difficile pour nos dirigeants de continuer à faire accepter l’exploitation de ses « ouailles », en échange d’un paradis de plus en plus hypothétique.  Et puisque ce paradis cessait peu à peu d’exister, on l’a remplacé par cette nouvelle religion, l’argent, qui promet aux « élus » d’être récompensés de leurs efforts dans cette vie-ci.
Mais ce paradis-là possède l’inconvénient majeur d’être visible de tous, et il est donc possible pour les peuples de voir comment les efforts ne sont pas toujours récompensés ici-bas. Car cela ne suffit pas : pour être riche aujourd’hui, il faut certes travailler, mais aussi et surtout « avoir des réseaux ». Ce sont, contre toute attente, les relations humaines qui font la différence. Et sans ces relations, même le plus méritant n’atteindra pas ce paradis terrestre ; il aura, aux yeux du monde et aux siens propres, « raté sa vie ». Le voilà le point central du changement de paradigme qui nous accable : la peur. Là où autrefois l’espoir menait les hommes, ici et aujourd’hui c’est la peur qui les dirige. Cette peur de ne rien valoir, de n’être qu’un numéro parmi tant d’autres.

Mais l’homme ne se satisfait pas d’être un numéro : il veut avoir, en plus, un nom.
Ici il ne faut pas se laisser tromper par le double-langage tenu par nos élites qui, sous couvert de nous offrir la sortie de l’anonymat,  cherchent en réalité à nous imposer le « numérotage », qui est bien différent du premier terme : alors qu’avoir un nom c’est devenir un être humain différencié, obtenir un numéro consiste à perdre ce caractère humain, pour se transformer en unité de mesure. Et malheureusement, c’est bien de cela qu’il s’agit : seuls les « grands » de ce monde on un nom. Les autres ne valent rien de plus qu’une unité. Or il n’y a aujourd’hui que très peu de « noms », et une immensité d’anonymes. Comme une sorte d’aristocratie dont le cercle est minuscule mais l’ouverture possible, les « grands noms » de ce monde font croire à tous qu’il est possible de les rejoindre, alors qu’en réalité la plupart de ces « initiés » ne sont que des jouets destinés à satisfaire leurs volontés. Mais leurs prétentions ne s’arrêtent pas là : ces « grands noms » ont désormais le désir supérieur de sortir du « nominatif » pour rentrer dans le mythe de l’Histoire, et se servent d’une crise qu’ils ont eux-mêmes provoqué (volontairement ou pas) pour réaliser leur volonté ultime : le pouvoir absolu de quelques uns sur une immensité d’hommes indifférenciés.

En leur promettant de sortir de l’anonymat, les dirigeants demandent en réalité aux anonymes de leur offrir leur véritable identité, en échange de cette illusion qu’avait entrevue Andy Wharol : un quart d’heure de gloire pour chacun…. pour une vie d’anonyme. En participant aux réseaux sociaux, en suivant la mode, en se jetant sur les « télés-réalités », tous ceux-là montrent non pas leur singularité, mais plutôt leur capacité à s’indifférencier. Sans se rendre compte qu’à force de se vouloir tous différents pour ressembler à leurs maîtres ou leurs idoles, ils ont fini par être tous semblables dans cette volonté de différence. Pour ne pas se laisser engloutir par l’inutilité, la vanité de leur existence sans espoir et sans attrait, ils s’accrochent avec désespoir à l’hameçon tendu par ceux qui ont un nom, et s’oublient dans une illusion de singularité qui les berce sans les éveiller.

Et c’est justement cette illusion qui servira ensuite nos dirigeants. En perdant leur identité, ils leurs offrent ainsi l’occasion de leur attribuer un numéro. Et en fonction du groupe social auquel ils appartiennent de part leur identification particulière (le modèle qu’ils suivent), ils sont ainsi rangés, catégorisés, catalogués, comptabilisés dans un classement numérique, un fichier informatique.

Aidés par la technologie et soutenus par les médias, il est désormais envisageable pour le pouvoir de jouer sur le changement de paradigme évoqué plus haut : la peur. Peur de la mort, de l’oubli, du néant, de l’échec, de la misère, de la solitude, de l’inconnu, de l’autre, de la maladie… peu importe la peur. Ce qui importe, ce sont ses effets, bien plus puissants que l’espoir. Par l’intermédiaire d’une crise qui remet en cause le système actuel, ils ont subtilement transformé le paradigme de l’individualisme capitaliste « positif » (celui qui se singularise réussira) en une sorte de protectionnisme nationaliste « négatif »(nous sommes tous unis dans la défense de notre singularité, la nation), fondé sur la peur.

Que ce soit dans le domaine de la santé ( le dossier médical, une épidémie, le préventif…) avec le fameux « principe de précaution », ou le « traçage » de tous les produits manufacturés (les contrôles d’hygiène, de conformité,…), la peur est la cause de l’acceptation d’un contrôle permanent, un « scientifiquement prouvé » qui l’apaise en retour. En quelque sorte, on lui dit qu’il est malade, pour lui vendre un médicament inutile, puis on lui dit qu’il est guéri. tout le monde croit avoir gagné, sauf qu’il y en a un qui s’est fait avoir… par sa propre peur.

Ce mouvement, soutenu par l’informatisation (c’est à dire la mise en fiches) contribue également à la perte d’identités des anonymes, qui d’un côté espèrent en sortir, et d’un autre plongent volontairement dans cette « numérotation ». Car les fiches, ce sont des numéros. Que ce soit par l’intermédiaire de la sécurité sociale, de l’école, du permis de conduire ou des papiers d’identité, ou par celui de la carte bancaire, ou de fidélité, les numéros d’abonné ou celui d’immatriculation, ou encore de l’adresse IP ou de celui du téléphone portable, tous nos faits et gestes sont peu à peu numérotés, fichés, contrôlés. Sous prétexte d’une insécurité qu’on nous fait craindre, on nous vend le médicament du fichage, un numéro.

Et bientôt, grâce à ces peurs qu’engendrent les faits divers déformés par les médias et repris par les politiques, nous irons tous en masse nous faire vacciner, réclamer plus de caméras, et le fichage ADN, et la puce RFID. Pour lutter contre l’insécurité, les trafics, la contrefaçon, le travail au noir, nous irons même jusqu’à accepter tous les contrôles, la disparition de l’argent liquide, et l’abandon du pseudonyme sur internet; sans compter les cagoules, les burqas et autres éléments distinctifs.

Comme ça, à force de vouloir ne ressembler à personne nous aurons fini par tous nous ressembler, et surtout par avoir peur de l’autre, de tous les autres, ceux qui justement se distinguent, qui sont différents. On leur donnera un nom, et peut-être même certains rentreront-ils dans l’Histoire. Mais pour les autres, ceux qui ont pourtant le pouvoir de faire l’Histoire, ils auront tout perdu : en cherchant à sortir de l’anonymat, ils auront trouvé un numéro.

 

Caleb Irri

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