la politique des échecs

Posté par calebirri le 27 janvier 2010

Quand on joue une partie d’échecs, on oppose deux camps qui ont un intérêt propre, contraire à celui de l’adversaire : faire tenir son roi debout ( ce qui équivaut à faire tomber celui de l’adversaire). La partie se termine lorsque l’un des deux adversaires capitule, abandonne (le « mat » ou le roi couché sur le plateau, en signe de soumission), ou bien se trouve en situation de cesser le combat « faute de combattants » : c’est le « pat ».

Le capitalisme fonctionne comme ce jeu. Il n’y a pas trois camps mais deux : les intérêts des pauvres contre ceux des riches. Nous savons combien il est difficile pour un des deux camps de vaincre l’autre, car dans la réalité, les riches ont besoin des pauvres, et réciproquement. Sans cette réalité c’est tout le jeu qui s’arrête. Mais,  à partir du moment où l’argent fut introduit dans les règles du jeu, la partie d’échec fut lancée…et à moins d’une guerre nucléaire ou d’un déluge entraînant le « pat », il ne fait aucun doute que la partie est loin d’être terminée.

Mais si le but des deux camps est bien connu (pour les pauvres c’est le communisme-dans le sens noble du terme- pour les riches l’autoritarisme), les moyens d’y parvenir doivent se trouver en tenant compte des règles du jeu. A moins bien sûr que l’un des deux camps veuille cesser la partie, mais en l’occurrence aucun autre jeu n’est proposé pour le moment.

Le but une fois posé, ce sont des règles qu’il faut parler, et des moyens de s’en servir pour parvenir à vaincre l’adversaire. Chaque camp dispose de pièces différentes ayant des caractéristiques de déplacement différentes, et possèdent une valeur de défense et d’attaque liée au positionnement de l’ensemble des pièces posées sur le jeu. Le pouvoir judiciaire, les médias, le pouvoir financier, le syndicalisme, toutes ces pièces ne peuvent exprimer leurs forces que dans certaines positions de jeu plus ou moins favorables, qui créent un rapport de force à l’avantage de l’un ou l’autre des deux camps.

Comme dans une véritable partie d’échecs, de multiples combinaisons d’attaque ou de défense sont possibles, mais l’ascendant pris par l’une des deux parties est parfois lourd de conséquences : si des pièces telles que la liberté de la presse, la justice et le syndicalisme sont « mangées » par l’adversaire, alors la partie devient extrêmement difficile. Il reste toujours une possibilité de les faire revenir dans le jeu, mais il faut aux pions beaucoup de courage et de technique pour atteindre le fond du plateau de jeu.

La partie d’échec dans laquelle nous sommes pris actuellement est en train d’attaquer dangereusement nos positions, et il semble que le jeu de l’adversaire soit en notre défaveur : il faut être vigilant pour ne pas se laisser prendre. Mais l’erreur habituellement commise par le joueur en difficulté n’est pas de ne pas l’être assez (vigilant), mais plutôt de l’être trop sur cette partie du jeu, en laissant de côté l’inévitable attaque parallèle qui se profile de l’autre côté du plateau. De pions mangés un par un, et qui au bout d’un moment empêcheront d’une part la formation d’autres pièces plus importantes une fois les grosses pièces mangées, et d’une autre la défense de ses grosses pièces par ces petits pions.

De plus, il ne faut jamais oublier que prévoir les coups que l’on va tenter de porter à l’adversaire est une bonne chose, mais que l’adversaire peut également prévoir ces coups, ainsi que ceux qu’il va porter une fois que vous aurez tenté les vôtres. Celui des deux adversaires qui aura la vue la plus large et la plus lointaine des évènements, des coups, sera sans doute le vainqueur de la partie : car non seulement il aura paré tous les vôtres, mais en plus il aura porté les siens là vous ne vous y attendiez pas, réduisant à néant toutes vos belles anticipations.
Lorsque l’on sait les capacités de vision et d’analyse que possède le camp des riches, on ne peut être que difficilement positif quant à la victoire finale, mais tout n’est pas perdu pour autant.

Car si les règles du jeu sont ainsi favorables aux riches, c’est que la partie a commencé il y a longtemps, et que l’équilibre est déjà rompu. Avec le temps, comme dans une partie, l’attention d’un des deux joueurs baisse inévitablement, et accepte ou ferme les yeux sur une modification des règles par le camp adverse. Ce n’est pas à proprement parler une tricherie, mais force est de constater que les pauvres se trouvent aujourd’hui dans une situation bien délicate, et face à un adversaire coriace. Mais s’il faut admettre que les règles du jeu sont modifiables, elles le sont des deux côtés de la partie : une fois acceptées par les deux, cela fait force de Loi. Et si le camp des riches est susceptibles de modifier certaines règles ( comme de transformer une pièce noire en pièce blanche par exemple), le camp des pauvres possède lui aussi ce pouvoir : soit en sortant du jeu, soit en menaçant de quitter la partie. Conscients du fait que le jeu s’arrête une fois toutes les pièces « mangées » par l’adversaire, et de celui qu’une partie jouée seul n’apportera pas la victoire à ce seul joueur, les pauvres peuvent justement faire valoir ce point de vue sans sortir du respect des règles supérieures inhérentes à tout jeu : pour que deux joueurs fassent une partie, il n’existe pas de règles immuables ; il faut seulement que les deux joueurs soient d’accord sur celles-ci.

Une fois cette précision apportée, il ne me reste plus qu’à vous poser cette question enfantine : et si on jouait à un autre jeu?

 

Caleb Irri

3 Réponses à “la politique des échecs”

  1. Jean-marc dit :

    Pourquoi avoir choisi l’axe riches Versus pauvres?
    Est ce le plus pertinent?
    Est ce le plus opérationnel?

  2. calebirri dit :

    à Jean-marc

    bonjour,

    cet axe était pour moi le seul possible, car opposer le politique, la finance et le peuple faisait entrer trop de joueurs dans la partie ; d’autant que le politique et la finance sont en quelque sorte « consanguins »…

    à part cette possibilité, je ne vois pas vraiment à quel autre axe vous pensez. si on veut diviser le monde en deux catégories distinctes, on ne peut faire, selon moi, que comme « je-sais-plus-qui » dans « le bon, la brute et le truand » : « il y a deux sortes d’hommes dans la vie : il y a celui qui tient un flingue, et celui qui creuse… »

    non?

    Caleb Irri

  3. jean-marc dit :

    Si on prend un cas pratique, tiens par exemple un truc dans l’vent et à portée assez gigantesque :) du genre Acta, je n’ai pas du tout l’impression que riche versus pauvre soit approprié pour parler de la partie engagée.
    Mais bon…

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